Quatuor à discorde


I

Les dernières notes de Paranoid de Black Sabbath résonnèrent avant que l'animateur ne reprenne le micro. « Vous êtes toujours sur Frisco Fusion, de minuit à deux heures du rock en perfusion. » le jingle de l'émission suivit son annonce, quelques notes de guitares et la voix joviale reprit la parole. « Allez San Francisco, on reste éveillés on dormira plus tard. Vous savez qui veille tard ? New York. Los Angeles. Las Vegas. Et moi. Sauf que sans vous, je vais vite m'ennuyer, alors allez-y, dites-moi ce que vous voulez entendre pour la fin de l'émission, je suis là pour exaucer les souhaits de vos petites oreilles affreusement maltraitées par les radios concurrentes. »

L'écran devant Colin afficha Jim - dédicace et le bouton vert se mit à clignoter.

« On va maintenant prendre un appel de Jim » lança Colin en appuyant sur le bouton vert,

- On t'écoute Jim, dis-nous ce que tu voudrais écouter.

- Je voudrais dédicacer Love of my life de Queen à Jess.

- Ouch, ok, on te passe ça. Et Jess si tu nous écoute ramène tes fesses, Jim ne peux pas être un mauvais gars s'il écoute Queen.

- Merci Colin.

- Pas de quoi Jimmy Boy. Allez, on balance Queen pour la fin de cette émission et moi je vous dis à demain ! C'était Frisco Fusion de minuit à deux heures du rock en perfusion sur la SF station! Bonne nuit San Francisco !

Colin fit signe à Brian de lancer la chanson et se libéra de son casque avant de sortir du studio. Comme toutes les nuits, Emilia l'attendait devant la cabine avec un café. Il lui sourit en acceptant la tasse bleu portant le logo Rock Master.

- Tu sais que tu n'es pas mon assistante ? la taquina-t-il avec un léger coup d'épaule.

- Ah bon, on m'a donc menti pendant tout ce temps ? s'amusa-t-elle.

Colin avala une gorgée de café avant de hocher vigoureusement la tête. Emilia laissa échapper un rire qui représentait parfaitement sa personnalité : légère, amicale et drôle. Même son physique correspondait parfaitement. Petite, brune, avec des yeux rieurs de la même couleur et des fossettes prononcées.

Il se rendit compte qu'il la fixait depuis trop longtemps lorsqu'elle se mit à rougir doucement, ses yeux scrutèrent le visage de Colin avec une expression qu'il ne parvenait pas à discerner. Elle mordit sa lèvre inférieure paraissant encore plus jeune que d'habitude. Colin lui sourit à nouveau.

- Merci pour le café, dit-il finalement, je vais rentrer crasher mon lit.

- Ok, répondit-elle, réticente. Bonne nuit Colin.

Il prit le chemin de la salle de repos où il finit son café avant de laver sa tasse et de la replacer sur les étagères, puis finalement, il rentra chez lui.

L'avantage avec ses horaires de travail était que la circulation était moins dense de nuit. Il retrouva le confort de son appartement en moins d'une demi-heure.

Il entra chez lui, retrouvant avec joie le calme de son nid. L'entrée donnait sur un minuscule couloir où était encadrée une photo de Colin avec Billie Joe Armstrong [1]qui avait été prise après une émission durant laquelle il s'était senti comme un gosse de huit ans devant son idole.

Il jeta ses clefs sur la console juste en dessous et entra dans le salon. L'appartement en lui-même n'était pas grand, mais il se sentait bien ici. Son canapé gris faisait face à une télé de taille moyenne qu'il allumait en général comme on allume une radio pour lui servir de bruit de fond, simplement parce qu'il détestait le silence, en règle générale. Il mit une chaine au hasard et baissa le son.

Sur le mur du fond trônait fièrement une réplique parfaite d'Anduril, épée du roi Aragorn formée à partir des fragments de Narsil[2].

Une lumière rouge clignotante provenant de la tablette juste à côté d'un des fauteuils noirs lui indiqua qu'il avait un message. Il appuya sur la touche allumée en se dirigeant vers la cuisine.

Le message provenait de sa mère qui lui demanda s'il était libre pour déjeuner samedi, comme s'il avait pu oublier le rituel du déjeuner d'anniversaire. Il sourit en ouvrant la porte de son frigo faisant s'entrechoquer les bières qui s'y trouvaient. Il en attrapa une et la décapsula quand son répondeur lui annonça un second message.

Le second provenait de son voisin du dessous Richard et lui demandait pourquoi il n'était pas chez lui, se plaignant de son absence comme s'il lui devait quelque chose. Ils n'étaient même pas amis, mais depuis qu'il avait emménagé quelques mois plus tôt son voisin du dessous avait décidé d'être son animal de compagnie – bon, pas exactement, mais c'était tout comme : il squattait son canapé, mangeait sa nourriture et n'appréciait pas franchement quand quelqu'un qu'il ne connaissait pas se pointait.

Il soupira avant de revenir près de son répondeur pour supprimer ses messages, notant mentalement de rappeler sa mère.

Après une douche expresse, il se laissa tomber dans son lit, face la première, sans prendre la peine de se placer sous les couvertures.

La sonnerie du téléphone tira Colin du sommeil, lui laissant l'impression de n'avoir dormi que quelques secondes. Il vérifia l'identité de l'appelant. S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, il aurait sûrement ignoré l'appel.

- Papa, gronda-t-il dans le combiné. Il est sept heures du matin, ça ne fait même pas quatre heures que je suis couché.

- Je sais, je suis désolé. Mais c'est à propos de ta mère.

Les mots eurent l'effet d'une électrocution sur Colin, en une seconde, il se retrouva assis dans son lit, respirant difficilement, mais essayant de garder son calme.

- Qu'est-ce qui se passe ? Il est arrivé quelque chose ? Maman va bien ?

- Oui, elle va bien, répondit précipitamment son père en comprenant qu'il venait de l'inquiéter. Mais on a un problème. Je ne lui ai toujours pas trouvé de cadeau d'anniversaire…

Colin se laissa retomber dans les oreillers avec un soupir exaspéré.

- Bon Dieu, Papa, arrête d'être aussi dramatique et rappelle-moi à midi.

- Mais…

- A tout à l'heure.

Sans laisser une chance à son père d'ajouter quoi que ce soit, il raccrocha et entreprit de finir sa nuit.

Ce fût à nouveau son père qui le tira du sommeil. Colin constata, sans surprise, qu'il était midi précise. Il sourit, imaginant son père observer les aiguilles et attendant qu'elles affichent l'heure tant attendue. Il pouvait être franchement dramatique quand il s'y mettait.

Colin répondit, légèrement amusé. Il se dirigea vers la cuisine où il mit la cafetière en marche, tout en essayant de convaincre son père que ce n'était pas la fin du monde et qu'il leur restait encore trois jours avant l'anniversaire de sa mère. Lui-même n'avait toujours rien trouvé. Par chance sa mère était une de ces personnes qui se contentent d'un rien, mais le problème était que pour cette même raison, ils avaient tendance à chercher la chose qui lui ferait vraiment plaisir. Ce qui expliquait sans doute que chaque année, Colin et son père rejetaient toutes les idées qui leur passaient par la tête jusqu'à se retrouver à la vieille du jour fatidique.

Parfois l'inspiration venait avec la pression. D'autres fois, elle ne venait pas et c'était assez moche à voir, comme le jour où son père dans un moment de panique avait opté pour des clubs de golf, alors que sa mère n'avait même jamais golfé de sa vie.

- On va trouver, répéta-t-il avant de plonger son nez dans sa tasse pour extraire le délicieux nectar communément connu sous le nom de café.

- Tu as déjà une idée ? demanda son père, suspicieux.

- Pas vraiment, répondit-il avec un soupir.

Il se connaissait assez pour savoir qu'il ne paniquait pas facilement, c'était même l'inverse, il avait tendance à ne pas prendre les choses au sérieux jusqu'à ce qu'elles lui explosent en pleine face. Et parfois, même alors, il continuait à en rire. Ce n'était qu'une nouvelle preuve de son immaturité – comme son obsession pour la fantasy ou les jeux vidéo – mais il s'en moquait pas mal. Il aurait adoré vivre à Narnia, balancer des accios [3]et boire une pinte avec Yoda[4] au Poney Fringant[5].

Il resta un moment au téléphone avec son père et se sentait encore plus épuisé lorsqu'il raccrocha.

Après deux tasses de café à réveiller les morts, il appela sa mère pour lui confirmer qu'il viendrait déjeuner samedi et se rendit à la salle de bain pour entreprendre de redevenir pleinement humain. L'image que lui renvoya son miroir après son rasage était encourageante, mais il semblait toujours fatigué, ses yeux bleus injectés de sang, son teint déjà pâle d'ordinaire devenait carrément cadavérique et ses cheveux avaient franchement besoin d'une bonne coupe. Il n'était même plus certain de leur couleur, le soleil de Frisco avait rendu ses pointes presque blondes, mais ses racines restaient plus foncées. Ouais, des vacances ne lui feraient pas de mal. Il passa un t-shirt pacman, un jean délavé et enfila sa paire de rangers, le bracelet de cuir qu'il portait toujours vint s'ajouter à sa tenue et il se décida à aller faire les courses qu'il repoussait de faire depuis plusieurs jours.

A dix-neuf heures trente, il se rendit à la station. Son émission ne commençait pas avant minuit, mais son boulot ne consistait pas seulement à être à l'antenne. Il devait mettre à jour le site de l'émission avec Emilia, remplir le calendrier des futurs rendez-vous rock de San Francisco, répondre aux différents e-mails qu'on lui avait envoyés et préparer l'interview de l'invité de la semaine. Par chance, le boss ne viendrait pas lui parler de l'audience avant lundi.

L'émission se passa lentement cette nuit-là. Colin avait beau adorer son boulot, il fût heureux à deux heures du matin de se dire qu'il en avait fini pour la semaine. Du vendredi au dimanche une émission plus populaire prenait le relais de la sienne. Frisco Fusion se portait plutôt bien, mais on hésitait encore à lui confier la plage du week-end.

- Tu voudrais qu'on aille manger un morceau demain ? lui demanda doucement Emilia lorsqu'il sortit du studio.

- Je ne pense pas avoir le temps, répondit-il nonchalamment sans voir qu'il y avait plus derrière son invitation. Mon père et moi devons trouver un cadeau d'anniversaire pour ma mère.

- Je peux peut-être t'aider.

- J'en doute, s'amusa-t-il.

Le sourire d'Emilia s'affaissa. Elle savait que Colin ne voulait pas la blesser, mais il pouvait être particulièrement aveugle parfois.

- Tu te souviens du restau dont tu m'as parlé l'autre jour, tu m'as dit qu'il se trouvait…

- A Chinatown.

- Oh, oui ! Super, j'y emmènerai mon père demain. On se voit lundi Emilia.

- Qu'est-ce que tu fais dimanche ? demanda-t-elle en se fustigeant d'être aussi pathétique.

- Rien de prévu, répondit Colin en prenant une gorgée de café.

- Je peux passer ?

- Sûr, répondit-il avec un sourire dont il n'avait pas conscience qu'il causait à son cœur de se serrer douloureusement. Ça fera plaisir à Richard de te voir.

Ils prirent la direction du parking ensemble après avoir fait un détour par la salle de repos. Emilia cacha son exaspération en marchant aux côtés de Colin.

- Ton voisin squatte toujours chez toi ?

- Ouaip, répondit-il avec un haussement d'épaules.

- T'as déjà pensé à le virer ?

- J'ai déjà essayé de suggérer qu'il se casse, mais étant donné qu'il fait une tête de plus que moi et que je le soupçonne d'avoir chopé ses muscles monstrueux en taule, je ne pense pas le faire sortir manu militari.

Emilia laissa échapper un rire. C'était pour ce genre de choses qu'elle ne parvenait pas à abandonner la partie avec Colin, bien qu'il n'affiche aucun intérêt pour elle. Il était drôle et sincère. Il ne cherchait jamais à cacher ses peurs ou ses faiblesses. Il ne savait même pas ce que pouvait signifier le mot macho.

- Et puis avec ses cheveux, ses yeux et son bouc noir… il me fait penser à l'incarnation de Satan ! ajouta-t-il avec un frisson théâtral.

Emilia rit à nouveau et Colin sourit, fier de lui.

Ils se séparèrent dans le parking, Emilia se dirigeant vers sa Mini alors que Colin prenait la direction de sa Honda bleue. Il lui fit un signe qu'elle lui rendit et chacun rentra chez lui.


- Je pense à l'inviter à Disney…

- Non, papa ! Tu paniques à nouveau, tu ne veux pas répéter le désastre des clubs de golf.

Son père secoua la tête avec un soupir. Colin lui offrit un sourire encourageant avant de mordre dans un de ses rouleaux de printemps.

Emilia avait raison, ce restau était sûrement le meilleur Chinois de tout San Francisco.

- Pourquoi pas un week-end à Santa Barbara ? proposa Colin, tu sais qu'elle adore…

- Oui ! s'exclama son père avec trop de force en se levant de sa chaise, attirant les regards des autres clients sur eux. Oui, Santa Barbara ! Je te laisse Fils, il faut que j'aille faire des réservations.

- Mais, tu ne m'as pas aidé ! Qu'est-ce que je vais lui acheter ?

- Tu es un garçon intelligent, tu trouveras, lui lança son père depuis la porte.

Voilà ce qu'il gagnait à aider son père. Et dire que certains se demandaient d'où il tenait son immaturité.

Seul dans le restaurant, il termina son déjeuner et décida de se balader dans Chinatown avant de rentrer. Tout ce qui l'attendait chez lui était World of Warcraft, à moins que Richard ne soit là aujourd'hui. Il avait beau se plaindre sans cesse de ce parasite au visage de démon, qui pourrait servir de modèle pour les cauchemars des enfants partout dans le monde. Il lui permettait au moins de ne pas être seul tout le temps. Ce constat suffisait à montrer à quel point sa vie était triste.

Colin s'arrêta soudain au milieu du trottoir, de l'autre côté de la route, la vitrine d'un antiquaire illuminée de rouge l'appelait. Il traversa et entra. Le parfum de vieux et de cire l'assaillit dès qu'il passa la porte qui s'ouvrit avec un ding sonore. Colin cacha son sourire, il avait l'impression d'être dans un film des années 90.

Derrière le comptoir, un vieil homme tassé par les années paraissait particulièrement agité. Cette fois le sourire de Colin s'afficha clairement sur son visage, il ne devait pas avoir énormément de clients pour être dans cet état dès que quelqu'un passait la porte.

- Bonjour, puis-je vous aider ? demanda-t-il avec un accent chinois prononcé.

- Je cherche un cadeau pour…

- J'ai ce qu'il vous faut !

Colin fronça les sourcils, hésitant entre éclater de rire et ressortir de cette boutique au plus vite. Le vieux chinois lui présenta une statuette de bronze qui représentait un homme – un soldat – qui se tenait droit. Elle n'était pas moche, mais ce n'était pas le genre de choses que Colin achèterait. Il secoua la tête en s'approchant de la petite vitrine qui se trouvait sous le comptoir de bois. Il passa en revue les différents bijoux dont la plupart semblait abîmés. Lorsqu'il repéra un collier d'or avec un pendentif en rubis.

- Celui-là, s'exclama-t-il en posant le doigt sur la vitre.

Il parvenait déjà à s'imaginer ce collier autour du cou de sa mère. Aucun doute sur le fait que ça allait lui plaire. Son père avait raison finalement, il n'avait pas eu trop de mal à trouver. Le vendeur sembla contrarié qu'il ne veuille pas de sa statuette, mais il prit le collier et alla l'emballer dans l'arrière-boutique.

Colin paya et prit le chemin du parking où il avait laissé sa voiture, fier de son achat. Le sac était étonnamment lourd, mais il ne s'attarda pas sur cette pensée.

Ce ne fut qu'en rentrant chez lui qu'il comprit pourquoi le poids du sac ne correspondait pas à celui d'un simple collier. Le vieux chinois lui avait refourgué sa foutue statuette de bronze.

Colin soupira. Il sortit le collier pour l'observer et posa la statuette sur une étagère avec sa collection de vinyles, déjà oubliée. Son attention revint au cadeau de sa mère. Le pendentif était éclatant et l'or sans défaut, il se félicita de l'affaire qu'il venait de faire et si le vieux chinois avait décidé de lui offrir une statuette, qui était-il pour s'en plaindre ?


Le sourire ravi de sa mère lorsqu'elle déballa son cadeau ne fit que confirmer que Colin était un génie qui s'ignore. Du moins, c'était son avis. Le week-end à Santa Barbara était également une excellente idée, dont son père s'attribua tout le mérite, mais Colin ne fit qu'échanger un regard entendu avec lui derrière le dos de sa mère. Son père lui offrit un sourire contrit, qui disparut dès que sa mère reporta son attention sur eux. Colin se contenta de secouer la tête avec un air amusé.

Le déjeuner se passa tranquillement, entre les discussions sur l'émission de Colin, sur le mariage de la fille des voisins et celles sur les parties de Bridge de sa mère.

Colin quitta ses parents plus tard dans l'après-midi et rentra chez lui.

Il venait de passer la porte de son appartement lorsque Richard apparut derrière lui, s'invitant avant même qu'il ait pu fermer la porte. Colin le laissa entrer avec une mine exaspérée.

- Il y a une raison pour laquelle tu es torse nu ? demanda-t-il en entrant dans le salon.

- Plus de t-shirt, répondit Richard qui s'étalait déjà dans le canapé. Ça fait trois jours que je ne t'ai pas vu.

Le ton de reproche amusa Colin qui préféra en rire plutôt que de lui rappeler qu'ils n'étaient même pas amis.

- Je t'ai manqué ? lança-t-il.

Richard l'observa un instant avant de hausser les épaules et d'allumer la télé. Il déplia ses longues jambes moulées de jeans sur la table basse et étira ses bras nus au-dessus de sa tête, les laissant reposer sur le dossier du canapé, étalant les muscles de son torse. Colin essaya de ne pas penser à son propre torse, trop pâle et trop maigre. Il préféra ignorer Richard et s'installa à son bureau, allumant son ordinateur.

Il s'estima heureux lorsque Richard resta tranquillement devant la télé, l'ignorant en retour. Ça ne prit qu'un quart d'heure avant qu'il ne sente une présence derrière lui. Lorsqu'il se retourna, il trouva Richard penché sur son épaule à épier son écran, ses cheveux noirs tombaient sur ses yeux tout aussi sombres.

Colin lui lança un regard meurtrier et l'autre se contenta de le fixer comme s'il exagérait. Finalement, lorsqu'il ouvrit la bouche, Colin eut envie de claquer sa tête sur son clavier.

- T'as des chips ?

- Non, soupira Colin, va en chercher chez toi !

- J'en ai pas non plus. Je vais aller en acheter, je reviens.

Richard avança jusqu'à la porte avant de s'arrêter pour se tourner vers Colin : « t'as pas un t-shirt ? »

Pourquoi ? pensa Colin. Pourquoi Dieu lui en voulait-il autant ?

Richard squatta pour le reste du week-end et comme prévu, Emilia vint elle aussi le dimanche. Ils passèrent l'après-midi à ne rien faire, regardant des DVD et lorsqu'Emilia se plaignit qu'il leur manquait toujours une quatrième personne pour jouer au poker, Richard proposa d'inviter madame Harris du Troisième.

Mauvaise idée s'il en était puisque la dernière fois qu'ils l'avaient invitée, elle avait passé son temps à lorgner sur Richard – il portait pourtant un t-shirt ce jour-là.

Ils abandonnèrent donc l'idée et se replièrent sur Mario Kart. Sans surprise, Colin gagna à tous les coups, et les autres l'accusèrent de tricherie. Colin se demanda vaguement quand sa vie sociale était devenue un trio de presque trentenaires qui se battaient pour un jeu vidéo. Mais finalement, alors qu'il préparait des Mojitos, il jeta un œil à Emilia et Richard qui le conspuaient depuis le salon et il sourit pour lui-même. Ça aurait pu être pire.

- Il y a une raison pour laquelle tu as des moustaches de chat dessinées sur le visage ? demanda Colin lorsque Richard s'invita chez lui le vendredi suivant.

- J'ai fait du baby-sitting pour ma sœur.

Haussant les épaules, Colin le laissa entrer, vaincu d'avance. Richard s'installa dans le canapé, avant de relever la tête vers lui.

- J'ai invité Emilia.

- Quoi ? souffla Colin, pas certain d'avoir bien compris.

- Elle m'a envoyé un message pour savoir ce qu'on faisait ce soir, je lui ai dit qu'en général on commandait des pizzas le vendredi et j'ai ajouté qu'elle était la bienvenue.

- Richard ! gronda-t-il exaspéré. Tu t'invites déjà chez moi sans arrêt, maintenant tu invites les autres aussi ?

- Je croyais que tu serais content, désolé. Je ne la drague pas, si c'est ce qui t'inquiète.

Richard avait l'air d'un gosse pris en faute, ce qui était quelque chose sur son visage de Satan aux moustaches de chat. Colin se pinça l'arête du nez et se força à respirer avant de répondre :

- Là n'est pas la question, on n'invite pas des gens chez les autres.

Richard se contenta de hausser les épaules, comme il le faisait toujours.

- Trois Fromages ? répondit le squatteur en prenant le téléphone pour commander les pizzas.

- Oui, soupira-t-il vaincu.


Il commençait déjà à être tard lorsque les pizzas furent enfin livrées. Colin tenta de ne pas éclater de rire en entendant Richard demander au livreur s'il les faisait venir directement d'Italie ou s'ils étaient juste très lents. Ça pouvait être amusant de voir le sans-gêne de Richard à l'œuvre quand ce n'était pas lui qui en faisait les frais. Colin pensa que lui aussi s'il était aussi intimidant et baraqué que Richard, il se permettrait sûrement d'être un foutu connard.

Ils s'installèrent tous les trois dans le salon, Colin vit Richard lancer des regards dans la direction du canapé qu'il partageait avec Emilia, comme s'il savait quelque chose de plus que lui, mais il ne s'arrêta pas à se demander ce que ça pouvait être. S'il commençait à vouloir décortiquer l'énigme qu'était Richard, il n'en aurait pas fini de si tôt.

Les pizzas étaient déjà oubliées et les cartons jetés, le trio était étalé devant la télé, lorsque des craquements commencèrent à se faire entendre. Emilia était endormie sur le canapé et ne se réveilla pas pour si peu. Richard et Colin échangèrent un regard avant de se retourner vers l'étagère de laquelle provenaient les craquements de plus en plus forts.

Colin resta bouche bée. La statuette de bronze que lui avait refilée le vieux chinois bougeait toute seule, glissant sur l'étagère comme si elle voulait s'échapper. Lorsqu'elle s'illumina, Richard se leva pour se placer devant Colin qui s'était mis debout sans même s'en rendre compte. Ce dernier s'accrocha inconsciemment au pull gris de son voisin. Ses yeux restaient fixés sur la statuette.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Emilia d'une voix encore endormie.

Les craquements étaient maintenant assez forts pour la réveiller. Elle se leva lorsqu'aucun des deux hommes ne prit la peine de lui répondre. Elle vint se placer derrière Richard elle aussi, à côté de Colin.

Ils étaient figés. La statuette s'arrêta tout à coup de bouger, mais la lumière blanche devint aveuglante. Ils durent fermer les yeux. Colin entendit Richard jurer tout bas, sa collection de vinyle s'écrasa au sol avec l'étagère. Lorsque la lumière se dissipa, ils virent un homme qui se tenait à la place de la statuette – Un homme qui ressemblait étrangement à celui qui avait dû servir de modèle pour faire ladite statuette. Il avait le crâne rasé, était un peu plus petit que Richard, mais plus musclé, sa peau basanée était couverte de marques. Il portait une tenue qui ressemblait à celles des gladiateurs romains. Il les observa l'un après l'autre de son regard brun aiguisé.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Qui êtes-vous ? demanda Colin d'une voix qu'il ne reconnaissait même pas.

Les yeux de l'homme se posèrent sur lui et Colin s'accrocha plus fort au pull de Richard.

- Je suis Elyan, répondit l'homme d'une voix grave en pliant et dépliant ses doigts comme pour les dégourdir. Il y a presque deux mille ans que je suis prisonnier, mais la nouvelle lune m'a libéré de nouveau.

- Ouais, répondit Richard, bien sûr, ça m'arrive tout le temps. La semaine dernière j'étais dans une peinture…

- Je suis le plus grand soldat de la garde Perse. Elyan le Grand.

- Et ça se la pète en plus.

Colin ne savait même pas quoi dire ou quoi faire. Emilia émettait des sons de détresse à côté de lui, il aurait certainement dû la rassurer, mais il ne trouvait pas le moyen de faire fonctionner son corps, il restait fixé sur cet homme/statue. Il venait de se transformer devant leurs yeux, mais il ne parvenait pas à se dire que cela pouvait vraiment arriver. Ça devait être une blague, un genre très élaboré, mais une blague quand-même. Il aurait pu penser que c'était orchestré par Richard, si sa face de Satan n'était pas si contractée. Il restait devant eux, comme pour les protéger et Colin était trop content de se planquer derrière ses larges épaules. Pour une fois, il était heureux que son voisin se soit incrusté chez lui.

Il parvint à se reprendre, juste assez pour passer un bras autour des épaules d'Emilia pour la calmer. Elle vint immédiatement se réfugier contre son flanc.

- Nous nous apprêtions à annexer l'empire Parthes lorsque la malédiction me frappa.

- Quoi ? demanda Colin.

- On m'a condamné par la magie à rester statue. On m'a jugé prétentieux et indigne.

- Je vois vraiment pas pourquoi, ironisa Richard.

- Ric ! le réprimanda Emilia d'une petite voix effrayée.

Richard lança un regard à la jeune femme, semblant demander ce qu'il avait pu faire de mal. Il fronça les sourcils et Colin regarda leur échange, mais ils revinrent tous au soldat lorsqu'il reprit la parole.

- Mais je suis libre à présent. Préparez-moi un bain et des vêtements pour me changer… de la nourriture également et…

- Et quoi ? Tu rêves mon pote. Ce qu'on va faire, c'est que tu vas dégager ton cul de Babalou[6] d'ici avant que je t'étale.

- Je doute que ce soit possible, répondit le soldat. Jusqu'à la prochaine lune noire, vous serez mes servants. Vous devrez me permettre de briser définitivement la malédiction.

C'est à ce moment précis que Colin s'évanouit.


- Sommes-nous en Perse ? demanda une voix qui parvint à Colin à travers les brumes du réveil.

- Non, répondit Richard. Et crois-moi, tu ne voudrais pas y être actuellement, c'est la merde là-bas.

- C'est où ? demanda Emilia.

S'il s'étonna que des gens soient chez lui pendant son sommeil, cela ne poussa pas pour autant Colin à ouvrir les yeux. Il pensa simplement que ça ne le surprenait pas que Richard fasse partie de ces squatteurs nocturnes.

- En Iran, répondit Richard.

- Oh.

- Qu'est-il arrivé à la Perse ?

- Oh, trop de choses ! On te filera des bouquins pour te mettre à jour.

Colin ouvrit lentement les yeux, il était allongé sur le canapé, ses pieds étaient posés sur les genoux d'Emilia. Richard était dans un des deux fauteuils, et un homme inconnu se trouvait dans celui qui lui faisait face. Tout lui revint en mémoire et il se sentit con. Il venait de s'évanouir comme une gamine trop émotive. C'était la fatigue, oui voilà, la fatigue, le surmenage ou un autre truc très viril, mais pas le choc de voir une statuette refilée par un vieux chinois se transformer en soldat perse, non.

- Comment ça se fait que tu saches parler notre langue ? demanda Richard plus curieux qu'intimidé.

- J'ai longtemps fait partie d'une collection de musée, jusqu'à ce qu'on me vole. J'entendais les gens parler.

- Attends, tu veux dire que tu étais conscient pendant tout ce temps ?

- Oui.

- Dur !

Le regard de Colin passa de l'un à l'autre et il se demanda comment ils en étaient venus à se faire tranquillement la conversation.

- Ric ? demanda-t-il.

Le regard de Richard se posa sur lui et il vint s'agenouiller devant le canapé en lui accordant un sourire attendri.

- Hey, mon pote, t'es réveillé.

Colin hocha simplement la tête, ne relevant pas le 'mon pote'.

- Bon, je vais rentrer chez moi alors, conclut Emilia en soulevant les pieds de Colin pour se lever, je te laisse avec ton soldat Perse et ton voisin tueur à gage.

Colin pouffa parce que c'était lui qui avait fourré l'idée de tueur à gage dans la tête d'Emilia. En voyant Richard, on pouvait y croire.

- Où puis-je me reposer ? demanda le soldat à Emilia comme si c'était à elle de le lui indiquer.

- Qu'il prenne ma chambre, grogna Colin.

Emilia l'y conduisit avant de les saluer une dernière fois, puis elle quitta cet appartement de fou avec la conviction que tout irait mieux après une nuit de sommeil.

- Qu'est-ce qu'il attend de nous ? demanda Colin à voix basse.

Il se releva et laissa Richard s'installer à côté de lui afin de pouvoir comploter.

- Je ne sais pas trop, il a dit qu'il n'avait qu'un mois avant de redevenir une statue et qu'il devait prouver avoir du cœur pour éviter que cela n'arrive.

- Comme adopter un chaton ?

- Je sais pas, avoua Richard visiblement amusé à l'idée.

- Comment c'est possible ce qui vient de se passer ? Pourquoi tu ne paniques pas ? Qu'est-ce qu'on va faire ?

Colin avait parfaitement conscience de recommencer à paniquer – sa respiration de plus en plus difficile n'en était qu'un exemple - mais il n'y pouvait rien, ce n'était que la conséquence logique de cette soirée.

- Chut, fit l'autre homme en pressant ses épaules d'une main ferme. Calme-toi. Je ne sais pas comment c'est possible, mais je sais ce que j'ai vu et je sais que je ne suis pas fou. C'est de la magie, malédiction, appelle ça comme tu veux, ça ne change rien et péter les plombs ne changera rien non plus. Alors on se calme et on attend la prochaine lune noire pour voir ce qui se passe.

- Le vieux chinois, se rappela Colin, il voulait absolument me refourguer cette statuette et il paraissait paniqué. Il faut qu'on aille le voir.

- Ok, répondit Richard comme s'il parlait à un enfant. Dors un peu, et on gérera ça demain. Il n'y a pas grand-chose qu'on puisse faire à cette heure-ci.

Colin hocha docilement la tête.

- Est-ce que ça va aller si je m'en vais ?

Pour la première fois, il aurait préféré que son voisin trop envahissant reste un peu plus longtemps, cependant, il hocha à nouveau la tête.


Fermé. Colin sentit la crise de nerfs approcher dangereusement. Depuis qu'il s'était réveillé, Elyan ne faisait que poser des questions ou donner des ordres. Il était persuadé que Colin devait être son servant parce qu'il était « le plus grand soldat Perse ».

Il avait dû attendre que Richard vienne vers midi pour qu'il rappelle à 'Elyan Le Grand' que Colin pouvait le foutre dehors et que dans ce cas de figure, il n'aurait qu'à se démerder tout seul pour ne pas redevenir une figurine de décoration. Pourquoi Colin n'avait pas pensé à utiliser les menaces pour le faire taire ? Aucune idée.

A présent, ils étaient tous les trois à Chinatown et la boutique du vieux chinois était fermée. Il semblerait que le propriétaire ait décidé de partir pour des vacances précipitées.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Colin en se tournant vers les deux autres hommes.

Richard haussa les épaules – chose qu'il faisait bien trop souvent. Elyan semblait quant à lui réfléchir pour savoir s'il devait proposer les différentes requêtes qu'il avait, ou s'il devait se taire de peur que Richard ne s'en mêle. Elyan semblait déjà plus humain aujourd'hui. Colin avait rappelé à son voisin d'apporter des vêtements en venant parce que ceux de Colin seraient bien trop serrés sur lui. Il avait toujours le même air farouche, mais il était moins terrifiant dans un jeans et un t-shirt.

- Tout ce qu'on peut faire pour l'instant, c'est rentrer et peut-être faire quelques recherches sur notre ami ici présent, répondit finalement Richard.

- Quand votre servante reviendra-t-elle ? demanda soudain Elyan.

- Servante ? s'étonna le brun.

- Emilia, clarifia Colin. Ce n'est pas ma servante ! C'est une collègue. On n'a pas de servantes.

- Dans ce cas, qui s'occupe de votre maisonnée ?

- On s'en charge tous seuls, mon vieux.

Le regard qu'Elyan leur lança n'était pas convaincu.


- Il y a une raison pour laquelle tu as un chaton dans les bras ? questionna Colin lorsqu'il ouvrit la porte pour voir l'autre homme sourire à la boule de poil ronronnante qu'il tenait contre son torse.

- C'est toi qui l'as suggéré, lui rappela Richard.

Colin jugea inutile de préciser qu'il plaisantait.

Richard entra et appela Elyan qui s'était enfermé dans la chambre. Dès qu'il en sortit, le brun lui colla le chaton dans les bras et devant son air interrogateur lui expliqua qu'il serait maintenant de son devoir de prendre soin de la petite bête.

La veille, ils avaient effectués quelques recherches et étaient parvenus à tirer des informations du soldat récalcitrant.

Ce crétin avait défié des créatures puissantes avec son arrogance et maintenant il avait moins d'un mois pour sauver sa peau avant que son état de statue ne redevienne d'actualité.

Le chaton se réveilla au changement de bras, mais ne sembla pas être contrarié. Il reprit aussitôt sa sieste.

- Qu'est-ce qui arrivera si on parvient à empêcher le retour de ta malédiction ?

- Je serai rendu à mon époque, je suppose. Ou alors, je resterai et devrai m'adapter.

Colin se figea, imaginant le soldat rester chez lui pendant plus d'un mois. Non, non, il préférait encore vivre avec Richard. Il mangeait comme deux et était sans gêne, mais il avait au moins le sens de l'humour, il s'inquiétait de lui et il payait les pizzas le vendredi soir.

- S'il reste, je viens vivre avec toi, murmura Colin à l'oreille de son voisin.

Ce dernier lui accorda un sourire et un hochement de tête.


Elyan se réveilla et se rendit au salon dans lequel Colin était encore endormi. Il avait travaillé la nuit précédente et avait expressément demandé de ne pas le réveiller. Richard n'était plus là, il avait dû partir au retour de Colin. Pour la première fois, personne n'était disponible pour servir un café à Elyan.

Il se rendit à la cuisine, espérant trouver un reste au moins, mais ne trouvant rien, il décida de sortir. Ce n'est qu'une fois dans le couloir qu'il comprit son erreur : il n'avait aucune idée d'où pouvait se trouver l'appartement de Richard.

Il prit un escalier, mais cela le mena dans la rue. Il pouvait bien se promener, il retrouverait surement son chemin plus tard.

Le plus difficile était de s'habituer aux bruits. Les rues étaient en pentes raides et des véhicules passaient attachés à des fils, comme des marionnettes ridicules. Colin lui avait expliqué qu'il s'agissait de Tramway et Elyan décida que le nom était tout aussi ridicule que la chose.

Ce nouveau monde ne lui disait rien qui vaille. Il avait cru tout voir et tout comprendre en observant le monde évoluer à travers les yeux de la statuette, mais il s'était trompé. Le vivre était différent.

Il n'était pas à sa place ici, mais le serait-il encore dans son monde alors qu'il avait déjà vécu – bien que passivement – presque deux mille ans d'évolution.

Il n'en avait aucune idée. Peut-être que le mieux était de redevenir statue et de voir ce qui arrivera dans les mille prochaines années. Peut-être pourrait-il à nouveau avoir des servants, parce que Colin et Ric étaient décevants et la femme n'était même pas revenue depuis leur première rencontre.

Dommage, elle était belle. Elyan n'aurait rien eu contre le fait de passer une soirée à ses côtés. Bien sûr, elle n'était pas de noble lignée, mais ses traits doux et son teint mat pouvait faire penser aux beautés Perses.

Elyan marchait sans vraiment réfléchir lorsqu'une main se saisit de son bras.

-Est-ce que Colin sait que vous vous baladez en ville, en pyjama ?

Tiens, la chance était peut-être de son côté aujourd'hui.

- Bonjour Emilia, répondit-il avec un sourire, omettant de répondre à la question qui lui était posée.

Elle se figea lorsqu'il prononça son prénom, mais Elyan chercha rapidement une raison qui la forcerait à l'accompagner.

- J'ai peur de m'être perdu, ajouta-t-il après un instant.

Comme il s'y attendait, un éclair de compassion passa sur le visage de la jeune femme changeant son expression pour une version plus douce.

- Oh, oui, je vais vous ramener. Ça ne doit pas être évident de vous adapter.

- Non, souffla-t-il. Colin et Ric ne sont pas d'un grand secours.

C'était un mensonge, mais elle semblait être le genre de personne à vouloir aider à tout prix ceux qui en avaient besoin. Il l'entendit rager pour elle-même à propos des gamins qui ne savaient même pas gérer leurs figurines magiques, mais elle lui accorda un sourire et il décida de voir ça comme une victoire.


[1] Chanteur, auteur-compositeur et guitariste du groupe Green Day.

[2] Référence au seigneur des Anneaux de JRR Tolkien

[3] Formule d'attraction utilisée par les sorciers dans l'univers Harry Potter de JK Rowling.

[4] Personnage de la saga Star Wars de Georges Lucas.

[5] Taverne citée dans la Communauté de L'anneau de JRR Tokien.

[6] Dessin animé de 1996 où les objets du quotidien prennent vie à la nuit tombée.