Chapitre 13 : Des invités chez les Sombrelys.

Point de vue de Blue

La voix d'Adolph se fit entendre.

« Vu votre situation géographique, je suppose que vous vous amusez, mademoiselle.

_ En effet, bon, je t'appelle pour rentrer quelques fiches d'identité.

_ Je vais vous y aider, lança Sheyla à l'intention de mon majordome.

_ Très bien, mesdemoiselles. »

Nous énoncions les noms et prénoms de nos invités, les images défilèrent dans mes lunettes afin que je puisse valider les autorisations que nous établissions. En moins de cinq minutes, professeurs, élèves, et docteurs, furent enregistrés comme des invités autorisés dans la propriété. Nous ressortîmes et rejoignîmes le groupe. Les voitures chargées de bonne humeur, se rendirent au manoir. J'envoyai rapidement un message à l'intelligence artificielle : « Ordre : ne te manifeste que si Sheyla ou moi t'appelons, ou en cas d'urgence. » Je reçus à peine quelques secondes plus tard la confirmation du passage en mode silencieux des systèmes de la maison. Je communiquai discrètement à Sheyla l'échange que je venais d'avoir avec Adolph, ses yeux m'indiquèrent qu'elle avait parfaitement compris la situation. Nous arrivâmes chez moi, la propriété en surprit plus d'un, dont mon professeur principal, ébahi.

« Tu vis ici ? Me demanda-t-il.

_ Oui, c'est là que j'habite, répondis-je simplement.

_ N'est-ce pas un peu trop grand ? Commenta madame Galar, inquiète.

_ C'est un manoir ! S'exclama monsieur Degar.

_ Je préfère malgré tout l'appeler maison, rétorquai-je.

_ Cela fait moins impressionnant, glissa Sheyla, au moins on ne la juge pas sur ses possessions. »

Nous rentrâmes, et chaque personne pénétrant dans le hall fut identifiée en une fraction de secondes. Frank avoua qu'il ne pensait pas que cette identification existait vraiment, les deux autres médecins hochèrent la tête disant qu'ils en avaient également douté. Je servis café, sucreries et jus de fruit à mes invités. Nous discutâmes principalement des épreuves du brevet et de nos ressentis sur l'année scolaire que nous venions de passer. Au grand bonheur de mes professeurs, tous les élèves présents dans la salle visaient une mention : Shu avait d'abord visé la mention bien mais en vue du déroulement des épreuves, il s'attendait dorénavant à un très bien. Il en était de même pour un grand nombre d'entre nous. Jude s'impatientait déjà :

« Et demain : les résultats ! J'espère avoir assez bien voir même bien...

_ C'est demain ?! S'étonna monsieur Degar.

_ Vous l'aviez oublié ? Êtes-vous sûr d'avoir toute votre tête parfois ? Demanda une de mes camarades.

_ Eh bien... Je me suis trompé d'une semaine, supposa le professeur.

_ Bon, ça vous dit un bon film ? Proposa Sheyla.

_ Mais, ne sommes-nous pas un peu trop nombreux pour tous tenir dans la même pièce ? Protesta madame Galar.

_ Il vient de se mettre à pleuvoir, il est donc impossible de sortir, et la salle télévision est bien assez grande pour nous tous.

_ Bien... tu penses à quel film ? Demanda Séraphin.

_ « Les profs ! » dit Sheyla.

_ Oh oui ! S'enchantèrent en chœur plusieurs élèves.

_ Alors allons-y. »

Je les mène à la salle prévue à cet effet la pièce est spacieuse et il ne manque que deux sièges. Frank et Lucian rapportent deux chaises du salon et je mets le film en place. Quelques élèves me demandent si j'avais déjà le film, je répondis que je venais de le louer. Tout à coup, l'alarme retentit et Adolph m'alerta.

« Mademoiselle ? Appela le majordome, faisant ainsi sursauter tout le monde sauf Sheyla et moi.

_ Qu'y a-t-il Adolph ? Répondis-je en me levant.

_ Je croyais que tu ne devais pas te montrer ! S'exclama ma meilleure amie.

_ Veuillez m'excuser pour cette interruption, mais il s'agit d'une urgence.

_ Dépêches-toi, grinçais-je.

_ Vous avez deux visiteurs non répertoriés dans les autorisations de séjour sur la propriété.

_ Oh… J'arrive, lances le film pendant que je m'occupe de ça.

_ Très bien mademoiselle. »

Je lâchais malgré moi un grognement d'exaspération et sortais de la salle en quatrième vitesse. J'aperçus sur le palier deux inconnus en train de sonner, leur apparence était plutôt quelconque et ne me laissait pas entrevoir la moindre menace. Je demandais à Adolph leur identité avant de me montrer à eux, les deux étrangers se nommaient Eric Ravier et Luc Lavardin, ces noms ne m'évoquaient rien, je leur ouvrais la porte.

« Bonjour messieurs, en quoi puis-je vous aider ?

_ Bonjour jeune fille, vos parents sont-ils présents ? Nous souhaiterions nous entretenir avec eux.

Ces mots, ces quelques mots suffirent à m'irriter, mais au moins j'avais la certitude que ces deux imbéciles n'étaient pas venus pour mon travail ou pour nuire directement aux chefs de la famille Sombrelys.

_ Je vous bien vous introduire auprès d'eux, mais vous ne pourrez en aucun cas converser avec mes parents. Répondis-je le plus naturellement possible.

_ Pourquoi donc ? S'étonna le deuxième homme.

_ Ils sont morts. Fis-je d'un ton glacial qui fit frissonner l'un d'eux.

_ Oh, toutes nos condoléances jeune fille, dans ce cas, votre tuteur légal est-il dans les parages ? Nous espérons que ce dernier va nous recevoir, insista le premier homme.

_ Je suis mon propre tuteur.

_ Cela m'étonnerais beaucoup que ce soit la vérité, vous êtes n'avez pas l'apparence d'une personne majeure.

_ Tout dépend de l'âge de la majorité, je suis majeure alors faîtes avec où partez, je ne suis pas humeur à jouer longtemps avec des visiteurs inconnus.

_ Oh, quelle impolitesse ! S'indigna le deuxième en murmurant.

_ Bon… Nous sommes les portes parole de l'association des témoins de Jéhovah. Nous sommes en ce jour devant vous pour vous informer que notre leader vous a désignée et vous autorise à faire partie de notre merveilleuse et enrichissante confrérie, commença à expliquer le premier.

_ Et mon adhésion, si je puis me permettre, presque forcée, serait en échange de cette propriété que votre secte convoite depuis déjà dix ans, n'est-ce pas ? Rétorquais-je de plus en plus agacée.

_ Hum… Eh bien, nous ne sommes pas une secte mais une association… Tenta le deuxième homme, perplexe.

_ Ne considérez-vous pas cet échange comme étant plutôt bénéfique pour vous ? Et puis cette généreuse donation montrerait votre foi, continua l'autre.

_ Je n'ai que faire de votre, association ou appelez ça comme vous le souhaitez, je sais ce qu'est votre groupe et je n'ai pas de temps à perdre avec vous ni avec une quelque autre religion. De plus, ma demeure n'est pas un bien que je cèderai. Maintenant, veuillez m'excuser mais j'ai des invités qui m'attendent, alors veuillez quitter cette propriété et vous chercher une personne assez désespérée pour tomber dans vos griffes, s'il vous plait.

_ Vous serez maudite par le Tout Puissant ! S'indigna le deuxième homme.

_ Je suis née maudite, dans une famille maudite, ça ne me dérange pas, surtout que votre Tout Puissant ne lèvera jamais le petit doigt sur moi, ou il s'en mordra les doigts.

_ Comment osez-vous sous-estimer le Tout Puissant ?! S'emportèrent-ils tous les deux, finissant de me faire sortir de ma prison de calme.

_ Adolph, ces visiteurs ainsi que leur communauté parasitaire sont désormais sur la liste des indésirables, note le s'il te plait fis d'une voix glaciale.

_ Adolph ?

_ Le système de défense de la maison.

_ Comment une aussi jeune et maudite gamine peut avoir un tel système ?! Se moqua le premier.

_ Je suis une Sombrelys, c'est tout. Veuillez partir, et ne revenez jamais, sinon, je crains que des forces armées ne vous interpellent, cela serait très regrettable…

_ Comment osez-

_ Assez ! Dehors ! Rugis-je en sortant mon Beretta.

Les hommes fixèrent tour à tour l'arme et mon visage, sans doute effrayé par mon attitude et ma jeunesse.

_ Au revoir ! Firent les hommes en prenant leurs jambes à leur cou.

_ Adieu, et non au revoir, marmonnais-je. »

Je me détendis doucement en observant leur pathétique course vers la sortie de ma maison, quand soudain je me figeai, deux mots avaient atteints mes oreilles : « Yeux lumineux ». Les deux intrus n'avaient pas été uniquement terrorisés par mon arme ou mon attitude, mais aussi par mon anormale physionomie. L'idée que mon petit secret puisse être répété fit couler une sueur froide le long de mon échine, cela ne devait pas arriver, jamais ! Je repensais à mes invités et me hâtais dans la salle de bains pour me voir dans une glace, mes yeux étaient beaucoup trop voyant, je me passais de l'eau sur le visage et rendais à mes yeux leur aspect banal, rangeais mon arme et retournais dans la salle de cinéma. Là, entourée de mes amis, je pu enfin me détendre et apprécier le film comme une adolescente normale. Je ne parvins pas à me retenir d'éclater de rire devant l'expérience mousseuse du professeur de physique-chimie, et à mon grand bonheur, je n'étais pas la seule ! Sheyla pleurait de rire et madame Galar était pliée en deux et ne parvenait pas à s'arrêter les spasmes qui agitaient son corps. Après le film, nous sortîmes dehors afin d'apprécier le beau temps enfin revenu. La chevelure de ma meilleure amie au soleil est vraiment magnifique, les reflets que dessinent ses légères boucles sont envoutants, Séraphin ne semblais pas se rendre compte qu'il n'arrêtait pas de loucher sur les cheveux d'or de mon amie, mais nous l'avions remarqué, et il était parfois difficile de nous retenir de rire ou de l'interpeler pour qu'il arrête… Malgré le soleil resplendissant, je demeurais dans un coin d'ombre pour rester au frais, mais Térence me tira vers le groupe pour que je sois plus entourée par ceux que j'aimais. Il le regretta assez vite, obligé de détourner les yeux de ma tête.

« Blue, je ne pensais pas que le soleil ferait autant briller tes cheveux, on dirait presque le rayonnement du soleil sur une neige fraiche… C'est vraiment surprenant ! S'exclama-t-il.

_ Oh, mince, attendez, je reviens. Répondis-je en retournant dans la maison. »

J'en ressortis coiffée d'un chapeau, préservant ma tête de l'insolation et leurs yeux d'une chevelure trop éclatante. Nous pouvons ainsi discuter en nous regardant les uns les autres sans difficulté, tout se passe bien et je ressens un plaisir depuis longtemps oublié, ces moments presque parfaits m'avaient vraiment beaucoup manqué. Nous en venons à discuter de l'intrusion des deux hommes de sectes et de ma réponse négative. Les adultes saluent ma présence d'esprit pour les avoir repoussés tous les deux, mais une de mes réponses intriguent mes enseignants :

« Alors, même si tu n'es pas majeure, tu es responsable et libérée du besoin de tutelle ?

_ C'est de famille, nous sommes majeurs à partir de quatorze ans en réalité, nous passons un test d'aptitudes puis un certificat de majorité précoce nous est fourni, expliquais-je.

_ Tes parents avaient aussi prévus ça ? demanda une de mes camarades.

_ Non, cela fait plusieurs générations de nous fonctionnons de la sorte en réalité… Rétorquais-je.

_ De toute façon tu l'a pas l'air seule, n'est-ce pas ? Commenta Franck.

_ Non, c'est vrai, mes amis veillent sur moi, je suis bien entourée !

_ Oui certes… Fit le légiste, surpris comme si je n'avais pas compris sa remarque.

_ Je crois que le docteur Héraus parle de la voix de tout à l'heure, celle ou celui que tu appelles Alphonse… Tenta un de mes camarades.

_ Adolph, pas Alphonse ! Corrigea Sheyla en souriant.

_ Oui, voilà, qui est-ce ? Demanda Térence.

_ Son majordome, répondit-elle.

_ Tu le connais ? Demanda Shu', perplexe.

_ On a joué pas mal de partie d'échecs ensembles oui, confirma-t-elle.

_ Mais où est-il alors ? Pourquoi ne nous présentes-tu pas cet homme Blue ? Demanda Madame Galar.

_ Montres-toi, c'est bon, remets ton serveur en mode normal, annule le mode silencieux Adolph, fis-je à l'intention du robot.

_ Je suis ici messieurs dames, s'exécuta l'intelligence artificielle en mettant en mouvement l'un de ses bras mécanique.

_ Hein ?

_ Adolph est une intelligence artificielle, il est mon majordome robotique et se trouve donc partout dans la propriété, expliqua Sheyla.

_ Impressionnant ! Commenta Franck. »

Tout le monde s'étonne devant les capacités d'Adolph, cela nous amuse beaucoup avec Sheyla et nous occupe assez pour que l'heure passe sans que nous ne nous en apercevions. Il faut malheureusement que les meilleures choses aient une fin, notre petite réunion amicale n'échappa pas à la règle et nos invités furent contrains de s'en aller… Néanmoins nous parvînmes à convenir d'un nouveau rendez-vous ici le lendemain afin de pouvoir consulter les résultats du Brevet des Collèges dès leur parution. Ayant la place et le réseau internet suffisant, mes camarades trouvèrent l'idée excellente. Sheyla pensa à temps à rappeler qu'un ordinateur pour deux serait dans doute pratique. Les professeurs saluèrent l'idée de la jolie blonde, et Séraphin rajouta son argument favori : « Comme ça on pourra jouer tous ensembles sur un super réseau, sans trop avoir de bug ou de manque de réseau ! ».

Le soir venu, je m'endormis avec difficultés, incapable d'oublier les événements de la journée, trop heureuse pour vouloir les éloigner de mon esprit et fermer les yeux sur cette délicieuse après-midi. Je parvins finalement à trouver le sommeil, le sourire aux lèvres tant cette journée avait été géniale.

« Bonne nuit les amis, dormez bien. Bonne nuit Adolph, pas de bêtise pendant mon sommeil, hein ? Reposez-vous bien, papa et maman. Dors bien Kilanya.

_ Dormez bien, me répondis Adolph.

_ Fais de doux rêves sans ombres ni douleurs, me glissa Kilanya, d'une voix envoutante me rappelant une personne sans pour autant que je ne sache qui. »