Chapitre premier

- Je suis très heureuse.

Dit une femme confortablement assise dans un fauteuil marron aux accoudoirs rembourrés. Faisant revenir une mèche rousse et rebelle derrière l'une de ses oreilles, l'occupante des lieux semble savourer ce moment important. Un verre de vin rouge dans la main droite, la femme poursuit sa conversation. Néanmoins, personne ne se tient dans l'un des coins du bureau. D'ailleurs, celui-ci est bénéficie de l'éclairage de la pleine lune et l'astre règne en maîtresse absolue au sein de cette nuit sombre.

- Surtout, poursuivez vos enquêtes respectives et tenez-moi au courant s'il y a du changement.

- Entendu Christine, résonne une autre voix féminine, sortant d'un téléphone à émetteur, posé à l'autre bout de la pièce.

- Merci à toi Sabine.

Et c'est sur ces mots que la conversation se termine.

Dans une rue résidentielle, une voiture s'engage sur l'allée d'une propriété. Une fois que le véhicule s'immobilise devant la porte fermée du garage, la porte du conducteur s'ouvre sur une très belle femme asiatique. Revêtue d'un tailleur noir, la demoiselle s'assure qu'il est parfaitement ajusté, une fois descendue de voiture.

- Comme cela fait du bien de se dégourdir les jambes, s'exclame-t-elle.

- Il faut surtout se dire que c'est ton dernier voyage.

A ce moment, une autre femme se glisse à l'arrière de la voiture afin d'ouvrir le coffre. Alors que la première a les cheveux noirs coupés à la garçonne, la seconde présente une belle crinière châtain. Lorsque cette dernière passe devant l'asiatique, portant deux valises plutôt lourde, elle rajoute :

- Par contre, si tu pouvais m'aider Tania.

- Oh ! Comme si la concernée était revenue sur Terre après un bref moment d'égarement. Excuse-moi !

Tania se rapproche de son amie après s'être assurée que sa voiture était bien fermée. Ensuite, la conductrice s'empare de l'une des valises avant de marcher vers la porte d'entrée de la maison. Tout en cherchant ses clefs dans ses poches de veston, l'asiatique tourne sa tête vers sa droite et remarque un détail. Aussitôt, son attention se porte sur ce dernier, s'agissant d'un jeune voisin, sorti prendre l'air sur le perron.

- Bonsoir.

- Bonsoir, répond-il.

Ce jeune homme vient tout juste de sortir de l'enfance et vient à peine d'entrer dans celui des adultes. Sa chevelure est blonde et courte tandis que le garçon porte juste un caleçon blanc et une chemise foncée.

- Je suis votre nouvelle voisine, je me nomme Tania.

- Garett.

- Ravie de faire ta connaissance.

- Moi de même.

- Bon Tania, tu as fini de draguer ton voisin, râle fortement son amie qui attend toujours l'ouverture de la porte.

- C'est bon, t'énerve pas.

Tania trouve enfin ses clefs et quelques secondes plus tard, elle est dans la maison. Toutefois, son amie ne l'a suit pas, préférant s'adresser au voisin.

- Je te prie de bien vouloir accepter mes excuses suite à l'attitude de mon amie. Elle a le bas-ventre qui la chatouille et dans ce domaine, si elle n'a pas sa dose quotidienne, ben elle drague tous les…

- Tu tiens à la vie ou tu veux que je m'en charge ? Hurle une voix à l'intérieure de la demeure.

- Pardon, dit-elle sur un ton chantant.

Une fois à l'intérieur, l'amie de Tania reste sous le choc.

- Putain Tania, il est trop canon ton voisin.

- Ouais, si l'on veut. Disons que j'ai été obligé de dire ça.

La femme aux cheveux longs quitte enfin la porte et se tourne vers son hôtesse.

- Ta patronne ? Dit-elle en passant devant.

- Oui.

- Pourquoi tes ordres sont si différents des miens ? Nous avons le même boulot pourtant.

Chapitre deuxième.

Le soleil commence à se lever pour la rue des peupliers. Alors que le livreur de journaux disparaît au loin, monté sur son vélo, Garett s'assoit sur le bord de son perron. Une tasse de café à la main, le jeune homme se réveille doucement. Portant un jeans et un sweat blanc, l'habitant de la rue se demande de quelle façon va se remplir cette nouvelle journée. Tout à coup, un autre jeune adulte passe devant sa propriété. Celui-ci porte un pantacourt marron et un tee-shirt beaucoup plus clair. Une casquette rouge et posé à l'envers sur la tête, l'homme s'arrête sur le bout de l'allée lorsqu'il remarque son spectateur.

- Bonsoir Garett.

- Bonsoir Mathieu. Prêt pour cette nouvelle rentrée ?

- Comme tu peux le voir.

A ce moment, Garett sourit avant de poursuivre.

- Pourtant, à te voir ainsi, on ne se doute pas que tu vas en cours.

- Ha bon ?

- Ben ouais. Je ne vois pas de sac sur ton dos.

Comme pour vérifier les dires de Garett, Mathieu porte ses mains à son dos et se rend compte qu'il a oublié quelque chose.

- Merde, mon sac !

Alors que celui installé sur le perron rigole, le distrait fait demi-tour pour retourner chez lui.

Pendant ce temps, Tania et son amie dorment tranquillement dans des fauteuils noirs. Ces derniers ont été posé dans le salon et c'est la lumière du soleil qui réveille les femmes.

- Quel heure est-il ?

- Il est six heure Marie.

- Merci. Je vais nous préparer du café.

Marie se lève de son fauteuil et quitte la pièce au profit de la cuisine. Pendant ce temps, Tania quitte son siège pour s'approcher de la table basse en verre du salon. Se posant sur le canapé crème qui se trouve devant, la femme ouvre son ordinateur portable et l'allume. Celui-ci affiche un petit fichier qui sert d'unique icône sur le bureau et c'est à ce que moment que Marie revient de la cuisine. Bien sûr, la femme tient un plateau dans ses mains et sur ce dernier, deux tasses de café.

- Sur quel dossier travailles-tu en ce moment ?

- Une affaire qui remonte à quelques années.

- Vraiment ? Je te souhaite bonne chance.

Alors que Marie pose le plateau sur la table basse et fait le service, Tania consulte l'affaire sur laquelle elle travaille en ce moment.

Dans une pièce plongée dans l'obscurité, une table en chêne rectangulaire trône en son centre et est éclairée. Au bout de ce meuble se tient une femme blonde dont les cheveux sont tirés en arrière pour former une queue de cheval.

- Je vous annonce que le quinzième membre arrivera dans quelques heures.

- Voilà qui est bon à savoir, s'exprime l'unique homme assit autour de la table. Ce dernier a les cheveux roux et coupés plutôt court.

- Cela veut dire que Tania est enfin entrée en contact avec lui ? S'inquiète une seconde femme blonde, près du mobilier éclairé.

- Oui, reste à le mettre devant le fait accompli.

- Et vous pensez qu'elle va réussir ? Demande une autre voix féminine.

- Bien sûr, nous ne l'aurons pas envoyé sur le terrain sinon. Bref, maintenant que vous êtes informés de la situation, nous pouvons nous remettre au travail.

Rapidement, les membres qui se trouvaient autour de la table disparaissent dans l'obscurité. Aussitôt, la photo d'un jeune garçon s'affiche sur l'un des murs de la pièce et celui-ci porte un signe astrologique sur le front. Toutefois, le symbole a été fait dans la chair.

Chapitre troisième.

Il est déjà neuf heures du matin lorsque Garett sort de chez lui pour chercher son courrier. Dès qu'il arrive devant sa boîte, il voit Tania sortir de chez elle, une pochette bleue dans les bras. Lorsqu'elle arrive au bout de son allée, sa chemise tombe sur le sol, laissant échapper quelques documents. Serviable, Garett va à sa rescousse et l'aide à rassembler ses papiers. Parmi ces derniers, le jeune homme tombe sur une photo étrange. En effet, celle-ci présente un enfant les yeux clos, dans un état lamentable, un signe astrologique creusé dans le front.

- Navrée mais tu n'es pas censé voir ça.

Tania lui arrache la photo des mains et s'empresse de la ranger dans son dossier lorsque les deux personnes se lèvent, Garett devient de suite curieux.

- Tu es flic ?

- Pas encore, lui répond-elle.

- Dans ce cas, comment se fait-il que tu te promènes avec ce genre de dossier ?

- C'est un exercice pour mes cours, espèce d'abruti.

Tania regrette aussitôt le dernier mot qu'elle vient de prononcer. Rapidement, la jeune femme tente de se montrer plus détendue.

- Désolée. Les professeurs me mettent la pression car je suis le meilleur élément de…

- Pas grave, l'interrompt son voisin.

- Merci. Tu es étudiant dans quel secteur ?

- Aucun.

- Comment ça ?

- Je me suis déscolarise l'année dernière.

- Heu… J'ignore si je dois dire que c'était la meilleure solution.

- Rassure-toi, je me porte très bien. J'ai ma maison et ma petite entreprise donc, je ne suis pas à plaindre.

- Je vois et c'est une entreprise de quoi que tu as ouvert ?

- Un cabinet de consultations.

A ce moment, de l'interrogation se lit sur le visage de Tania. Alors que Garett allait apporter quelques précisions, son regard se porte au-dessus de l'épaule droit de la femme. Là, il voit le garçon de la photo se tenir au milieu de la route et ce dernier ne semble pas vouloir bouger. Toutefois, le jeune homme poursuit sa conversation avec Tania comme si de rien n'était.

- J'aide les gens à faire leur deuil.

- Et cela rapporte beaucoup ?

- Cela dépend du portefeuille du client. Son prix est généralement le mien.

A cette phrase, l'asiatique sourit avant de se rendre compte que l'homme observe autre chose. Intriguée, elle se retourne pour savoir ce qui se passe. Au bout de cinq secondes, elle se place correctement pour questionner celui qui se tient devant elle.

- Un souci ?

Brutalement, l'enfant disparaît de la route pour se montrer près du couple.

- Elle aussi peut me voir.

- Quoi ? S'étonne Garett.

- Pardon ? Feint Tania.

- Dis-lui que Stéphane est là, informe la jeune victime.

Garett décide de délaisser la femme afin de s'intéresser davantage à l'enfant. Pendant ce temps, Tania ouvre son dossier et tente de trouver un document.

- Et tu as quel âge Stéphane ?

- Sept ans.

- J'ai affaire à un grand garçon si j'ai bien compris ?

- Oui.

- Tu ne te nommes pas Stéphane mais Daniel.

Tania se tourne vers l'enfant et lui montre un document. Sur celui-ci, une photo du gamin suivie de quelques lignes. L'asiatique prouve également qu'elle peut voir l'âme errante.

- Daniel, d'où viens-tu ?

- Je ne sais pas.

- Et quelle est la dernière chose dont tu te souviens ?

A cet instant, l'enfant commence à trembler et ses yeux deviennent humides. Tania comprend que quelque chose perturbe l'enfant et tente de changer le sujet de la conversation.

- Et tu sais où tu habites ?

Cette fois, le jeune garçon hoche positivement de la tête.

- Tu penses pouvoir m'y emmener ?

- Oui.

- Et c'est loin d'ici à pied ?

- Non, c'est au bout de la rue.

- Les papillons bleus ?

- Oui.

- C'est quoi « Les papillons bleus » ? Demande Garett.

Pour lui répondre, Tania se tourne vers son voisin et l'enfant en profite pour disparaître.

- C'est le nom de l'orphelinat qui se trouve au bout de cette rue. Cela fait longtemps que vis ici ?

- Je vis dans cette ville depuis ma naissance.

- Et tu ignores le nom de cet orphelinat ?

- Son nom est « Les libellules vertes ».

- Maintenant mais avant…

Garett ignore pourquoi mais son instinct lui dit de se concentrer sur cet orphelinat. Comme pour vérifier cette intuition, le garçon quitte Tania pour se déplacer jusqu'au trottoir. Là, il regarde ce qui se trouve au bout de la rue. Quelques secondes plus tard, sa voisine vient le retrouver.

- Pourquoi m'as-tu menti Tania ?

- A propos de quoi ?

- Au sujet de ta capacité à voir les âmes errantes.

- J'avais peur que tu me prennes pour une folle.

- Je vois et comme tu as pu t'en rendre compte, tu n'es pas seule.

Cette constatation fait plaisir à Tania qui est désormais en proie aux doutes. Celles-ci aimerait parler de son dossier avec celui qui se tient à quelques centimètres d'elle mais la femme n'ose pas. Soudain, les paroles de son supérieur résonnent dans sa tête. Désormais, Tania n'hésite plus.

- Cet enfant que nous avons vu se nomme Daniel mais visiblement, il porte un autre prénom. Je vais devoir découvrir la cause.

- D'accord mais je ne capte pas le rapport avec l'orphelinat.

- Il se nommait « Les papillons bleus » jusqu'aux années 90. Dans cet établissement, il s'y passait des atrocités qui dépassent l'entendement.

- A ce point ?

- Oui. Nous avons nommé ce petit garçon « Miroir ».

- Pourquoi ?

- Il m'est apparu lorsque j'étais dans ma salle de bains.

- Je vois. Pourquoi l'ai-je vu en premier aujourd'hui ?

- Parce que cette histoire te concerne. En tout cas, veux-tu m'aider dans cette enquête ?

- Oui, je veux bien car j'ai besoin de comprendre là.

- Dans ce cas, suis-moi.

Tania quitte le trottoir pour marcher sur l'allée de sa résidence. Curieux de savoir de quoi il retourne, Garett lui emboîte le pas et quelques secondes plus tard, les deux voisins sont dans la maison de la femme. Très vite, celle-ci se glisse dans son salon et va s'installer face à une grande table. Ensuite, Tania ouvre l'ordinateur portable qui s'y trouvait alors que Garett entre dans la pièce. Là, l'asiatique allume son outil de travail tout en composant un numéro sur son téléphone portable. Dès qu'elle enfonce la touche verte de son combiné, la conversation peut démarrer.

- Bonjour Tania, fait une voix masculine.

- Bonjour, j'aurais besoin d'un dossier d'enquête concernant Miroir.

- Tu as perdu le tien ?

- Non mais j'ai trouvé quelqu'un qui peut voir les morts et qui souhaite participer à l'enquête.

- Très bien, je t'envoie un collègue.

- Merci John.

Tania éloigne le téléphone de son oreille et le pose sur la table. Ensuite, elle ouvre un logiciel de son ordinateur et l'affaire « Miroir » se montre sur l'écran.

- Bon, comme tu as été accepté sur cette enquête, je me dois de tout t'apprendre. Première chose à savoir, lorsque nous sommes informés d'un nouvel élément ou d'une interrogation, nous devons le marquer dans le dossier. En l'occurrence, qu'avons-nous appris aujourd'hui ?

- Que ce garçon se trompe sur son prénom.

- C'est exact. Pourquoi ?

Alors qu'elle vient tout juste de poser une nouvelle question à Garett, Tania enregistre l'information dans le dossier de Miroir.

- Je l'ignore, répond le jeune homme. Tu le sais toi ?

- Non et c'est notre nouvel objectif.

A plusieurs kilomètres de là, deux jeunes hommes sont posés sur le sol d'une clairière, occupés à se passer le temps. Le premier, Mehdi, a dix-neuf ans. Il a la peau bronzée, des yeux noisettes et ses cheveux sont particulièrement courts. Il est aussi vêtu d'un tee-shirt marron et un jeans. A ses pieds repose un sac à dos et dans l'une de ses mains, un joint.

- Vas-y comment que je suis dégoûté de reprendre les cours aujourd'hui.

- Tu n'es pas le seul.

Rétorque son ami qui a les cheveux blonds. Lui aussi a la peau de la même teinte que celle de son camarade mais ses yeux sont bleus. Néanmoins, il porte un haut noir à manches courtes et un pantalon tout aussi sombre. Alors que Mehdi tire une latte sur son joint, le garçon ne se doute pas qu'un drôle de phénomène est sur le point de se produire. En effet, près d'un tuyau d'évacuation, le petit Daniel fait son apparition.

- Partez d'ici.

Bien sûr, les deux amis n'entendent pas les paroles de l'enfant et continuent de discuter tranquillement. Voyant que sa demande a été ignoré, l'enfant commence à s'énerver et prononce une nouvelle fois sa recommandation.

- Je vous ai dit de partir d'ici !

Cette fois, les deux jeunes hommes tournent leur tête en direction du tuyau et se posent des questions.

- C'est moi ou j'ai la sensation d'avoir entendu quelque chose ? S'interroge Mehdi.

- J'ai crû la même chose.

Cependant, les jeunes adultes attendent plusieurs secondes pour être sûr que ce n'était pas leur imagination qui leur a joué un tour. D'ailleurs, Mehdi a regardé son joint tout en se demandant s'il débloquait avant de reprendre une nouvelle latte. Une fois qu'ils sont rassurés, le maghrébin tend le joint à Jean qui le prend volontiers. Après avoir tiré une bouffée, l'homme s'adresse à son ami.

- Désolé pour hier soir. Quand je suis déchiré, je dis et fais n'importe quoi.

- T'inquiète, tu m'as filé un sacré coup de mains.

Alors que Mehdi sourit tendrement à son camarade, la colère de Daniel monte.

- Cet endroit est dangereux. Partez d'ici tout de suite !

Suite à ce nouvel ordre, l'enfant libère tellement d'énergie négative que le sol se met à trembler. Désormais, Mehdi et Jean savent bien que cela n'est pas normal et se mettent debout. Encore une fois, ils regardent en direction du tuyau et ont une drôle d'impression.

- Je crois qu'on devrait partir d'ici ?

- Ouais Mehdi.

Aussitôt, les deux hommes désertent l'endroit. Quelques secondes plus tard, le sol cesse de trembler et Daniel disparaît.

Chez Tania, cette dernière éteint son ordinateur portable lorsqu'on sonne à la porte d'entrée.

- Tu peux aller ouvrir Garett ? Je dois chercher la chronologie de l'orphelinat.

- Ouais, pas de soucis.

Le jeune homme quitte la femme pour se rendre dans le hall d'entrée. Dès qu'il ouvre la porte, il tombe nez à nez avec un homme un peu plus âgé. Les cheveux châtains et courts, ses yeux sombres plongent dans ceux de Garett.

- Bonjour, je dois remettre ces documents à Tania.

Rapidement, l'arrivant montre une chemise cartonnée bleue foncée.

- C'est au sujet de l'affaire « Miroir » ? Lui demande Garett.

- Oui. Tu es le petit nouveau qu'elle a recruté ?

- Juste pour cette affaire.

- D'accord.

Le livreur lu remet la chemise avant de prononcer quelques mots.

- Je vais devoir y aller mais content d'avoir fait ta connaissance Garett.

- Heu.. Merci et j'aimerai en dire autant mais j'ignore ton prénom.

- Michael.

En dévoilant son prénom, Michael fait un clin d'oeil à Garett avant de quitter la propriété. Toutefois, sur le trottoir d'en face, un homme vêtu d'un costume gris anthracite observe la scène. Sur l'une de ses oreilles, un téléphone portable.

- Depuis quelques minutes, il y a de plus en plus de mouvements.

Pendant ce temps, Garett est de retour dans le salon de Tania. Cette dernière s'éloigne d'un bureau posé dans un coin de la pièce, avec un curieux ouvrage dans les mains.

- C'était qui ? Demande-t-elle.

- Michael. Il m'a confié mon dossier.

- Super. Il ne te reste plus qu'à te mettre au boulot et suivre ton instinct.

Dans un couloir dont les murs sont tapissés d'un très beau rouge, la femme qui avait présidé la table s'apprête à entrer dans une pièce. Alors qu'elle ouvre la porte, trois personnes viennent la trouver. Parmi ces dernières, la femme présente à l'étrange réunion.

- Michael vient de rentrer, Catherine.

Soudainement, la concernée se tourne vers son interlocutrice.

- Le contact s'est bien passé ?

- D'après notre ami, tout était parfait.

- C'est une bonne chose.

Ensuite, la femme regarde les autres individus et se montre particulièrement froide.

- Et vous ? Que voulez-vous ?

- Nous avons besoin de votre autorisation pour avancer sur nos enquêtes, lui répond Claire, une fille aux cheveux rouges.

- Mais vous l'avez depuis longtemps.

- Pas sur le terrain Mademoiselle Catherine, poursuit Dan, un homme aux cheveux noirs.

- Puis-je voir vos affaires pour savoir vers quelle compétence je dois me tourner ?

Très vite, Dan et Claire confient leur tablette à la femme qui s'empresse de faire des manipulations dessus.

- Je leur fait parvenir une autorisation dans la demie-heure qui suit. Quant à vous, poursuivez vos missions respectives.

Chapitre quatrième.

Tania conduit une voiture et à ses côtés se tient Garett. Celui-ci consulte le dossier remit par Michael et apprend beaucoup de choses.

- Donc, Daniel est mort en 1971 ?

- C'est exact et son bourreau est surnommé « Le zodiaque ». Il avait pour habitude d'enlever des enfants et de les emmener dans l'un de ses repaires.

- Parce qu'il en avait plusieurs ?

- Oui. A l'heure actuelle, nous ignorons encore si cet homme est encore en vie mais si c'est le cas…

- … Il va souffrir pour toutes les vies qu'il s'est permis d'ôter.

En écoutant ses paroles sortir de la bouche de Garett, Tania sourit. Visiblement, celui qui se tient à ses côtés est totalement investi dans cette affaire et c'est une bonne chose à ses yeux. D'ailleurs, la femme profite de revenir sur un sujet.

- Tu ne m'as toujours pas dit quel est ton boulot.

- Je suis médium.

- Vraiment ?

- Oui.

- Je comprends mieux pourquoi tu peux les voir. Tu as déjà traité une affaire qui concerne l'orphelinat ?

- Non ou alors, je ne suis pas au courant.

A ce moment, Tania arrête sa voiture à l'entrée de la carrière où se trouvaient Mehdi et Jean quelques heures auparavant. Garett et son amie sortent très vite du véhicule et aussitôt, le jeune homme remarque Daniel, près du tuyau.

- J'ai lu sur le rapport que cet endroit était l'une des planques du Zodiaque.

- C'est exact et je n'ai pas été surprise du coup de fil de tes amis. Comme tu peux le voir, Daniel est ici.

- Découvrons maintenant pour quelle raison.

Tania hoche positivement de la tête avant de s'avancer. Bien sûr, Garett reste derrière elle jusqu'à l'arrivée face à Daniel. Une fois que s'est fait, l'homme s'adresse au petit garçon.

- Tu sais que tu n'as pas été très aimable avec mes amis à qui tu as fait peur ?

- Pardon.

S'exprime Daniel en baissant la tête afin de dissimuler la honte qui vient l'habiter.

- Ce n'est pas grave mais peux-tu me dire pourquoi tu as fait ça ?

- C'est pour que le monsieur ne leur fasse pas de mal.

- Tu parles de celui qui t'a fait des horreurs ici ?

- Oui.

- C'est très courageux de ta part Daniel et dans ce cas, je te dois un grand merci. Grâce à toi, mes amis sont en vies même s'ils ne sont pas prêts de revenir à cet endroit. Je crois qu'ils ont peur d'ici maintenant.

Juste après ces quelques mots, l'enfant se met à rire, aussitôt rejoint par Garett.

Au même moment, Louis entre dans le bureau de Catherine, suivi d'une femme d'origine marocaine, vêtue d'un tailleur rose pâle et semble assez immature pour son âge. Dès que les deux personnes se posent sur les fauteuils prévu à cet effet, Catherine peut enfin débuter.

- Merci d'être venus aussi vite, Aïda et Louis. Comme vous le savez, le quinzième membre arrive aujourd'hui.

- Comment l'ignorer, commence Aïda. On ne cesse de me casser les oreilles avec cette histoire. Mes ouïes sont si délicates.

Aïda porte l'une de ses mains à son oreille droite et se caresse le lobe. Ayant l'habitude de ce genre d'intervention, Catherine ne relève pas et poursuit.

- A la vue des premiers éléments concernant ce garçon, il va falloir poursuivre notre travail d'excellence. C'est pourquoi je vais vous demander d'être les plus efficaces possible.

- Vous pouvez déjà compter sur moi Mademoiselle Catherine.

- Merci Louis. Et toi Aïda ?

- Comme si vous avez besoin de me le demander.

Chapitre cinquième.

Garett et Tania sont toujours devant le tuyau d'évacuation. Daniel n'a pas bougé d'un seul centimètre tandis que le jeune homme consulte un dossier qu'il tient dans ses mains.

- D'après ce que je peux lire, c'est ici qu'on a retrouvé le corps…

- … Oui et il serait bien que tu mémorises ton affaire la prochaine fois.

- Je veux bien mais je te signale que ce n'est pas réellement mon enquête.

Tania ne dit rien car elle sait que celui qui se tient à ses côtés a parfaitement raison. Tout à coup, le bruit d'une voiture se fait entendre. Intrigués, les deux enquêteurs se tournent vers l'entrée de la carrière et aperçoivent un véhicule noir arriver.

- Qui est-ce ? Demande Garett.

- Mon patron.

Le nouvel arrivant immobilise sa voiture après de celle de Tania et descend juste après. Quelques secondes plus tard, le voilà avec les deux enquêteurs.

- Bonsoir, je suis venu aussi vite que j'ai pu, s'excuse le patron de Tania.

Ce dernier a des mèches violettes parmi sa chevelure sombre et porte une tenue de policier. Ensuite, l'homme se tourne vers Garett et lui tend une main.

- Bonsoir.

Garett se garde de le saluer, ce qui étonne grandement Tania. Mieux encore, le jeune homme continue d'interroger le petit garçon.

- Y a-t-il quelque chose d'ici qui pourrait nous aider à mettre la main sur ton assassin ?

- Non, répond le patron de Tania, à la place du principal intéressé.

- Oui, poursuit Daniel.

Cette information étonne l'asiatique et le second homme.

- Et tu peux nous conduire jusqu'à cet indice s'il te plaît ?

- Oui.

Dans un battement de paupières, Daniel disparaît pour se montrer de l'autre côté de la grille du tuyau.

- Mince, fait Garett.

- Que se passe-t-il ? Demande Tania.

- Il y a une serrure sur cette grille.

- Pas de problèmes rajoute le supérieur de la femme.

A ce moment, l'homme prend le trousseau de clefs qui pend à sa ceinture et s'approche de la grille.

- Je vais chercher des torches.

Tania quitte les deux hommes afin de rejoindre le coffre de sa voiture. Pendant ce temps, David ouvre la grille avec son passe-partout tandis que Garett se glisse déjà à l'intérieur. Rapidement, l'air nauséabond et l'humidité lui agressent le nez et la gorge. Lorsque Tania et David viennent le rejoindre, la femme lui tend une torche.

- Ce tuyau appartient à un réseau ? Demande Garett.

- Oui. Nous sommes dans les égouts de la ville, répond le collègue de l'asiatique.

Garett allume sa torche et commence à avancer. Soudain, l'un de ses pieds heurte quelque chose et le voilà qui s'étale de tout son long. Très vite, le patron de Tania s'inquiète pour lui et tente de l'aider pour se relever. Néanmoins, Garett repousse violemment cette aide et parvient à se mettre debout, seul.

- Je crois qu'il ne vous aime pas, fait savoir le petit défunt, à l'attention de David.

- Je viens de le comprendre.

Ignorant la conversation, Garett se rend compte que ses vêtements sont dans un sale état et regrette d'être venu jusqu'ici. Ensuite, il braque le faisceau lumineux sur l'objet qu'il a heurté et se rend compte que quelque chose dépasse des dalles.

- C'est ça qu'on devait trouver Daniel ?

- Oui Garett.

Le jeune homme s'accroupit devant l'objet et se rend compte que celui-ci est glissé dans la ligne de ciment qui consolide les dalles. Tania adopte ses gestes mais sort un petit sachet de l'une des poches de son veston et une petite pince, de l'autre. Avec le second outil, elle extrait l'indice du sol et commence à l'étudier à la lumière de sa lampe-torche.

- On dirait un S, fait-elle remarquer.

- Le S de Stéphane ? Questionne Garett.

- Peut-être.

Tania glisse l'indice dans le petit sachet et prend soin de le fermer. Juste après, elle tend le petit sac à son patron tandis que Garett se met debout.

- Donc, le tueur est probablement passé par ici. Cela expliquerait pourquoi l'une de ses planques se trouvait à la sortie de ce tuyau.

- Excellente hypothèse, dit Tania avant de se mettre debout à son tour. Maintenant, que devons-nous faire ?

- Nous devons envoyer cette preuve à un laboratoire pour savoir quoi il retourne. Enfin, c'est ce que je ferais si j'en avais les moyens.

- Et nous les avons. Et ensuite ?

- Attendre les nouveaux éléments du dossier et consulter les hiérarchies des « Papillons bleus ». Pour ma part, je dois faire quelque chose.

- Quoi donc ?

- Tu le sauras bien assez tôt.

Dans un bureau identique à celui de Catherine, un homme est assit derrière. Occupé à rassembler plusieurs affaires dans un but bien précis, le blond n'entend pas qu'on frappe à la porte. A la deuxième tentative, il lève les yeux de son bureau afin de regarder l'entrée.

- Entre, s'il te plaît.

L'accès s'ouvre alors sur un autre blond, plus jeune que le premier. Celui qui vient de s'introduire dans le bureau ferme la porte et se tourne vers l'occupant de la pièce.

- Je peux quelque chose pour toi Jérôme ?

- Oui John. Mademoiselle Catherine est absente et j'ai besoin d'une autorisation.

- Pas de problèmes. Je vais te la fournir de suite.

John attrape un petit dossier qui reposait sur le coin droit de son bureau et l'ouvre rapidement. Ensuite, il attrape un stylo qui se situait dans un pot et commence à rédiger quelques notes. Au même moment, Jérôme promène son regard sur le bureau et remarque une pile d'affaire : un badge, un ordinateur portable, un téléphone ayant la même facilité d'utilisation, une lampe-torche, des petites poches plastiques et une pince.

- Content d'avoir un nouveau subalterne ?

Chapitre sixième.

Garett est enfin entré chez lui et arrive actuellement dans son salon, en tenant des boîtes de sandwich dans ses mains. Il les dépose sur sa grande table autour de laquelle est assise Tania.

- Mangeons un peu, dit-il.

Toutefois, avant de s'installer sur une chaise, Garett s'approche de son secrétaire d'où il tire deux documents roulés sur eux-mêmes. Ils sont maintenus ainsi par un ruban rouge qui sont ôtés par leur propriétaire, dès qu'il s'approche de la table.

- Qu'est-ce que c'est ? Lui demande la femme.

- Ce sont des plans. Le premier concerne la ville et le second, c'est le plan des égouts.

- Comment se fait-il que tu possèdes ces documents ?

- Un ami me devait un service.

Soudain, un téléphone se met à sonner. Très vite, Garett plonge l'une de ses mains dans la poche gauche de son pantalon. Une fois le combiné sorti, l'homme regarde l'écran.

- C'est Mathieu.

Garett décroche et porte le téléphone sur son oreille droite.

- Oui Mathieu ?

- Excuse-moi de te déranger mais on parle de toi à la télévision.

- Quoi ? Quelle chaîne ?

- La première.

Tout en remerciant son ami et en mettant un terme à la conversation, Garett attrape la télécommande qui reposait sur l'un des coins de la table. Ensuite, il enfonce sur un bouton et la télévision s'allume sur la première chaîne. De suite, Tania reconnaît la femme qui donne une conférence de presse.

- La patronne de la boîte dans laquelle je travaille.

Dans son bureau, Aïda suit la conférence avec un grand intérêt.

- Allez Christine, il est temps que les gens sachent que nous sommes toujours en activité.

Derrière sa tribune, Christine poursuit son discours.

- Sans ce jeune homme, nous n'aurons pas pu ouvrir l'enquête du zodiaque une énième fois. Je sais que certains d'entre vous tentent de tourner la page et je le comprends parfaitement. Néanmoins, nous nous devons de résoudre des crimes par respects aux défunts. Enfin, pour conclure cette conférence, je m'adresse personnellement à Garett. Suite à ta découverte, je serais ravie de te compter dans mon équipe.

A la fin de ce discours, Christine descend de sa tribune.

Chapitre septième

Garett vient de dérouler les deux plans et tente de de les ajuster. Au bout de quelques secondes, il se rend compte que son initiative n'est pas récompensée. Dépité, il s'assoit sur sa chaise et s'y enfonce.

- Ne t'inquiète pas Garett, tôt ou tard, je suis sûr que l'une de tes idées fonctionnera.

- Je l'espère.

Soudain, l'homme pense à l'étrange invitation qu'on lui a fait par le biais de la télévision. Pour prendre une décision, il en discute avec Tania.

- Tu crois que je ferais un bon agent si j'acceptais la proposition de ta chef ?

- Suite à cette première journée, oui.

- D'accord mais avant de donner ma réponse, je préfère attendre un peu.

A plusieurs mètres de là, Marie est assise sur une chaise en bois se situant sur le perron d'une maison, tenant une tasse d'infusion entre ses mains. Là, la femme voit une silhouette s'engager sur l'allée de sa propriété. Dès qu'il est sur le perron, Marie s'adresse à lui.

- J'ai vu que Christine n'avait pas perdu de temps pour inviter Garett.

- S'il accepte, on aura beaucoup de mal pour le rallier à notre cause.

- Oui et pour le moment, nous n'avons reçu aucun nouvel ordre.

- Donc, on doit continuer à l'observer ?

- Oui.

Dans le bureau de Catherine, cette dernière est occupée à ranger ses affaires Toutefois, elle n'est pas seule dans la pièce puisqu'un homme aux cheveux noirs et aux vêtements tout aussi sombres, est avec elle.

- La journée est terminée Dan, tu peux rentrer chez toi.

- Merci Mademoiselle mais je préfère rester un peu avec vous.

- Je ne vois pas ce que cela va changer.

- Je le sais bien mais je suis inquiet.

- Tu l'es à chaque fois qu'un nouveau membre s'apprête à rejoindre nos équipes. Sois sans crainte Dan, tout se passera bien.

- Vous en êtes sûre ?

- Oui.

Garett se tient devant la porte d'entrée de sa maison et se prépare à l'ouvrir. Lorsque s'est fait, il tombe nez à nez sur une fille de son âge, brune et ayant la peau un peu foncée. Grâce aux luminaires du perron, Garett ne peine pas à la reconnaître.

- Cécile ?

- Bonsoir Garett, comment vas-tu ?

- Bien mais je ne m'attendais pas à te voir. Tu es rentrée de tes vacances depuis longtemps ?

- Non, je viens juste d'arriver. Cependant, j'ai vu que tu étais devenu une petite célébrité dans le quartier.

- Parce que tu as vu …

- … Oui.

Répond-elle avec un grand sourire qui met l'homme très mal à l'aise. Il préfère ne rien dire à ce sujet alors que de son côté, Cécile continue.

- Et pour l'enquête de tes parents ?

- C'est toujours au point mort et puis de toute façon, je ne m'attends plus à un miracle.

- On ne peut pas dire que les flics soient d'une grande efficacité.

- Et je partage ton point de vue. Par contre, je suis désolé mais je vais me reposer un peu.

- Pas de problèmes. Passe une bonne nuit Garett.

- Merci Cécile et je te souhaite la même chose.

Alors que la femme descend du perron, Garett ferme sa porte d'entrée et retourne dans son salon. Là, Tania semble ne pas avoir bougé et dès que le maître des lieux retrouve sa chaise, l'agent se lance.

- Je ne savais pas au sujet de tes parents.

- Comment pouvais-tu l'être ? Tu viens juste d'arriver dans le quartier.

- Cela explique aussi pourquoi tu t'es montré froid avec David.

- Tu fais fausse route.