Un seul faux pas.

Une seule pensée qui précède l'horreur.

Une horrible et poignante angoisse naît à l'intérieur du corps.

Une seconde pour que les événements se précipitent et que les émotions noient la raison.

Et la nourriture, abjecte en ce moment précis, était propulsée à un rythme machinal dans ce corps insatiable, mais les calories ne suffisaient pas à combler le vide qui grandissait sans arrêt dans celui-ci. Il en voulait plus. La fébrilité qui l'habitait dépassait les limites de la raison. Le corps était régi par le chaos. Il se sentait abasourdi, il voulait couper court à sa folie passagère. Il voulait plonger dans la plus profonde des abysses.

Et soudainement, ce fut le déclic.

L'émoi qui avait tenu le corps prisonnier pendant ces quelques minutes venait de le quitter, laissant place à la pire des horreurs et à la sensation abominable de surcharge pondérale. Cette grotesque mascarade avait bien trop durée. Il fallait se purger, se purifier.

Il y avait tant de raisons qui pourraient empêcher la raison de livrer le corps à cet exercice hargneux. Mais les conséquences étaient immédiates : si le corps n'était pas purgé, la raison ne pourrait regagner le contrôle du corps. Il fallait lui inculquer une leçon pour que cela n'arrive plus, car le corps est un amas de tissus graisseux et de sensations odieuses.

Il sera son propre geôlier pour ses péchés commis. À genoux devant la cuvette. Un doigt dans la gorge. Le réflexe se déclenchera bien, le corps est soumis. La pourriture s'écoule, et l'acide emplit la bouche. Pendant un moment, la raison se dit que c'est peut-être dangereux, que l'érosion des dents devient coûteuse, que des déficits en électrolytes peuvent mettre le corps en danger et sa propre existence de ce fait, que le corps se met naturellement en déséquilibre pour contrer les effets néfastes que cet acte a sur lui-même… et que peut-être, ce n'est pas la solution? Mais on s'en fout! Si on ne purge pas, il n'y a pas de contrôle, n'est-ce pas? Il faut contrôler ce corps, la raison est maîtresse et le corps, sujet aux émotions, est esclave! Il aimerait y croire, mais à chaque fois, il doute de sa supériorité, en particulier lorsque le corps est lamentable, le poignet dégoulinant de vomi, le visage bouffi et les yeux emplis d'eau.

Mais il n'y a pas de choix. Ici, la raison se bat pour sa liberté d'expression. Pourquoi est-ce que le corps ne peut-il pas comprendre que les émotions ne sont pas raisonnables et que la faim n'est qu'une sensation? Aurait-il oublié de l'aider à accomplir son but? Pourquoi est-ce qu'il échoue sans cesse?

Le corps fut épris de sanglots.

Il voulait être libre.