Elle s'approcha de moi. Sa démarche, fluide, presque féline, me fascinait toujours autant. Ses yeux, qui avaient cette couleur vert-gris que j'affectionnais tant, s'illuminèrent brièvement, devenant dorés l'espace d'une seconde.

Quoiqu'il se passe dans sa tête, ça influait sur le loup en elle. Inquiet, je reculai, souhaitant mettre une distance de sécurité entre un être potentiellement mortellement dangereux et moi. Mon dos heurta le mur derrière moi, et je sentis mon pouls s'emballer lorsqu'elle continua d'approcher, à pas lents cette fois.

Je ne savais pas si mon cœur s'emballait parce que j'avais peur ou parce qu'une partie de mon esprit me hurlait qu'elle allait m'embrasser. Je secouai la tête.

Depuis quand les loups-garous comme elle tombaient amoureux de simples humains comme moi ?

Cependant, elle continua de s'avancer, tout doucement et, bientôt, elle se retrouva à quelques centimètres de moi. La lumière de la lune passa par la fenêtre de ma chambre ouverte, par où elle était entrée, et éclaira son visage de profil, mettant en valeur un creux au milieu de sa lèvre inférieure, juste en face de mes propres lèvres.

Curieusement, mes yeux semblaient ne plus vouloir se détacher de ce petit creux. Je me forçai cependant et rencontrai son regard rendu gris par l'astre nocturne.

Son souffle chatouilla mon menton.

« Je ne vais pas te faire de mal. »

La blague.

Comme si c'était ce qui tournait dans mon esprit en ce moment.

« Je n'ai pas peur. »

Mon murmure est tremblotant. Mon dieu, on dirait que je viens de courir un marathon. Pourquoi est-ce que je ne peux pas m'empêcher de trembler, hein ?

Ses yeux brillent de scepticisme. J'inspire et, affermissant mon ton et mes yeux, j'ajoutai :

« Vraiment pas. Je veux dire, ce n'est pas pour ça que tu entends mon cœur danser la samba, okay ? Je-n'ai-pas-peur-de-toi. »

Elle sonda mes yeux des siens pendant une micro seconde, puis un petit sourire joua sur ses lèvres.

« D'accord. Tu n'as pas peur. ( Je secouai très légèrement la tête. Elle pencha la sienne, me dévisagea un instant, et je ne pus m'empêcher de remarquer que ses yeux restèrent accrochés une seconde de trop sur mes lèvres. Elle replongea ses iris dans les miens. ) Tu m'expliques pourquoi ton cœur, je cite, ''danse la samba'' ? »

Je me mordis la lèvre. Elle était décidément trop proche de moi. Son odeur, qui me rappelait l'odeur des pins, commençait à me chatouiller les narines et ça ne m'aidait vraiment pas à réfléchir. Je cherchai malgré tout quelque chose à dire, n'importe quoi.

Malheureusement pour moi, mon cerveau semblait avoir mis sur pilote automatique, ce qui impliquait « honnêteté totale », et ça n'était pas bon pour moi.
Pourquoi je dis ça ? Parce qu'avant d'avoir trouvé quoi que ce soit à dire, je répondis :

« Parce que tu es trop proche de moi pour ma santé mentale. »

J'ouvris de grands yeux immédiatement après avoir entendu ma phrase. J'avais l'impression désagréable que ç'avait été un autre qui avait parlé à ma place, et je n'avais pas envie de dire ça. Elle allait me poser des questions.

L'avantage de cette situation fut que je recouvrai mes capacités mentales, aussi pus-je dire :

« J-je ne voulais pas dire ça. »

Elle haussa un sourcil sceptique.

« Tu ne contrôles pas ta voix ? »

« Je… si mais… ( Je me mordis à nouveau la lèvre et laissai échapper un soupire de frustration. ) Mon cerveau a mis sur pilote automatique pendant un moment. »

Elle eut à nouveau un petit sourire en coin.

« Alors c'est vrai ? Je ne suis pas bonne pour ta santé mentale ? »

Je plongeai mon regard dans le sien et répondis :

« Honnêtement ? »

« Oui. »

« Non. »

Elle rit.

« Mais encore ? »

Je détournai le regard avec un soupir.

« Écoute, je vais pas t'apprendre la vie, non ? ( Je secouai la tête. ) Je ne sais pas ce que tu vas faire, là, maintenant, tout de suite. Alors… mon esprit s'emballe. Et mon cœur suit le mouvement. Okay ? »

Elle inclina à nouveau la tête et fronça les sourcils, visiblement contrariée.

« Je t'ai dit que je ne te ferai pas de mal. »

« Je sais ! Et je te l'ai dit, je n'ai pas peur de toi. Je ne… ce n'est… ( Je rougis et gardai le regard obstinément baissé. ) Je ne… je ne parlais pas d'actions violentes. »

Bien que je ne puisse plus voir son visage, son ton m'indiqua qu'elle était encore plus confuse qu'avant.

« Jasp… Je ne comprends pas ce que tu veux dire. »

Je soupirai, excédé et levai les yeux au ciel en disant -bien trop fort- :

« C'est juste que – cette situation et tout – c'est juste trop cliché – et… et je ne sais pas pourquoi tu t'es approchée comme ça, si c'est juste pour… je ne sais quelle raison, ou si c'est parce que tu veux... »

Je m'interrompis brusquement et me tus, honteux, les joues brûlantes et le regard fixé sur le plancher.

« Si je veux… quoi ? »

« M'embrasser », répondis-je dans un souffle, mortifié.

Elle allait rire. Éclater d'un grand rire moqueur, me taquiner, reculer, et ce serait fini. Elle cataloguerait l'événement, parce que pour elle ce n'était rien, alors que j'allais devoir faire face à tout un tas d'émotions confuses pendant très longtemps.

Elle allait rire. Rire gentiment, reculer, me taquiner et ne rien dire de plus, parce qu'elle était trop fine pour se moquer de mes sentiments. Elle n'en parlerait à personne, et ça serait fini.

Elle allait rire. Puis reculer, soupirer, et partir. Et ça ne serait pas fini, parce que je serais complètement confus.

Mais, contrairement à ce que je pensais, elle ne se mit pas à rire. Au contraire, elle resta parfaitement sérieuse.

« Et si je le faisais ? »

Stupéfait, je relevai brusquement ma tête, manquant de lui donner un coup dans le nez au passage – elle recula vivement son visage pour éviter la collision.

Je fixai ses yeux.

« Hein ? »

Elle retint un sourire, je le vis bien.

« Si je t'embrassais. »

« Non, oui, j'avais compris cette partie, mais tu – je veux dire, qu'est-ce que tu – attends, tu veux m'embrasser ? »

Ses yeux devinrent impénétrables et elle parut sur la défense.

« Je n'ai pas dit ça. ( Je dus faire une drôle de tête car elle dit : ) Je voulais juste dire… si -si- je le faisais, qu'est-ce qui se passerait ? »

Ma gorge devint soudain très sèche et je forçai un petit rire à franchir mes lèvres.

« Pas mal de choses. »

« Du genre ? »

Oulah. Qu'est-ce que je pouvais lui dire ?

« Euh… du genre, mon cerveau prendrait des vacances pour de bon. »

Elle eut un petit rire.

« Non, je voulais dire : du genre, de bonnes choses ou… de mauvaises choses ? »

Elle avait l'air terriblement sérieuse, comme si c'était la chose la plus importante de sa vie. Je m'empourprai – encore – et détournai le regard.

« Ça dépend du point de vue… »

« Jasp'. J'essaie d'être sérieuse, là. »

Je soupirai, puis abdiquai et, dans un murmure, à peine assez fort pour que je l'entende moi-même, je lâchai :

« Plutôt bonnes, je suppose. »

Il y eut un instant de flottement.

Puis :

« Jasper. »

Ma gorge était atrocement sèche.

« Ouais ? » croassai-je.

« Tu es sérieux ? »

Je fronçai les sourcils et, malgré ma gêne immense, je levai les yeux pour rencontrer son regard.

« Pardon ? » soufflai-je.

Elle avait les sourcils légèrement froncés, clignait trop souvent des yeux et sa cage thoracique se soulevait plus rapidement que d'habitude.

Elle était visiblement troublée. Elle déglutit – mes yeux suivirent le mouvement de sa gorge qui monta puis redescendit – et murmura :

« Tu… ne me repousserais pas ? »

Ce fut à mon tour d'être confus.

« Hein ? Non ! ( Je me rendis compte de ce que je venais de dire et mon visage brûla. ) Je veux dire – pourquoi je te repousserais ? »

Ses joues rosirent légèrement.

« Parce que – à cause de ce que je suis. »

« Un loup-garou super badass ? »

Elle fit « hm » en hochant la tête. Je levai les yeux au ciel.

« Sérieusement ? El', tu es, genre, la fille qui sauve le plus de vies par ici. En comparaison, je suis un monstre. Et puis, être un loup-garou, c'est la classe. Au moins, tu es spéciale. »

Elle leva les yeux et les planta dans les miens.

« Toi aussi, tu es spécial. »

J'eus un petit rire amer.

« Ouais, bien sûr. »

Elle se tut un instant, puis ses yeux brillèrent de détermination.

« Tu es spécial pour moi », dit-elle, et elle pressa ses lèvres contre les miennes.

Ouais, je sais, d'habitude c'est les mecs qui embrassent les filles. Mais j'allais pas faire le difficile.

Pendant quelques secondes, mon cerveau était vide. Mais genre, vraiment vide. Je ne pouvais pas bouger, mon esprit était carrément bloqué sur le fait que putain, elle était en train de m'embrasser.

Je sortis de ma léthargie quand elle commença à se reculer. Ce fut plutôt brusque : je sursautai comme si on m'avait piqué, je me redressai et attrapai sa nuque pour l'embrasser à mon tour.
Non mais.

Sans que je sache vraiment pourquoi - quoique je me doute que mes sentiments avaient quelque chose à faire là-dedans - l'embrasser me parut la chose la plus facile et la plus agréable au monde. Sérieusement.

Pourtant, ce n'était pas comme si on était super expérimentés, ou quoi. Mais, simplement, c'était comme si nos lèvres se complétaient.
Sans blague !

Elle passa ses bras autour de ma taille et posa ses mains fermées en poings dans mon dos, et elle m'attira plus près d'elle.

Je tressaillis subrepticement lorsque sa langue effleura la mienne - ne vous moquez pas, oh, c'était quand même mon premier baiser, merde - et notre baiser devint soudain plus... intense. Je retins un gémissement déçu lorsqu'elle s'éloigna de moi, mais mes poumons se rappelèrent soudain qu'il était utile de respirer.

J'inspirai donc un grand coup, remarquai que mon coeur battait de manière complètement désordonnée - poum, poum, poumpoumpoum - et que les yeux de Hayden avaient de nouveau leur couleur dorée.

J'adorais la couleur de ses yeux de loup-garou, même si elle n'aimait pas. Je souris, incertain, et elle eut elle aussi un petit sourire. Je réfléchis à quelque chose à dire, mais la seule chose qui sortit fut :

"Waw."

Et cela la fit rire, brisant la tension qui s'était vaguement installée entre nous. Elle sembla sur le point de dire quelque chose, mais elle était trop belle et j'avais juste envie de l'embrasser à nouveau, alors je le fis.

Je crois que je ne pourrais plus m'en passer.

Contre mes lèvres, je la sentis sourire.

FIN.


Voilà, c'était mon premier OS - et même le premier texte que j'aie jamais fini.

Bref, j'espère qu'il vous a plu.

Jasper et Hayden sont mes personnages.