Hello ! Je viens de terminer les écrits de mes concours, et il fallait bien que je fasse quelque chose de sympa avec le temps que j'ai :p ça faisait un moment que javais envie d'écrire cette histoire, mais elle n'a pas du tout démarrée comme je l'espérait xD

Le titre est provisoire ! Je n'en suis pas satisfaite, et j'espère que vous pourrez m'en proposer d'autres au fur et à mesure des chapitres, je suis ouverte à tout ! :)

Je précise encore, cette histoire comporte des relations entre garçons, qui vont s'embrasser et fricoter, alors si ça vous dégoûte, partez tout de suite :) pour les autres, profitez bien :p

Je ne sais pas vraiment où je vais avec cette histoire, j'ai quelques idées de scènes précises, mais pas vraiment de trame. Bref enjoy ! ^^


De Contes et de Génies

Chapitre 1

Le chuchotement du papier, l'odeur de pages froissées, d'encre et de poussière, les portes de bois ne laissant filtrer aucun son des couloirs bourdonnant d'élèves jusqu'au calme des livres qui se laissent lire ; un charme plaçant la pièce dans un espace hors du temps... Le tapement de la dame aux traits fatigués derrière son bureau, ses doigts se déplaçant avec lenteur sur les touches de son clavier, le tic-tac des aiguilles de l'horloge que l'on entendait si l'on s'asseyait là, entre la philosophie et l'histoire. Mais plus loin, derrière les essais, les romans et la poésie, au coin d'une table sous la fenêtre où un rectangle de soleil encadrait l'entête d'une copie, faisant luire et briller l'encre noire d'un devoir, seul le murmure des ouvrages et du crayon courant sur la page parvenait à se coudre sur le silence épais de la bibliothèque.

En tout cas, James l'aurait souhaité.

Il continua à écrire sa démonstration, ses lettres sèches agressaient presque la feuille.

Un autre gloussement.

Un tic nerveux fit trembler sa paupière et sa prise se resserra sur le stylo.

Des bruits de talons, quelques rires échangés, un coude rencontra une étagère, un juron suivit, puis le son de romans naturalistes qui s'écrasent au sol, et d'autres gloussements.

Les dents du jeune homme grincèrent et il s'accorda une patience de quatre gloussements. Après cela, il s'énervait.

« Tu crois qu'il est là depuis quand ? À ton avis il fait quoi ? »

Gloussements.

« Je ne sais pas... Peut-être qu'il est en train de composer des paroles de chansons... Il a trop la tête d'un mec dans un groupe de musique. »

Gloussements.

« Grave. Hé, Mélanie, t'as fait tomber un livre je crois. »

« Ah ouais, merde, personne les lit en plus ces conneries, pourquoi ils s'obstinent à mettre des gros bouquins... Et je suis trop petite pour le remettre à sa place. Attends... Tu crois que si je lui demande il viendra le ramasser et le ranger pour nous ? »

Personne ne lit ces conneries ? C'est du Zola, emplâtre ! se désespéra James.

Gloussements.

« Ouais vas-y ! Il a l'air trop gentil, je lui ai dit bonjour tout à l'heure, il m'a flashé un de ces sourire ! Craquant ! »

« Chut ! Si ça se trouve il nous entend. »

Lui, je ne sais pas, mais moi certainement.

Gloussements.

Il plaqua son stylo sur la table – mais tout de même pas trop bruyamment, bibliothèque oblige – parcourut en quatre enjambées la distance le séparant du poulailler piaillant et se planta entre elles et le sujet de leur admiration.

- S'il vous plaît mesdemoiselles, un peu plus de tenue et de respect pour le silence de la bibliothèque et le travail des autres seraient appréciés. Si vous n'êtes ici ni pour emprunter un livre ni pour travailler, je vous prierais de quitter la pièce.

Le message qu'il avait préparé pour elles dans son esprit était d'un registre bien différent, et il se sentit fier de sa retenue et de sa politesse, considérant son état d'exaspération avancé.

- James... Rabat-joie, geignit l'une d'elle.

Il ne se demanda pas comment des élèves de secondes pouvaient le connaître, la plupart des occupants de lycée savaient qui il était ; le sérieux James, l'élève modèle, délégué de sa promotion, adoré des professeurs, participant au conseil de discipline, tiré à quatre épingles, responsable de l'internat et aide-bibliothécaire.

Il avait aussi fait le discours de bienvenue à la rentrée.

Son autorité compensait son manque d'amis, et s'il n'était pas forcément aimé, il était respecté. C'était l'essentiel, il n'en demanderait pas plus.

- Ce n'est pas si grave, non ? Elles ne dérangent personne, souffla une voix dans son dos.

James se fit la réflexion que c'était une voix de bibliothèque, douce et posée.

Le groupe de glousseuses gloussèrent.

Il se retourna et envoya un regard exaspéré au jeune homme blond qui le graciait d'un regard sans émotion. Des yeux noirs, comme l'encre sur sa copie.

- Ces jeunes filles m'empêchent de travailler, et leur comportement est contraire au règlement de la bibliothèque. Et les piercing sont interdits dans l'établissement.

- Oh.

Le garçon amena sa main à son arcade sourcilière et toucha le bijou argenté.

- Je ne savais pas, je peux l'enlever si tu veux.

- Ce serait appréciable oui, et mesdemoiselles je vous invite à suivre son exemple et être aussi complaisantes quant au règlement : on ne glousse pas dans la bibliothèque.

- Ce n'est pas dans le règlement... marmonna une brune en feuilletant le livret regroupant les consignes.

James fit claquer sa langue dans son palais.

- Quelle honte, et bien je l'y ferai rajouter. Au revoir.

Les filles poussèrent un soupir et se plièrent aux règles non-dites de bibliothèque stipulant que l'idiotie n'était pas admise : elles partirent.

- Tu n'es pas très gentil.

Ce garçon commençait à sérieusement les lui briser. Il avisa son apparence débauchée, la sphère argentée accrochée à son arcade sourcilière droite, ses oreilles trouées et couvertes d'anneaux – couvertes était peut-être un mot un peu fort pour trois boucles d'oreilles, mais il n'était pas d'humeur à être honnête avec lui-même – sa chemise au col ouvert, son absence de cravate, le large pull gris qui ne faisait, il en était sûr, aucunement partie de l'uniforme imposé par l'école, les vagues ondulées de cheveux un peu trop longs, un peu trop pâles qui lui tombaient dans le cou, et ce visage et ses yeux qui ne trahissaient pas la moindre émotion.

Il devait accorder ça au groupe de bazarettes, le garçon ressemblait effectivement à quelqu'un appartenant à un groupe de musique. James secoua la tête devant la réflexion enfantine et se baissa pour ramasser les livres au sol et les remettre avec soin à leur place, le jeune fauteur de troubles était trop petit pour l'aider, et se fichait sûrement de l'ordre de l'endroit sacré qu'était la bibliothèque.

- Quelle âge a-t-on ? Huit ans ? Je ne suis pas ici pour être gentil. Et ta tenue n'est pas réglementaire, je vais laisser passer pour cette fois, parce que si je ne te connais pas encore, c'est que c'est la première fois que tu as des ennuis. Bon après-midi, ajouta-t-il avec sécheresse avant de retourner à son devoir à l'encre noire et au murmure des livres.

Le jeune homme blond arqua un sourcil en observant le dos de James s'éloigner. Ça devait être inconfortable d'être aussi sérieux, songea-t-il en se remémorant les lunettes à l'épaisse bordure noire, les cheveux bruns tirés en arrière dans un vain espoir d'empêcher des mèches de frustrations de tomber sur son front dégagé, la chemise serrée autour du cou piégé par la cravate. Il passa sa main sur sa gorge et déglutit. Définitivement inconfortable.

oOoOo

James soupira et enfonça ses doigts dans ses cheveux. La bibliothèque avait fermé une heure auparavant, le forçant à battre en retraite dans sa chambre d'internat. L'avantage d'être le responsable était qu'il ne partageait son espace personnel avec aucun élève, le désavantage étant de devoir empêcher cent quatre-vingt treize garçons de quinze à dix-huit ans enfermés ensemble dans trois cents mètres carrés de faire la moindre conner... Bêtise. Heureusement que le lycée était en plein coeur de Paris ; moins d'internes à gérer puisque la plupart des élèves habitaient près de l'établissement. Parfois, il enviait presque Pauline, la responsable des lycéennes internes, les filles avaient l'air bien plus facile à gérer de ce point de vue. Et le voilà qui parlait comme son père. Il jeta un coup d'oeil désespéré à son bureau et les tâches qu'il lui restait à faire et s'arma de courage, il les avait cherché ces responsabilités après tout...

Lorsqu'il passa en revue une liste d'élève collés et leur assigna des travaux à la bibliothèque, une partie de son esprit se demanda pour quelle raison il n'avait pas remarqué avant le garçon blond et son apparence particulière. Il aurait déjà du se prendre au moins une ou deux remarques des professeurs sur sa tenue, et pourtant, cet après-midi, entre les romans et la poésie, était la première fois qu'il l'avait vu. Il ne connaissait pas son nom d'ailleurs, cela ne lui avait pas paru important sur le moment.

James redressa ses lunettes sur son nez et continua à travailler.

oOoOo

Une heure de soutien chaque semaine avait été organisée par les professeurs des classes de terminale afin d'aider les élèves dans une matière de leur choix, vu ses résultats et son travail personnel, James en avait bien évidemment été exempté, il n'aurait pas la moindre difficulté à obtenir une mention à son bac, et tout ce qui lui importait était son dossier. Comme à chaque fois qu'il avait une minute de libre, il se dirigea vers la bibliothèque, salua la femme aux cheveux roux et frisés derrière son ordinateur et s'immisça dans le silence, laissant derrière lui le son de l'horloge découper le temps pour retrouver sa table au fond sous la fenêtre. Il n'avait rien de spécifique à faire pour une fois, et se laissa tomber sur sa chaise, décidé à juste profiter du soleil qui inondait sa table. Parfois, souvent, être à l'extérieur lui manquait. Le jeune homme ferma les yeux et retira ses lunettes pour se masser l'arrête du nez.

- Hey, murmura une voix à sa droite.

James sursauta, lâcha ses lunettes, manqua de tomber de sa chaise et laissa un cri peu masculin lui échapper.

- Té ! Tu m'as fait flipper couillon !

De la chaise où il était, son interlocuteur haussa légèrement les sourcil, quel langage... Il regarda avec intérêt les joues de James flamber de gêne et sa tentative de reprendre contenance en se raclant la gorge.

- Hn, bref, tu ne devrais pas te glisser à côté des gens pour les surprendre de cette façon, c'est impoli.

- J'étais assis ici avant que tu arrives.

Le délégué avait échangé quatre phrases avec le jeune homme de la veille, et il sentait déjà l'exaspération monter. Le fait que le visage de l'autre restait parfaitement impassible était d'autant plus énervant.

Il prépara une réponse cinglante mais le jeune homme aux piercing se pencha en avant et envahit son espace personnel.

- Oh, tu as les yeux bleus... On les voyait à peine hier à cause de ces énormes lunettes qui mangent ton visage. C'est dommage, ils ont une très belle couleur.

- Et tu es qui ? Mon styliste personnel ?

Il secoua ses mèches pâles et laissa un léger sourire flotter sur ses lèvres.

- Oh, non, j'ai du mal à comprendre l'intérêt de tout ces vêtements.

- Les tentatives de drague dans la bibliothèque sont interdites, c'est un endroit réservé au travail et à la lecture.

Il cligna des yeux, seul signe trahissant sa surprise.

- Ah, non. Ce n'est pas...

Il se secoua la tête de droite à gauche et reprit le livre qu'il avait posé lorsque James était arrivé, mais le délégué ne se sentait pas prêt à lâcher l'affaire.

- Je t'avais mentionné hier que ton uniforme n'était pas correcte.

- Je suis désolé, souffla le jeune homme sans lever le regard de sa lecture, mais les cravates me donne la sensation d'étouffer, et j'ai froid, ajouta-t-il en attrapant son pull et tirant dessus légèrement.

- Tu n'es pas sensé être en cours ? attaqua le brun sans lui laisser de répit.

- De toute évidence non...

- Tu n'es pas en terminale, je te connaîtrais sinon, et les secondes et premières n'ont pas de pause de neuf à dix heures.

- Peut-être que je suis en terminale et que tu es inattentif.

- Est-ce que tu essayes de m'énerver ?

- Non, bien sûr que non, répondit le jeune homme avec honnêteté.

Il retira ses yeux noirs de la page qu'il lisait pour appréhender les traits tendus de James, contrastant avec l'expression relâchée qu'il avait arboré en arrivant. Il ferma son livre et se leva.

- Je t'exaspère, ce n'était pas mon intention. Je vais te laisser.

Il ressemblait à un esprit avec sa voix posée qui semblait incapable d'aller au delà du murmure, ses pas silencieux, sa peau presque translucide et ses cheveux si pâles qu'ils pouvaient paraître blancs.

- Attends, dans quelle classe es-tu ? Donne-moi ton nom.

Il s'arrête et se tourna vers James.

- Ethan.

- Ethan comment ?

- Ethan.

Et il s'éloigna en ignorant les injonctions de l'aide-bibliothécaire.

oOoOo

James contempla son dix-sept virgule cinq sur vingt sans réussir à en ressortir la moindre satisfaction, encore furieux contre l'impertinent de la bibliothèque. Sa voisine lui jeta un regard noir.

- Oh, commence pas à faire ton emo alors que t'as eu la meilleure note, aie au moins la décence de faire semblant d'être content pour ceux qui ont eu six.

- Tu as eu six ?

- Six et demi, grogna-t-elle en soufflant sur une mèche rousse, tu sais très bien que les maths ne sont pas ma matière préférée.

- Peut-être qu'une terminale S n'était pas le choix le plus stratégique...

- Hé, regarde mes notes en chimie avant de dire ça !

James aimait bien Andréa, elle ne le jalousait pas pour ses résultats, et bien qu'elle soit plutôt légère et amusante, il n'avait jamais eu à lui faire le moindre reproche sur son comportement ou une quelconque infraction au règlement. Bien qu'ils ne se parlent jamais en dehors de la classe, elle était ce qui se rapprochait le plus d'une amie et il appréciait discuter de tout et de rien avec elle lors des intercours, il leur arrivait de se croiser à l'internat aussi.

- Oh ! Toi qui es au courant de tout, je discutais avec Mélanie hier soir pendant le dîner, tu sais, la seconde qui est dyslexique. Il paraît qu'on a un nouvel élève transféré, mais elle ne connait pas son nom.

James fronça les sourcils. Non, personne ne lui avait parlé d'une telle chose. Quand un élève arrivait en cours d'année, des dispositions devaient être prises, et on s'en référait à lui.

- Je suis désolé, il n'y a pas eu d'élève transféré, et nous sommes en mars, ce serait étrange de changer d'établissement à trois mois de la fin des cours. Où est-ce qu'elle a entendu ça ?

- Elle l'a vu à la bibliothèque, il semblerait qu'il ait des airs de rebelle, ajouta-t-elle avec un sourire moqueur.

- Avec des piercing, des cheveux décolorés et un uniforme non réglementaire ?

Andréa hocha la tête et James plissa le nez avec dédain.

- Il s'appelle Ethan, je ne sais pas d'où il vient, mais il m'exaspère, il sort répliques impertinentes sur répliques impertinentes, tout en maintenant une expression parfaitement neutre et parlant comme s'il avait peur de se faire mal à la gorge. Je lui ai déjà fait des remarques sur son apparence et il n'en a pas tenu compte, il refuse de me donner sa classe ou son nom de famille, mais je ne peux pas techniquement lui faire reproche d'insolence, il reste courtois. Et il dérange le calme de la bibliothèque à cause de ces filles qui gloussent.

- Oh, tu es juste jaloux parce qu'il est plus sexy que toi.

Il eut l'air si honnêtement outré qu'elle éclata de rire.

- Je plaisante, mais je suis curieuse maintenant, un beau mec dans l'école que je connais pas...

- Il est sûrement plus jeune que toi Andréa, sinon on saurait qui il est, et plus petit aussi.

La jeune fille poussa un soupir désespéré, elle faisait un sérieux complexe sur son mètre soixante-quinze, c'était trop pour une fille, et avoir un copain plus petit qu'elle n'était pas dans ses priorités.

- C'est-à dire ?

- Je dirais un peu plus d'un mètre soixante-dix, j'ai presque une tête de plus que lui.

- Tant pis alors, je vais devoir me rabattre sur toi et toute ta... Sériosité.

- Ne fais pas ton Guez de Balzac s'il te plaît.

- Balzac ? Ce n'est pas le type qui a écrit La Comédie Humaine ? Quel est le rapport ?

- Non, celui dont je te parle est un écrivain du début du XVIIème siècle, il est à l'origine du mot « sériosité » qui n'a presque pas été employé depuis.

Andréa cligna des yeux et secoua la tête.

- Et moi qui voulait juste être marrante et inventer un mot... C'est difficile de faire de l'humour avec toi.

- Ma sériosité s'excuse...

oOoOo

James poussa les portes de la bibliothèque et se dirigea vers sa place habituelle, inspirant l'odeur de papier et d'encre imprégnant les lieux. Il tourna le coin d'une étagère et des rires aigus et étouffés lui parvinrent, il s'arrêta et lança un regard empli de désespoir au plafond, avança un peu et sa vue confirma ce que son oreille avait soupçonné. Un groupe de glousseuses était agglutiné à quelques mètres de sa table sous la fenêtre, et un peu plus loin, Ethan était assis, le nez dans un livre. Ses pas ralentirent leur rythme jusqu'à cesser complètement, à l'autre bout de l'allée de livres. Le blond leva les yeux et attrapa les siens malgré la distance. Quelques secondes s'écoulèrent, et lorsque les filles commencèrent à se retourner pour voir ce qui retenait l'attention de leur idole du moment, James fit demi-tour.

La bibliothécaire vit passer par dessus ses lunettes rouges un jeune homme aux cheveux bruns plaqués en arrière et s'étonna de le voir s'en aller aussi vite, habituée à devoir le chasser lorsqu'elle fermait.

James travaillerait en salle d'étude ce soir.

Plus loin, Ethan tourna une nouvelle page, et se demanda ce qu'il avait bien pu faire pour chasser l'aide-bibliothécaire. Il avait pourtant fait attention à ne pas s'assoir à la table que James avait officieusement clamé sienne.

oOoOo

Mais qu'est-ce qui lui avait pris de fuir ?

James se mordit la lèvre et plongea son visage dans ses mains. Il ne comprenait pas sa réaction absurde. Il avait été chassé de la bibliothèque simplement parce qu'une tête blonde avait décidé de s'y installer, et ce n'était pas comme si Ethan était particulièrement grand, musclé ou menaçant. Il secoua la tête et essaya de se concentrer sur autre chose, il n'était pas monté sur Paris et n'avait pas intégré ce grand lycée parisien uniquement pour s'arracher les cheveux en pensant à des adolescents réfractaires.

oOoOo

Le lendemain après-midi, James était fidèle à son poste, rangeant à leur places des livres empruntés et discutant avec la bibliothécaire. Les premières tables, proches des rayons de philosophie et d'histoire croulaient sous les littéraires écrivant des dissertations, derrière vers la gauche, où les livres sur la biologie et la physique étaient rangés, quelques groupes de scientifiques travaillaient. Ce moment de la journée, entre dix-sept et dix-huit heures, trouvait toujours la bibliothèque emplie d'élèves, et malgré la quantité de personnes, le silence était toujours roi, parfois défié d'une discussion chuchotée ou de bruits de couverture de livre heurtant le bois des étagères et des tables. Et toujours l'incessant tic-tac de l'horloge, le froissement des pages tournées et le crissement des mines de stylos sur le papier.

Le jeune homme récupéra deux nouvelles de Maupassant et trois exemplaires des Fleurs de Mal, apparement, une classe de première L venait d'étudier Baudelaire et plusieurs élèves ne s'étaient pas donné la peine d'acheter le livre. C'était pour ça que les bibliothèques existaient, songea-t-il en les emportant vers le rayon littérature. Il ne fut même pas surpris lorsqu'il aperçut le groupe de filles, de plus en plus nombreuses à chaque fois, chuchoter et rire stupidement devant Ethan, comme d'habitude plongé dans ses bouquins. Il le fut un peu plus, en revanche, lorsque l'une d'elle s'approcha courageusement. Il la reconnaissait, elle faisait partie du groupe de filles qu'il avait éjecté de la bibliothèque il y a deux jours, la première fois qu'il avait vu Ethan.

- Salut.

Le blond leva le regard.

- Je suis Mélanie, tu es nouveau ici ? Ethan c'est ça ?

Elle devait avoir appris son nom d'Andréa. Cette rousse était trop bavarde.

- Bonjour, répondit-il de cette même voix posée dont il usait toujours.

Il lui offrit un sourire doux mais ne fit aucune tentative pour continuer la conversation.

Sans se démonter, elle s'assit à côté de lui et se pencha pour regarder ce qu'il lisait. Elle fronça les sourcils et tenta de déchiffrer le titre, attirant de nouveau l'attention d'Ethan sur elle.

- Tu n'arrives pas à lire ?

- Je suis dyslexique, je mets toujours beaucoup plus de temps que les autres pour ces choses là.

James plaça le deuxième exemplaire des Fleurs du Mal et se sentit coupable de l'avoir pensé idiote parce qu'elle critiquait les gros volumes. Il aurait fait la même chose dans sa situation.

Ethan se contenta d'hocher la tête et de lui offrir un nouveau sourire.

- Ça ne doit pas être facile.

Rassurées par son manque d'agressivité et la façon dont Mélanie avait facilement commencé la discussion, les autres filles ne mirent pas longtemps à la rejoindre et à poser des questions toutes en même temps, dont elles n'attendaient même pas la réponse avant de continuer à bavarder.

Bruyamment.

Dans une bibliothèque.

Ça n'allait pas être possible.

Il plaça le dernier livre et réduit en quelques enjambées la distance le séparant du groupe piaillant.

- Mesdemoiselles

Sa voix claqua et coupa court au bavardage.

- Je ne sais pas combien de fois je vais devoir le répéter ; le silence est requis. Vous n'êtes de toute évidence ni en train de lire où de travailler, et vous perturbez les autres élèves. Alors à moins que vous ne vouliez toutes un avertissement dans votre carnet scolaire ou être bannies de la bibliothèque, je vous prierais de garder le silence, et de sortir d'ici si vous n'avez rien d'autre à faire que de harceler Ethan.

Elles râlèrent un peu, mais finirent par s'exécuter à contre-coeur et quitter les lieux.

- Et les piercing n'ont toujours pas été autorisés, continua James en se plantant devant la table du jeune homme impassible, pas plus que les chemises sans cravates où les cheveux aussi mal coupés.

Sans s'offenser, Ethan attrapa une mèche blonde qui tombait sur son front et tira dessus, ainsi tendue, elle lui cachait presque l'oeil droit.

- Il y a quelque chose qui ne va pas avec mes cheveux ?

- Ils sont trop longs, et ils n'ont jamais l'air coiffés, cela te donne un air trop négligé qui ne correspond pas à la politique de l'école.

- À t'entendre, rien ne va avec moi.

James ne répondit rien à cela, et se contenta de le fixer, avec ce genre d'expression qui ne trahissait pas un sentiment particulier, mais transmettait ce qui était nécessaire.

Cela réussit à arracher une expiration amusée à Ethan.

Ce qui était le plus démonstratif que James l'ait jamais vu être.

Sans ironie aucune.

- Tu ne devrais pas prendre aussi bien les remarques que je te fais, surtout si c'est pour ne rien changer après. Ça relève presque de l'hypocrisie, lâcha James sans cacher le dédain dans sa voix.

- Une autre chose qui ne va pas... Je ne comprends pas exactement ce que je peux faire pour apaiser ta colère.

- Te conformer au règlement.

- Je ne fais rien de mal, je lis et ne dérange personne.

- Ton apparence est contre le règlement, s'obstina James.

Ethan posa son indexe sur son arcade sourcilière.

- J'ai retiré mon bijou.

L'aide-bibliothécaire prit cela comme la proposition de paix que c'était, et décida qu'il ne pouvait espérer tirer mieux de l'étrange personnage. Il fit demi-tour et laissa le talon de ses chaussures claquer contre le parquet, contournant les romans pour aller vers sa table où son sac l'attendait.

- Je m'attendais presque plus à un attaché-case qu'à un sac à dos normal... Je me demande si je suis déçu ou soulagé, chuchota quelqu'un alors qu'il arrivait sous la fenêtre.

Les poils de la peau de James se dressèrent sur sa peau, et il fut très fier que sa surprise se traduise par un frisson, et non le glapissement qui avait manqué de lui échapper.

Il ne l'avait même pas entendu marcher à côté de lui.

- Pourquoi m'as tu suivi, Ethan, susurra-t-il avec toute la patience qu'il put trouver en lui.

Le susnommé haussa les épaules et se glissa sur une chaise, laissant les rayons du soleil traverser les carreau et caresser sa peau.

- C'est plus tranquille avec toi, je ne te dérangerai pas, fais comme si mes cheveux n'étaient pas là.

Il replongea le nez dans son bouquin.

James cligna trois fois des yeux, secoua la tête, pensa à s'énerver, mais après tout, s'asseoir à côté de lui n'était pas contre le règlement. Il finit par hausser les épaules et s'installer à son tour.

Au murmure des livres, s'ajouta la respiration d'Ethan.


Et voilà mon premier chapitre ! Vous avez aimé ? C'est un projet un peu expérimental, avec des nouveaux personnages, puisque cela fait trois histoires que j'écrit sur Leïs et Gaby, je ne sais pas trop si James et Ethan vous plaisent. J'ai quelques insécurités sur cette nouvelle histoire, et c'est aussi la première fois que je fais quelque chose de type schoolfic, alors n'hésitez pas à me dire ce que vus en pensez !

Les review sont nos amies, il faut les aimer aussi... ~

la suite vendredi prochain ! ^^