Poèmes destinés au printemps des poètes 2015 sur le thème de l'insurrection.

22/02/15

On m'a dit de prier pour qu'un jour vienne notre tour. On m'a dit de continuer à espérer, que le soleil inondera notre jour. Mais la roue de notre destinée demeure enraillée, figée dans une lèpre écarlate que nous avons nous-même provoqué par une pluie salée.

Nous sommes les retardataires, on nous a laissés sur le quai avec juste ce signe de main et ce sourire bonimenteur. Notre siècle se trace sans nous laisser le temps de refaire surface.

Alors j'ai arrêté de joindre mes mains et de rester spectateur. J'ai arraché la plume des mains rouillées des pantins aux visages aimables et je l'ai plantée dans ma chair. Le sang a jailli dans un épais sanglot et a esquissé autour de moi une rosace macabre. J'ai hurlé comme un loup plein de gloire alors que mes doigts luttaient contre leur gangue de givre. Dans un sursaut de violence, je me suis lancé sans prendre garde aux prieurs agenouillés, j'ai jeté sur le papier les insultes de ma Révolution.

Oh oui, je suis poète, mais je refuse d'être maudit. Si je déplais au destin, il peut venir à ma porte. Mais une insurrection ne s'arrête jamais. S'il souhaite se battre contre moi, contre nous, je lui souhaite bien du courage.

10/03/15

J'ai cette porte dans l'âme. Elle donne sur une pièce où se tenait à genoux ce double de plomb aux mains jointes. De lourdes chaînes les emprisonnaient et maintenaient ses doigts entrelacés.

Aide-moi, quémandaient ses yeux, j'étouffe ici. Mais ma respiration était figée dans ma poitrine et mes membres ressentaient le toucher glacé des entraves. Qui est emprisonné dans cette salle sombre et lugubre ? Est-ce toi ou moi ? Dans ce pays aux libertés prometteuses, qui est donc cette personne qu'on a agenouillé d'une balle dans le front ? Lève-toi. Pourquoi prier ? Rester spectateur ne t'apportera rien. Rompt tes chaînes, rompt ce cycle, rompt cette gangue de glace. Tu ne souhaites pas demeurer dans cette pièce, n'est-ce pas ?

Alors lève-toi, personne ne te tendra la main car ce monde est mort est mort dans son propre souffle avant même de naître. Lève-toi, marche et vis. Car seuls les vivants ont leur place ici, seuls les vivants peuvent lutter pour, ainsi, créer le monde.

Marine Lafontaine