Après une absence ô combien longue, je reprends Eleusis! J'espère que vous excuserez cet abandon temporaire, je n'avais plus le temps entre mes études, mon travail et le reste.


5ème jour

*toc toc toc*

- Oui? répondit une voix à travers la porte.

Hadès ouvrit la porte du surveillant et la referma derrière lui. Minos était déjà réveillé et n'avait qu'un bas de pyjama tout en étant en train de se sécher les cheveux.

- Tiens Hadès, l'accueillit-il. Réveillé si tôt? Que se passe t-il?

Son ton enjoué détonait totalement avec son attitude d'hier soir mais l'ado y était habitué.

- Ca va mieux? demanda t-il donc.

- Oui oui, bien mieux. Je ne pensais pas qu'un lit pouvait faire autant de bien. Enfin... en étant dans un lit seul, je veux dire.

Il rigola de son sous-entendu et son ami esquissa un sourire.

- J'ai assuré à Hécate hier que tu ne recommencerais pas avec ce genre d'attitude, j'espère que j'ai eu raison, reprit l'asocial infernal, ne voulant pas tourner autour du pot.

Minos prit un tshirt et l'enfila.

- Oui bien sûr, affirma t-il de manière enjouée. Hier a été assez éprouvant. Se perdre, se faire tremper pendant une éternité, subir les plaintes de Perséphone, toi aussi tu aurais été à bout de nerfs. Alors quand ce gringalet a commencé à monter sur ses grands chevaux…

Si il avait laissé tomber son aspect et son attitude infernaux, le surveillant ne regrettait pas pour autant son geste. Cependant, il fallait bien faire profil bas s'il voulait rester ici et ne pas retourner tout de suite « en bas ». Pas que le paysage là bas lui déplaisait mais il y avait de meilleures choses à voir ici, c'était indéniable.

- Je comprends bien, admit volontiers Hadès, mais ça ne doit pas recommencer.

- T'inquiète mon cher, je me tiendrai à carreaux.

Le surveillant termina de se vêtir et son ami l'attendit, une cigarette non encore allumée entre les doigts. Minos la remarqua et ne put s'empêcher de repenser à la conversation qu'il avait eut avec Zeus. Le Juge, comme on s'en doutait déjà, ne pouvait pas s'opposer, encore moins donner d'ordres, à son souverain même si celui-ci était plus jeune. Il serait donc d'une aide limitée au frère de ce dernier mais ne pouvait pas rester de marbre non plus.

- Si je dois m'appliquer et ne pas faire de vagues, pourrais-tu en faire de même, pour ça ou tes autres vices ? Lâcha t-il donc en désignant la cigarette.

Hadès le fixe, l'oeil soudainement mauvais mais son interlocuteur ne se laissa pas impressionner, pas encore.

- Je fais encore ce que je veux Minos, pas besoin de faire la mère poule à ce propos.

Cependant son ami voulait quand même insister.

- C'est une semaine de vacances et même s'il y a eu quelques drames qui ont laissé des traces dans le royaume des morts, ça reste minime par rapport à la ville. Profites-en.

- En profiter ? En classe entière, toujours en groupe ?

La voix de l'asociale était froide et laissait entendre toute sa réticence à rester trop longtemps avec ses pairs qui, à ses yeux, gâchaient le calme et la tranquillité qu'il pouvait trouver ici.

- Fais un effort. Participe aux activités ! Mine de rien ça te fera penser à autre chose et ton corps pourra enfin souffler avec toutes les saloperies que tu lui envoies.

- Occupe toi de quelqu'un d'autre Minos ! Répliqua sèchement le souverain infernal. Je profite de ce séjour comme je l'entends. Tant que je ne m'en prends pas aux autres, tu n'as pas à me dire quoique ce soit ou tu sais ce qui t'attends.

Comme prévu, Hadès réagissait très mal aux critiques par rapport à ses propres activités pas très légales. Le Juge soupira à nouveau, sachant dès le départ que ce combat était perdu d'avance mais qui avait voulu essayer malgré tout. N'étaient-ils pas tous dans le même bateau ? Le bateau supposé les emmener sur l'autre rive du Styx et qu'ils devaient toujours prendre. Cependant, les trois cousins aussi étaient passés par là, ils le vivaient toujours et aucun d'entre eux n'était tombé dans les stupéfiants et autres dérivés à ce point. Cela dit il est vrai que certains le vivaient mieux que d'autres, et malgré toute la bonne volonté de ses frères et sa sœur, Hadès n'avait pas eu tout le soutien qu'il aurait fallu, alors que les Juges avaient grandi ensemble et avaient donc pu se confier sur ce qui leur arrivait.


Un étage plus haut, sans se préoccuper ou même penser à son frère, Aphrodite finissait de se préparer et discutait avec Héra.

- Tu te souviens de ce qui est prévu aujourd'hui ?

- Accrobranche je crois, enfin quelque chose en forêt.

- Encore ? Lâcha la déesse d'une voix exaspérée.

Comme beaucoup d'autres, elle gardait un souvenir mitigé de la veille et de leur randonnée qui s'était finie sous l'orage. Et puis l'accrobranche, à moins d'être au sommet des arbres, manquait trop d'action à ses yeux. Elle en avait déjà fait, invitée par une de ses conquêtes, et le seul souvenir qu'elle en gardait était la lenteur du couple devant eux dont la nana, tellement paralysée par une soudaine peur du vide, mettait cinq à dix minutes avant de passer chaque atelier. Ajoutez à cela la mauvaise blague de Déméter la veille qui lui avait rappelé qu'un tas de créatures grouillantes peuplait la forêt, non, une sortie autre qu'à la plage ne l'enchantait pas.

- Déméter doit rentrer à Eleusis aujourd'hui normalement, pointa Héra tout en se coiffant.

- Oui, et le plus tôt sera le mieux. Je veux bien qu'on soit écolo mais m'accuser à tort d'un déchet qui était DEJA sur la plage avant qu'on arrive, faut pas être bien.

Non, elle n'avait toujours pas pardonné le coup des orties dont les marques s'étaient vites estompées mais grattaient encore de temps à autre.

- Mmmh….

Un grognement s'éleva du troisième lit qui, comme on le sait, avait été attribué à Perséphone par Hécate. Etrangement, elle n'était toujours pas levée alors que les jours précédents, la rebelle avait toujours passé ses matinées dans la chambre des deux demi-sœurs. La veille, après une longue douche et lavage de vêtements à la main qui avaient mis la plomberie à rude épreuve à cause de la boue accumulée à nettoyer, la demoiselle était partie se coucher et n'avait pas émergé depuis.

Le grognement attira l'attention des deux commères qui haussèrent les épaules et sortirent prendre le petit-déjeuner sans se soucier du retard de leur camarade.


Dans la cantine, à une longue table réservée à la classe, celle-ci savourait son petit déjeuner. Contrairement à Aphrodite, beaucoup étaient enthousiastes à l'idée de l'accrobranche qui, en plus de les occuper une bonne partie de la journée, serait suivi de plusieurs heures de quartier libre. Les surveillants demandaient juste à avoir les numéros de portable de chacun et savoir où ils iraient, ou au moins savoir s'ils se rendaient en ville ou à la plage.

A table on échangeait donc sur ce qu'ils pourraient faire après. Quelques uns voulaient retourner à la plage plonger une tête dans les ondes turquoises, d'autres souhaitaient aller en ville faire du shopping ou boire un coup, voire les deux, et encore d'autres ne se décideraient qu'au dernier moment.

Entre Hécate et Poséidon, Minos parcourut la tablée du regard et compta les têtes.

- Athéna, où est Perséphone ?

La jeune femme en face du surveillant haussa les épaules et expliqua qu'elle ne l'avait pas vue ce matin. Arès, qui était juste à côté de son amie, affirma aussi qu'il ne l'avait pas croisée.

Au moment où le Juge allait interroger Aphrodite à l'autre bout de la table, l'absente parut enfin.

Des gouttes de sueur perlant son front, le teint pâle, elle était loin de paraître au mieux de sa forme mais faisait comme si de rien n'était.

Sans prêter attention aux deux surveillants, elle tapa l'épaule d'Arès pour que celui-ci se décale et qu'elle puisse s'installer entre lui et Athéna.

- Ca va ? S'enquit cette dernière, inquiète de l'état encore à moitié comateux de la rebelle en titre.

- Très bien, répondit-elle d'ailleurs d'une voix qui sonnait faux. Arès passe-moi le jus d'orange.

Son subordonné obtempéra et échangea un regard interrogateur avec Athéna. Devaient-ils insister ? Déjà qu'une Perséphone en forme était souvent sur les nerfs et désagréable, alors une Perséphone malade…

- T'as une mine affreuse… s'immisça Minos.

La rebelle en face de lui leva un regard on ne peut plus blasé et but son jus d'orange.

- Je vais très bien, répéta t-elle toujours sans convaincre qui que ce soit.

- Moui… On dirait que tu reviens d'une cuite, mais sans le côté fun avant.

- Tu veux qu'on parle de ta face de croque-mort hier ?

Hécate suivait d'une oreille discrète mais sans se décider à intervenir, habituée depuis longtemps aux amabilités de la chouchou du dirlo. Elle se souvenait en plus que Minos n'avait pas forcément été plus raisonnable en son temps, une petite prise de tête entre eux promettait d'être intéressante. Dommage d'ailleurs qu'elle n'ait pas assisté à leur fin de randonnée la veille.

- De croque-mort peut-être mais c'est une de mes véritables apparences… toi en revanche… on dirait que t'as fusionné avec les algues de la rivière hier.

Sûr que la chute dans la rivière n'était pas inconnue à l'aspect actuel de Perséphone. Malgré ses efforts pour agir comme d'habitude, il était clair que ça n'allait pas, pas du tout. Son visage avait perdu quasi toute couleur, ses mains tremblaient et on devinait qu'elle frissonnait en plus du reste.

- Si je suis malade c'est pas à cause de la rivière, cracha la jeune femme en fixant Minos, sous entendant fortement que ce qui l'avait rendu mal était les événements après sa presque noyade.

- Tu resteras là aujourd'hui, on va faire appeler un médecin, finit par décider Minos, un minimum responsable entre deux moqueries.

De son côté Hécate acquiesça d'un signe de tête mais l'autre ne comptait pas se faire évincer ainsi.

- Tu peux te le garder, je viens !

- Ca ne serait pas raisonnable, intervint Athéna, sincèrement inquiète de l'état de son amie. Imagine que tu fasses un malaise en pleine activité.

- Arrêtez de me voir comme une impotente, je peux encore tenir debout, c'pas grimper aux arbres qui me fait peur.

Pour appuyer ses propos et jouer jusqu'au bout l'incomprise, la demoiselle se leva, décidée à finir son petit déjeuner dans la chambre. Elle se leva toutefois trop vite et un vertige la saisit dès qu'elle fut debout.

Arès l'empoigna au bras au dernier moment pour l'empêcher de tomber.

- Lâche moi ! réagit-elle aussitôt en essayant de se dégager.

Cependant, elle ne pouvait plus sauver les apparences et devait admettre qu'avec cette fière et ses jambes tremblotantes, elle était physiquement… faible.

Athéna se leva et, aidée d'Hécate, amena Perséphone dans sa chambre qui, obstinée comme elle était, continua à protester pour qu'on la laisse marcher sans appui.

Minos et tous les autres finirent leur petit déjeuner comme il avait commencé, soit en prévoyant leurs activités pour l'après midi.


10h pétantes

Tout le groupe attendait devant le mini bus qui les emmènerait sur le site. Minos, décidément très attaché à son rôle de surveillant, faisait promettre à Déméter de se tenir à distance d'Aphrodite et de ne plus rien tenter à son encontre. Si la déesse activiste devait au départ rentrer à Eleusis, le surveillant avait préféré être indulgent et lui laisser une autre chance. La jeune femme donna sa parole de se tenir à distance.

Hécate arriva au moment où Déméter partait rejoindre Artémis et aborda son collègue.

- Alors ? Demanda t-il.

- Plus de 40° de fièvre. Sa plaie à la tête est propre donc ça doit juste être un coup de froid à cause de son saut dans la rivière.

- T'as appelé un médecin ?

- Oui, mais il faudra certainement qu'elle rentre. Je vais rester ici. Ca ira pour tous les gérer sans moi ?

- Bien sûr ! De toute façon une fois dans les arbres, ils seront tous accroché à un câble d'acier à 10 mètres du sol, ils vont pas s'envoler. Le pire de ce qui peut arriver c'est que j'en « oublie » un ou deux.

Hécate sourit à cette tentative douteuse d'humour et se résigna à laisser ces jeunes à un « moins jeune » mais qui ne devait pas voler plus haut mentalement. C'était cependant sous-estimer le jeune homme qui avait en réalité gagné en maturité et responsabilité lors de sa prise de fonction officielle dans le royaume souterrain.

La surveillante repartit donc dans les chambres attendre l'arrivée du médecin tandis que le mini-bus se remplissait de divinités excitées.

Au milieu de ce groupe, seul Apollon eut une pensée sur les humains, plus précisément un humain qui occupait ses pensées depuis quelques jours. Il aurait aimé l'inviter mais on lui avait comprendre après l'attitude de Pirithoos hier qu'aucun mortel ne serait accepté dans leur groupe de dieux vivants.


Après un parcours d'essai et le repas du midi pris au milieu des arbres, les jeunes et leur surveillant furent lâchés sur le parcours le plus difficile et long du parc. Les deux plus sportifs, Poséidon et Arès, s'élancèrent les premiers, suivis de Zeus, Apollon, Aphrodite, Héra, Artémis, Athéna, Dionysos, Déméter et enfin, Hadès et Minos.

Au milieu des branches, des feuilles et à plusieurs mètres du sol, les habitants de la flore sylvestre purent entendre un mélodieux concert de remarques en tout genre.

- On fait la course Arès ? Celui qui fait le parcours le plus rapidement possible paie une tournée à l'autre !

- Vendu !

- Arrête de pousser, ça ira pas plus vite

- Si justement, t'arrêteras de rester plantée sur le bord sans réagir et on pourra avancer.

- Oh regardez, un écureuil !

- Oui c'est mignon mais AVANCE

- Minos arrête de mater

- Tu ne peux pas me donner ce genre d'ordres en dehors des Enfers Hadès.

- Y a rien à mater aux Enfers…

- Justement, laisse moi en profiter

- Dio' ! Me dis pas que t'as réussi à embarquer de l'alcool ici !

- Ca m'aide à garder l'équilibre !

- Ouai et moi j'suis le titan de la création…

- Aphro, arrête de te prendre en photo.

Etrangement, l'après midi se passa sans trop de problèmes en dehors d'échardes et autres égratignures. Il fallut juste rappeler à l'ordre Poséidon et Arès qui, dans leur hâte de battre le record de l'autre, en oubliaient les règles de sécurité.

Même Hadès, sans s'en rendre compte, était resté sans fumer depuis le départ du centre. Un détail qui n'avait pas échappé à sa fratrie ni au surveillant.

En attendant le mini-bus qui devait les ramener au centre, Athéna et Artémis avaient décidé de lancer le concours de celui qui montait le plus rapidement dans les arbres. Un challenge relevé par une bonne partie du groupe sous le regard amusé de Minos qui se retenait à grand peine de participer à vrai dire.

Le mini-bus mit fin aux réjouissances et c'est presque attristés qu'ils rentrèrent.


- Bon les loulous, il est 16h37 exactement. Comme promis, vous avez quartier libre jusque 19h30, 20h au plus tard au restaurant sinon je viens vous chercher. En cas de problème, vous pouvez me contacter, compris ?

Le feu vert enfin donné, tout le monde se dispersa et commença par aller se changer, histoire d'enfiler des vêtements propres.

Quelques uns voulurent déjà boire quelque chose avant de sortir. C'est ainsi qu'Arès, Minos, Hadès et Dionysos arrivèrent dans la salle commune où se trouvait également le bar. Ils ne firent pas attention aux personnes déjà présentes jusqu'à ce qu'une petite voix s'élève des fauteuils en cuir près de la véranda.

- Coucou Arès !

L'interpellé se tourna et vit avec étonnement Thanatos, le petit frère de sa supérieure qui le saluait de la main. Il alla vers lui, sous le regard des trois autres. Si Dionysos reprit vite son chemin vers le bar plein d'espoir -alors qu'il savait qu'on refuserait de lui servir de l'alcool-, Hadès et Minos eux observèrent leur camarade qui paraissait être un géant à côté du petit gabarit de l'enfant.

- Hey Hadès !

Thanatos avait aussi remarqué celui qui avait était venu à la maison apporter les devoirs de sa sœur. Le jeune homme lui fit un signe de la main et s'approcha pour le présenter à Minos.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda Arès. Tu n'as pas école ?

- Si, mais je suis venu chercher Séphone.

- La surveillante a appelé pour nous prévenir que Miss Perséphone devait rentrer suite à l'avis du médecin, expliqua un homme assez âgé qui était en fait le chauffeur de la famille.

Minos, resté en retrait ne put retenir un sourire en coin à l'écoute du « Miss Perséphone » tant la marque de respect et, en théorie, d'élégance envers sa personne sonnait étrange avec le caractère de la dite demoiselle.

Thanatos venait d'ailleurs de se lever sur le fauteuil pour s'appuyer sur le dossier et fixer le Juge. Il l'interrogea sans détour.

- Tu viens des Enfers toi aussi ?

Certainement que son aura était similaire à celle d'Hadès.

- Oui c'est ça, je travaille avec Hadès, confirma le surveillant.

Les yeux de l'enfant se mirent à pétiller.

- Je pourrais venir voir un jour ? Je veux savoir à quoi ça ressemble.

Les deux collègues échangèrent un regard mais ce fut Arès qui intervint.

- Tu sais que tu ne peux pas, tu es trop jeune.

- Maiiis… je veux voir moi… Perséphone veut pas…

- Et tes parents ? S'intéressa le souverain infernal qui s'inquiétait surtout pour l'avis parental.

- Ils sont jamais à la maison…souffla l'enfant boudeur.

- Leur père est officier dans l'armée et peut partir de longs mois. Leur mère, elle, travaille à l'international et est également souvent absente, expliqua le chauffeur.

- Oh… fit simplement Hadès avant de se mettre à hauteur de l'enfant. C'est vrai que tu es jeune, mais si tu le veux vraiment, alors il faut que tes parents soient d'accord et ça sera juste quelques heures.

- Okay ! Je leur demanderai, répondit le petit garçon, enthousiaste à nouveau.

- Et tu devras être avec un adulte !

- D'accord !

Au moment où ce marché était conclu entre le dieu des Enfers et son futur bras droit, la malade arriva au milieu de ce petit groupe d'où la voix de son frère lui était parvenue.

Son apparence ne s'était pas arrangée depuis le matin malgré les médicaments fournis par le médecin plus habitué à traiter les mortels que les divinités. Car si les dieux avaient une plus grande résistance à tout ce qui était nocif, alcool, tabac, drogues et cie, il en allait de même pour les médicaments… Il leur fallait donc des traitements spécifiques disponibles uniquement dans les grandes villes, pas comme ici.

- Ahaha, tu fais trop peur, se moqua Thanatos en voyant sa sœur arriver.

- C'est mal de se moquer tu sais… souffla t-elle d'une voix enrouée.

Elle n'accorda aucun regard aux urluberlus infernaux mais remercia Arès d'être resté avec son frère et salua le chauffeur qui avait dû aussi jouer le rôle de nounou.

Un peu en retrait, les « urluberlus » contemplaient cet étrange tableau.

- Je pensais pas qu'elle pouvait paraître si…

- Humaine ?

- Ouai… niveau caractère, bien sûr.

Toujours cet ego divin à entretenir.

- Hadès ! S'imposa une voix poséidonienne. On va en ville boire un coup, tu viens ? Toi aussi Minos, enfin, si tu fais pas trop ton surveillant.

- Moi ? Quelle idée… c'est quartier libre, mais tu paies ta tournée.

Le trio, enfin quatuor vu qu'Apollon suivait Poséidon, allait partir quand une odeur familière leur vint aux narines. Ils tournèrent tous les quatre la tête vers le fauteuil où avait pris place Perséphone et l'observèrent. La malade au teint cireux observait le verre qu'elle tenait en main, captivée par son contenu.

Leur regard se concentra sur celui-ci : un liquide doré où semblait flotter des particules fines et brillantes. Tous connaissaient cette boisson : le nectar. Cette boisson précieuse, nécessaire, vitale, divine, les fit saliver intérieurement.

Une fois par an, c'était la règle, mais certains savaient comment y déroger et à vrai dire, ce n'était pas si rare que ça arrive.

Perséphone remarqua leurs regards avides mais ne dit rien, se contentant de boire la précieuse nourriture d'un trait. A peine cette action faite que la jeune femme ressentit une sensation très agréable, conséquence de l'ingestion de ces agapes divines dont ils étaient tous dépendants mais qui avait également de fortes propriétés curatives. Certains mortels parlaient même des dieux en tant que « drogués » justement à cause de cela.

La rebelle finit par prendre la parole.

- Vous allez arrêter de m'observer avec ces regards d'Harpagon ? J'allais pas attendre de rentrer pour me soigner…

Cette voix ô combien aimable les ramena sur Terre et ils reprirent leur plan de sortir en ville.

Minos resta toutefois un instant pour asséner une forte tape dans le dos de la jeune femme qui la fit presque tomber du fauteuil.

- En espérant que ce nectar soigne aussi ton asociabilité, la nargua sa voix moqueuse.

Il s'éclipsa rapidement avec le groupe de jeunes avant que l'autre ou son sbire ne lui mette le grappin dessus.


Une fois un peu remise grâce au nectar, Perséphone en profita pour se lover dans la voiture la ramenant à Eleusis, Thanatos contre elle. La petite dose ingérée lui permettrait de ne pas se sentir trop mal lors des trois heures que prenait le trajet mais une fois chez elle, un rendez-vous chez le médecin resterait nécessaire.

De leur côté, plage pour certains, ville pour d'autres, tous profitaient de leur avant-dernière soirée car demain était la dernière journée entière qu'ils passeraient à Corfou.