Petite publication qui date, et que j'avais complètement oubliée! Romance avec un peu de guimave au goût citronné!

Bonne lecture!

Edward avait passé une grande partie de son enfance dans les jupons de la vieille nourrice de la famille, qui lui avait enseigné tout ce qu'elle savait. Ses parents, ni bourgeois ni pauvres, n'avaient jamais eu la volonté de se séparer de cette vieille femme qui savait si bien prendre soin des enfants à leur place. Ils avaient ensuite voulu suivre la dernière mode qui voulait qu'un enfant étudie chez lui avec un précepteur et non à l'école publique. Ils avaient vite changé d'avis aux vues des charges supplémentaires que cela imposait au foyer, mais le jeune homme gardait encore en mémoire les châtiments, les leçons sans fin et l'interdiction d'aller dehors. Il avait exécré l'homme que ses parents avaient embauché, il avait détesté rester confiné sans pouvoir s'évader, même en pensée, et il avait particulièrement haï l'attention constante d'un homme qui ne supportait ni l'erreur, ni les enfants. Lorsque Monsieur Riot avait été congédié, il en avait ressenti un soulagement tel, une si grande libération qu'il n'en avait que plus aimé les salles de classe remplies de garçons bruyants, les maîtres qui criaient trop, et l'école en général.

Son parcours scolaire, à partir de ce moment, fut parfait. On ne trouva rien à redire à ce jeune homme calme et sérieux, un peu rêveur parfois, qui entra dans la très prestigieuse université d'Oxford grâce aux chaudes et nombreuses recommandations de ses professeurs. C'est là bas, alors que les cours le passionnaient et qu'il se sentait réellement dans son élément, qu'il fut chagriné de se retrouver avec des élèves comme avait dû l'être son ancien précepteur. Beaucoup de ces jeunes hommes cultivaient l'art de se faire bien voir, l'art de la conversation plutôt que de s'instruire, et tous ne souhaitaient qu'une chose: voir échouer leurs rivaux. Si la hargne d'Edward à l'égard de l'odieux personnage qui lui avait mainte fois infligé des coups de règle sur les doigts s'était tarie avec le temps, sa haine des précepteurs traditionnels, et de ces jeunes gens pompeux et imbus de leur personne qui se refusaient à n'être que de simples serviteurs avait considérablement augmenté, au point qu'il avait décliné sans regret le poste d'assistant qu'un de ses professeurs lui avait proposé, trouvant les deux emplois trop similaires.

Et à présent, alors qu'il remontait la rue cossue aux étroites et immenses maisons bourgeoises percées d'une multitude de fenêtres, il s'affligeait encore une fois d'avoir finalement accepté un travail qu'il s'était juré de ne jamais exercer. Chaque homme avait ses faiblesses, et il n'avait pu refuser l'alléchante offre qui augmentait considérablement à chaque refus qu'il opposait aux Sandford. Lui qui avait émis le vœu d'étudier une année de plus afin de préparer les concours de l'administration de son université, s'était vu offrir le logement -dans la partie familiale de la maison!- le couvert, avec en prime deux cents livres par mois. La majorité de ses camarades se considéraient bien payés lorsqu'il n'avait pas de charges retenues sur leur salaire de cinquante livres... Edward n'avait pu cracher sur pareille offre, surtout lorsqu'elle s'était accompagnée d'une promesse de recommandations par le doyen de l'université, ami de la famille. Il n'avait pas compris pourquoi cette famille, pour le moins excentrique, avait souhaité à ce point l'embaucher. Ils avaient fait sa connaissance, lui avait-on dit, lors d'un bal où ses parents et lui-même avaient été invités. Il n'avait osé avouer que ces bals lui avaient toujours semblé insipides et longuets, et qu'il ne gardait aucun souvenir de la femme joviale qui s'était présenté à lui dans son impeccable robe de laine verte.

Il sortit de ses pensées lorsqu'il aperçut le numéro huit de la rue, élégante maison aux vitres rutilantes masquées par de délicates dentelles et au porche pour le moins impressionnant. Edward observa la volée de marches qui menait à la porte de bois richement ouvragé qu'encadraient deux colonnes de marbre blanc. Il ne pouvait décidément pas passer par l'entrée principale, malgré les recommandations de Madame Sandford qui lui avait indiqué "de faire comme s'il rentrait chez lui". Il n'était pas chez lui dans cette demeure, tout comme il ne l'était pas chez ses parents, dans la maison familiale située non loin de Londres. Sur cette pensée, il continua son chemin jusqu'à une porte moins impressionnante, pratique et modeste. Voilà qui lui correspondait mieux. Sans plus attendre, il frappa à la porte de service.

Il n'eut pas à attendre bien longtemps avant qu'une femme en tablier blanc, aussi ridée qu'une vieille pomme, ne vienne lui ouvrir. Elle resta fermement au milieu de l'entrée béante, comme pour lui en interdire le passage, et l'observa. Elle détailla son costume de bonne facture bien qu'un peu flottant sur la silhouette menue du jeune homme, remonta pour découvrir ses cheveux blonds et bouclés, négligemment attachés comme s'ils n'avaient pas vu les ciseaux d'un barbier depuis bien trop longtemps -ce qui était le cas- ses joues un peu rondes rendues roses par cet entretient auquel il n'était pas préparé, et croisa finalement son regard gris et sérieux.

- Vous êtes le nouveau précepteur, c'est ça? demanda-t-elle d'une voix à l'accent trainant, mais non moins agréable qui rappela au jeune homme bien des souvenirs.

- Oui Madame, je suis Edward Bowing. Enchanté. se présenta-t-il avec un signe de tête, empoignant sa valise.

- C'est pas par ici que vous devez passer, Monsieur Bowing, ici, c'est pour les domestiques! le tança la bonne femme en se carrant un peu plus dans l'embrasure de la porte.

Edward en fut décontenancé. N'était-il pas, lui aussi, un employé? Il savait que le statut de précepteur était un peu bâtard, mais ce dernier point ne pouvait être contesté puisqu'il recevait lui aussi une solde de la part des maîtres de maison.

- Mais, Madame... Je suis moi aussi un employé!

Cette déclaration amena un sourire aux lèvres de la vieille qui secoua la tête en un geste de gentille exaspération.

- C'est bien de faire preuve d'humilité, mon petit, mais pour l'heure, vous êtes attendus là bas. Rien ne vous empêche de venir vous encanailler avec nous autour d'une tasse de thé et d'une part de tarte, mais ce sera pour plus tard! Filez!

Et sans plus de cérémonie, elle lui claqua la porte au nez, si bien qu'il n'eut d'autres choix que de sonner à la porte, comme un invité. Voilà qui n'allait pas l'aider à aimer davantage la profession!

Le petit salon dans lequel il fut introduit par un majordome aussi impeccable que grisonnant était décoré avec goût, et sans aucun doute par une femme, comme une bonne partie des pièces qu'ils avaient traversées, débordantes de dentelles, de vases et de fleurs. Madame Sandford l'attendait, impeccable dans sa robe d'après-midi aux délicates fleurs roses. Elle était assortie au tapis sur lequel la banquette était posée, songea le blond avec amusement.

- Edward! Mon bon ami, avez-vous fait bon voyage? Souhaitez-vous un rafraichissement? George, amenez les bagages de Monsieur Bowing dans la chambre qui lui a été attribuée. ordonna-t-elle au majordome d'un ton bien moins amical que celui auquel elle s'était adressée au nouveau précepteur. Dans quel guêpier s'était-il fourré, et qu'avait-il fait pour mériter ce traitement de faveur.

- Asseyez vous, jeune-homme, nous allons servir le thé! Mon époux n'est pas encore revenu, et mon fils est allé faire un tour avec des amis de l'université, mais vous n'allez pas tarder à faire sa connaissance, vous verrez, il n'y a pas plus charmant que lui, un garçon parfait!

Mais Edward ne l'écoutait plus... Avait-elle parlé d'université? L'élève qu'il allait avoir n'était-il pas un tout jeune homme? Il devait y avoir une erreur, la famille devait avoir plus d'un enfant! Prenant son courage à deux mains, il osa relever le nez de sa tasse pour interroger la femme qui continuait à babiller avec bonne humeur.

- Veuillez m'excuser, mais... quel âge a le jeune garçon dont j'aurai la charge?

Elle releva les yeux vers lui, ses sourcils bruns haussés dans une expression étonnée qui agrandit davantage encore ses yeux verts, avant d'être secouée d'un fou rire qui ébranla son chignon délicat et fit apparaître de légères rides au coin de ses yeux.

- Dieu... Le jeune garçon... Mon dieu... J'ai oublié... Veuillez m'excuser, je ne me moque pas, mais... mon Dieu, quand je vais le raconter. Le jeune garçon, Colin, dont vous aurez la charge... est de quelques mois votre cadet.

Edward ne sut quoi ajouter. La surprise lui coupa le souffle, l'indignation remplaçant bien vite cette dernière. S'était-on moqué de lui? Était-ce Monsieur Riot qui avait organisé tout ça pour le punir, non, n'importe quoi... Non, tout était la faute de cette famille, de cette femme complètement folle qui continuait à glousser, inconsciente de sa colère.

Elle se maîtrisa finalement alors que lui-même semblait sur le point d'exploser et posa une main apaisante sur son bras. Sa douceur, ses gestes tendres et maternels et la beauté de son sourire apaisèrent quelque peu le jeune précepteur qui attendit plus d'explications.

- Colin, voyez-vous, n'est pas un élève très assidu. Nous lui avons offert les meilleurs professeurs particuliers, mais cela ne l'a pas empêché de redoubler ses classes. Oh, il n'est pas idiot, bien sûr, et je ne dis pas ça parce qu'il est mon fils, il a un incroyable sens des affaires, mais... il est incapable de se concentrer sur son latin, sur ses lettres... Son orthographe s'améliore, mais, mon dieu, reste déplorable. Il est amené à reprendre la société de mon époux, dont il s'occupe déjà en partie, mais il ne peut le faire avec un niveau pareil, et sans diplôme.

Edward n'était pas d'accord, il avait vu nombre d'hommes intelligents réussir sans diplôme alors que son propre père, sans doute l'un des hommes les plus sots qu'il n'ait jamais vus, exposait aux yeux de tous son diplôme obtenu d'une quelconque université. Mais il était d'accord avec cette femme: l'échec n'était pas une preuve d'idiotie, mais de mauvaise pédagogie: lui-même en avait fait les frais.

- Madame Sandford... Je comprends bien, mais... vous m'avez embauché en tant que précepteur! Je m'attendais à m'occuper d'un bien plus jeune homme qui acceptera mon autorité plus facilement qu'un homme âgé de vingt-trois! J'ai peur que votre fils ne voie pas d'un bon œil mon intention de lui faire la leçon alors qu'il a mon âge! Ce serait blesser son égo, l'infantiliser, pardonnez-moi, mais...

Edward n'acheva pas sa tirade, étonné de voir la femme qui lui avait semblé si digne lors de leur premier entretien, si décidée à faire le bonheur de son fils, l'interrompre d'un gloussement particulièrement sonore.

- Mon Dieu, Edward, vous êtes impayable! Détendez-vous, mon ami! C'est Colin qui m'a supplié de vous embaucher! Il vous avait déjà rencontré chez les Dobmann, pour leur bal annuel et vous lui aviez fait très bonne impression! Et lorsqu'il a eu vent de votre excellence à l'université, au fait que vous aviez failli être professeur, il a exigé que je vous embauche, quelles que soient vos conditions. Il a d'ailleurs été très mécontent de vos nombreux refus! Oh quand je vais lui raconter, comme nous allons rire!

Et comme pour enfoncer davantage le précepteur qui, décidément, haïssait de plus en plus son emploi, la porte du salon s'ouvrit sur l'impeccable majordome et un élégant jeune homme à la même chevelure brune que sa mère, mais aux yeux d'un bleu céruléen...

- Edward! Comme je suis content de vous revoir! s'exclama-t-il en s'avançant vers lui comme s'ils étaient de vieux amis.

Madame Sandford se leva, aussi le blond suivit-il le mouvement... et subit une accolade d'une force éhontée de la part de son ... élève. Qui le dépassait d'une tête, était bien mieux battit que lui, et paraissait même un peu plus âgé. Il ne se souvenait que très vaguement de lui, cherchant désespérément dans sa mémoire comment ils avaient été présentés lorsque la mère du jeune homme entreprit, avec force de gloussements, de raconter à son fils sa méprise et ses inquiétudes.

Ce fut le rire de ce dernier, bruyant et rauque, qui fit revenir les souvenirs au blond. Oui, ils s'étaient rencontrés au bal, une année auparavant. Dans la bibliothèque dans laquelle Edward s'était réfugié afin d'échapper à l'air saturé de fumées, de parfums et au bruit infernal qui régnait en bas. Colin s'y trouvait aussi, feuilletant un journal d'affaires avec fébrilité: il regardait la page de la bourse, et n'avait réagi que lorsqu'Edward, curieux face à une telle excitation, avait tenté de regarder de quoi il en retournait, l'air de rien. Sa tentative peu discrète avait fait rire aux éclats l'homme, comme à présent, qui lui avait expliqué se lancer dans les affaires de son père, et de faire son premier investissement en bourse. Ils avaient longuement parlé de l'audacieux placement de Colin, dont il ignorait le nom à l'époque, des affaires en général, et d'autres sujets tournant autour de la finance, qui intéressait Edward sans qu'il n'ait l'intention d'investir un jour. Mary Bowing avait finalement fait irruption dans la pièce pour ramener son fils auprès des autres invités et, surtout, des jeunes filles à marier.

C'était cette brève rencontre qui avait laissé une si bonne impression au jeune homme, le poussant à monter un stratagème improbable avec l'aide de ses parents, et à dépenser inutilement une somme rondelette? Edward était perdu. Délaissant sa tasse et les scones que la maîtresse de maison lui tendait, il se plongea dans ses pensées. Cela fit sourire la mère et le fils, qui s'entreregardèrent d'un air entendu avant que le jeune homme ne le lève.

- Edward, voulez-vous bien me suivre? Je vais vous montrer votre chambre, qui est proche de la mienne. proposa-t-il.

Le blond se redressa, plus par automatisme que par réel désir, et s'inclina légèrement.

- Madame Sandford. salua-t-il avant de filer, n'appréciant guère le sourire que celle-ci lui adressa.

- Appelez-moi Élisabeth! lui lança-t-elle alors qu'il fermait la porte derrière lui.

Le trajet jusqu'à la chambre fut silencieux. Colin semblait tout à fait ravi du tour qu'il avait joué à son condisciple, qui quant à lui était toujours absorbé par ses pensées, peu joyeuses. Il arrivèrent finalement devant une porte d'un beau bois sombre, devant lequel ils s'arrêtèrent.

- Voici ma chambre, si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas!

Voilà qui était étrange... Lorsque l'on avait besoin de quelque chose, c'était les domestiques que l'on sonnait, certainement pas le fils des maîtres des lieux! Mais après tout, songea Edward, il n'était plus à une excentricité près!

- Voici la vôtre!

Le blond réalisa avec une certaine horreur que la pièce se situait à seulement une porte de la chambre de son élève, ce qui n'était certainement pas correct, sachant qu'il était ici non en tant qu'ami, proche par ailleurs, mais en tant que professeur! Il s'apprêtait à protester lorsqu'il découvrit la pièce.

Les Bowing et les Sandford n'avaient rien en commun, s'il se référait au bon gout de ces derniers, ainsi qu'au luxe discret qu'ils arrivaient à dispenser dans chaque pièce de la maison. La chambre était somme toute assez classique, avec son parquet clair et ciré, son papier peint aux tons crèmes et ses grandes fenêtres donnant sur la rue, mais les meubles avaient été disposés avec harmonie. Le grand lit à baldaquin aux draps pourpres côtoyait un somptueux bureau, une bibliothèque en partie remplie de breloques de prix et de livres anciens et une penderie à la marqueterie délicate. Ce n'était décidément pas une chambre de précepteur.

- Monsieur Sandford, je crois que nous devons mettre certaines choses au clair. J'ai été embauché en tant que précepteur, mais à en juger par l'accueil que madame votre mère m'a fait, par l'emplacement de la pièce dans laquelle je vais vivre, et le luxe de celle-ci, je pense pouvoir assurer que ce n'est pas ainsi que vous me considérer. Puis je savoir pour quelle raison, pour quel emploi, je serais payé!

La colère faisait trembler sa voix, d'ordinaire posée et mélodieuse, lui conférant un tranchant qui le surprit lui-même. L'autre ne sembla pas s'en formaliser, et s'installa sans plus de retenue sur le lit, songeur.

- Appelez-moi Colin, je vous prie. Vous avez été invité à venir dans cette maison pour la raison que l'on vous a expliquée: je ne suis pas très bon dans les matières littéraires, et vous excellez dans tous les domaines, ou presque... On m'a dit que vous étiez très mauvais musicien. s'amusa-t-il. Vous êtes là pour m'aider, donc, mais aussi parce que les conseils que vous m'aviez donnés lorsque j'ai voulu me montrer trop fougueux se sont révélés incroyablement bons. Vous n'avez pas tenté, comme mon père l'avait fait, de me faire oublier tout risque, vous me les avez simplement expliqués. Grâce à vous, j'ai désormais la main libre sur tout l'empire paternel. Seulement, il me manquait quelque chose: je ne m'entoure que des meilleurs, aussi allez vous bientôt recevoir une proposition afin de devenir mon conseiller!

Edward était estomaqué. Cela dépassait l'entendement, le respect des convenances, et tout ce qu'il avait pu imaginer. Rien n'avait de sens, cette famille était-elle complètement folle? On ne proposait pas à un type que l'on avait rencontré une fois, avec qui l'on avait parlé affaires une seule maudite fois de devenir conseiller! C'en était trop pour lui, même s'il n'était pas étroit d'esprit, et qu'il s'était toujours efforcé d'éviter de trop penser aux stricts préceptes de l'étiquette. Il s'avança vers le lit pour s'y avachir, sentant poindre une migraine. Du grand n'importe quoi...

- Bien sûr, je ne vous le propose pas maintenant, nous allons déjà faire connaissance, vous allez m'aider à comprendre ces satanées matières, et lorsque nous serons vraiment amis, de façon réciproque, nous en reparlerons. Je vous laisse vous reposer, la route a beau ne pas être longue jusqu'à Oxford, la famille Sandford est éprouvante, et encore, vous n'avez pas rencontré mon père!

Colin se redressa et s'éloigna. Alors qu'il allait ouvrir la porte pour sortir, il se retourna pour observer l'air ahuri du jeune homme qui était toujours aussi séduisant que dans son souvenir. Un sourire séducteur, qui lui conférait un petit air dangereux et rehaussait le charme de son visage anguleux fendit ses lèvres, alors qu'Edward l'observait avec appréhension.

- Edward... Il y a une dernière raison, qui n'a rien à voir avec les deux autres, qui m'a poussé à vous inviter... Vous me plaisez beaucoup, mon ami, et j'ai bien l'intention de vous séduire.

Le "oh Bon Dieu" qui échappa au blond le fit une nouvelle fois éclater de rire, et il referma la porte avec amusement. La suite promettait d'être très drôle.

Edward avait été assailli de craintes diverses: il avait d'abord découvert que la pièce entre sa chambre et celle de Colin n'était autre qu'un petit bureau aménagé pour leurs leçons, et qu'il communiquait avec les deux pièces. Il avait craint que le jeune homme ne lui rende visite un de ces soirs, décidé à le séduire. Il avait ensuite eu peur que le père du brun n'approuve guère cette drôle de farce qui se jouait dans sa maison, mais il avait été ravi de découvrir enfin qui se cachait derrière les descriptions de son cher fils. Les cours avaient bien sûr été une autre source d'inquiétude: enseigner à un adulte n'avait rien à voir avec la pédagogie qu'il avait préparée avant de découvrir l'âge de son élève.

Pourtant, tout s'était déroulé le plus naturellement du monde: il prenait le petit déjeuner en douce avec la vieille gouvernante, qui avait été informée qu'il n'était pas le moins du monde un employé, mais un invité -payé...- et qui voyaient d'un mauvais œil cette habitude, mais l'appréciait tout autant. Les autres repas se faisaient avec la famille, le plus normalement du monde: on parlait affaires, études, musiques et ragots, on buvait le porto dans le salon, et la soirée se déroulait toujours de la façon la plus distrayante possible -ils avaient même tenus à découvrir le catastrophique manque de talent d'Edward pour la musique-. Même les cours en tête à tête durant de nombreuses heures s'étaient déroulées sans anicroche, et sans plus qu'un sourire un peu trop séduisant à l'égard du blond.

Colin s'était révélé avoir besoin d'un ami plus que d'un professeur, et les discussions qu'ils avaient au sujet des matières qui, jadis, posaient problème au jeune homme avait grandement aidé ce dernier.

Un mois était passé dans cette agréable monotonie teintée d'excentricité, et Edward commençait sérieusement à penser que la dernière phrase de son ami n'avait été qu'une de ses nombreuses taquineries. Il avait relâché sa garde, et avait accepté cette étrange amitié qui lui avait été offerte avec des avantages financiers certains: son camarade était une personne pleine d'humour et d'intelligence qui, lorsqu'il daignait se montrer sérieux, se révélait aussi intéressant qu'agréable. Lorsqu'il se montrait taquin, par contre, ce qui arrivait très souvent, il faisait montre d'un humour dévastateur, taquinant sans vergogne, envoyant des piques et des œillades à la cible de son choix. Et cette cible était très souvent Edward.

Ce dernier s'était plus d'une fois surpris à rire des bêtises du brun, à apprécier plus qu'il n'aurait dû son espèce de séduction humoristique, ses gestes à son égard... La phrase qui avait été prononcée résonnait dans son esprit dès qu'il croisait ce regard bleu et hardant qui l'observait si souvent. Lui qui n'avait jamais été attiré par l'amour, par le désir, commençait à éprouver un étrange sentiment, aussi angoissant que grisant, lorsque l'humour de son ami se faisait moins innocent que d'ordinaire. Il se surprenait à observer le brun, son visage anguleux et pourtant charmant, si diffèrent du sien, son corps musculeux, ses manières... Il se surprenait à ressentir quelque chose, au niveau du coeur, au niveau du ventre, sans oser mettre un nom sur cette étrange attirance qu'il développait.

Tout bascula lors du voyage de Monsieur et Madame Sandford à New York: ils laissèrent la maison et les jeunes gens aux bons soins des domestiques. La maison, qui avait paru vide les premiers jours, s'était vite remplie des rires des deux hommes qui découvraient la joie d'être seuls, à l'abri du besoin, des rumeurs, et des cours, puisque Colin avait fini son année et attendait ses résultats. Le brun multiplia les blagues, allusions et joutes verbales, acculant Edward avec légèreté... et facilité. Un soir qu'ils étaient au salon, il alla jusqu'à s'approcher du fauteuil du blond, dont les cheveux avaient atteint une longueur particulièrement peu correcte et lui conférait une allure pour le moins originale, et le toisa, désemparant celui-ci.

- Si j'ai mes examens, si j'obtiens mon année, je viendrai te voir dans ta chambre... et je te séduirai.

Edward en avait été, encore une fois, complètement ébahi. Mais si l'angoisse lui noua la gorge quelques instants, l'empêchant de répliquer, il ressentit aussi au creux du ventre une chaleur familière, un fourmillement insistant qui le fit espérer que son ami ait son année, et pas uniquement parce que ce dernier avait travaillé dur, et que lui-même était payé pour ça.

Il fallait compter trois semaines d'attente avant d'obtenir une réponse définitive du corps enseignant... Trois longues semaines qu'Edward avait toujours passées dans la crainte, alors qu'au fond de lui il savait qu'il ne risquait rien! Colin quant à lui semblait serein. Ou trop occupé pour se soucier de cela, peut-être: leurs journées n'étaient qu'une suite de jeux, discussions... et travail. Le blond n'avait toujours pas accepté de travailler aux côtés de la famille Sandford, mais il avait pris l'habitude au cours de ces semaines de donner son avis lorsque celui-ci était sollicité, et de lire quelques dossiers qui lui semblaient à retravailler, ou risqués. Dans ces moments là, alors qu'ils étaient enfermés dans le second bureau, dédié aux affaires, du brun, Edward sentait le regard de son ami peser avec insistance sur lui, qui le détaillait sans vergogne en souriant d'un air entendu, ou victorieux. Ce regard, il le croisait de plus en plus souvent, ces prunelles bleues l'obsédèrent bien vite, tant il les croisait souvent alors qu'elles ne le lâchaient jamais du regard. Il devait avouer que ce jeu du chat et de la souris, ce faux détachement qu'affectait son ami le rendaient ... fébrile. Lui qui avait été horrifié, ébranlé, qui ne parvenait toujours pas à mettre réellement un terme sur ce qu'il ressentait avait du s'avouer -et la chose n'avait pas été simple- qu'il désirait son camarade. Pas uniquement son corps, aussi beau soit-il, mais aussi l'esprit de celui-ci qui n'avait rien à voir avec les jeunes gens qu'il avait connus par le passé. Il se sentait proche de lui, ne pouvait refréner cette amitié, ce besoin de se faire bien voir de lui, de passer du temps avec lui... Lorsque Colin s'était absenté deux jours, il avait remarqué le changement qui s'était opéré en lui, le manque qu'il avait ressenti, la joie qui l'avait submergé lorsque le brun était rentré, un sourire canaille aux lèvres, et un contrat dans la poche. Ce jour-là, il avait compris que ce qu'il éprouvait n'était sans doute pas uniquement de l'amitié. Il avait prétexté un malaise pour écourter le dîner, et sa pâleur n'avait fait que renforcer le mensonge qui n'en était pas vraiment un.

Ses pensées l'avaient tenu éveillé une grande partie de la nuit, et il avait réfléchi. L'homosexualité n'était pas prohibée, dans cette société machiste du XX° siècle, il le savait, elle n'était même pas particulièrement mal vue: les hommes devaient simplement passer outre et se marier afin d'engendrer un héritier, rien ne les empêchait de se côtoyer intimement. Bon nombre de ses camarades à l'université n'étaient pas en reste quant aux expériences avec d'autres hommes, enfermés dans ce lieu exclusivement masculin. La religion rejetait et condamnait l'amour entre personnes du même sexe, mais ses principes n'étaient plus appliqués, et complètement dépassés: n'interdisait-elle pas le sexe avant le mariage? Qui, à l'heure actuelle, respectait cet interdit? Ses sentiments étaient-ils normaux? Était-ce mal de ressentir plus que de l'amitié pour un être cher qui ne s'était pas privé de son côté de lui faire part de son désir, sans en rougir, sans en avoir honte.

Ce souvenir, qui enflamma ses joues, le conforta dans sa résolution: il n'avait pas à s'interdire quoi que ce soit, il ne devait pas se défiler comme il avait eu l'habitude de le faire jusqu'à présent et, surtout... il ne devait pas avoir honte de désirer Colin.

Il se redressa, écartant les tentures sombres de son lit et se glissa jusqu'au broc d'eau posé sur le rebord de la fenêtre. Ses cheveux blonds s'emmêlaient en des boucles lourdes qui retombaient sur son épaule, ses yeux gris n'avaient jamais paru si décidés... Il ne se reconnaissait plus comme le jeune homme qui était arrivé seulement un mois auparavant. Souriant à cette idée, il se débarbouilla rapidement, hésita un instant à passer une tenue plus digne que son confortable pyjama de laine blanche et haussa finalement les épaules.

Le bureau attenant aux deux chambres lui semblait interminable, déformé par l'attente, l'espoir et l'appréhension qui le rongeaient. Lorsque, enfin, il atteignit la porte qu'il n'avait jamais franchie jusqu'à présent, il prit une profonde inspiration et tourna la poignée.

La pièce était plongée dans la pénombre, mais les rideaux n'avaient pas été tirés. La chambre était un peu plus grande que la sienne, encombrée de livres, de souvenirs amassés au fil des années. Les murs, sombres, contrastaient avec l'épaisse moquette rouge qui recouvrait le sol. Le lit à baldaquin, plus grand que le sien, semblait plus effrayant qu'accueillant avec ses tentures sombres, mais Edward ne renonça pas. Il s'approcha sur la pointe des pieds, ne sachant s'il devait réveiller son ami ou simplement se glisser à ses côtés. Son cœur rata un battement lorsqu'il croisa ce regard bleu adoré qui le fixait avec une gravité qu'il ne lui connaissait pas. Cela le fit sourire, alors que ses joues se coloraient un peu plus. Il grimpa sur le lit, s'avança lentement vers le brun qui le fixait toujours intensément, semblant attendre quelque chose, comme s'il avait peur que le moindre geste ne brise l'instant.

Ce fut Edward qui osa faire le premier pas, offrant son premier baiser à son ami, à celui qu'il aimait. Il déposa simplement ses lèvres sur les siennes, en une invitation explicite à l'aimer. Colin promena une main câline dans ses boucles sans que ses lèvres ne quittent les siennes, qu'il pressa un peu plus avant qu'une langue taquine ne surprenne le blond qui se sentit perdre pied lorsque le baiser se fit plus passionné. Ils se glissèrent sous les draps sans cesser de s'embrasser, sans qu'une parole ne soit échangée. Ils n'en avaient pas besoin, ils savaient tous les deux ce qu'il allait se passer, ils le voulaient. Les vêtements de nuit furent simples à enlever, et lorsqu'ils furent nus l'un contre l'autre, Colin lâcha les lèvres du blond pour embrasser son cou, ses épaules, ses joues rosies par l'excitation. Son regard s'attarda sur le corps mince et pâle à ses côtés, dont la douceur, jusque-là inconnue, le ravissait. Edward était détendu sur les draps sombres qui rehaussaient sa pâleur naturelle. Ses muscles fins jouaient sous sa peau douce et chaude lorsque des frissons qu'il ne parvenait à refréner le secouaient. Il était beau, ainsi alangui, offert, ses yeux gris toujours sérieux à présent brillants d'excitation contenue alors que ses doigts caressaient distraitement le bras du brun. Ce dernier se pencha une fois de plus sur lui pour lui ravir un baiser, laissant sa bouche s'égarer dans le cou chaud et légèrement parfumé de son amant. Il laissa glisser ses lèvres jusqu'à la poitrine de ce dernier, sa langue s'invitant afin de goûter à cette peau imberbe, à ces deux mamelons qui se dressèrent sous l'attention. Un soupir plus profond que les autres échappa au blond, qui en fut récompensé par une légère morsure qui, cette fois-ci, lui arracha un gémissement. Ses mains courrurent dans les cheveux bruns qu'il adorait, sur la peau douce qu'il découvrait pour la première fois, mais dont il connaissait l'odeur légèrement musquée. Il quémanda un baiser que Colin lui offrit sans se faire prier tandis que ses mains descendaient de plus en plus bas, effleurant son ventre chaud, caressant ses cuisses fines avant de se diriger vers le sexe du jeune homme, qui se raidit un peu plus lorsqu'il l'entoura d'une main.

Le baiser dura, s'intensifia sans qu'ils parviennent à séparer leurs lèvres plus de quelques secondes. La pièce résonnait de leurs soupirs, des quelques gémissements et grognements qui échappèrent à Edward lorsque la main qui l'enserrait se mis en mouvement. Ils se redressèrent, à genoux sur les draps défaits, sans que leurs bouches ne se lâchent, sans qu'ils cessent cette exploration nouvelle et douce. Une main pâle quitta les cheveux bruns pour redessiner l'ovale du visage à la peau plus sombre que la sienne, quitta ce dernier pour se perdre sur les muscles tendus de son ventre, remonta jusqu'à un cœur qui cognait follement dans la poitrine du plus jeune. Le même sourire vint étirer leurs lèvres, tandis que la découverte du blond se faisait plus hardie, pinçant un mamelon, câlinant l'autre avant de se perdre entre les cuisses du brun afin de lui prodiguer les mêmes caresses que celles qu'il lui offrait.

Les respirations s'accélérèrent, l'excitation leur serra la gorge alors que leurs mouvements se faisaient plus secs, plus intenses, qu'ils se rapprochaient afin de se coller un peu plus l'un à l'autre. Edward se tendit, sentant l'excitation prendre le dessus, le trop-plein de sensation étouffant sa voix dans sa gorge lorsqu'un spasme le secoua et qu'il se libéra dans la main de son amant, qui lui offrit un sourire victorieux avant de remonter la main souillée jusqu'à ses lèvres, goûtant ce qu'elle avait récolté. Cette vision enflamma le blond qui sentit la béatitude suivant l'orgasme céder la place à une excitation plus grande encore que celle qu'il avait éprouvée jusqu'à présent. Il n'en fallut pas plus pour que son sexe se redresse de nouveau, et qu'il se laisse entrainer avec un gloussement sur les draps froissés, Colin se glissant au dessus de lui.

Les baisers reprirent, plus longs, plus tendres avant que le brun ne laisse ses doigts et sa bouche s'égarer beaucoup plus bas. Sa main glissa sur le sexe tendu du blond sans s'y attarda, caressa les bourses douces et tendues pour enfin, se glisser avec douceur entre les fesses pâles. Edward se tendit légèrement, mais lorsque la bouche du plus expérimenté vint taquiner son bas ventre, toute appréhension fut noyée par le plaisir. Colin savait y faire, c'était indéniable: la langue taquine le harcelait tandis qu'il découvrait pour le première fois la sensation d'être englobé dans une chaleur moite lui tirait des gémissements plaintifs qu'il n'avait pas conscience d'émettre. Absorbé par son plaisir, concentré sur les sensations si nouvelles que son ami lui offrait, il ne broncha pas lorsque le doigt inquisiteur, rendu glissant par son propre sperme vint taquiner son entrée, ajoutant une note différente, mais non moins agréable au plaisir qui lui embrouillait l'esprit.

Un cri plaintif s'échappa d'entre ses lèvres lorsque d'une poussée, le doigt s'enfonça doucement en lui, lorsque les lèvres pleines se refermèrent un peu plus sur son vit. Il perdit pied lorsque les deux se remirent en mouvements, sur lui et en lui, et il se sentit de nouveau glisser vers l'orgasme.

Mais Colin ne semblait pas décidé à le laisser jouir de nouveau: il délaissa le membre tendu du jeune homme pour déposer une myriade de baisers sur son ventre, ses cuisses, sans pour autant cesser de faire aller et venir son doigt, qu'un second vint bientôt rejoindre.

Les deux jeunes hommes s'observèrent avec adoration, incapable de détacher leur regard de la nouvelle facette qu'ils découvraient l'un de l'autre. Le brun n'avait jamais semblé à Edward si sûr de lui et si doux, à genoux entre ses cuisses et incapable de détourner les yeux. Le plaisir avait rosé ses joues bronzées et couvert son corps d'un voile brillant que le blond se surprit à vouloir goûter de la langue. Il se redressa, enfonçant un peu plus les doigts en lui qui, l'espace d'un instant, touchèrent un point si sensible qui lui arracha une supplique. Ses lèvres partirent à la rencontre de celles de son amant, descendirent et léchèrent, goutèrent cette peau à la saveur musquée tandis que Colin frottait sans relâche cet endroit en lui, l'amenant bientôt à désirer autre chose, quelque chose de plus.

Il se saisit de nouveau du membre du brun alors qu'un troisième doigt s'insinuait avec plus de difficulté en lui et, tandis que sa main coulissait rapidement sur le vit humide, qu'il tentait de retrouver son souffle, la tête posée au creux de l'épaule du plus grand, il sut ce qu'il voulait, il sut qu'il était temps. Avec un sourire malicieux que l'autre ne lui avait jamais vu, mais qui fit rater un battement au cœur de ce dernier, il écarta les cuisses en une invitation explicite.

Colin sembla hésiter, comme s'il n'avait pas eu l'intention d'aller si loin, mais le regard doux et tendre que posa son amant sur lui, la main qui vient cajoler sa joue et, surtout, le cambrement séduisant et tentateur de ses hanches eurent bien vite raison de ses derniers doutes, et il se coula entre les cuisses du plus âgé, s'enfonçant lentement en lui.

Edward était perdu. La douceur, la patience dont faisait preuve le vil séducteur lui faisait oublier la douleur qu'il avait ressentie lorsque le membre de ce dernier avait écarté ses chairs. Une main taquine vint cajoler son sexe, des dents au sourire charmeur vinrent mordiller sans délicatesse, mais avec un savoir-faire affolant son cou, le faisant gémir de plus belle, et il ne lui fallut que quelques minutes pour le supplier de lui en offrir plus, de bouger en lui.

Colin accéda à sa requête avec une vigueur qui lui arracha un cri, et il se demanda confusément comment il avait pu se priver d'une chose pareille pendant vingt-trois ans. Ses yeux se fermèrent, sa bouche s'ouvrit sur des cris plaintifs et gémissants qui incitèrent le brun à accélérer encore la cadence, à venir frôler, taquiner puis frapper le point qui arracha bien vite des halètements au jeune homme sous lui.

Il n'allait pas tenir longtemps, perdu dans ses sensations comme dans ses sentiments, et le spectacle qu'offrait le blond, les joues rouges, les cuisses largement écartée, ainsi que ses gémissements aguichèrent n'allait pas l'aider à tenir.

Il tenta de se concentrer sur autre chose que sur l'étroitesse du jeune homme qui l'enserrait d'une façon qu'il n'avait jamais osé espérer si bonne, il repensa à leur rencontre, à son amour pour cet homme si différent des autres qu'il avait d'abord voulu posséder, puis qu'il avait appris à aimer, à respecter, à qui il avait fait une cour discrète, tentant d'insinuer en lui le poison de la tentation.

Il avait cru échouer, il aimait trop Edward pour exiger de lui plus que l'amitié qu'il chérissait, mais le savoir dans son lit, entre ses bras, se tordant et gémissant sous ses coups de reins ne l'aidait en rien à se maîtriser. Il ralentit la cadence pour embrasser doucement le jeune homme qui se décida à ouvrir les yeux, à lui offrir un sourire rassurant, amoureux qui lui fit oublier toute retenue.

Ses mouvements se firent plus profonds, tandis que les cris du blond s'étiraient sans fin, inarticulés, et que sa main glissait inexorablement vers son membre délaissé. Elle ne parvint pas à s'en saisir, Colin l'en empêcha en la clouant au matelas avec un grognement faussement grondeur. Sans laisser à son amant le temps de râler, il se retira pour inverser les positions, installant le jeune homme sur lui pour se repaitre de la vue de son corps le surplombant. Sa main guida une fois de plus son membre entre les deux globes de chair si douce, qu'il enserra un peu brusquement afin de profiter de leur douceur, et d'inciter le jeune homme à bouger sur lui.

Ce dernier rejeta la tête en arrière, gémissant sans retenu alors que ses mouvements, au début peu sûrs et lents se faisaient presque frénétiques, qu'il se laissait tomber sans douceur sur les cuisses tendues par l'effort pour les maintenir tous les deux au plus près possible l'un de l'autre. Non, Colin n'allait pas tenir longtemps, mais peu lui importait, son amant non plus. Ses lèvres étaient rougies de morsures, ses yeux fermés... Le brun glissa une main jusqu'à son membre, et Edward se tendit, se resserra autour de lui en accentuant ses coups de bassin, le roulement de ses hanches pour se libérer en un gémissement bruyant qui entraina à son tour Colin dans la jouissance.

Ils s'écroulèrent l'un sur l'autre, incapable de parler, le souffle haletant, leur peau luisante de sueur et leur cœur affolé. Le même sourire comblé vint orner leurs lèvres, tandis qu'ils échangeaient un long baiser, tendre et langoureux. Ils remontèrent les draps sur leur peau frissonnante, refusant de quitter leur étreinte mutuelle, et le brun laissa échapper un rire heureux.

- Pour espérer t'avoir, il ne faut décidément pas se montrer subtil! gloussa-t-il.

- Les subtilités n'ont jamais été mon fort... Mais ne pourrais-tu pas te montrer plus explicite encore? le taquina Edward en se serrant un peu plus contre lui.

- Si... je le peux... Je t'aime.

Le silence plana quelques instants, avant qu'il ne rajoute, perdant son sérieux.

-Et je viendrai sans aucun doute te prendre dans ta chambre pour fêter l'obtention de mon année.

Edward haussa les sourcils, avant de secouer la tête avec dépit.

- Toujours des menaces, n'est-ce pas moi qui ait du faire le premier pas, malgré tes belles paroles? Mais... si c'est ce type d'association que tu voulais me proposer, je peux reconsidérer mon refus. Après tout, j'ai bien été ton précepteur alors que j'ai toujours détesté ce métier.

Un gloussement lui échappa, alors qu'il se penchait à l'oreille du jeune homme, comme pour lui murmurer un secret.

- Mais j'ai aimé être ton professeur... Et je t'aime.

Fin