I'm back ! xD

Je ne m'excuserais jamais assez de mes absences trop longues… D'une je n'ai aucune notion de temps donc je ne sais jamais à quand date ma dernière publication (oui, je peux le voir écrit, le site lui le sait lol), et de deux, je suis tellement aléatoire dans mes écrits que voilà… ^^'

Enfin bref, je suis désolée, et je vous apporte donc la suite !

Bonne lecture ^^

Réponses aux reviews :

Maeva Cerise : Wow ! Comparer mon histoire à un si grand classique de la littérature, quel honneur ! =^^= Malheureusement, mon histoire ne suit pas celle de Scarlet, et même loin de là… Je suis même persuadée de vous surprendre en ce qui concerne l'histoire d'amour ) Et pour le côté mystique… les réponses arriveront petit à petit )

Zeau : Désolée de ne répondre que maintenant mais tu l'auras compris : pas de publication fixe. J'ai déjà pas mal de chapitres d'écrits mais je les publie de façon très aléatoire et irrégulière, comme tous mes autres histoires en fait… Donc voilà, désolée d'avance pour l'attente qu'il y aura mais ce qui est sûr c'est que ce n'est pas une histoire abandonnée, loin de là )

Claire D : Merci beaucoup ^^ Et si, mes histoires, je les finis, mais je publie aléatoirement et de façon très irrégulière… Déjà 8 chapitres d'écrit pour cette histoire, et quelques idées pour le tome 2 (donc, ce n'est pas un abandon, c'est juste moi qui suis lente ^^')

Luma Coquillette : Eh bien, j'espère que les prochains chapitres répondront à toutes tes questions, et si non, n'hésite pas à m'en faire part =)

Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne lecture

Chapitre Quatre

Ce que j'aime par-dessus tout dans le fait de vivre au rez-de-chaussée, c'est de voir au réveil les fleurs me faire du charme à travers la fenêtre de ma chambre. Nous nous occupons peu de notre jardin, seul un jardinier vient tondre notre gazon de temps à autre. Mais les fleurs, elles, il ne les rase jamais, les laissant pousser librement à leur état sauvage.

Je souris en observant le haut buisson de lilas bleues côtoyant des pavots de Californie, butinées par des abeilles bien matinales. Le soleil s'élève à peine, n'ayant même pas eu le temps de sécher la rosée du matin. Je me lève et ouvre ma fenêtre, laissant l'air frais du matin noyer mes poumons. J'ai du mal à me souvenir de la veille. Je me rappelle ma rencontre avec Zaccaria puis être retourné à la maison… après c'est le trou noir. Je sens que quelque chose s'est passé mais j'ignore quoi.

J'entre dans la salle de bain et prends une bonne douche chaude. J'ai la gorge encore un peu irritée mais je me sens bien mieux aujourd'hui. Je me dirige vers la cuisine et mets en route la machine à café. Le glouglou irrégulier m'attire et je fixe le liquide noir se former dans la verseuse. Les gouttes tombent les unes après les autres, parfois en un flot continu et indistinct, parfois individuellement. Il me faut deux bonnes minutes d'observation avant de me rendre compte que la boisson est prête. Je me secoue la tête et rempli un mug il me faudra au moins ça pour me réveiller ce matin. Je m'assois et bois calmement. Une baguette à demi entamée me fait de l'œil sur le comptoir de la cuisine et je décide d'en faire toaster un morceau. Le bruit habituel de la machine a à peine le temps de me prévenir qu'elle a fini son travail que je vois mon père débouler dans la cuisine, le visage fatigué et me regardant avec de grands yeux.

— Euh… S'lut, p'pa, fais-je, incertain.

— Kieran, tu… commence-t-il en s'approchant de moi. Comment te sens-tu, fiston ?

Je le regarde avec curiosité tout en lui répondant que je vais bien… Parce que je vais bien, n'est-ce pas ?

— Tout va bien ? ne puis-je m'empêcher de demander.

Il souffle, fort, soupire profondément. Il a vraiment l'air fatigué.

— Tu ne te rappelles pas ?

Je ne comprends pas sa question et le lui fais savoir.

— Tu as… fais un cauchemar hier. Tu… Kieran, je crois que tu te noyais.

— Me noyais ? répété-je avec surprise.

— Tu as craché de l'eau… Tu as sûrement dû trop boire, c'est ça ?

Je hausse des épaules, incapable de me souvenir.

— Tu veux aller voir un médecin ? me propose-t-il.

— Non, ça ira, p'pa. Je te jure, je me sens bien ce matin.

Et pour le lui confirmer, je me tartine mon morceau de pain et croque dedans à plein dent. La pâte durcie et chaude est savoureuse, la confiture de coings faite par grand-mère accompagnant le tout d'une tendre douceur. Toujours inquiet, mon père décide de déjeuner en ma compagnie tout en me posant des tas de questions sur ma journée de la veille. Je lui raconte ce dont je me souviens, lui omets les détails concernant Brennan, et lui avoue ne me rappeler de rien après être rentré.

Mes sœurs nous rejoignent peu après. Les jumelles sont toutes excitées et Karen s'enquiert de ma santé, toujours aussi posée. Elle suggère à mon père de me laisser à la maison mais je refuse, décrétant que je me sens assez bien pour essayer de suivre les cours. Karen nous propose alors de nous accompagner avant d'aller au boulot. Mes sœurs font semblant d'être ennuyées mais je sais que ça leur plaît d'être chouchoutées ainsi. Je souris à Karen, lui promets qu'on se préparera vite pour ne pas la mettre en retard.

En chemin, elle tente de me poser quelques questions mais, tout comme à mon père, je jure me souvenir de rien. C'est confus dans ma tête. Je me suis senti partir, m'endormir, et puis plus rien. Je pense avoir rêvé de Brennan car la sensation de son passage me reste, comme souvent après chaque fois qu'il envahit mes rêves. Mais cela n'explique pas pourquoi j'aurais crié à la noyade et vomi en me réveillant. En fait, je trouve cela même très curieux. Que je me sois noyé, je veux dire. Moi qui aime l'eau, qui n'en ai jamais peur, comment pourrait-elle me vouloir du mal ?

Je n'ai pas le temps de réfléchir davantage à la question que le lycée apparaît devant nous. Il est assez tôt, seul un bus scolaire est arrivé. Je remercie Karen et part me réfugier dans mon havre : la salle d'art. L'attitude étrange de ma famille me pousse à réfléchir davantage à la veille mais rien ne me vient à l'esprit. Je décide de peindre. Je récupère les pots dans l'armoire et vais remplir un verre dans les toilettes. L'eau coule du robinet en provoquant un drôle de son, une mélodie envoûtante, étrange. Je la fixe et l'observe tourbillonner dans le lavabo, glissant vers le siphon pour disparaître à jamais dans les tréfonds de la terre. Elle scintille, une brume se lève, s'élève jusqu'à moi. J'entends des chuchotements, des murmures sans réel sens. Des voix qui semblent m'appeler. Je me rends alors compte que cela fait plusieurs jours que je ne me suis pas baigné dans la baie. Ces derniers temps, quand je m'y rends, c'est pour retrouver Brennan dans son yacht et… eh bien… nous ne prenons pas le temps de profiter de la mer. En fait, nous ne prenons le temps de profiter de rien d'autre que de nos corps. Il m'est comme une ancre : il m'envoie au septième ciel tout en me gardant sur terre, à ses côtés, et je n'ai pas le temps de me perdre dans mes mondes oniriques quand je suis avec lui. J'aime beaucoup quand sa voix basse et moqueuse me chatouille l'oreille ou le cou. Ça me fait indéniablement frissonner. Je pourrais l'entendre tout le temps si je le pouvais.

— Kieran ! crie soudainement Brennan dans mon dos.

Je cligne des yeux plusieurs fois, ma vision me revient peu à peu. Je fais face à un tableau tout de nuances de bleu, allant d'un beau clair de source au foncé des abysses. Je penche la tête sur le côté, persuadé d'y voir quelque chose à travers les coups de pinceaux.

— Kieran ! répète à nouveau Brennan en m'agrippant le bras avec force.

Il me retourne brusquement et ses prunelles noires sont intenses, brillant d'une flamme de colère mais aussi d'inquiétude. Je le regarde avec surprise. Il semble vraiment énervé, ses lèvres sont pincées.

— Brennan ? murmuré-je.

Il jette un œil sur mon tableau. Je me retourne légèrement pour l'observer également. Je ne me souviens même pas l'avoir commencé. J'étais dans les toilettes et puis…

— Je crois que c'est de l'eau, lui expliqué-je d'une voix basse et incertaine.

Je pousse un petit cri de douleur quand sa poigne se resserre.

— Hey, Vigglioti ! le houspille quelqu'un derrière lui.

Je suis surpris de voir Jack. Étrange…

— C'est bon, McKenzie ? T'es de retour parmi nous ? P'tain ! Je savais que vous, les artistes, viviez dans un autre monde mais merde ! Tu ne m'avais jamais fait flippé comme ça !

Je ne comprends pas très bien ce qu'il me dit, aussi demandé-je à Brennan quelques explications.

— J'en sais rien, maugrée-t-il, les dents serrées. Je viens d'arriver.

Je lance un nouveau regard sur le pion qui me répond :

— J'avais beau t'appeler, tu ne réagissais pas. Tu semblais comme… en transe, peine-t-il à avouer. Tu dessinais avec fureur ce… truc… mais tu étais si calme en même temps. Je crois que tu m'as filé la trouille !

Je m'excuse. Je ne sais ni de quoi ni pourquoi mais j'avais la sensation que c'était ce qu'il y avait à faire. Jack me propose d'aller faire un tour à l'infirmerie mais je refuse. Je propose à Brennan de m'accompagner à mes cours, autant pour rassurer le surveillant que pour mon propre plaisir, mais ce dernier refuse, me relâchant brutalement. Son attitude me déstabilise et je le fixe tout le temps qu'il met à quitter la salle d'art. Jack me rappelle à l'ordre une nouvelle fois et je le suis, ne souhaitant pas faire face à mon tableau.

Dave essaye d'attirer mon attention. Je le vois bien. Je vois ses lèvres hypnotisantes bouger mais je n'entends rien. En fait si, j'entends un fond sonore, comme si ma tête était sous l'eau, mais rien de distinct ne me vient aux oreilles. Alors je l'observe et ne peut m'empêcher de remarquer la ride d'inquiétude qui se forme sur son front, marquant davantage son puissant regard aérien. Comme il est beau mon ange. Comme un noyé, je tends ma main vers lui mais je ne peux rien formuler, ni pour le rassurer ni pour justifier mon attitude. Et cela fait aggraver les choses, je le sens bien. Même Brianna ne parvient pas à le détourner de moi. En temps normal, ça me remplirait de joie. Aujourd'hui, je ne ressens rien. Je gigote légèrement. C'est bien vrai, je n'ai aucune sensation, comme si mon corps ne m'appartenait plus. Denis et Steve apparaissent dans mon champ de vision, juste derrière Dave. Eux aussi parlent, je le sais, je le vois bien, mais je ne les entends pas non plus. Je commence à me sentir mal, comme oppressé, comme étouffé. J'ai envie de le leur dire, de le leur crier, mais rien ne passe. Aucun son ne sort de ma bouche, elle aussi plongée dans des abysses indéfinissables.

Je me sens soudainement secoué et perçois les iris foncés de Brennan. Je ne peux m'empêcher de sourire tout en me demandant d'où est-ce qu'il pouvait bien sortir.

— Attends, Dave, me parvient la voix lointaine de Zaccaria.

Je le perçois également, retenant difficilement un Dave particulièrement en colère, son regard planté dans le dos de Brennan comme une lame meurtrière. Je frissonne, je n'aime pas le voir en colère, ça me fait toujours un peu peur.

— Kieran, m'appelle fermement mon amant.

Je replonge dans ses yeux, devenu soudainement gris. Je me sens comme aspirer, me permettant d'échapper à la torpeur qui m'emprisonnait jusqu'ici.

— Kieran, répète-t-il, avec force alors que Dave tente de l'attraper pour qu'il se détache de moi.

Le son revient peu à peu, du brouhaha sacrément bruyant. Je ressens de drôles de sensations que je ne parviens pas à identifier. Je sais où je suis et qui je suis mais, pourtant, c'est comme si ces informations m'étaient étrangères.

— Kieran, prononce encore une fois Brennan, avec plus de douceur cette fois-ci, et je suis persuadé que ce n'est pas que la troisième fois qu'il m'appelle.

— Bre…nnan, chuchoté-je avec difficulté, ma voix peinant à passer à travers mes cordes vocales.

C'est la poussée de trop et je le bouscule brusquement pour vomir. Un flot de liquide transparent se déverse de moi. Je le regarde avec horreur et me sens vaciller mais ses bras puissants me retiennent.

— Ne t'endors pas, m'ordonne-t-il doucement mais fermement au creux de mon oreille.

Alors je lui obéis et garde les yeux ouverts, l'esprit à l'affût. J'entends Dave crier et je veux le fuir, c'est instinctif. Je déteste le voir en colère.

— Ne fuis pas, reste éveillé, me répète encore une fois Brennan et je décide de lui faire confiance.

Je m'effondre mais reste aux aguets. Mes jambes ne me soutiennent plus et je crois que je le dis à Brennan. Zac vient l'aider à me porter et à deux, ils s'en sortent… surtout avec la force de Zac. Je ne peux pas voir Dave mais je sais qu'il nous suit. Je crois qu'ils se sont engueulés, lui et Brennan, mais je n'ai rien suivi.

On m'assoit soudainement sur la chaise en plastique face au bureau de l'infirmière. Jack est là et lui explique ce qu'il s'est passé. Je l'écoute sans tout comprendre. On décide d'appeler mes parents et me propose de dormir en attendant mais d'une pression, Brennan m'intime de ne pas céder au sommeil. Alors je l'écoute et le supplie de rester avec moi. Il grommelle mais accepte. Je sens Dave derrière moi et lorsqu'il pose ses mains sur mes épaules, je me sens comme électrisé. Je lui jette un bref coup d'œil mais c'est suffisant pour constater qu'il est plus inquiet pour moi qu'en colère contre Brennan. Alors je lui souris.

— Ça va, le rassuré-je mais ma faible voix le convainc du contraire.

— Non, tu ne vas pas bien, me rétorque-t-il en l'occurrence. Bon sang, Kieran ! Qu'est-ce qui t'arrive ?

— Je sais pas, lui réponds-je avec honnêteté.

Je sens l'étrange torpeur s'insinuer sournoisement sous ma peau. Tel un serpent, elle ondule et cherche à m'atteindre. Je la sens, c'est étrange, et ça me fait peur. Je panique. Le souffle me manque, je ne parviens pas bien à respirer. Je n'ai pas besoin de prévenir qui que ce soit, l'infirmière est déjà en train de m'expliquer quoi faire, de ne pas paniquer. Mais elle ne sait pas ce qui se passe. Je ne le sais pas non plus. Je ne peux pas lui expliquer et elle ne peut pas m'aider.

Brennan m'appelle à nouveau et je le cherche du regard. Ses yeux gris et brillants m'observent, m'assurent que tout va bien aller. Je le crois. Je lui fais confiance. D'une légère pression de sa main sur mon torse, il me pousse jusqu'à m'allonger doucement sur le lit de l'infirmerie. Il me suit dans le mouvement et m'embrasse doucement. Ses lèvres ouvrent les miennes et un goût de métal se joint à notre baiser. Une saveur bien plus prononcée qu'hier du sang se mélange à nos salives, je le sais, je le sens, mais ne parviens pas à le repousser.

Soudain, il s'écarte de moi. Ou plutôt, Dave l'a écarté de moi avant de le frapper. Je tente de me relever mais je me sens comme emprisonné dans le matelas. Mon esprit reste éveillé mais mon corps réclame du repos. Zac finit par intervenir et les maintient séparés : malgré sa petite taille, sa grande force a toujours été un atout pour lui. Je le remercie d'une voix faible et les trois hommes se retournent vers moi.

La vague se retire peu à peu, comme abandonnant un combat dont j'ignorais l'existence. Je soupire et prends une profonde inspiration. Je me sens de mieux en mieux au fil des secondes qui passent. Mes cinq sens reviennent brusquement envahir mon corps.

— Je vais mieux, crié-je lorsque la première fois personne ne m'entendit. Ça va mieux les gars, ça suffit, dis-je en me relevant.

J'ai toujours le goût du sang de Brennan dans la bouche mais ça ne me dérange pas plus que ça. Je me sens vraiment mieux.

— Désolé de vous avoir fait peur, poursuis-je. Je me sens mieux.

Brennan donne un dernier coup pour se débarrasser de la prise de Dave tandis que Zac se tient entre les deux hommes afin de les empêcher de se battre à nouveau. Brennan s'approche alors de moi et me fixe intensément de son regard noir. Une ride apparaît sur son front mais avant que je ne lui dise quoi que ce soit, il se relève en disant :

— Rentre chez toi te reposer.

Il me quitte avant même que je n'ai pu acquiescer. Mon champ de vision est soudainement obstrué par le visage fermé de Dave, venu s'agenouiller entre mes jambes. J'essaye de lui sourire tout en répétant que je me sens mieux mais il est trop en colère pour que j'aie le courage d'ajouter quoi que ce soit.

— Dave, dit Zac d'une voix insistante.

— La ferme, Zac !

— Dave, lèves-toi, lui ordonne-t-il mais mon ange ne semble pas disposer à l'écouter.

— Ton père va venir, Kieran, annonce l'infirmière d'un air gêné. Vous feriez mieux de retourner en cours vous autres.

— En tout cas, voilà tes affaires, Kieran ! s'exclame Steve en arrivant aux côtés de Denis. Mec, ça va ? Tu nous as fait flipper !

— Il t'arrive quoi ? renchérit Denis en poussant Dave pour me faire face.

Je lui souris puis les rassure tous les deux. Ils me posent des questions mais l'infirmière finit par tous les chasser, même Jack, afin que je reste au calme le temps que mon père arrive.

Je jette un dernier regard à Dave puis me rallonge et m'endors.

Je suis dans un champ de blé. Je rigole. Quel endroit étrange et si peu familier. J'entends une rivière au loin et déjà, je me sens mieux. Je veux m'y approcher mais la main de Brennan m'en empêche.

— N'y va pas, me souffle-t-il doucement.

Il contemplait l'endroit au loin et se tenait sur ses gardes. Je voulais le rassurer, lui dire que tout va bien ici, je le sentais.

— Non, tout ne va pas bien Kieran.

Je le regarde, surpris. Avais-je parlé à haute voix sans m'en rendre compte ?

Ses yeux se détournent vers moi et il soupire en secouant la tête.

— Il y a quelque chose dans l'eau. Il faut que tu fasses attention.

Je ne le comprends pas.

— Ça ne fait rien si tu ne comprends pas. Pour le moment, écoute-moi : ne t'approche pas de l'eau. Et réveille-toi : ton père est là.

Je me réveille en sursaut en faisant face au regard inquiet de mon père. Je fronce les sourcils en me relevant. Étais-je en train de rêver ?

— Fiston, comment te sens-tu ?

— Bien ? fais-je, incertain.

Enfin, je crois.

Il grogne, ma réponse ne l'ayant pas convaincu. Il se relève et remercie l'infirmière qui me donne l'autorisation de repartir avec mon père. Celui-ci me traite comme une chose fragile, un objet bon à se briser en un instant s'il n'en prend pas bien soin. Bien que je sois capable de marcher seul maintenant, il tient à me tenir le bras et à soutenir mon avancée. Il m'ouvre la porte mais évite de me poser des questions il sait que je répéterai bêtement la même chose, que tout va bien. Parce que c'est ce que je ressens pour le moment. Je vais bien, mon corps et mon esprit sont en paix. J'ai des questions en tête, des choses que je ne comprends pas, et l'envie irrésistible de prendre un bain. Mais je vais bien.

— …quelques tests, entends-je mon père dire.

— Hein ?

Il me regarde, l'air davantage inquiet, mais reste calme alors qu'il me répète :

— Je vais t'emmener à l'hôpital pour faire quelques tests.

— Je vais bien, ronchonné-je d'une petite voix.

— Non, tu ne vas pas bien, Kieran, affirme-t-il d'une voix dure. Ils m'ont dit que tu avais encore vomi. D'abord hier et ensuite aujourd'hui. Désolé fiston mais je vais être forcé d'exercer mon droit parental sur toi et t'imposer l'hosto.

Je lui souris, touché par son attitude. Mon père était d'une douceur à toute épreuve et nous imposait rarement sa façon de vivre, excepté le rocking-chair offert par sa sœur. Il était du genre à discuter avec nous, à nous faire comprendre les choses quand on prenait la mauvaise décision, à essayer de me faire prendre conscience de l'importance de mes études, mais jamais il n'obligeait à quoi que ce soit alors qu'il le pourrait en tant que père, même quand mes sœurs faisaient semblant d'être malades pour sécher le sport. Mon père nous laissait notre autonomie, décrétant que nous étions assez grand pour prendre nos décisions nous-même.

Visiblement, aujourd'hui je ne semblais pas apte à savoir prendre soin de moi-même.

— D'accord, finis-je par dire même si je sais qu'il n'attendait aucun assentiment de ma part.

Nous arrivons à l'hôpital et rapidement mon père explique la situation à l'accueil. On nous fait patienter une bonne demi-heure pendant laquelle l'inquiétude de mon père monte crescendo puis, enfin, un médecin me prend en charge. S'ensuit alors une batterie de tests et autres examens. On m'invite à passer la nuit ici pour faire une prise de sang le lendemain matin et de vérifier que tout va bien. Mon père souhaite rester à mes côtés mais je lui suggère de rentrer surveiller mes petites sœurs, celles de douze ans, qui vont en profiter pour s'amuser toute la soirée dans leur chambre au lieu de se coucher de bonne heure pour les cours, qui vont sûrement commander une pizza vu que maman n'est toujours pas prête à quitter son garage, que Karen rentre tard le mardi soir… J'aurais pu poursuivre les arguments encore un bon moment, un sourire taquin collé aux lèvres, mais il me coupe en plein milieu pour me signaler qu'il avait compris. Mais il promet de prendre un congé le lendemain pour s'occuper de moi. Je lui dis que ce n'est pas nécessaire mais il insiste, aussi le laissé-je faire.

Ce fut une nuit courte, désagréable, et sans rêve. La sensation menaçante n'est pas réapparue mais Brennan non plus. Dommage, rêver de lui m'aurait fait du bien.

On me pique au petit-matin et enfin j'ai droit à un petit-déj'… peu ragoûtant. La matinée passe rapidement : papa est revenu, les résultats des tests sont arrivés et on m'assure que je n'ai rien.

— Ce n'est pas possible, se plaint mon père. Il a vomi ! Deux fois, insiste-t-il.

— Peut-être une indigestion, Mr McKenzie. Vous fils est en parfaite santé, je vous assure.

En sortant de l'hôpital, je ne sais pas si mon père est rassuré ou, au contraire, pas du tout.

— Je vais bien, papa, tenté-je.

Il soupire alors qu'il entrait dans notre rue, tournant le volant au maximum et cherchant d'une main le bipper du garage.

— On n'entre pas dans le garage, je lui rappelle en souriant.

Nous étions probablement la seule famille d'Abraham Street à garer notre voiture devant le garage, et non pas dedans, ma mère ayant depuis toujours réquisitionné la pièce pour son atelier. C'était arrivé quelques fois à mon père d'oublier et de vouloir y faire entrer son gros 4x4.

Il me sourit en retour, me montrant qu'il se détend enfin. Je gagne ma chambre et m'emmitoufle sous mes draps. J'ai un peu froid aussi demandé-je à mon père de m'apporter un plaid lorsqu'il vient me rendre visite. Il me prépare à manger et me suggère de dormir un peu en attendant.

Ce que je fais instantanément.

Je suis seul dans mon rêve. Je vois la baie de Santa Barbara toute proche de moi. Il fait jour, il fait bon, une brise apporte les relents de la mer à mon nez et j'inspire profondément. L'eau m'appelle, comme toujours. Cela fait longtemps que je ne me suis pas baigné. J'en ai besoin, c'est vital, comme le dessin. Je fais un pas, puis un autre, en direction de mon coin favori. Mais plus je m'avance, plus le pont de bois s'éloigne. Une secousse ondule dans l'air et j'y perçois comme une barrière invisible. Je sais que c'est elle qui m'empêche d'atteindre l'eau. Et je sais également que c'est à cause de Brennan si elle est là.

J'ouvre les yeux, le soleil envahit ma chambre. Je me relève doucement. Je ne comprends pas très bien mes propres pensées et ça me donne mal à la tête. Brennan n'est même pas apparu dans mon rêve alors comment pourrait-il être celui qui m'empêche d'aller vers la mer.

« Il y a quelque chose dans l'eau ».

Oui, il me semble l'avoir entendu dire quelque chose comme ça.

Je me secoue la tête. C'est stupide ! Il y a toujours des choses dans l'eau. Mais jamais rien de néfaste. Jamais ! Mes baignades nocturnes me l'ont prouvé : rien ne me menace lorsque je plonge dans la baie. Au contraire, souvent je ressens comme un cocon se coller à ma peau, me protégeant de tout.

En y réfléchissant davantage, cette présence, je l'ai senti hier. Ou avant-hier. Quand était-ce ? Je ne m'en souviens plus mais elle était là, j'en suis sûre…

Alors pourquoi ai-je paniqué ? Pourquoi ai-je eu soudainement peur d'elle ? Elle est censée me protéger quand je nage, pourquoi est-elle venue à moi ? Parce que je ne l'ai pas côtoyé pendant plusieurs jours ?

Je prends une grande et profonde inspiration que je relâche lentement. Même moi je suis capable de comprendre quand je divague un peu trop. J'adore la mer, il n'y a rien à voir de plus. Et Brennan me fait juste bander et, inconsciemment, je l'apporte dans mes rêves.

Je me lève et pars me passer la tête sous le robinet. L'eau me fait tellement de bien que je décide de prendre une longue douche qui s'avère fortement agréable. Je me sens nettement mieux en sortant, l'esprit tranquille, libéré. Je me dirige vers la cuisine et mange avec appétit la soupe aux champignons préparée par mon père. J'y ajoute des croûtons et finis par une cracotte avec du camembert français. Je décide ensuite de rejoindre ma mère dans le garage et l'aide à réaliser une œuvre ou deux. Je passe ma journée du lendemain avec elle avant de retourner enfin en cours.

Dans le bus scolaire, mes amis m'accueillent avec soulagement : me voir aller mieux leur fait plaisir. Dave reste distant par contre. Il est contrarié. Pourquoi ? Je n'ai pas le temps de discuter avec lui qu'il s'en va rapidement. Zac me prend alors à part.

— Kieran ?

— Oui ?

Il semble un peu gêné mais je l'invite à s'exprimer.

— Tu te… euh… tu te souviens quand tu étais à l'infirmerie ?

— L'infirmerie ? répété-je stupidement.

— Avec Brennan, précise-t-il en me fixant intensément du regard.

Oui, bien sûr que je me souviens de Brennan. C'est comme s'il m'avait réveillé de mon état, comme s'il avait chassé la présence. Parce qu'il m'a embrassé.

Je réalise soudainement et jure peu gracieusement. Brennan m'a embrassé devant Dave. Mon cœur se sert, j'ai très mal.

— Je le dégoûte, ne puis-je m'empêcher de me plaindre. C'est pour ça qu'il s'est montré si froid.

Ma gorge se serre, mes larmes menacent de déborder.

— Mais non, Kieran, ça va aller, me console Zac tout en me caressant le dos.

— Pas la peine d'essayer de me consoler, le repoussé-je sans brusquerie. Je ne suis pas stupide. Je comprends bien, tu sais.

Ma vision se brouille légèrement alors que j'essaye de le convaincre d'un regard. Mon estomac se tord, mes joues se mouillent. Je me frotte brutalement les yeux tout en soupirant, reprenant le contrôle de moi-même.

— Tu peux lui dire que je suis désolé ?

— Non, fait-il d'un ton catégorique. Je ne vais pas jouer les messagers pour vous deux. Laisse-le respirer, attends un peu et ensuite va lui parler. Merde Kieran ! T'es notre ami ! Et tu veux que je te dise ? À mon avis, il est bien moins en colère à cause de ton homosexualité qu'à cause de ton choix désastreux en matière d'homme, me rassure-t-il d'un hochement de tête.

Sa dérision me tire un sourire et je le remercie.

On se dirige en silence vers nos casiers, prenant avec nous nos affaires pour les premières heures. Les couloirs s'emplissent peu à peu des élèves, formant une masse bruyante autour de nous.

— D'ailleurs, tu n'as pas de nouvelles de ton mec ?

— Quoi ? dis-je en fronçant les sourcils.

— Il n'est pas venu ces derniers jours, m'apprend-il. Tu n'en savais rien ?

— Non, réponds-je. Entre l'hosto et chez moi, je ne l'ai pas vu.

— Et il n'est pas venu te voir ? maugrée-t-il en claquant brusquement la porte de son casier. Et c'est ton mec ?

Lui aussi est contrarié à présent.

— Je ne sais pas, lui avoué-je.

— Ah.

— Oui, c'est compliqué, ris-je légèrement, tentant de détendre l'atmosphère.

On s'avance vers mon propre casier et j'ai à peine le temps de sortir mon bouquin de cours que la sonnerie résonne dans le bahut. Zac me fait un signe de la main et se dirige vers sa classe, tandis que moi vers la mienne. Les élèves se bousculent pour se dépêcher, je m'écarte sur le côté pour ne pas être emporté. Je suis sur le point d'entrer en cours lorsque j'aperçois un des cousins de Brennan. Sans m'en rendre compte, je l'interpelle et l'aborde :

— Salut, Brennan est là aujourd'hui ?

Il me toise mais semble s'accorder à me répondre.

— Non, il est plongé dans ses recherches.

— Des recherches ? Que fait-il ?

Il m'observe comme si j'avais dit une énorme connerie puis hausse finalement des épaules.

— T'auras qu'à lui demander.

Sans rien ajouter, il m'abandonne sur place.