Genre : MxM (romance entre deux hommes !) – Médiéval fantastique, aventure, drame, romance

Avertissement : /!\ Cette fiction risque de contenir des scènes sexuelles explicites et des scènes violentes. Elle est donc réservée à un public averti !

Résumé : Il croyait être simple fils de forgeron, mais un jour, Gaël découvre qu'un destin bien plus grand l'attend. Seulement, ce destin, il ne l'a pas choisi. Et alors que lui sont révélés peu à peu ses origines et le destin attaché à sa naissance, le jeune homme va devoir affronter des épreuves dont il n'est pas sûr de pouvoir se relever. Aura-t-il la force nécessaire de sauver son royaume de la tyrannie et d'accomplir la volonté imposée par les dieux ?

Nda : Voilà enfin le prologue de ma première fiction originale. Je ne vous cache pas qu'il m'a donné un peu de mal, pas satisfaite de la manière dont il avait été écrit. Il y a sans doute encore des défauts mais je compte sur vous pour me les signaler si vous en voyez. J'espère toutefois que ce premier chapitre vous plaira et qu'il vous donnera l'envie de suivre cette histoire.

Cette histoire, son univers, ses personnages m'appartiennent intégralement ! Prière de ne pas la plagier, merci !

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Le Porteur d'étoile

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Livre I

Le destin du Porteur d'étoile

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Prologue

La pluie s'abattait avec force, recouvrant la nature d'un rideau opaque qui paraissait infranchissable. Pourtant, à travers lui, un petit être affolé le perçait de toutes ses forces.

Le souffle coupé, le cœur battant et les pieds nus collant sur le sol boueux, un jeune garçon trébuchait pour se hisser à nouveau sur ses petites jambes. Il fuyait, courant à perdre haleine. Aveuglé par l'eau qui s'écoulait devant ses yeux et par la nuit qui l'enfermait dans un étau de terreur, il se dirigeait tout droit vers la forêt, dans l'espoir de s'y mettre à l'abri. Les trombes d'eau fouettaient impitoyablement son visage et rendait sa progression difficile. Il avait peur, il avait froid, et une profonde douleur meurtrissait son cœur. L'enfant aurait voulu cesser de fuir et se laisser emporter par les pluies diluviennes, mais il voulait aussi échapper à ses poursuivants, et seule la forêt pouvait lui offrir un semblant de refuge. Loin devant lui pourtant, les formes fantomatiques des géants sylvestres semblaient vouloir le happer de leurs griffes crochues. Mais les silhouettes menaçantes n'étaient en rien comparables à l'angoisse qu'il ressentait à l'idée de se faire capturer par les hommes responsables de son malheur. Il les avait vus à l'œuvre. Il savait de quoi ils étaient capables. Leur souvenir était tellement vivace que l'enfant en oubliait les histoires terrifiantes des contes de fées peuplés de monstres et d'esprits malins. La réalité était bien plus terrifiante et il venait d'en faire l'amère expérience.

Tout s'assombrissait autour de lui. Il voyait à peine le chemin boueux qui s'ouvrait devant lui. Il y mit toute sa hargne, pourtant ses petites jambes ne lui permettaient pas de grandes foulées, et ses pieds endoloris et meurtris par leur course folle s'enfonçaient dans la boue, glissaient et se tordaient, l'épuisant à mesure qu'il avançait.

— Mère, Père, gémit-il en se retenant de ne pas s'effondrer.

La pluie ne cessait de s'intensifier comme si les dieux eux-mêmes s'acharnaient à le ralentir. Désormais, il ne voyait plus le chemin qui menait à la forêt, se mêlant aux flots du ruisseau sorti de son lit et inondant le paysage alentour.

Soudain, il revit leurs visages, d'abord souriants, puis déformés par la peur l'instant d'après…

Ce soir, sa vie avait brutalement basculé dans l'horreur, alors qu'il était si heureux, bercé par la douceur de l'enfance, une seule seconde avait suffi pour tout faire disparaître, ne laissant que le vide et la douleur comme seuls compagnons. Des flashs de cette terrible nuit ne cessaient de lui matraquer la mémoire impitoyablement, redoublant ses sanglots qui coulaient sans discontinuer depuis sa fuite. Il avait tout perdu, absolument tout. Ses parents, son foyer, son enfance…

Quelques dizaines de minutes plus tôt à peine, la vie de cet enfant était tout autre. Sa mère aimante lui contait une histoire au coin du feu comme chaque soir, le blottissant contre son cœur, tandis que son père, assis sur sa chaise à bascule en face d'eux, fumait sa pipe dont s'échappait cette odeur boisée que son fils aimait tant. L'enfant aimait plus que tout les soirées au coin du feu avec ses parents, seul moment où il pouvait les avoir rien que pour lui, égoïstement, et où ces derniers lui montraient combien leur petit garçon était ce qui avait de plus cher à leurs yeux. Oui il chérissait ces moments plus que tout… Mais désormais, tout était terminé, comme ça, d'un claquement de doigt. Comme si la vie ne valait pas mieux qu'une brindille qui s'envole au premier coup de vent. Il était seul, désespérément seul. Parce que cet instant si doux, si sucré au goût de miel, s'était brutalement rompu pour laisser place au chaos, aux cris et aux larmes.

Le garçon trébucha et tomba sur les genoux. Il sentit une douleur fulgurante remonter le long de sa cuisse, mais même celle-ci n'était en rien comparable à celle de son cœur tordu de souffrance. Il avait envie de hurler mais les sons étaient bloqués dans sa gorge nouée par les sanglots. Il frappa le sol de son petit poing avant de se redresser difficilement sur ses pieds. Il ne portait pas de bottes et ses chausses, réservées à l'intérieur de la maison, étaient détrempées et gorgées d'eau.

Tout était la faute de ces hommes ! Ces hommes qui portaient les insignes royaux… Lourdement armés, comme si lui et sa famille constituaient une quelconque menace pour la sécurité du roi, ils avaient pénétré dans leur cocon de sécurité, sans sommation, en faisant voler la porte, puis s'étaient rués sur eux sans leur offrir la moindre explication.

Son père avait tenté de défendre son épouse et son fils, mais il se fit égorger par ces soldats sans foi ni loi. L'enfant s'était figé, choqué par la scène. Il n'avait pas quitté des yeux le liquide rouge et épais, qui s'échappait de la plaie béante de cet homme qu'il aimait tant et qu'il respectait. Incapable de détourner le regard, il avait vu la vie disparaître brutalement du corps de son père. Sa mère avait réussi à le tirer contre elle, le serrant dans ses bras dans lesquels le garçon s'était blotti en sanglotant. Mais on l'y avait aussitôt arraché.

« Mère ! » avait-il hurlé.

Il se souvint du visage terrorisé de sa tendre maman et puis tout s'était accéléré. Transformant sa vie paisible et heureuse en un amas de terreur.

Les larmes de l'enfant redoublèrent d'intensité au moment de revivre, malgré lui, ce cauchemar en boucle, encore et encore. « Epargnez-le ! Ce n'est qu'un enfant, je vous en supplie ! » Ses mots résonnaient encore dans sa tête, inlassablement. A ce moment-là, sa mère était maintenue au sol par ce soldat au sourire carnassier. Il ne se souvenait plus de son visage mais son sourire lui faisait encore froid dans le dos. Les hurlements de sa mère ne semblaient pas émouvoir le moins du monde son bourreau qui continuait à la malmener en fouillant sous ses jupons. Que lui faisait-il ? Pourquoi sa mère si douce pleurait-elle autant ? L'enfant qu'il était, ne comprenait pas ce qu'elle subissait, mais ce dont il était sûr, c'est qu'elle souffrait. Elle avait plongé une dernière fois son regard mouillé dans le sien, jamais il ne l'avait vu dans cet état de désespoir, mais au fond de ses prunelles noisette, il y avait vu cette minuscule lueur qui avait donnée au jeune garçon, assez de force et de courage pour s'enfuir. Il avait juste eu le temps d'entendre « Va-t'en et ne te retourne pas ! Vis mon chéri ! », un dernier « je t'aime », puis un hurlement avait déchiré la nuit. Ce fut la dernière image qu'il eût de sa mère…

— Pourquoi ?! pleurait-il.

Le jeune garçon chancela une fois de plus mais cette fois, il réussit par un quelconque miracle, à ne pas s'échouer sur le sol détrempé. Pourtant il était à bout, ses muscles le faisaient souffrir et son souffle se tarissait mais il tenait bon. Comment, il ne le savait pas. L'énergie du désespoir sans doute.

Il aurait voulu tout oublier, comme un mauvais rêve que l'on chasse de la main, le matin au réveil. Mais cette fois-ci, il ne dormait pas. Cette fois-ci, le cauchemar était on ne peut plus réel et le plongeait dans l'ombre noire de l'abîme. Et désormais, aucun bras réconfortants ne serait là pour apaiser ses craintes…

Quand il s'était enfui de sa propre maison, son village, la veille encore si plein de vie, était désormais en proie aux flammes. Les quelques habitants à l'extérieur se faisaient massacrer les uns après les autres. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tous y passaient, sans distinction. Le garçon les entendait crier alors que lui essayait d'échapper à la mort. Il aurait voulu les aider mais il avait si peur qu'il n'avait pensé qu'à sauver sa propre vie. Etait-il un mauvais garçon ?

Face à ces images abominables, la peur au ventre, il s'était précipité dans la grange à quelques pas de sa maison pour y récupérer son précieux trésor qu'il avait serré tout contre son cœur, avant de se diriger vers la forêt. C'est à ce moment-là qu'avait débuté sa course folle.

Pourquoi ces soldats s'en étaient-ils pris à eux ? Pour quelle raison avaient-ils tué ses parents et tous les villageois ? Qu'avaient-ils bien pu faire de mal pour mettre ainsi les dieux en colère ?

Un homme derrière lui avait tenté de l'arrêter, mais comme le lui avait demandé sa mère, l'enfant ne s'était pas retourné, malgré la peur qui lui tenaillait les entrailles, et l'homme avait fini par le laisser partir. Du moins l'espérait-il. Mais peut-être avait-il appelé des renforts ? Et s'il était poursuivi par une horde de soldats enragés ?

Essoufflé, il essaya de chasser les angoisses qui l'envahissaient, menaçant de le rendre fou. Il se concentra plutôt vers son but, loin devant lui.

Au terme d'une course folle, ses pas le menèrent enfin à l'orée de la forêt dans laquelle il aimait tant se promener lors des jours ensoleillés, y savourant la fraîcheur ombragée, le parfum de l'humus et admirant la nature enjouée et généreuse. Mais désormais, elle était plus terrifiante que jamais, comme une gueule béante, elle semblait vouloir le dévorer vivant. Le petit garçon n'avait jamais eu si peur de toute sa vie, mais surtout il n'avait jamais eu si mal… Les branches s'étendaient vers lui comme des bras désarticulés et menaçants, terminés par des griffes crochues et acérées. Son cœur tambourinant réussissait presque à masquer le tonnerre et les torrents d'eau qui se déversaient sur la terre. Tout ce bruit lui donnait le tournis en plus du reste. Ses forces l'abandonnaient, il le sentait.

Finalement, le poids de son chagrin associé à l'épuisement eut raison de lui. L'enfant buta contre un obstacle, une racine sans doute, mais cette fois-ci, il ne put retenir sa chute, s'écroulant face contre terre sur un tapis de feuilles mortes ruisselantes. Il pleura tout son soûl, souhaitant que la douleur et le chagrin s'en aillent définitivement. Il avait froid et voulait dormir. Les monstres sanguinaires et les dragons pouvaient bien le dévorer, il ne voulait plus lutter, il voulait simplement s'endormir et oublier…

Epuisé, l'enfant ferma ses paupières gonflées de larmes. Il laissa les torrents d'eau l'assommer avant de sombrer dans les ténèbres. Sa petite main, elle, n'avait toujours pas lâché l'épée finement ciselée, qu'elle tenait encore fermement dans son poing.

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Un homme d'âge mûr dirigeait son cheval qui traînait derrière lui une petite roulotte. Cela faisait des semaines que le marchand n'était pas rentré dans la région. Jamais encore, Théobald n'avait eu à s'absenter si longtemps. Mais cette vieille sorcière avait insisté lourdement, prétextant un cas d'extrême urgence. Malgré sa rancœur vis-à-vis de la femme au visage sillonné de rides mais à l'âge indéterminé, il était forcé de reconnaître que ses informations plus qu'inquiétantes n'étaient pas anodines et devaient être prises avec sérieux.

« Les ténèbres enveloppent le destin du Porteur d'étoile… Veille sur lui ou le royaume ira à sa perte ! » avait-elle craché.

Il devait maintenant retourner auprès de son protégé, et continuer à veiller sur lui, comme il l'avait toujours fait, tout en prenant en compte l'épée de Damoclès qui le menaçait au-dessus de sa tête. Théobald devait absolument éviter que la prophétie ne se réalise. Cette fois, il devrait se montrer plus vigilant que jamais et redoubler d'efforts pour protéger l'enfant. Il n'avait pas fait tous ces sacrifices en vain, et puis surtout, il s'était attaché au petit. Il lui rappelait tellement Guillaume…

Il entendit tonner et se mit à regarder le ciel menaçant au-dessus de sa tête. Théobald hâta le pas pour arriver avant la pluie mais déjà quelques gouttes commencèrent à tomber.

Alors qu'il s'approchait du village, une odeur de brûlé agressa ses narines et son cheval de plus en plus agité, lui fit craindre le pire. Il arrêta brusquement l'animal lorsque les premières habitations apparurent devant lui. Ou ce qu'il en restait, puisqu'un incendie ravageait tout sur son passage. Théobald sauta d'un mouvement leste à pieds joints sur le sol et se précipita dans le village, la main sur la garde de son épée accrochée à son flanc.

« Gaël... ! »

La peur au ventre, il traversa les habitations enflammées en direction de la maison qui l'intéressait à l'autre bout de la petite bourgade. Peu importait qu'il reste des survivants ailleurs, il devait pour le moment, vérifier que lui était bien en vie. Gaël passait avant tout le reste. Mais quand Théobald atteignit son but, ses pires craintes se matérialisèrent juste devant lui. La petite maison en torchis, modeste mais toujours richement fleurie, n'était plus qu'une torche brûlante éclairant la nuit. Il se précipita à l'intérieur mais ne put que constater qu'il arrivait déjà trop tard : deux masses informes et gisant sur le sol flambaient au milieu d'une vaste flaque de sang. Pris d'un haut le cœur, Théobald dut se recouvrir le visage d'un mouchoir. Mais malgré son affection pour le pauvre couple injustement sacrifié, son esprit se recentra sur son unique objectif.

— Gaël ! hurla-t-il.

Le garçon ne semblait nulle part. Peut-être s'était-il réfugié dans la grange ? Théobald ressortit de la maison en expulsant la fumée qui avait pénétrée ses poumons, puis une fois qu'il eût repris contenance, il se précipita vers la construction en bois, elle aussi en proie aux flammes. Il savait que Gaël aimait y passer du temps pour admirer le travail d'orfèvre de son père. L'homme se jeta au travers du mur de flammes qui ne mirent pas longtemps à lui lécher la peau. La chaleur suffocante et l'épaisse fumée mirent à mal la progression de Théobald mais pas sa volonté. Il devait le retrouver, coûte que coûte, il en allait de l'avenir du royaume, il en allait de sa promesse. Et puis surtout, c'était Gaël, tout simplement Gaël et il ne voulait pas le perdre.

Tout brûlait autour de lui mais aucune trace du garçon à l'horizon.

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Après des heures de recherches infructueuses, Théobald dut se rendre à l'évidence. Soit Gaël avait péri et son corps disparu dans les flammes, soit il avait survécu, mais l'enfant, terrorisé, se terrait quelque part. Mais où ?

— Pourvu qu'il ait réussi à s'enfuir !

Entre temps, l'incendie s'était quasiment éteint grâce au torrent de pluie qui s'abattait maintenant sur la région. Seules les épaisses volutes de fumée témoignaient de l'ampleur du désastre. Pendant ses recherches, le marchand n'avait retrouvé aucun survivant, et le peu qu'il restait du village, montrait la cruauté de leurs bourreaux. Si Gaël avait été témoin de la mort de ses parents, il était sans nul doute traumatisé. Aucun enfant ne devrait vivre pareille horreur, ragea-t-il.

Pris d'une nouvelle résolution, Théobald se remit en route, en s'efforçant de s'imaginer à la place d'un petit garçon, seul et terrifié, recherchant un refuge où s'abriter. Face à lui, la silhouette sombre de la forêt lui parut le seul abri possible. Avec ses petites jambes, Gaël n'aurait pas pu se réfugier bien loin, le pauvre enfant…

Après d'interminables minutes passées sur le chemin en essayant de ne pas embourber les roues de son charriot, le marchand laissa finalement son cheval dans une clairière. Désormais, ses recherches se feraient à pieds. Il jeta un œil au ciel avec dépit. La nuit était maintenant tombée et les nuages qui emplissaient le ciel la rendaient plus noire que jamais. Il avait beau connaître cette forêt par cœur pour y avoir chevauché et chassé pendant des heures, de nuit et sous la pluie, tous ses repaires disparaissaient. Avant de se mettre en route, il essaya de percevoir la trace du petit dans l'épaisse végétation. Malgré la lampe qu'il avait prise avec lui, la tombée de la nuit associée à la pluie torrentielle ne lui permettait pas d'y voir grand-chose. De plus, les empreintes que Gaël aurait pu laisser, avaient sans doute disparues depuis longtemps, ne faisant que ralentir ses recherches. Les dieux semblaient s'être mis d'accord pour ne pas lui faciliter la tâche… Théobald craignait de ne pas le retrouver à temps. Qui sait ce qui pouvait arriver à un enfant de sept ans, perdu en pleine forêt, le corps détrempé, et à la merci des bêtes sauvages ? Non, il fallait absolument qu'il le retrouve, mais il n'y voyait rien dans cette nuit sans lunes. Pourtant, il poursuivit ses recherches vaille que vaille, tout en priant les cieux de protéger Gaël jusqu'à ce qu'il le retrouve.

La pluie finit enfin par cesser, laissant un paysage désolé et inondé par les eaux. Mais les nuages cachaient désespérément les deux astres.

— Gaël ! appela Théobald le cœur lourd.

L'écho qui s'en suivit fut tel, qu'il dut se concentrer pour entendre à nouveau les bruits environnants. Un instant, il se figea, croyant détecter un gémissement lointain. Théobald essaya d'en trouver la provenance mais son cœur battant l'empêchait de se concentrer. Devant lui, un animal fila entre ses jambes en poussant un cri de terreur. Sans doute était-il poursuivi par un prédateur. Plus loin, le hululement d'une chouette le fit sursauter. Il s'obligea à se reprendre avant de finir par perdre la tête totalement.

— Pourvu qu'il aille bien, marmonna-t-il, sentant la fatigue et la lassitude le gagner.

Théobald se fustigea. Pourquoi avait-il fallu qu'il quitte les environs, lui qui avait passé ces cinq dernières années à prendre soin de Gaël ? Gardant un œil sur lui, l'observant grandir et s'épanouir auprès de cette famille qui l'avaient recueilli et de ses amis. Cette sorcière lui avait conseillé de veiller sur l'enfant mais c'était par sa faute qu'il s'était ainsi éloigné de Gaël ! S'il la retrouvait, Théobald se promit de lui faire payer cette imprudence en lui tordant son petit cou fripé !

Ses bottes collaient au sol boueux et l'eau gouttant des arbres ajoutait à son calvaire ; incapable qu'il était d'entendre des sons se rapprochant de près ou de loin à la voix d'un enfant. Cris, pleurs, gémissements, peu importait lesquels résonneraient mais il fallait qu'ils retentissent. Il fallait que le plus petit son le rapproche de Gaël. Malgré l'angoisse et la fatigue qui le rongeaient, Théobald passa les dernières heures de la nuit à le rechercher, en vain.

A l'aube, dépité, il finit par retourner auprès de sa jument qui l'attendait tout en mâchouillant une touffe d'herbes fraîches. L'animal redressa la tête à l'approche de son maître, semblant ressentir sa détresse. Théobald lui caressa tendrement l'encolure dans l'espoir de s'apaiser un tant soit peu, posa sa tête contre elle et respira profondément. Il sentit ses yeux le piquer. Non, il ne devait pas se laisser aller au désespoir de ne plus le revoir. Gaël était vivant, il le devait ! Il le fallait…

Soudain, il redressa la tête et se concentra à nouveau sur son environnement, alerté par un bruit familier. Il tendit l'oreille, à l'affût. Oui c'était bien un gémissement ! Maintenant que le jour poignait, Théobald n'hésita pas une seule seconde et se précipita sans réfléchir dans les fourrés, tout en appelant l'enfant.

— Gaël !

Cette fois, il en était sûr, c'était bien des pleurs qu'il entendait. Il ne lui fallut pas plus de quelques minutes pour découvrir sa silhouette minuscule, recroquevillée au pied d'un arbre dont le tronc large ne faisait qu'accentuer l'impression de fragilité du petit corps.

— Gaël…

Théobald se précipita vers lui, la peur au ventre et s'agenouilla à ses côtés.

— Gaël, tu m'entends ? demanda-t-il en lui caressant la joue affectueusement.

Elle était glacée. Le petit corps de l'enfant trempé et boueux.

— Ne… ne me faites pas de mal…, supplia l'enfant d'une voix éteinte.

Sa peau était d'une pâleur cadavérique et ses lèvres bleuies par le froid. Pourtant, le marchand, rassuré de le voir respirer, se saisit du petit être délicatement. Théobald le serra contre lui, ému aux larmes. Le garçonnet avait le poing serré autour du manche d'une petite épée et semblait ne pas vouloir la lâcher. Il tremblait de froid et de peur, mais cette force qu'il mettait à tenir cette arme, montrait à quel point le garçon était doté d'une volonté remarquable.

— Je ne te ferais pas de mal Gaël, je vais m'occuper de toi, le rassura-t-il en le pressant contre son cœur.

Visiblement rassuré ou trop épuisé pour riposter, le petit garçon se pressa davantage contre son sauveur et sanglota longuement avant de sombrer dans le sommeil. Théobald souleva le corps frêle aussi léger qu'un oisillon et le conduisit dans sa roulotte. Là, il retira soigneusement les vêtements trempés de Gaël, avant de le frictionner avec précaution dans une serviette. Avec une rare délicatesse, il sécha ses cheveux cuivrés, puis il l'enveloppa dans d'épaisses couvertures. Ses joues étaient rouges et son front brûlant de fièvre. Il l'observa un instant en lui caressant les cheveux. Gaël s'était assoupi mais les expressions de son visage reflétaient ses tourments intérieurs que la température de son corps devait intensifier. Les jours allaient être longs pour le garçon, mais Théobald veillerait le temps nécessaire. Désormais, il ne le lâcherait plus d'une semelle. Il s'en fit la promesse en même temps qu'il la fit à Guillaume.

— Je le protégerai au péril de ma vie Guillaume, je te le jure, pria-t-il solennellement, la main posée sur son cœur.

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Nda : Voilà pour ce premier chapitre. Alors, qu'avez-vous pensé de ce prologue ? Vous donne-t-il envie de poursuivre l'histoire et de découvrir ce fameux destin attaché à Gaël ? Dites-moi ce que vous imaginez pour la suite, ça m'intéresse beaucoup ! J'espère avoir vos avis et n'hésitez pas à me dire si vous avez remarqué des incohérences, fautes ou autres.

J'essaierai de ne pas trop vous faire attendre pour le second chapitre mais je ne vous cache pas que j'ai tellement à faire, qu'il faudra attendre un peu quand même. Mais si ça peut vous rassurer, le chapitre est écrit mais tout comme le prologue, il ne me satisfait pas tel qu'il est pour l'instant.

Merci d'avance pour votre lecture et vos commentaires et à bientôt.