La suite des péripéties de notre couple mythologique adoré ~o~ Je sais, le titre fait un peu déprimant mais j'aime bien. Vous inquiétez pas, ils deviendront pas fous \o
Première partie allant de la rencontre de Perséphone et Hadès à "l'enlèvement": "On appelle ça l'amour, certainement fatal"


- Il faut se lever, soupira un dieu épuisé de sa nuit.

Une deuxième silhouette, réfractaire à émerger elle aussi, bougea et se blottit contre la source de chaleur à proximité.

- Rien ne nous y oblige, on est tranquille ici, bailla une voix féminine.

Hadès rigola et resta donc un peu plus longtemps au lit, serrant son amante contre lui. Cela faisait un peu plus d'une semaine que Perséphone avait fui la Sicile et s'était réfugiée dans son palais, là où personne ne pouvait les déranger. Ils ignoraient que depuis le premier jour, Déméter cherchait désespérément sa fille et qu'elle venait de découvrir, grâce à Hélios, qui était le responsable de cet enlèvement. Le dieu solaire n'ayant pas osé, en voyant la fureur de la déesse, avouer que sa fille était plus que consentante, les deux femmes règleraient leurs histoires de famille entre elles. Le souverain infernal était par ailleurs persuadé qu'il avait l'approbation de Zeus, certain qu'il avait du deviner aussi que son frère avait tout planifié, mais qu'il n'avait rien dit car il s'était rangé de son côté, au final.

Mais que le frère olympien approuve ou non, Déméter venait d'arriver aux portes du royaume souterrain et tentait par tout les moyens de soudoyer Charon pour traverser. Rien ne le fit fléchir, et il continua ses traversées d'âmes comme avant. Ce fut Thanatos, en charge des Enfers conjointement avec les trois juges pendant que leur supérieur jouissait de sa nouvelle compagne, qui fut prévenu de la présence de la déesse sur les rives de l'Achéron. Il pensa dans un premier temps faire renvoyer cette femme mais d'un autre côté, cela ferait peut-être bouger Hadès qui prenait peu à peu goût à la flemmardise dans des bras féminins.

Le dieu de la Mort autorisa donc Déméter à le suivre et il la conduisit dans la salle du trône, vide pour le moment. Son ami venait de sortir de ses appartements accompagné de Perséphone et s'apprêtait à rejoindre les juges. Son visage se renfrogna en apprenant la nouvelle mais cela lui convenait au final, il pourrait mettre les choses au clair. La demoiselle responsable de tout ce charivari resta en retrait toutefois, son amant voulait régler les choses seul.

La déesse de l'agriculture vit enfin le souverain des lieux entrer et s'enflamma sur le champ en le voyant si décontracté, à deux doigts de bailler et s'installant nonchalamment sur son trône, la toisant autant qu'il le pouvait.

- Et bien Déméter, je t'écoute, que me vaux l'honneur de ta visite en ces lieux stériles?

- TOI! Je sais que tu as enlevé ma fille! J'exige que tu me laisses ramener Perséphone chez elle sur le champ! résonna la voix paniquée de la mère éplorée.

Hadès la regarda en silence un long moment, ne comprenant pas au départ cette histoire d'enlèvement, avant de conclure que ça devait être son esprit parano qui avait élaboré cette théorie -ce qui était juste au final-. Il bailla.

- Je veux la voir! réclama encore la quémandeuse.

- Non, je ne crois pas. Elle est très bien ici. Si je me souviens bien, il me semble qu'elle m'a même dit il y a quelques jours que mon lit lui plaisait, ce serait cruel de la forcer à partir, tu ne penses pas?

Déméter le fixa, choqué, la bouche ouverte. Venait-il vraiment de faire l'allusion que lui et elle avaient...? Le souverain sourit en coin, fier de son petit effet. Il le garda même quand son interlocutrice retrouva soudain ses mots et le menaça.

- Hadès! Si tu ne me rends pas ma fille, alors Zeus se chargera de trancher l'affaire.

Sur ce, elle tourna les talons et partit des Enfers blessée, meurtrie de ne pas avoir pu au moins la voir. Hadès paierait cher cet affront, elle en faisait le serment!

En attendant, le dieu infernal rejoignit Perséphone, qui avait tout entendu à travers la porte, et lui conseilla de ne pas s'inquiéter, Zeus était de son côté, il en était sûr.


Zeus était en réalité dans une position des plus délicates. Bien sûr qu'il voulait le bonheur de son frère, duquel il n'avait jamais été aussi fier depuis son enlèvement, n'était-ce pas ce que lui, le tout puissant Zeus, qui faisait souvent la même chose quand il désirait une femme? Il était digne de lui, même s'il était quelque peu jaloux qu'il ait cette femme, et pas lui... Seulement, les faits étaient là: Hadès avait enlevé Perséphone, Déméter était restée introuvable pendant ces journées entières de recherche et voilà qu'elle se pointait devant lui, quasiment en haillons, en appelant à sa justice divine pour que sa fille lui soit restituée, sans quoi l'Humanité mourrait de faim. "Drôle de manière d'exprimer son amour" pensa t-il, elle était, après tout, connue pour être sans doute la déesse la plus aimante envers les mortels. Bref, il était face à un sacré dilemme. Ne pouvait-elle trouver un moyen d'influencer son frère sans l'impliquer lui? Car la disparition des cultures à la surface ne ferait ni chaud ni froid au souverain infernal. Il aurait plus de travail, tout au plus... Force était de constater que le souverain olympien serait le seul à faire ployer le souverain infernal cela dit...

Contraint, il envoya donc Hermès chercher Hadès pour comparaître devant lui.


Dans le reste de l'Olympe, la nouvelle de la disparition de la future mariée avait fait le tour en un claquement de doigt, et l'annonce de sa situation aux Enfers fit pareil.

Aphrodite était heureuse de voir que son domaine avait atteint même le monde souterrain.

Athéna attendait de connaître s'il s'agissait vraiment de la vérité quant à "l'enlèvement", s'étant aperçue que la punition d'Héra n'en avait pas été vraiment une pour la demoiselle sicilienne et que les Enfers lui avaient laissé un bon souvenir.

Apollon approuvait et était fier de constater que ses prédictions s'étaient une fois de plus révélées exactes. Les dieux étaient infaillibles.

Arès était fier de voir qu'un homme savait prendre ce qu'il voulait... comme un homme, au nez et à la barbe de tout le monde, sans user d'artifices comme les métamorphoses etc...

Héra n'appréciait pas du tout que sa décision du mariage pour Perséphone ait été balayée ainsi, mais il s'agissait d'Hadès donc elle serait indulgente s'il promettait d'être fidèle -un trait qu'elle ne pardonnait pas chez les autres, y compris son époux, comme on le sait-.

Dionysos se demandait s'il y aurait un mariage officiel et donc si ça lui donnait l'occasion de faire la fête à nouveau.

Héphaïstos partageait le bonheur de sa femme et souhaitait la fidélité des deux partis comme Héra.

Poséidon avait hâte de voir le couple, ne s'étant pas attendu à ce que son frère écoute ses recommandations qu'il avait donnés lors de la fête en Olympe, ou du moins ne s'attendant pas à ce qu'il aille jusque là.

D'autres divinités comme Calypso, Circé, les Muses etc... s'étaient contentées de venir en Olympe, comme les autres et attendaient de pied ferme Hadès pour écouter ses explications.


- Regardez qui voilà... Un pigeon voyageur qui a perdu son chemin... se moqua ouvertement Hadès.

Hermès, messager divin et fiancé éconduit, venait d'arriver dans la salle des Jugements pour porter au souverain la... "cordiale" invitation de son frère. Le dieu des Enfers ne se retint pas pour le taquiner un peu.

- Dommage pour toi, tu as failli ajouter un nom à ton mur de gloire féminin. Après avoir connu Aphrodite, tu t'es demandé quel goût pouvait avoir sa favorite?

- Je ne suis pas sûr que l'enlèvement t'accorde plus de gloire.

- Ce n'est pas ce que je recherche et au final, j'en sais plus sur elle que tu n'en sauras jamais. Enfin... je suppose que tu n'as pas fait tout ce chemin pour admirer le corps d'éphèbe de Charon n'est-ce pas?

- Non, en effet. Zeus te convoque, il veut éclaircir cette affaire d'enlèvement, et sans doute te forcer à rendre ton jouet.

Le souverain dissimula son agacement. Perséphone, son "jouet"? Plutôt embrasser Charon que la considérer ainsi! Ce gamin aux sandales ailées n'y comprenait rien. Il ne fut pas étonné que Déméter ait mis ses menaces à exécution. A vrai dire, il avait même commencé à planifier sa défense, et sa compagne avait fait de même, elle se préparait au moment où ils parlaient.

- Il serait malséant de désobéir à notre souverain n'est-ce pas? Va, préviens le que j'arrive. Messieurs, interpella t-il à l'adresse des trois juges, je vous laisse à nouveau aux commandes.

Il retourna à son palais sur ces mots, prévint Perséphone et se dirigea humblement vers l'Olympe où l'asocial divinité aurait tout le loisir de constater avec quelle ferveur ses aventures avaient un public très intéressé.


Installé avec toute sa magnificence, Zeus, dieu suprême, regardait son frère avancer dans le passage laissé libre par les Olympiens jusque son trône. A sa droite se tenait Déméter, les traits tirés, cernée, piétinant presque en voyant le coupable de la dépravation de sa fille. Celui-ci s'efforçait de prendre un air détaché et de ne pas tenir compte des spectateurs présents, seule l'intéressait la décision de pouvoir vivre avec Perséphone en paix.

- Hadès, mon frère, je t'ai fait venir ici pour que tu répondes de tes actes, à savoir l'enlèvement de Perséphone, fille de Déméter et fiancée d'Hermès que je lui avais accordé. Qu'as-tu à dire pour défendre ce crime qui te rend également coupable de désobéissance vis à vis de ma parole?

- Je dirais juste que ce n'était pas un enlèvement.

- Tu nies donc?

- Je ne nie rien, il s'agit d'un mensonge et je refuse qu'il prenne plus d'ampleur.

- Nies-tu également avoir connu charnellement cette jeune déesse, comme tu l'as laissé sous entendre à sa mère, alors qu'elle était engagée à Hermès?

- De ce que je sais, ils étaient promis l'un à l'autre certes, mais sans aucun acte officiel le prouvant. Du moment qu'ils n'étaient pas mariés, je pouvais faire ce que je voulais. Sinon non, je ne nie pas l'avoir connue intimement.

Déméter avait verdi sous l'aveu. Ca ne l'empêcha pas de hurler cela dit.

- COMMENT OSES-TU? ZEUS LES AVAIT PROMIS L'UN A L'AUTRE, CELA N'EST PAS UN ACTE SUFFISANT A TES YEUX? TE CROIS-TU AU DESSUS DE TOUT DANS TON MONDE LUGUBRE ET SANS VIE?

Les yeux du souverain infernal se plissèrent sous la colère. Ils plongèrent, assassins, dans ceux de la déesse de l'agriculture qui en resta pétrifiée. Il parla d'une voix très calme mais glaciale.

- Et toi, Déméter, mère obsédée par son image, crois-tu que tu pouvais vendre ta fille au rabais comme du vulgaire bétail? Tu as même été jusqu'à lui demander de s'estimer heureuse de ce mariage imposé à un gringalet car, je cite "vu sa situation elle ne pouvait pas espérer mieux". Je préfère encore être accusé d'enlèvement que d'être un jour un parent ayant une si piètre opinion de ses enfants, voulant les sauver d'un scandale dont ils sont juste la victime et non l'origine. Maintenant dis moi, ma chère, pourquoi tu n'es pas heureuse? Tu pensais que Perséphone ne pouvait espérer mieux qu'un simple messager, or elle est aujourd'hui Reine des Enfers. Alors? A ton tour de te défendre!

Le silence règnait dans l'assemblée. Tous méditaient les informations nouvelles qui venaient de tomber: Déméter ne voulait pas qu'on touche à sa fille mais lui avait imposé le mariage et au final, la dite fille passait de simple déesse secondaire à une divinité infernale de premier rang. Héra revint à elle la première.

- Reine? Tu l'as forcée à devenir ta reine?

- Combien de fois devrais-je le dire? Je ne l'ai pas enlevée, elle m'a suivie de son plein gré, expliqua à nouveau Hadès, tout sourire malgré les circonstances. Mais plutôt que me justifier des heures, je vous laisser demander l'avis de la première concernée.

Il fit un signe pour qu'un serviteur aille ouvrir les portes, et se rangea à la gauche de Zeus pour qu'il puisse admirer ce qu'ils avaient préparé avant de venir.

Perséphone se tenait là, vêtue de noir, une robe foulant le sol mais loin des robes traditionnelles. Les manches avaient en effet été attachées au niveau de la nuque, laissant tout son dos nu, effleuré par les mèches de ses cheveux à chaque pas, tandis que le tissu tombant devant dévoilait les formes de sa poitrine. Quelques bracelets ornaient ses poignets alors qu'un diadème d'argent retenait une grande partie de ses cheveux. Sa robe traînait derrière elle mais ce n'était pas ses pieds qu'on regardait, mais plutôt le gigantesque chien à trois têtes derrière elle. Gigantesque oui car l'animal avait connu une forte croissance à son retour aux Enfers, son élément naturel dont il tirait son énergie expliqua Hécate, tant et si bien qu'il avait à présent la taille d'un cheval.

La déesse s'avança donc d'un pas décidé au milieu des dieux présents, qui avaient du mal à croire qu'il s'agissait de la demoiselle intimidée qu'ils avaient rencontré quelques mois plus tôt pour la première fois. Hadès la dévorait du regard, fier de l'effet provoqué et aussi d'avoir une compagne avec tant de prestance.

La nouvelle Reine des Enfers -bien que non mariée officiellement à Hadès encore, question de temps- s'arrêta au pied du trône du dieu suprême et s'inclina légèrement sans dire un mot. Cerbère s'allongea derrière elle, attendant des ordres. Déméter semblait au bord de l'évanouissement et le regard victorieux, froid, voire hautain, que lui lança sa fille lui glaça le sang encore plus efficacement que lorsqu'Hadès lui avait parlé. Il semblait dire:

*Maintenant, c'est à toi de ployer devant moi*