La Sorcière


J'ai entendu son appel. Il sent qu'il va mourir, et veut me revoir une dernière fois avant de passer de vie à trépas. Je presse le pas, espérant ne pas arriver trop tard. Mais dans mon cœur, un pincement, une douleur. Cette petite voix qui me dit que la distance est trop longue, que je n'arriverai pas à temps. Si seulement je pouvais utiliser la magie... Mais non, je ne dois pas être repérée, je ne peux que marcher. Mon heure n'est pas encore venue, je ne peux pas être découverte. Alors je me presse, j'avance aussi vite qu'il me l'est possible, pour rejoindre mon ami, même si je sais ne pas pouvoir y arriver à temps. Mon cœur bat la chamade, je me sens mal. J'ai peur. J'ai beau presser le pas, le château ne se rapproche pas.

Et au fond de moi, je sais qu'il est déjà trop tard.

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J'arrive, et je n'ai que le temps de voir le dernier coup, mortel. La tête de mon ami tombe, et j'ai l'impression de mourir aussi. Le prince lâche son épée ensanglantée, la jetant loin de lui, avant de verser des larmes. Il se dirige vers la princesse qui pleure elle aussi. Ils n'échangent pas un mot. Il la prend dans ses bras et s'en va ainsi, sans regarder derrière lui. Sans récupérer son épée, trophée de sa victoire, preuve de sa bravoure, de son courage. Et je n'arrive pas à pleurer. La seule larme qui réussit à tomber me brûle la peau.

Et eux, pourquoi ces larmes ? Cela était nécessaire...

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Je caresse une dernière fois les écailles de mon ancien confident. Il a tant fait pour moi... Je n'ai pas eu le temps de lui dire au revoir. Pas de fin heureuse pour nous, c'est ainsi que cela doit être. Mais après tout ce que nous avons vécu ensemble et tout ce qu'il a fait pour moi, je ne peux pas le laisser ainsi. Je ne supporte pas de voir son corps au sol, sans sépulture. Il n'en aurait pas voulu, mais j'en ai besoin. Je dois l'honorer, le remercier. Parce que personne d'autre ne le fera. Mon adieu au seul être qui me comprenait. Je rassemble tout, y compris l'épée du prince, près de son corps. Le silence est effroyable aussi bien dans le château que dans mon cœur. Est-ce que cet endroit a toujours été aussi grand ? Je lève mon bâton et j'allume un feu.

Et je le vois partir alors que je dois rester.


Deux ans de passés. Et de leur détresse commune est née une princesse. C'est donc à mon tour d'entrer en scène pour que tout reprenne son cours. Elle aussi est condamné au bonheur. Parce que c'est ainsi que cela doit être, et pas autrement. Elle est princesse, et c'est là aussi bien sa bénédiction que son supplice. Je m'en vais donc lui rendre mes hommages et la préparer à sa vie future. Je me condamne à mon tour, mais c'est ainsi. Un prince viendra la délivrer. Me tuer. Et je pourrai enfin quitter ce cercle infernal. Je pourrai enfin rejoindre mon ami. Je pourrai enfin briser mes fers.

J'ai enduré tout cela trop longtemps.

À cause du conte.