Avec mes frères et sœurs, je me trouve sur notre mère. Jadis, nous étions admirés pour notre beauté. Les honorables anciens étaient respectés et les jeunes étaient soignés. Mais aujourd'hui, nos mères sont sauvagement assassinées. Là où se dressaient de grandes familles se trouve à présent des terrains vides. Tous justes bons à être brûlés, nous souffrons mais personne ne se préoccupe de nous.

Une fois que je suis assez grand, je me détache de ma mère. Au début je suis triste. Puis le vent arrive et je décide de partir avec lui. Je découvre alors des paysages magnifiques que je n'avais jamais imaginé. Je vois la plus haute des montagnes, le plus verdoyant des prés, la plus dense des forêts, le plus pur des lacs. De temps en temps je revoie l'un de mes frères ou l'une de mes sœurs. Nous parlons gaiement puis je repars. Je suis heureux de visiter le monde qui, malgré la pollution de l'homme, a su sauver quelques-unes de ses beautés.

Je rencontre souvent les enfants des hommes. J'aurais voulu jouer avec eux mais ils ne me comprennent pas. Leurs parents leur donnent parfois un outil bien étrange, un bois avec de longues tiges. Avec cela, ils éventrent mes semblables. Ils raclent le sol dans le but de nous chasser. Je dois alors fuir, sinon je vais finir dans un grand récipient d'où le vent ne peut pas me sauver.

Avez-vous deviné qui je suis ? Je suis la feuille d'arbre. Légère comme le vent, libre comme l'air, je voyage au gré du zéphyr. Vous ne me remarquez guère mais moi je vous voie. Avant nous étions l'une des innombrables beautés de la nature que l'on admirait, aujourd'hui nous ne sommes plus que des déchets.