Anguille

Le coup me vient comme un choc.
Le cœur compressé d'épingles,
je ne peux que demander au Roc
si l'anguille sourit encore sous ses angles.

Je me rappelle les premiers jours de nôtre mal ;
le réconfort des bras après la maladresse des mains,
pardon à chaque cri, mouchoir au verset lacrymal...

L'amour n'avait encore cédé la place au rite malin.

A l'époque où l'anguille nageait, les miroirs riaient.
L'époque où le Roc n'était Volcan, ni les lèvres scellées.
Mais Bonheur conjugué ne suffit plus à faire briller...

« Si seulement au présent » se lamente mon esprit fêlé.

L'encre bleue s'étale sur ma peau,
me sermonnant d'une même rengaine,
la foi croît, malgré la fausseté des mots,
sur le parchemin à la pâleur malsaine.

Face à sa douleur et ses dires, je me résignais.
Crédule, jamais ne me vint la pensée de m'enfuir.
Mais si sous ses brèches n'habitait nul être à soigner,
de son poing ou de mon abus, lequel fut le pire ?

Le malheur, bourgeonnant au bord d'un faussé
couvert de fleurs mortes, dit « Confiancée dérape ! »
et tandis que ses racines fissuraient mon être blessé,
prisonnière de silence, je méditais la faute de frappe.

Les coups pleuvent avec hargne.
Sur le parchemin, un cœur éclaté.
Je ne peux que demander à la Montagne
si l'anguille existe encore sous sa cruauté.


J'aime bien Le Vent Nous Portera, de Noir Désir, ça va bien avec l'insomnie. Les mots aussi viennent avec l'insomnie, et parfois je me dit "Ah, si seulement tu savais dormir au lieu de savoir écrire..."

Inspiration et sucette au piment,

Plew A.E