Petit mot inutile : Et voilà le chapitre suivaaant ~

Et j'ai rien d'autre à dire.

Bonne lecture ~


Chapitre 13

Des jours meilleurs

-Euh… ?

David regardait sa jeune amie avec une expression perdue, ne comprenant pas la soudaine action d'Alice : la demoiselle lui tendait deux place de cinéma, un air déterminé et adorable au visage. Il voyait dans ses yeux tous les bons sentiments de la jeune fille et ses bonnes intentions, mais malgré cela, il ne savait quoi en faire.

-Alice… Je ne comprends pas là... répéta le garçon.

-Tu m'avais bien dit que tu voulais aller au cinéma avec ta mère, l'autre jour, non ? Eh bien, maman m'a donné ces billets ! Tu pourrais y aller cet après-midi, qu'en penses-tu ? En plus, c'est tout près d'ici, à pied !

-Mais…

-Il n'y a pas de « mais » qui tienne, le coupa Alice, presque amusée par le retenue de son meilleur ami. David, profite du fait que le lycée nous offre une demie journée de libre pour faire leur journée pédagogique et va te détendre avec ta mère.

-Mais Alice, je ne peux pas accepter… Et tu voulais de l'aide pour les maths', et puis-

-STOP ! Tu y vas, un point c'est tout, je sais que tu refuses par politesse, mais si tu continues ainsi je te traîne de force jusqu'à la salle de cinéma.

-Je... c'est gentil, mais... Ah, soupira le jeune homme, vaincu. Et puis mince ! D'accord, j'appellerais ma mère tout à l'heure, finit par concéder le lycéen. Mais quand même, à force, avec tout ce que vous faîtes pour moi, ta mère et toi, je me sens gêné... Il faut arrêter de me traiter comme un gamin pourri gâté ou un prince en exil, sinon je risque de me retrouver dans un état pas possible quand j'aurai un appart' et que je serai seul ! s'amusa-t-il devant les yeux furieux de son amie.

-On ne te traite pas comme ça, et ne soit pas gêné pour ça ! Toi… Je te jure que quand tu t'y mets il y a des claques qui se perdent ! rugit la demoiselle autant pour déclencher un fou rire chez David que pour lui faire peur.

-J'ai compris, je capitule ! fit le garçon en leva les mains en signe de reddition.

-Et puis… Si vraiment ça te gène, considère ça comme un remerciement pour le bouquet et le collier, lança-t-elle avec un clin d'œil, arrachant un énième soupir à son ami.

Quand enfin David quitta le logis des Mengo pour se rendre au cinéma avec sa mère, Alice alla s'allonger dans son lit, fatiguée. Elle s'inquiétait beaucoup pour son ami, comme pour appuyer ses pensées, ses dernières nuits étaient régulièrement ponctuées d'insomnie et de cauchemars, dans lesquels elle voyait son adorable protégé souffrir davantage de sa différence. Bien que l'agresseur ne soit plus monsieur Polenasiov, son inquiétude n'avait pas faiblit. Si l'enseignant avait prouvé de part son attitude qu'il n'était plus un danger pour le pauvre lycéen, son amie n'en restait pas moins aux aguets. Ses craintes étaient désormais dirigées vers les élèves du lycée qui faisaient allègrement circuler la rumeur. Elle redoutait le jour où les autres élèves décideraient de mettre les choses au clair. Par-dessus le marché, il y avait cette discussion interrompue avec le professeur de mathématiques qui lui trottait dans un coin de l'esprit : David espérait des réponses, et elle avait dû mettre fin à l'échange au moment le plus important ! Pour cela, elle s'en voulait, elle savait néanmoins pertinemment qu'elle avait bien agi. Et enfin, pour couronner le tout, la réaction du dénommé Valentin ces derniers temps l'agaçait. Elle pensait connaître la clef du mystère qui enveloppait ce soudain rejet de la part du jeune homme, mais elle ne pouvait en être sûre avant de l'avoir contacté. Elle leva sa main droite devant son visage, cette dernière tenait fermement son téléphone. Elle n'en détachait plus son regard, le fixant comme s'il allait soudainement se mettre à cracher la vérité, ce qu'elle brûlait de savoir et de vérifier, comme si ce simple petit objet s'apprêtait à apporter la délivrance à David. Elle souhaitait plus que tout en cet instant qu'il lui donne les réponses qu'elle attendait. Sortant de ses pensées par le bruit agaçant de l'horloge du salon résonnant dans la demeure, elle se rappela qu'elle ne devait pas traîner, sinon son meilleur ami reviendrait avant même qu'elle n'ait pu mettre à profit ce moment de solitude. Alice l'avait attendu avec impatience, espérant se retrouver seule, alors que le lycéen était en sécurité et surtout, pas à portée de voix. Le moment était venu. Prenant son courage à deux mains, elle alluma le téléphone qu'elle tenait. Elle ouvrit son répertoire, puis chercha un certain surnom parmi tous ses contacts. Hors de question de mettre le nom de « Valentin » dans son répertoire, David risquerait de le remarquer… Elle avait opté pour un surnom peu flatteur mais passe partout : « L'autre… ». La jeune fille hésita quelques minutes, avant de se décider, finalement, à appeler celui qui lui fournirait sans aucun doute des réponses à ses questions. Du moins elle espérait qu'il apporterait la majeure partie des pièces manquantes du puzzle qu'était actuellement la situation de David. Quelques sonneries passèrent, avant qu'elle n'entende enfin quelque chose d'autres que des longs « bips ».

Un cœur serré qui manque un battement. Un silence.

Une respiration lente, un soupir impatient. Une autre respiration, bien plus rapide.

Une voix.

-Allô ?

Pas de réponse.

-Allô ? reprit-il.

-Heu… essaya-t-elle.

-Oui ? demanda l'interlocuteur, toujours aussi calme.

-Valentin... ? retenta Alice.

-Que- ? eu à peine de temps de dire le jeune homme.

-Enfin, je veux dire, je parle bien à un Valentin ? continua la lycéenne, reprenant confiance peu à peu.

-Hum... Oui... hasarda le susnommé.

-Génial… soupira de soulagement la demoiselle.

-Mais... qui êtes-vous... ? interrogea Valentin, entendant alors son interlocutrice prendre une grande bouffée d'air frais avant de se lancer.

-Je suis Alice, l'amie chez qui David loge en ce moment...

-Ah... je... je vois, fit platement le jeune homme, ne sachant quoi dire. Hum, eh bien... Que puis-je faire pour vous ? reprit-il après un silence inconfortable qu'il se devait de briser.

-Dans un premier temps… Répondre à mes questions. Et tutoyons nous, ça nous facilitera grandement la tâche à tous les deux, ok ?

Clair. Net. Directe. Elle n'allait pas y aller pas quatre chemins. Cela surprit d'ailleurs Valentin.

-Ok. Des questions ? J'en ai aussi… On va faire un échange de bon procédé, veux-tu ?

-Réponds aux miennes d'abord, je répondrai aux tiennes, accepta rapidement la jeune fille, ayant retrouvé toute son habituelle assurance.

-D'accord.

-Ok. Pour commencer… As-tu regardé tes messages, ces derniers temps ?

-Hum... Oui. Pourquoi ?

-Il n'y avait pas des messages venant de David ?

-Non, il ne m'a pas écrit depuis un moment, il a soudainement arrêté de me contacter... Je n'ai toujours pas compris pourquoi mais je n'ai pas osé le lui demander par message…

La jeune fille poussa un immense soupir qui surprit son interlocuteur.

-Bon… Tu as regardé dans ta boite de réception normale, non ? vérifia Alice.

-Évidement, pourquoi ? Tu sais quelque chose ? demanda Valentin.

-Juste une hypothèse…Va voir dans les indésirables... lui conseilla-t-elle.

Un grand silence s'installa, pendant que le garçon farfouillait dans son téléphone à la recherche d'un quelconque message de David.

Tout mouvement s'arrêta du côté du jeune homme. Alice comprit qu'il avait trouvé quelque chose. Le cœur du garçon loupa un battement quand il aperçut un échange avec le garçon dont il n'avait aucun souvenir. Vraiment aucun souvenir.

-Ah… Al-Alice ! Je… Tous ces messages ! Je- J'ai rien à voir là-dedans ! Je comprends rien ! Je- commença-t-il, plus que troublé par les mots qu'il avait employé.

-Arrête. Je m'en doutais un peu. Je te rassure, vu comment David me parlait de toi, je me doutais bien que tu n'étais pas l'auteur des messages qui l'ont tant attristé…

-Attristé ? répéta Valentin, d'une voix blanche.

-Oui… Oh merde ! Je vais devoir raccrocher, c'est bientôt l'heure de la sortie du cinéma, David ne pas tarder à revenir ! Il ne doit pas savoir… Tu comprends ? s'exclama Alice tout à coup en voyant qu'il était déjà tard.

-Oui… Mais… J'ai des questions aussi ! tenta le jeune homme.

-Je sais.

-Il faut qu'on se voie !

-J'allais le dire. Hm… Une idée ? acquiesça-t-elle.

-Le café de la rue près de ton lycée ? proposa Valentin.

-Il y aura sans doute des élèves, mauvaise idée, contra Alice.

-On s'y retrouve et on va ailleurs, ok ? retenta-t-il.

-Ok ! On s'y retrouve mercredi prochain, vers 14h50, ça te va ?

-Oui. Attends ! Comment va-t-on se reconnaître ?!

-On s'est vu à la piscine. Nous y avons échangé quelques mots… lui dit-elle.

-C'était toi ? Ok. Super ! A mercredi ! conclut-il alors qu'une voix annonçant le retour de David résonnait.

Valentin soupira en raccrochant, il aurait voulu lui parler davantage, à cette jeune fille qui semblait savoir plus de choses que lui sur David, et qui savait ce qui s'était passé depuis que le jeune homme avait rompu le contact avec lui. Ou plutôt… Depuis que les messages de David lui étaient cachés… Il ne comprenait pas… La seule personne pouvant avoir accès à son téléphone était… Carole.

La soudaine réalisation le frappa, le foudroya sur place. Il frissonna. Mais pourquoi avait-elle fait ça ? Malgré une envie grandissante d'appeler sa petite amie, il ne le fit pas : Quelque chose lui soufflait de faire comme s'il n'avait rien remarqué auprès de sa douce pour le moment.

Décidant que, de toute façon, il éluciderait tôt ou tard ce mystère et que l'amie de David, Alice, l'y aiderait sans doute, il mit de côté ce sujet pour se concentrer sur autre chose. Le jeune homme se remémorait alors l'apparence de la demoiselle qui l'avait contacté un peu plus tôt.

Le souvenir d'Alice lui revint peu à peu…

La jeune fille avait une peau légèrement foncée, qui n'était sans doute pas due à des séances d'exposition aux UV contrairement à Carole. Elle n'était pas très grande, mais elle égalait aisément David. Son corps lui avait paru plutôt bien proportionné, sa taille fine mais musclée marquée par des hanches généreuses sans être trop larges ainsi qu'une poitrine rebondie. Cependant, malgré des atouts tout à fait charmants, la jeune fille n'aguichait pas, elle n'exhibait en aucun cas ses formes et portait lors de leur rencontre à la piscine un maillot de bain noir et bleu en deux pièces. C'était assez simple et élégant, plutôt couvrant et les nuances océaniques rappelaient les saphirs qui ornaient magnifiquement le visage lumineux de la demoiselle. Ce dernier, tout à fait harmonieux, était encadré par une longue chevelure dans les tons châtains lui descendant presque sur les hanches. Valentin pensait aux yeux bleus de la demoiselle, remplis d'émotions indéchiffrables tant elles s'opposaient. Il avait cru y lire du mépris, de la colère, de la tristesse, mais aussi de la douceur, de la reconnaissance à son égard, de l'inquiétude, et l'incertitude. Pourquoi son regard véhiculait-il autant de choses alors qu'ils ne se connaissaient même pas ? David avait parlé de lui à la jeune fille, elle le lui avait glissé au téléphone, mais que lui avait-il dit ? L'impatience du jeune homme grandissait à chaque instant, il ne voulait pas attendre de savoir ce qui clochait, ce que le jeune homme pensait de lui, ce qu'il traversait actuellement… Il lui manquait.

Cette pensée ne le surpris même pas, elle était tellement récurrente ces derniers temps, et avoir vu l'objet de ses songes à la piscine n'avait en rien arrangé les choses, au contraire !

L'expression blessée et fuyante de son David l'avait terriblement troublé.

Une minute… Son David ?

À cette idée, Valentin secoua énergiquement la tête. Hors de question de faire ça à Carole, et surtout à David. Ce dernier avait déjà suffisamment souffert à cause de lui…

Le jeune homme soupira. Plus il y pensait, plus il se sentait perdu, pourvu que la rencontre avec Alice lui éclaircisse les idées ! D'ailleurs… Maintenant qu'il y songeait, David était dans la même classe que Carole. Et Alice était une camarade de classe du lycéen… Il était donc tous les trois dans le même groupe ?

Génial, il pourrait donc demander à Alice si Carole avait réussi son devoir de mathématiques, après tout, il s'était presque arraché les cheveux tant la lutte pour faire réviser sa jeune compagne avait été rude…

Quelques jours plus tard, le dit devoir de mathématiques fut rendu par le professeur. Le malheureux était de très mauvaise humeur, après avoir donné un cours particulièrement difficile, et renvoyé de classe trois abrutis endormis qui ne savaient pas retenir leurs ronflements. Quand il commença à commenter les copies qu'il avait corrigé, il retrouva son sourire en s'exclamant qu'il s'agissait sans doute du meilleur devoir que la classe ait effectué de cette matière depuis le début de l'année, et la moyenne de classe s'approchait joyeusement du 17/20. Il donna l'ampleur des notes, non sans lâcher un petit rire amusé en relisant son récapitulatif.

-Bien, maintenant que vous êtes tous heureux de cette bonne moyenne de classe, on va rire un peu… Je n'ai jamais vu autant d'écart dans les notes à vrai dire ! Le maximum est de 20, bravo aux élèves en questions, et la note, ou plutôt les notes les plus basses… Sont de 0,5/20. Les deux concernés feront signer ce devoir et écoperont de trois heures de retenue pour aller travailler un peu la matière, puisque vous en avez visiblement plus que besoin.

À ces mots, l'enseignant entendit une vague de rires et de commentaires envahir la salle de classe. Il ne commença à distribuer les copies que lorsque les élèves furent, pratiquement, tous calmés.

-Monsieur Dumerlanton, je comprends pourquoi vous souhaitiez que je perde malencontreusement votre copie. Dommage pour vous, je ne perds jamais ce genre de document, grinça monsieur Polenasiov en agitant sous le nez de Robin sa copie sur laquelle était écrit en gros 0,5/20.

-Je…

-Je me passerais de vos excuses, le devoir était prévu depuis longtemps, et si vos camarades ont su obtenir une moyenne de classe aussi élevée, je ne vois pas pourquoi vous auriez un quelconque problème pour obtenir un résultat similaire, bien sûr, je ne compte votre problème de poil…

-De poil ? demanda Robin.

-Ou plutôt de touffe… Appelez ça comme vous le souhaitez, continua l'enseignant, presque songeur.

-Mais que…

-A votre niveau, ce n'est plus un poil mais un coussin de poil que vous avez dans la main jeune homme, expliqua le professeur avec un air plus que désolé au visage.

Les élèves n'osèrent pas rire à gorge déployée, mais l'amusement était tout à fait visible dans leur regard. David se senti désolé pour le garçon dont il avait été amoureux quelques mois auparavant, mais il était malgré tout d'accord avec son professeur.

Ce dernier rendu s'approcha ensuite de David, sans le quitter des yeux. Le jeune homme soutint son regard, sachant parfaitement qu'il avait réussi son devoir.

-Excellent travail monsieur Penialy, comme toujours, le félicita l'adulte en lui tendant sa copie, décoré d'appréciations et d'un magnifique 20/20.

-Merci monsieur, répondit simplement David en rangeant son énoncé dans son devoir.

-Mademoiselle Naputi… reprit l'enseignant après quelques copies distribuées, vous atteignez les sommets, tout comme monsieur Dumerlanton… Quand comptez-vous revenir à des notes au-dessus de 10, ou même juste de 7 ? demanda-t-il en donnant à Carole la deuxième évaluation soldée par un 0,5/20.

-Tch… ragea la jeune fille. Mon père vous fera renvoyer…

-En êtes-vous sûre ? l'interrogea monsieur Polenasiov avec un sourire non dissimulé.

-Oui. Vous verrez, vous rirez moins ! cracha-t-elle avec colère.

-Bien sûr, mais… je lui parlerai avant cela de vos prestations génialissimes auprès de certains de mes collègues, nous verrons qui de nous deux rira mademoiselle… rétorqua le professeur d'une voix anormalement douce.

À ces mots, nul ne put se retenir de s'esclaffer. La lycéenne devint blême, inquiète, l'enseignant venait de toucher une corde sensible et avait largement gagné d'avance. Elle le savait parfaitement et ne pouvait plus rien contre lui, mais comptait bien passer ses nerfs d'une manière ou d'une autre…

Contrairement à la fois précédente, les rires ne s'atténuèrent pas, le professeur continua de distribuer les notes malgré le désordre ambiant. En réalité, cela l'arrangeait grandement, il glissa discrètement dans la copie d'Alice un petit mot et lui rendit comme si de rien n'était, tout en la félicitant chaleureusement pour avoir atteint la même note que David, et qu'il constatait que le jeune homme exerçait une influence très bénéfique sur elle. Elle ouvrit la copie pour se saisir du morceau de papier et le rangea après avoir vu qu'il contenait l'adresse mail de l'adulte. Relevant la tête pour interroger des yeux l'homme tout de le remerciant, elle remarqua le regard complice qu'il lui adressait et comprit. Un peu plus loin, David les observait en silence, et cru apercevoir une étincelle de complicité, mais n'en fit rien, se disant qu'il se faisait encore des idées.

Le jeune homme fut tiré de ses songes lorsque l'enseignant frappa dans ses mains pour obtenir un silence qui arriva immédiatement. Monsieur Polenasiov put alors terminer le cours en donnant les leçons à faire pour le cours suivant et permit aux élèves de sortir de classe pour rentrer chez eux.

Sur le chemin du retour vers la maison des Mengo, David demanda à Alice si l'enseignant lui avait dit quoi que ce soit.

-Tiens ? Pour une fois que quelqu'un tente d'être discret, tu le remarque ? Où est le véritable David que je connais ?

-Rhoo… Bon, tu m'expliques ? grommela le jeune homme.

-Il m'a donné un bout de papier.

-Hein ?

-Un petit mot ! s'exclama la lycéenne.

-Et ?

-Avec son adresse mail ! continua-t-elle, les yeux brillants.

-Montre le moi s'il te plaît !

-Le voilà, tu en penses quoi ?

David prit dans sa main de petit mot qu'Alice lui tendait, et l'ouvrit avec appréhension, pour y découvrir une écriture fine et penchée à l'encre bleue. Les lettres étaient tout à fait lisibles et compréhensibles, l'enseignant s'était davantage appliqué que sur les devoirs qu'il avait corrigé… Le lycéen souffla et mémorisa inconsciemment l'adresse mail de l'adulte, puis rangea l'objet de son attention dans sa poche.

-Pourquoi nous a-t-il… Donné ça ? questionna David avec incertitude.

-Je pense qu'il veut répondre à tes questions, mais en dehors du lycée. Et je pense qu'il est évident qu'une rencontre physique est hors de question.

-Hors de question, oui. J'espère pouvoir tout lui demander… Ou… Au moins qu'il répondra. Pourvu qu'il ne regrette pas de nous avoir donné ce papier !

-Je pense qu'il y a mûrement réfléchit, ne t'inquiète pas, il ne le regrette sans doute pas. Aller, on se dépêche de rentrer, le temps est orageux, je ne tiens pas à subir une averse !

-Allons-y, acquiesça le jeune homme en pressant le pas.

Les deux lycéens durent courir sur les deux dernières centaines de mètres, la pluie battante tombant sur leurs épaules dénuées de manteaux. Tous deux durent prendre une douche dès le retour, avant de manger et de s'attaquer à la montagne de devoirs qu'ils avaient. Enfin, David pu s'installer devant l'ordinateur et écrire un message à l'attention de son professeur. Alice vint lui proposer son aide, cependant il déclina l'aimable proposition, il devait le faire seul, il le savait au fond de lui. Pourtant, près d'une heure plus tard, il n'avait toujours pas envoyé le moindre message. Il n'avait même pas écrit un seul mot, ou plutôt… Il en avait écrit plus que de raison, mais aucun ne lui convenant, il se contentait de les effacer rageusement, un air dépité plaqué sur le visage. Son amie revint le voir, inquiète de l'avoir entendu soupirer une nouvelle fois, mais il la rassura en lui expliquant qu'il ne savait juste pas comment s'y prendre pour envoyer son message.

Il reprit l'écriture du mail, rédigeant pratiquement une dizaine de page juste pour dire à quel point il ne savait que dire ni comment s'adresser à son enseignant, puis, une nouvelle fois, effaça le tout. Lassé, il écrivit timidement quelques mots, des mots simples :

« Monsieur Polenasiov ? C'est David... Je... Bonsoir. Votre élève. »

Et avant d'avoir la moindre hésitation, il cliqua sur « Envoyer ».

Il eut presque immédiatement des remords, des doutes, et se frappa doucement la tête sur le clavier, en jurant tout bas.

Suite à cela, le jeune homme fit les cent pas dans la demeure, passa d'une chambre à l'autre, alla se servir un verre d'eau et en proposer un à sa meilleure amie, vérifia près d'une vingtaine de fois si l'adresse à laquelle il avait le fameux mail. Une heure passa ainsi, tandis que l'espoir du garçon faiblissait à chaque seconde et qu'il se disait que son mail était vraiment des plus nuls qu'il soit.

3 juin

Aujourd'hui monsieur Polenasiov a rendu le devoir à la classe… Dans l'ensemble on l'a tous réussi, et pour preuve, la moyenne de classe était de 17/20 pour cette évaluation ! C'est génial ! Alice a eu la note maximale, je suis vraiment content pour elle. Moi aussi j'ai eu 20, mais comme je n'ai pas de difficulté dans la matière, c'est plus régulier… Carole et Robin n'ont eu que 0,5… Je me demande comment on peut arriver à un tel résultat ! Je me sens un peu désolé pour eux, mais j'ai presque l'impression qu'ils ont fait exprès ces deux-là. Bon, au moins le prof leur a fait amèrement regretter de s'être moqués des maths ! Les autres ont bien rit d'ailleurs, c'est rare que la classe s'agite de la sorte, ça m'a fait du bien. Maintenant que j'y pense, monsieur Polenasiov a dit quelque chose d'étonnant à Carole, et cela lui a cloué le bec : Il a parlé des « prestations génialissimes auprès de certains de ses collègues » de la jeune fille… Que voulait-il signifier par ses mots ? Et l'effet que cela a eu sur elle… Waouh ! Et puis le fou rire général qui a suivi ! En parlant de ça, l'enseignant n'a même pas cherché à retrouver un semblant de calme, il a continué sa distribution, et a donné à Alice sa copie avec en plus un papier sur lequel était inscrite son adresse mail ! Et ce regard complice qu'ils ont échangé… Peut-être finiront-ils par bien s'entendre ces deux-là, on ne sait jamais ! Et j'ai remarqué que le prof écrivait bien mieux quand il n'avait pas un paquet de copies à corriger, c'est agréable de savoir ça, comme quoi on n'écrit pas tous comme des porcs quand on vieillit !

En parlant de l'adresse mail et d'écriture… Je commence vraiment à stresser. J'ai envoyé un semblant de mail à monsieur Polenasiov, j'ai galéré pendant longtemps, plusieurs heures, pour lui envoyer un message décent, et au final… Je n'ai rien fait de bon. J'ai eu peur de m'être trompé d'adresse devant le manque de réponse, mais j'ai déjà vérifié, revérifié, et re-revérifié plein de fois, et c'est indubitablement à la bonne adresse que j'ai envoyé ce mail. Je crois qu'il regrette de m'avoir donné ses coordonnées et qu'il ne répondra pas. Et de toute façon, même s'il l'avait voulu, vu ma manière d'engager la conversation, et mon emportement quand je l'avais interrogé, il a dû perdre toute envie de m'aider. Je crois… Parce que… ça ne colle pas avec l'honnêteté dont il a fait preuve envers moi lors de notre discussion !

Non, il ne me laissera pas tomber, j'y crois encore… Toutes ses réponses qu'il pourrait me donner, j'en ai besoin !

Tiens ? Quel est ce bruit ? J'ai reçu un mail.

Ce n'est pas possible, il m'a répondu... Il l'a fait... Je pensais que c'était presque foutu...

Vite… Je dois le lire !

David se précipita sur l'ordinateur et empoigna avec vitesse la souris, comme si sa vie en dépendait. Retournant sur la fenêtre de sa boite de réception, il appela Alice pour qu'elle soit près de lui. Cette dernière dû se retenir de courir tant elle était excitée à l'idée de voir son meilleur ami recevoir des réponses ou un soutien dont il avait grandement besoin. La lycéenne à ses côtés, David cliqua sur l'affichage du mail, fébrile, impatient et nerveux, et pu alors lire ce que contenait l'objet de sa nervosité.