Chapitre cent dix-sept.

Une heure du matin. Alors que la plupart des habitants du monde dans lequel évolue Joris dorment à poings fermés, un drame se joue actuellement. Jugeant sa présence utile, Jodie se matérialise devant le campement provisoire du Protecteur. Ce dernier, dormant paisiblement devant un feu de fortune, n'est nullement dérangé par les bruits que font ses compagnons encore éveillés. Lorsque Yolande aperçoit la jeune sorcière, elle s'empresse de venir à sa rencontre. Toutefois, face à l'état lamentable dans laquelle se trouve la petite sœur de Ed, la cuisinière s'inquiète rapidement.

« Jodie ? Que t'est-il arrivée ? » Demande-t-elle.

La jeune blonde porte une égratignure à sa joue droite tandis que ses jolis cheveux sont ébouriffés.

« C'est à cause de ça que je suis venue vous trouver. »

Suite à cette conversation tenue par les deux femmes, Joris sort de son sommeil. Lorsqu'il ouvre les yeux, le jeune homme s'accorde quelques secondes pour réaliser où il se situe et une fois que ses idées sont en place, le Protecteur quitte sa position allongée. Au moment même où il se tient debout sur ses deux jambes, ce dernier s'approche des deux guerrières pour savoir ce qui se passe.

« Bonsoir Jodie, commence-t-il. Il y a un problème ?

- Oui et je suis là pour vous ramenez avec moi Protecteur.

- Très bien mais avant, dis-nous ce qui se trame. »

A cet instant, la jeune femme ne tarde pas à être en proie à ses émotions. Alors que des larmes naissent, faisant briller ses yeux par la même occasion, la sorcière tente de se reprendre.

« Nous avons reçu la visite d'un sbire de Célestin pas plus tard qu'hier. Alors que nous étions occupés à nous battre contre cet homme et ses soldats, des cris nous ont rapidement alerté.

- Des cris ? » Insiste Joris.

Rien que de faire un retour dans ses souvenirs récents, Jodie fond en larmes.

Pendant ce temps, François et Antoine sont cachés derrière le tonneau d'une rue de Mystery Hill. Tandis qu'un vacarme semble s'être emparé de la ville, les deux hommes tentent de maintenir leur tête hors de l'eau. En attendant, les autres guerriers de la bourgade livrent un combat sans merci contre les soldats dirigés par le sbire de Célestin.

« J'espère que Jodie va très vite revenir, s'exprime François.

- Pourquoi l'avoir envoyé alors que je pouvais me charger moi-même de cette menace ?

- Parce que personne n'est au courant de ton existence parmi nous à part ceux de ton village. Si jamais l'existence d'un Voleur à Mystery Hill venait à se savoir…

- … les répercussions pourront être terribles ?

- Exactement. »

Soudain, un soldat aux couleurs de Nightmare arrive à vive allure dans la rue alors qu'à quelques centimètres de lui tente de lui échapper un habitant de Mystery. Ecoutant son courage, Antoine sort de sa cachette et dirige sa main gauche grande ouverte vers la menace. Soudain, un faisceau lumineux frappe le soldat qui cesse aussitôt toute progression.

Chapitre cent dix-huit.

Dix heures se sont écoulées depuis que Jodie est venue trouver Joris et ses compagnons. Du côté de Mystery Hill, le désordre et la violence sévissent toujours dans les rues. D'ailleurs, un groupe d'habitant vient d'être coincé dans le fond d'une ruelle et l'un d'entre eux s'adresse au meneur des soldats.

« Qu'attendez-vous pour venir vous battre ? Interroge François.

- Mes ordres. »

Rapidement, l'homme et les siens cherchent celui qui a prononcé cette réponse. Se doutant des interrogations qu'il a fait naître dans l'esprit de chacun, Killian se matérialise devant ses guerriers. A ce moment, François se met en position de défense et cette attitude est aussitôt imitée par ses compagnons.

« C'est toi le responsable de ce chaos ? Lui demande Jean, se tenant sur la droite de François.

- Exactement et bien sûr, je suis sous les ordres de Célestin, répond Killian avant d'enchaîner. Le Protecteur est-il actuellement dans ce village ?

- Non. » Lui répond Matt, également présent auprès des deux habitants de Mystery Hill.

Suite à cette réponse, de la déception fait son apparition sur le visage de Killian. Néanmoins, le jeune disciple de Célestin s'empresse de se montrer un peu plus joyeux et révèle le sort qui attend François et ses deux amis. Alors que Killian s'attendait à voir ses hommes le dépasser pour lancer l'assaut, rien ne se déroule comme prévu. Etonné, le meneur des opérations se retourne et ne cesse d'être surpris. En effet, chacun de ses soldats a le genou posé sur le sol et d'étranges fils se sont enroulés autour de leur corps.

Derrière eux, Faridah et Dana dont l'instrument de musique maintient les hommes de Killian à sa merci. Devant ces femmes, le sbire de Célestin se montre plutôt confiant.

« Bonjour Mesdemoiselles, vous venez participer à ma petite fête ?

- Pas vraiment. » Lâche Faridah.

Alors que François, Matt et Jean gardent le silence sur le véritable statut de Faridah, Dana en profite pour pincer l'une des cordes de sa lyre. A cet instant, des craquements d'os se font entendre, accompagnés de quelques cris de douleur. Lorsque les soldats de Killian sont tous morts, Dana joue une note qui a pour conséquence de rappeler ses armes. Devant cette brillante démonstration, l'agent du vieux sorcier se montre intéressé.

« Comment se fait-il qu'une fille aussi imaginative que toi reste dans ce village misérable ? Tu accomplirais de grandes choses si tu travaillais pour le compte de Nightmare.

- Sûrement mais je préfère agir au nom du bien et de la justice.

- Dommage. »

Il est vrai qu'une telle recrue ferait plaisir à Nightmare et que ce dernier n'aurait guère d'inquiétude au sujet de l'accomplissement de certaines missions. Alors que Killian continue d'observer les deux guerrières, ses yeux se posent sur la broche que porte Faridah sur le tissu terne qui recouvre son sein droit.

« Que représente ce bijou ? L'interroge le curieux.

- Mon appartenance à la garde du Protecteur.

- Vraiment ? Dans ce cas, que fais-tu aussi loin de ton sauveur ? »

Tout en posant cette question, la réponse traverse l'esprit de Killian. En réalité, si ces deux femmes sont ici, ce n'était pas uniquement pour voler au secours des trois hommes. Si elles sont présentes, c'était pour retenir Killian le temps que le Protecteur puisse agir tranquillement de son côté. Amusé par se propre naïveté, l'agent de Célestin souhaite donner libre cours à ses pulsions histoire de punir les deux combattantes mais les ordres du vieux sorcier passent en priorité.

« Je suis désolé de ne pouvoir rester plus longtemps en votre compagnie mais je dois rejoindre le Protecteur. »

Dans un battement de paupières, Killian disparaît de la ruelle.

Pendant ce temps, Thomas tente d'échapper à d'autres soldats et se cache derrière une botte de paille laissée sur un pré. Tout en observant ce qui se passe dans Mystery Hill, le jeune homme se montre négligeant. En effet, ce dernier n'a pas senti l'adversaire qui vient tout juste de se glisser dans son dos et lorsque le soldat dégaine son épée, c'est à ce moment que Thomas se rend compte de son imprudence. Alors qu'il se retourne, la peur s'empare de lui et le tétanise tandis que des larmes lui montent aux yeux. Se disant sa dernière heure arrivée, Thomas ferme les paupières et attend que son bourreau l'exécute.

Toutefois, alors que les secondes ne cessent de défiler, rien ne se produit.

« Tu peux ouvrir les yeux Thomas, le danger est écarté. »

Au son de cette voix, le jeune homme s'exécute et là, son regard se pose sur Joris. Le soldat qui menaçait la vie de l'habitant de Mystery Hill repose aux pieds du sauveur et ses yeux sont vides de la moindre étincelle de vie. Maintenant que le danger est écarté, Thomas se lève et enlace Joris. Surpris de cette réaction, le Protecteur se laisse faire et ne regrette nullement ce choix lorsque son camarade éclate en sanglots.

« J'ai cru que j'allais y passer », parvient-il à prononcer entre deux larmes.

Quelques secondes plus tard, Jodie vient trouver Joris et se montre curieuse devant la scène.

« Tout va bien ?

- Maintenant, oui. » Lui répond le sauveur.

N'ayant plus aucune raison de s'inquiéter, Thomas se retire des bras de Joris et sèche ses larmes du revers de son bras droit. Là, Jodie en profite pour faire son rapport.

« Cette zone est sécurisée mais il nous reste encore beaucoup à faire. »

Chapitre cent dix-neuf.

Une heure plus tard, Joris a quitté le pré où il se trouvait et se tient actuellement devant la fontaine du village. A ses côtés, Thomas et ce dernier se porte bien mieux mais se reproche de s'être montré aussi faible. Pourtant, ce n'est pas faute de s'entraîner régulièrement avec Michèle mais lorsqu'il s'agit de se débrouiller sur le terrain, c'est une autre histoire.

« Vraiment, je me demande ce qui m'est arrivé pour que je sois incapable de me défendre. En tout cas, c'est une bonne chose que je ne sois jamais venu te rejoindre.

- Et pourtant, je pense que tu pourrais apprendre beaucoup en voyageant à mes côtés. Tu sais, lorsque j'ai débuté mon périple, je ne savais pas du tout me battre mais fort heureusement, j'ai eu la chance de pouvoir compter sur l'aide et la patience de mes amis. »

Thomas aimerait se montrer confiant en l'avenir mais en songeant à ce qui s'est passé une heure auparavant…

En tout cas, d'avoir été sauvé par Joris compte beaucoup pour lui. Depuis qu'ils sont tous les deux à la fontaine, le jeune habitant cherche de quelle façon il pourrait remercier celui qui se tient à ses côtés. Soudain, alors qu'une idée lui traverse l'esprit, les deux hommes sont rejoint par Antoine. Bien sûr, Joris est très heureux de le revoir et sur le moment, il en oublierait presque pourquoi sa présence est requise au sein du village.

« Bonjour Antoine, comment vas-tu ? Demande le Protecteur.

- Très bien mais j'aurais aimé te voir dans d'autres circonstances. »

Ce que Joris peut facilement comprendre. Alors que le Voleur et le sauveur discutent ensemble, Thomas a une drôle d'impression. En effet, tout en observant le duo, il se rend compte que leur complicité va au-delà de la simple amitié. Le constater le chagrine un peu et pour ne pas les déranger, il juge utile de s'éloigner un peu. Tout à coup, un petit insecte vient voler près de ses oreilles.

Au lieu de s'en inquiéter, Thomas se contente de le chasser avec ses mains. Au bout de quelques secondes, l'animal revient à la charge mais au lieu de se déplacer près des ouïes de l'homme, il fonce directement sur l'arrière de son cou. Grâce à son poids léger, l'insecte parvient à se poser sans se faire remarquer par l'humain et aussitôt, le voilà qui plonge son rostre dans la chair. Forcément, la piqûre ne s'est pas faite sans douleur et Thomas porte violemment sa main à l'endroit où la bestiole a sévit. Quand il ramène sa paume sous ses yeux, le jeune homme se rend compte que le sang de la bête est verte, ce qui n'est pas normal.

Malheureusement, Thomas n'a pas le temps de s'inquiéter davantage qu'un trouble vient le perturber. Les maisons qui se trouvent autour de lui commencent à danser et lorsqu'il trébuche, des bras parviennent à le rattraper juste à temps.

« Thomas, dis-moi ce qui t'arrive ? L'interroge François, la personne qui a réussit à le saisir au bon moment.

- Je ne sais pas trop mais une chose dont je suis sûr, c'est que je me sens très fatigué. »

A quelques centimètres de là, Joris et Antoine ont suivi toute la scène. Inquiet pour le jeune homme, le Protecteur s'empresse de le rejoindre et se place aux côtés du compagnon de François.

« Tu sais ce qui lui est arrivé ? Demande Chow, à l'attention de Joris.

- Non mais il pétait la forme quand il était avec nous.

- En tout cas, coupe François. Nous ne pouvons pas le laisser dans cet état.

- Aïe ! »

Suite à cette expression de douleur, François et Joris regardent Chow. Ce dernier, qui s'était donné une tape sur l'arrière de son cou, porte actuellement sa main sous ses yeux. Là, il se rend compte qu'un insecte vient de le piquer et brusquement une immense fatigue se fait ressentir. Lorsqu'il tombe sur ses genoux, l'homme a tout de même la force pour prévenir ses amis.

« Je pense que les responsables sont ces bestioles. »

Alors qu'il s'écroule sur le sol en sombrant dans l'inconscience, Thomas dort paisiblement de son côté. Inquiet pour les deux habitants de Mystery Hill, Antoine quitte la fontaine pour rejoindre Joris et François.

« Ces insectes agissent vraiment comme des enfants. »

Brusquement, les trois hommes dirigent leur regard dans la même direction. Quand leurs yeux se posent sur celui qui vient de parler, François dévoile l'identité de cette personne.

« Killian ! »

Aussitôt, Antoine se place devant Joris pour le protéger. Si jamais le sbire de Célestin passe à l'action pour nuire au Protecteur, le Voleur pourra utiliser son corps comme obstacle. Alors que Joris se demande qui est cet homme qui se tient à quelques centimètres de lui, ce dernier continue de se montrer bavard.

« Je leur avais dit de ne pas trop s'éloigner à cause des problèmes qu'ils pourraient s'attirer. Malheureusement, ils en ont fait qu'à leur tête et voilà le résultat. »

Killian décide de clore le sujet concernant ses insectes afin de se consacrer à la véritable raison de son apparition.

« Je présume que tu es le Protecteur ? Lance-t-il à Joris tout en le regardant.

- Oui.

- Et dire que je te voyais plus impressionnant. »

Il est vrai que Killian se montre un peu déçu. Toutefois, le membre maléfique décide de ne pas s'arrêter à ce qu'il voit pour plusieurs raisons : Premièrement, si Joris se tient face à lui malgré les nombreuses tentatives de Nightmare, c'est qu'il est fort. Deuxièmement, la tenue immaculée que le Protecteur porte sur son corps laisse la place à aucun doute.

« As-tu un peu de temps devant toi pour qu'on puisse discuter ? »

Chapitre cent vingt.

Après la réponse que lui a donné Joris, Killian se montre enthousiaste. Toutefois, la présence de François et d'Antoine le dérange et l'homme souhaite y remédier. A ce moment, deux paires d'ailes translucides lui poussent dans le dos et cette particularité physique inquiète le trio.

« Depuis ma plus tendre enfance, débute Killian. Je voue une véritable fascination pour les insectes. Une fois que j'ai atteint l'âge pour mener ma vie bon me semblait, j'ai décidé de faire de mes compagnons, ma principale raison de vivre. D'ailleurs, j'étais loin de me douter que mes compétences me ferait remarquer aux yeux de Nightmare.

- C'est moi ou tu es bavard ? » L'interrompt Joris.

Et s'il y a bien une chose que Killian déteste par dessus tout, c'est qu'on lui coupe la parole. C'est dingue comment que les gens sont devenus impolis de nos jours. Puisque ces trois hommes se montrent déplaisant, autant leur donner une leçon de savoir-vivre. Du coup, voilà que Killian fait vibrer ses ailes, ce qui a pour conséquence de faire lever un vent violent. Alors que les arbres environnants sont pliés à cause de la force de l'air, l'invocateur sourit.

Si ce dernier est de bonne humeur, c'est parce qu'il a confiance en ses pouvoirs. Cependant, lorsqu'il fixe ses adversaires et qu'il se rend compte que son offensive ne les atteint pas, le maléfique déchante très vite. D'un claquement de doigts, Killian fait tomber le vent avant d'interroger le trio.

« Pourquoi ?

- Parce que j'ai prit soin de réciter un sort de protection. » Lui répond Antoine.

Killian savait que des sorciers résidaient dans ce village. Par contre, il ne pensait pas tomber sur l'un d'entre eux aussi rapidement et il doit l'éliminer au plus vite. Ainsi, une fois le champ libre, Killian pourra atteindre Joris et lui nuire autant que possible. Cependant, quand le disciple de Célestin observe attentivement Antoine, il n'a pas l'impression d'être en présence d'un sorcier. Désormais, une autre question demeure : Si l'homme qui vient de lui répondre n'est pas de cette caste, à laquelle appartient-il ?

Avant de se rendre dans ce village, Killian pouvait suivre les déplacements de Joris grâce à son vieux maître. S'il veut trouver la véritable identité de l'homme qui accompagne François et le Protecteur, l'agent de Célestin n'a guère le choix.

« Ce n'est pas grave, finit-il par dire avant de faire disparaître ses ailes.

- Joris ! » Hurle une voix féminine.

Tournant sa tête sur sa gauche, le Protecteur voit Liane et Yolande venir dans sa direction. Une fois qu'elles ont réussi à le rejoindre, les deux femmes s'empressent de se placer sur chaque côté du jeune homme afin d'améliorer sa protection. Cependant, la cuisinière juge important de prévenir Joris d'un fait inquiétant.

« Nous ignorons si cet homme est derrière ce mystère mais des adolescents de notre village ont disparu.

- Disparu ?

- Oui malgré le fait que nous avons cherché partout. »

En écoutant ce que les deux compagnons se disent, Killian se rend compte que son plan marche parfaitement. De toute façon, les adolescents de ce village ne sont guère nombreux mais cela fait toujours quelques victimes supplémentaires à attribuer à cette guerre qui a commencé il y a de cela plusieurs mois.

« L'heure est venue de vous révéler la véritable raison de ma présence, intervient Killian. Protecteur, te souviens-tu de ces graines que mon maître a prit soin de réunir ?

- Oui et je me suis toujours demandé à quoi elles pouvaient lui servir.

- Dans ce cas, sache que je suis très heureux de te révéler la réponse. »

Aussitôt, Killian lève sa main droite grande ouverte vers le ciel et en profite pour élever son énergie autour de son corps. S'interrogeant sur ces actions, Joris et les siens ressentent de la peur quand une brèche temporelle s'ouvre à quelques mètres au-dessus de l'homme démoniaque. Enfin, Killian claque des doigts et fait apparaître à ses pieds, un corps endormi.

« Julia ? » S'étonne Liane.

Mais sa surprise ne s'arrête pas là puisqu'une autre adolescente se matérialise auprès de la première. Bien sûr, la seconde est dans le même état.

« Espèce de monstre ! »

Killian se garde de se retourner suite à ce qu'il vient d'entendre mais surtout, à cause de cette nouvelle personne qui vient de rejoindre les lieux et qui se tient actuellement à quelques mètres dans son dos.

« Moi ? Un monstre ? » S'amuse le kidnappeur.

Derrière lui, l'individu s'équipe de ses poignards et se prépare à se battre. S'inquiétant des conséquences que peuvent engendrer ce comportement, François s'alarme.

« Ne fais rien Pierre car nous ne savons pas ce qu'il prépare !

- Tu ne crois tout de même pas que je vais rester là sans rien faire alors que ma sœur est à sa merci ?

- Parce que l'une d'entre elle est ta petite sœur ? » Lui demande Killian, sans bouger le moindre centimètre.

En agissant de la sorte, l'homme ignorait qu'il provoquerait la colère chez un habitant de Mystery Hill. Entre en présence d'un grand frère animé par autant de rage, le disciple de Célestin voudrait tellement en profiter mais la mission dont il a la charge n'attend pas.

« C'est la dernière fois que vous voyez ces charmantes demoiselles car elles sont destinées à m'accompagner.

- Explique-toi ! Lui ordonne Joris.

- J'ai l'intention de me rendre dans le monde d'où tu viens avec la consigne d'y semer le chaos. »

Suite à cette information, le Protecteur ne l'entend pas de cette oreille. Sans prévenir ses compagnons, il s'empresse de quitter leur protection et fonce sur Killian dans le seul but de lui donner une bonne correction.

« Joris ! »

Liane est la première à se lancer à sa poursuite et est aussitôt imitée par François, Antoine et Yolande. Alors que les cinq guerriers s'approchent de Killian, Pierre en profite pour en faire de même de son côté. Jusqu'au dernier moment, le méchant laisse faire les choses mais quand Joris est sur le point de l'atteindre, l'adversaire use de ses pouvoirs pour lever une barrière protectrice autour de lui. Forcément, le sauveur se heurte contre ce bouclier et malheureusement, il n'est pas le seul. En effet, Pierre rencontre la même mauvaise surprise et comme les deux hommes reposent désormais sur le sol, Killian en profite pour savourer cette petite victoire.

Pendant ce temps, Tracy, Rym, Marcia et Dana arrivent à leur tour sur les lieux. A la vue du spectacle, la musicienne lève son instrument et s'apprête à en jouer lorsque l'une de ses camarades l'arrête. En secouant négativement de la tête, Tracy lui fait comprendre que cela ne serait d'aucune utilité.

« Il est temps pour moi de vous quitter, fait savoir Killian. Et je souhaite que votre combat contre mon maître soit voué à l'échec dans les jours à venir. »

Utilisant une nouvelle fois ses pouvoirs, l'homme s'élève doucement dans les airs. Tout en progressant vers la brèche, il veille à maintenir sa protection et quelques secondes plus tard, les deux adolescentes endormies viennent le rejoindre.

« Je vais m'amuser à réduire ton univers à feu et à sang Joris. » Dit-il au Protecteur.

Dans un élan désespéré, Pierre lance l'un de ses poignards en direction de Killian. Malheureusement, l'arme se heurte contre la paroi invisible et tombe inexorablement vers le sol. Au moment où la lame se plante dans la terre, Killian et ses deux captives disparaissent. Frustré par son impuissance, Pierre se met à quatre pattes et martèle le sol à l'aide de ses poings. Rapidement, Rym vient le retrouver et lui attrape les bras.

Néanmoins, la femme a oublié que Pierre reste plus fort qu'elle puisqu'il reste un homme avant tout. Du coup, Rym rencontre des difficultés pour l'arrêter mais la tâche se fait plus aisée lorsque Dana et Marcia viennent l'aider.

« Calme-toi Pierre ! Lui conseille la forgeronne.

- Comment veux-tu que j'y arrive puisque j'ai été incapable de protéger ma sœur ?

- Ce n'est pas une raison pour te faire du mal, lui dit Dana. Dès que le village sera de nouveau calme, nous irons voir les sorciers pour trouver une solution.

- Je doute qu'ils puissent faire quelque chose.

- En tout cas, ce n'est pas en te blessant que Loan va revenir. »

Suite à cet argument, Pierre doit bien reconnaître que la musicienne a raison. Tout en regardant ses mains ensanglantées, l'homme parvient enfin à se calmer. Au même moment, Joris se relève et maudit Killian mais également ses camarades. Lorsqu'il se retourne pour leur faire face, de la colère se lit dans ses yeux.

« Joris ? S'inquiète Antoine.

- Comment ce mec a-t-il pu se rendre dans mon monde aussi facilement alors que moi, je rencontre toutes les peines inimaginables à accomplir ce voyage ?

- C'est un sbire de Célestin, il ne faudrait pas l'oublier, lui dit son ami.

- Et alors ? Ce n'est qu'un vulgaire sorcier et pourtant, il semble aussi fort qu'une divinité. »

En prononçant de tels propos, Joris sème le doute dans l'esprit de ses compagnons. Voulant se rassurer, Liane s'adresse à lui.

« Qu'est-ce que cela fait que Célestin soit aussi puissant qu'une déité ?

- J'aurais pu lui demander de m'aider à rentrer chez moi.

- Tu plaisantes ? S'étonne Liane. Et comment ferait-on pour ramener la paix dans notre monde sans ta présence à nos côtés ?

- C'est le cadet de mes soucis. »

Les personnes qui sont présentes autour de Joris se montrent choquées par ce qu'elles viennent d'entendre. Ayant besoin de sa calmer un peu, le Protecteur décide de s'isoler en marchant et s'éloigne très rapidement de la bande. Désormais, les habitants de Mystery Hill se retrouvent entre eux et échangent sur le souhait de Joris.

« C'est la première fois qu'il s'exprime de la sorte ? Demande Marcia.

- Non, lui répond Liane.

- Je vois. Par contre, je ne comprends pas qu'on doit dépendre d'une telle personne pour obtenir notre salut.

- Lui a-t-on laissé le soin de choisir avant de venir dans notre monde ? Se mêle Antoine.

- Non, exprime celle qui a répondu à Marcia quelques secondes auparavant.

- Dans ce cas, je comprends mieux la raison qui l'a poussé à dire de telles choses et ne comptez pas sur moi pour l'enfoncer avec vous. »

Après ces propos, Antoine quitte le groupe pour retourner à l'église dont il a la garde. Devant cette attitude, François et les siens ignorent quoi penser. D'ailleurs, Tracy ne se prive pas pour interroger le Voleur sur ce qui le motive à s'éloigner.

« Où vas-tu ?

- Je retourne à l'église. » Lui répond-il sans faire demi-tour sur ses talons.

De son côté, Joris vient tout juste de sortir du village via son entrée. Avant d'invoquer la personne avec qui il désire s'entretenir, le Protecteur regarde autour de lui pour être sûr qu'il ne sera pas dérangé. Une fois rassuré, l'homme à la tenue blanche ne perd aucune minute.

« Salida, montre-toi ! »

Suite à cet appel, la déesse se montre face à Joris. D'habitude, la divinité se veut souriante mais cette fois, son visage semble fermé. Se pourrait-il que les propos tenus par le sauveur ont réussi à la choquer elle aussi ?

« Que veux-tu ? Débute-t-elle.

- Bonjour déjà, poursuit-il en se montrant légèrement agacé. Comment se fait-il que Célestin a pu ouvrir une brèche pour faire voyager Killian alors qu'il n'est qu'un vulgaire sorcier ? Même toi qui est une déesse, tu sembles en être totalement incapable ou alors, tu ne me dis pas la vérité.

- Je n'ai aucun compte à te rendre.

- Oh que si ma petite car en cas si tu l'aurais oublié, je me fais chier à parcourir ce putain de monde pour le délivrer en ton nom. D'une, je n'ai pas le souvenir d'un choix avant mon arrivée sur vos terres et deuxièmement, je trouve horrible qu'on s'autorise d'isoler quelqu'un de son univers mais surtout, de sa famille.

- Si tu t'inquiètes pour ta mère, j'ai de quoi te rassurer.

- Et qu'est-ce qui me prouve que cela ne sera pas une manipulation de ta part ?

- Parce que j'en suis incapable. »

Cette réponse n'est guère suffisante pour Joris. Alors qu'il continue à mettre en doute les capacités de la déesse, celle-ci matérialise une boule de cristal entre ses mains. Même face à une telle apparition, le Protecteur continue son bavardage.

« Montre-moi la mère de Joris ! »

Rapidement, l'image d'une femme se dessine dans la sphère de cristal. Quelques secondes plus tard, lorsque Joris reconnaît sa mère, il se montre brutalement silencieux. Pendant plusieurs secondes, le jeune homme ne cesse d'admirer celle qui l'a mise au monde et voilà que des larmes lui montent aux yeux.

« Je veux rentrer chez moi s'il te plaît, finit-il par exprimer.

- Nous avons besoin de toi.

- Je me fous royalement de ce qui peut arriver à ce monde, déesse de l'égoïsme.

- Fais attention à tes propos Joris. »

Chapitre cent vingt-et-un.

Joris est toujours à l'entrée de Mystery Hill et s'entretient avec la déesse. D'ailleurs, leur conversation est de plus en plus forte et une vive tension se fait sentir entre les deux protagonistes. Désormais, le Protecteur se fout totalement des conséquences que peut engendrer leur échange et ne montre aucun respect à celle qui lui fait face.

« C'est bizarre car lorsque je t'ai demandé ce que tu me ferais si je ne faisais pas attention à mes paroles, tu as été incapable de me répondre. De plus, combien de temps devra s'écouler avant l'arrivée d'un autre Protecteur ?

- Tu es le dernier normalement.

- Vraiment ? Ce qui explique pourquoi j'attends toujours ta réponse. »

Joris a vu juste. Si Salida n'a pas été capable de prononcer la moindre menace envers le jeune homme, c'est parce qu'il est irremplaçable. Maintenant que le Protecteur l'a parfaitement compris, il risque d'abuser de son statut particulier et la divinité ne peut se le permettre. Elle se doit de le calmer au plus vite avant qu'un drame se réalise.

« Joris, je te fais la promesse qu'une fois cette guerre nous opposant à Nightmare sera terminée, tu retrouveras ton monde.

- Nous opposant ? Tu oses t'inclure dans ce conflit alors que tu ne fous rien du tout ? Dit-il avant de sourire. Pardon, j'avais oublié que tu privais certaines personnes de leur libre-arbitre et j'imagine que cela doit te demander beaucoup d'énergie. De toute façon, je n'ai plus confiance en toi et je commence même à me convaincre que Nightmare et Célestin sont des victimes dans toute cette histoire.

- Quoi ? »

Ayant marre de cette conversation qui ne mène à rien, Joris ne cherche plus à contenir sa colère. Alors que celle-ci s'empare doucement de son coeur, l'aura du jeune homme s'élève brusquement autour de son corps. Cependant, un certain détail attire l'oeil de la Déesse et voilà qu'elle s'inquiète aussitôt.

« Joris, calme-toi s'il te plaît !

- Je n'ai plus aucun ordre à recevoir de toi tu m'entends ? Plus aucun ! »

Désormais, rien ne peut faire entendre raison au sauveur et Salida risque d'en faire les frais. Toujours concentrée sur le détail qui ne la rassure pas, son angoisse grandit tandis que la raison de son trouble en fait tout autant. De son côté, Joris se laisse griser par sa puissance et sa colère lorsque tout à coup, il libère une onde de choc sans comprendre le déclencheur. Hélas, l'offensive vient frapper la Déesse qui s'étale de tout son long sur le sol. Cependant, Salida n'a pas le temps de se plaindre car elle doit sauver le guerrier à tout prix.

Alors que la déité se relève, les tâches noires qui faisaient leur apparition sur la tenue de Joris ne cessent de croître. D'ailleurs, c'est cette teinture qui avait alarmé la Déesse et tandis qu'elle se dresse de toute sa hauteur pour voler au secours du Protecteur, celui-ci disparaît dans sa propre aura.

« Trop tard. » Dit Salida.

Et voilà que des flammes noires dansent dans l'énergie du jeune homme avant que celle-ci s'obscurcit totalement. Lorsqu'elle disparaît, c'est en même temps que son propriétaire. Une fois seule, Salida se laisse tomber sur ses genoux et réalise ce qui vient de se produire.

« Salida ! »

En état de choc, la Déesse est incapable de bouger. Pendant ce temps, la personne qui a prononcé son prénom s'agenouille devant elle et plonge son regard dans le sien.

« Salida ?

- François ?

- Nous avons senti une forte puissance en provenance d'ici et qui ressemblait à celle de Joris. Par contre, elle paraissait négative avant qu'elle se volatilise et je dois reconnaître que depuis, je ne cesse de me poser des questions. »

Alors que la déité s'apprêtait à dire ce qui s'est passé, Liane, Jean, Tracy et Renée arrivent sur les lieux.

« La puissance que vous avez senti était bien celle de Joris.

- Quoi ? S'étonne Jean.

- Et si elle a autant changé, c'est parce que j'ai refusé de le renvoyer dans son monde, parvient-elle à exprimer. A cause de mon égoïsme et de mon entêtement, Joris a laissé l'obscurité gagner son coeur et depuis… »

N'étant pas sûre de comprendre ce qui vient de dire la divinité, Tracy lui pose une question pour tenter de se rassurer.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je veux dire que Joris n'est plus le Protecteur de la Lumière mais celui de l'Obscurité.

- Attends, cela voudrait…

- Oui Liane. Si jamais la lumière ne chasse pas l'obscurité présente dans son coeur, il sera nettement plus dangereux que Nightmare et Célestin réunit.

- Ce n'est pas possible ? » N'ose y croire Renée.

Chapitre cent vingt-deux.

La journée est sur le point de s'achever et Célestin se montre très content. Ne pouvant contenir sa joie suite au succès de la mission confiée à Killian, le vieux sorcier se place devant son grand miroir. Après avoir promené l'une de ses mains devant la surface polie, celle-ci se trouble et voilà qu'une voix s'en échappe.

« Bonsoir Célestin.

- Bonsoir mon maître. Je me permets de vous déranger pour vous informer d'une excellente nouvelle.

- J'ai hâte de savoir de quoi il retourne.

- Killian et deux habitants de Mystery Hill sont désormais dans le monde du Protecteur.

- Voilà qui est excellent. »

Alors que le vieux sorcier poursuit sa discussion avec Nightmare, une brume sombre se glisse sous l'unique porte de la chambre. Tranquillement, la matière entre dans la pièce et ne tarde pas à s'élever pour former une colonne. Ensuite, la brume disparaît en étant absorbée par les nombreux membres d'un corps qui l'utilisait pour se dissimuler.

« Bonsoir Célestin. »

Rapidement, le sorcier se retourne et fait face à une personne qu'il rencontre pour la première fois. En tout cas, c'est ce qu'il croit. L'être présent est entièrement vêtu de noir et un collier de barbe recouvre le contour de ses joues et de son menton. En se concentrant, Célestin a la sensation de connaître celui qui se tient face à lui.

« Joris ?

- Oui mais en cas si tu ne l'avais pas remarqué, j'ai beaucoup changé. »

Aussitôt, la surface du miroir redevient lisse tandis que le sorcier dirige ses deux mains grandes ouvertes en direction du jeune homme.

« Calme-toi ! Lui dit-il. Je ne suis pas là pour te nuire mais pour te faire une proposition. »

Au même moment, François et Salida sont dans l'église de Mystery Hill. Alors que la déesse s'agenouille devant sa statue afin de prier, Ed et Faridah arrivent dans le bâtiment religieux. De suite, François va à leur rencontre et c'est au beau milieu de l'allée qu'il se place face au duo.

« Nous avons apprit la nouvelle, lui dit la femme. Et nous sommes venus pour proposer nos services à la déesse.

- C'est très gentil à vous mais j'ai peur que vous vous êtes déplacés pour rien.

- Pourtant, intervient Ed, je pense avoir une idée pour venir en aide à Joris.

- Vraiment ? »

Même si elle se tenait devant sa statue, Salida n'a rien perdu de la conversation. Croisant les doigts pour que l'idée de l'hybride soit excellente, la divinité se téléporte jusqu'au trio.

« Je t'écoute Ed.

- Voilà. Comme nous le savons tous, Joris veut retrouver les siens. »