Salut à toi qui lit ce texte! J'ai écrit ça il y a un an, en seconde, après avoir passé la nuit d'avant ma rentrée lycéenne à m'imaginer cette histoire au lieu de dormir. Que de nostalgie. Enfin bref, la plupart des personnages présentés ici ne sont pas de moi. C'est en m'amusant avec cette petite aventure qui part complètement dans tous les sens que j'ai renoué avec l'écriture, que j'avais laissé tomber trois années auparavant, d'ailleurs. C'est assez différent de ce que je fais d'habitude, mais je me suis dit que ça pouvait être marrant de poster ça ici, en guise de "bonus", disons. Enfin bref, bonne lecture!

Un petit bruit. Qui semble lointain.

Une musique. Dans le noir.

Elle ouvre les yeux. Il y a un plafond blanc, avec une lampe. Elle se redresse. Sur une petite table se trouve une radio blanche, en demi-cercle. Une petite musique passe en boucle. Elle est dans une petite salle aux murs vitrés, sauf la cloison derrière elle. Par une vitre, elle aperçoit, bien rangées, des dizaines de salles comme la sienne.

Un haut-parleur crachota alors:

"Bienvenue, Alice Foxshet, au centre d'enrichissement d'Aperture Science".

La voix était celle d'une femme, mais elle était froide et métallique. On sentait malgré tout un vague ton légèrement prétentieux, typique des intelligences supérieures.

"Vous avez été sélectionnée pour participer à une série de tests. Le portail qui va vous y conduire va apparaitre sur le mur derrière vous dans trente secondes. Préparez-vous!"

Le mur derrière vous...

L'esprit encore embrumé, Alice se demanda comment la voix savait qu'elle était dos au mur. Il devait y avoir une caméra dans la salle.

Quelques instants plus tard, après avoir vainement survolé la pièce du regard à la recherche de l'engin inquisiteur, un ovale bleu apparut sur le mur, à côté du lit.

L'ovale luisait faiblement, mais ce qui était le plus étonnant, c'était l'espace qui était derrière. Comme un trou dans le mur.

Un trou dans l'espace.

Alice comprit que de toute façon, c'était le seul moyen de sortir. Elle s'avança dans cette brèche des lois physiques connues des personnes normales.

Elle arriva dans un couloir blanc, qui faisait un coude sur la droite, une vingtaine de mètres plus loin.

"Je suis GLaDOS, et c'est moi qui vais vous observer pendant ces tests. Avant de commencer, vous pouvez vous restaurer sur votre droite. La cryo-stase épuise l'organisme, qui devient moins performant durant les tests. C'est pourquoi il est important de se restaurer et de s'abreuver avant de commencer les tests."

Sur la droite d'Alice se trouvaient une petite chaise en plastique blanche et une table sortant du mur avec un plateau repas posé dessus.

Encore un petit peu désorientée, elle s'assit et mangea distraitement. La nourriture était recyclée, donc fade et pauvre en ressources. Mais cela ne faisait rien.

En tentant de rassembler ses pensées, un choc lui vint: elle n'avait plus de souvenirs. Elle savait à peu près qui elle était, à peu près son âge, elle savait parler, marcher et faire toutes les autres fonctions primaires, elle pouvait analyser une situation, mais pas de souvenirs.

Elle finit rapidement son plateau, tout en tentant de se rappeler de son passé, mais c'était peine perdue. Elle s'avança dans le couloir, et suivi le coude. Il y avait sur le mur à sa gauche un panneau, indiquant que c'était la salle 1/19, avec divers idéogrammes.

"Les tests d'Aperture Science sont principalement composés de cubes et de boutons. Prenez le cube devant vous et placez le sur le bouton."

Alice entra dans la salle devant elle. Elle était de taille moyenne, blanche, avec un cube devant elle, une porte et un bouton, tout deux sur sa droite.

Elle se saisit du cube, et le plaça sur le bouton. La porte s'ouvrit.

"Félicitation. La charte d'utilisation des tests indique que je dois vous avertir de la létalité potentielle des tests. Je dois également vous avertir de la létalité certaine du refus de participer aux tests. Maintenant, veuillez pénétrer dans l'ascenseur pour finir le test et accéder au suivant."

Alice s'avança, traversa un champ de force bleu et entra dans l'ascenseur. Il descendit. Elle réalisa qu'elle devait être sous terre. Une petite musique, du classique, servait de fond sonore. Lorsqu'il se rouvrit, Alice se trouva face à une petite salle grise, avec un escalier. Elle s'avança sur l'escalier, suivi le couloir sur la gauche et vit un panneau, presque semblable au premier. Elle entra dans la salle qui s'offrait à elle. La voix de GLaDOS se fit alors entendre:

"De façon exceptionnelle, nous allons évaluer votre capacité à gérer des tourelles automatiques, sans entrainement aucun aux tests. Soyez assurée que tous les androïdes d'Aperture Science ont reçu un exemplaire des lois de la robotique. Par contre, nous ne pouvons pas garantir la capacité à lire de nos droïdes."

Alice s'avança dans une grande salle. Des "trous dans l'espace", des portails comme GLaDOS les avaient appelés au début, apparaissaient en divers endroits de la salle, suivant une certaine logique. Sur une plateforme, un cube était posé à côté d'un petit droïde cyclope blanc. Un portail apparut devant Alice, et un autre derrière le droïde.

Alice se rappelait avoir entendu GLaDOS mentionner des tourelles, puis des androïdes. Ça ne pouvait être que cette machine.

Elle arriva derrière la tourelle, et sans hésiter la gratifia d'un coup de pied. La tourelle tomba de la plateforme en criant, et, par un effet de simili-panique, vida son chargeur, avant de se désactiver.

Alice récupéra le cube, sauta en bas de la plateforme et tenta de repérer un éventuel bouton. Un portail apparut devant elle, par lequel elle vit le bouton recherché. Elle traversa le mur, fila droit vers le bouton et posa le cube dessus. Elle se retourna, et le mur sur sa droite attira son attention.

En s'avançant, elle découvrit qu'une petite portion du mur, d'environ deux mètres par deux mètres était en relief par rapport au reste, laissant un passage vers une petite salle, au sol jonché de journaux, tasses de café "Aperture science" et aux murs recouverts de diverses inscriptions et de dessins, mettant en scène une jeune femme brune vêtue de orange.

Alice remarqua alors que sa tenue était la même que celle de cette femme.

Encore surprise par cette salle, et par les évènements récents, qui étaient arrivés si vite, elle se dirigea vers le portail, dont elle venait de se rendre compte de l'immobilité.

Elle l'emprunta, et arriva près d'un sas de sortie, se terminant par un ascenseur semblable au premier.

En s'avançant, elle entendit GLaDOS qui se manifestait une fois de plus:

"Beau travail, mademoiselle Foxshet, vos parents, et Mme [donnée manquante] doivent être fiers de vous."

Lorsque la voix métallique avait évoqué la génitrice d'Alice, sa voix était devenue encore plus machinale.

L'évocation avait été brève, et Alice n'avait pas plus d'informations sur son passé.

Elle entra dans l'ascenseur. La même petite musique que précédemment résonna dans l'espace réduit de la cabine.

"Oh, excusez-moi, j'avais oublié qu'il avait activé cette fonction. Voila. C'est mieux maintenant qu'elle est coupée, non?"

Alice se demanda de qui GLaDOS parlait, lorsque l'ascenseur s'ouvrit. Elle s'avança d'un pas décidé vers la salle suivante. GLaDOS, comme à son habitude, lui livra quelques informations:

"Le sol de cette salle a été conçu de façon à ce que le toucher transforme le test en échec. En effet, les bains d'acide phosphorique sont déconseillés pour l'organisme humain. Ne touchez pas le sol, restez sur les plateforme."

Alice s'avança, et la voix glaciale résonna à nouveau.

"Ah, j'oubliais. Un générateur de portail est à votre disposition sur votre droite. Vous devrez vous en servir pour résoudre les tests postérieurs. A la fin, il y aura du gâteau."

C'est sur cette promesse que la voix, qui semblait presque omnisciente, se tut. Alice regarda à sa droite et vit, accroché au mur, une sorte de grand fusil blanc. Il semblait de prime abord lourd, mais elle le prit d'une seule main avec une facilité déconcertante. Elle vit, à l'opposé du canon, un trou, d'un diamètre légèrement supérieur à celui de son poing. Elle y enfila sa main, et attrapa la poignée qui se trouvait à l'intérieur. Elle sentit deux gâchettes.

Elle visa un mur devant elle, pressa une des gâchettes, et un ovale de couleur bleu apparut. Elle visa à côté, pressa l'autre gâchette... Et se vit!

Le mur semblait troué en deux endroits, entourés l'un de bleu, l'autre de orange. Les portails étaient reliés.

Utilisant avec habileté les deux portails, jonglant entre les failles, Alice parvint jusqu'à un cube, puis jusqu'à un bouton. Du bouton, elle parvint au champ de force bleu, traditionnel annonciateur du petit couloir menant à l'ascenseur.

Étonnamment, GLaDOS ne dit rien. Alice entra dans l'ascenseur, et attendit. Le silence n'était rompu que par un lointain bruit de machinerie. Lorsque l'ascenseur s'ouvrit, Alice s'avança, et prise d'une inspiration soudaine, tenta de créer un portail sur le sol. Aucun effet. Certaines surfaces n'étaient donc pas en mesure d'abriter une déchirure de l'espace...

Alice entra dans la salle, et vit un champ de force, une cinquantaine de mètres devant elle. Elle s'avança, cherchant le piège, lorsque le gouffre s'imposa à elle. Au moins dix mètres de large, le double de profondeur. Elle réalisa aussi que tous les murs de la salle étaient noirs, à l'exception du sol gris au fond du gouffre et d'une zone tout en haut du mur derrière elle. Elle comprit alors ce qu'elle était sensée faire.

Cependant, un petit escalier descendant tout au fond du trou l'interloqua. Elle s'y engagea avec circonspection.

Arrivée en bas, elle vit sur la paroi tout à droite une sorte de lumière. Elle s'avança, et vit que la lumière venait de derrière une partie du mur. Partie d'environ deux mètres par deux mètres, laissant un espace pour se faufiler derrière.

Alice décida d'aller voir. Elle s'avança derrière le panneau, pour découvrir le même genre de petite salle que précédemment, avec le même type d'ornementation murale, les mêmes tasses de café par terre. Elle décida de jeter un œil aux inscriptions sur le mur. Elle trouva "The cake is a lie!" répété plusieurs fois, "she's the saver", "are you still there?" et d'autres phrases, toutes plus étranges que les autres, et même une formule chimique avec un dessin de nuage à côté.

Elle se rendit compte en arpentant les murs de la salle que, sur le mur du fond, se trouvaient des petits barreaux, qui montaient vers un étroit trou au plafond.

GLaDOS profita de ce moment pour demander:

"Où êtes-vous, mademoiselle Foxshet? Je suis navrée, mais je ne devais pas vous parler avant la fin de ce test. Maintenant, montrez-vous, et soyez aimable, finissez le test. Souvenez-vous du gâteau."

Cela décida Alice. Elle agrippa un barreau, et commença son ascension vers une liberté supposée. Elle passa par le petit trou, et se retrouva dans l'envers du décor.

Ici, tout était grisâtre, là était toute la machinerie, véritable artère, battant la mesure de la vie mécanique du centre par divers craquement et vapeur d'huile, lâchés dans l'air. Une petite passerelle métallique permettait de se déplacer dans l'étroit couloir qui séparait les tuyaux et autres machines. Alice avait à peine fait quelques pas que l'inquisitrice GLaDOS se fit entendre. Mais sa voix semblait éloignée.

"Ah bon sang, mais ce n'est pas vrai, qu'est-ce qu'elles ont toutes, ces temps-ci? Mademoiselle Foxshet? Où êtes-vous? Revenez. C'est votre dernière chance. Après, votre gâteau sera détruit."

Alice continua d'avancer, mais rapidement, la petite passerelle prit fin. Alice remarqua une autre passerelle semblable, loin au dessus et devant elle. Elle tenta d'envoyer un portail sur un mur proche de la passerelle. Un ovale bleu se mit à scintiller au loin. Elle chercha du regard un mur capable de supporter un portail, mais il n'y en avait pas. Elle rebroussa alors chemin, retourna sur les échelons, descendit, fit un portail sur le mur de la petite salle, le traversa, et se retrouva sur la passerelle. Elle avança, et se retrouva dans un petit couloir. Il y avait plusieurs salles fermées sur les côtés du couloir, mais Alice avançait résolument droit devant elle. Elle arriva à un escalier, qu'elle emprunta en direction ascendante. Elle monta un, puis deux, puis trois, puis quatre étages, avant que l'escalier ne se finisse.

Il aboutissait à un nouveau couloir, comme à chaque étage. Elle s'engagea dans le couloir, entendit un petit grincement, releva la tête et découvrit une caméra qui la fixait.

"Ah, vous voila. Descendez deux étages, et suivez le couloir, vous arriverez à une prochaine salle de test. Vous êtes perdue je crois. Revenez, et peut être que nous pourrons renégocier le gâteau."

Alice l'ignora et continua à avancer.

"Mademoiselle Foxshet, êtes vous au fait de l'importante modification de votre espérance de vie qu'entraîne votre décision? Je vous laisse deux secondes pour réfléchir."

Alice continuait toujours sa progression.

"Vous ne me laissez pas le choix. Il est regrettable pour moi de laisser perdre un sujet de test, mais je vais devoir vous tuer. Vous seriez aimable de ne plus avancer, et de faire des mouvements sportifs, tout en augmentant la quantité d'air entrant dans vos poumons, de façon à accélérer votre mort."

Alice se rua jusqu'au bout du couloir, où elle découvrit une porte verrouillée. Elle tenta malgré tout de l'ouvrir, mais le petit voyant sur la poignée restait rouge. Une légère odeur lui fit froncer les sourcils.

"Voila. Des neurotoxines ont été libérées dans l'air, vous garantissant l'asphyxie dans le bref délais de cinq minutes."

Alice s'acharnait sur la porte. Soudain, GLaDOS s'exclama:

"Hein? Eh, mais qu'est-ce que... Ne touchez plus à ça! Laissez ce système tranquille! Non, n'enlevez-pas le... Laissez ça aussi! Comment faites-vous cela? Non!

Mademoiselle Foxshet, qui qu'il se passe, ne bougez pas!"

La voix avait perdu son calme habituel. Soudain, le voyant sur la porte devint vert. Alice n'hésita qu'une fraction de secondes, actionna la poignée, ouvrit la porte et se retrouva dehors.

A l'extérieur. Un doux soleil brillait sur la prairie dans laquelle elle se trouvait.

Le couloir était dans une colline, et la porte était camouflée, de façon à ce qu'on ne la voie pas de l'extérieur. La porte se referma, laissant Alice seule dans cette prairie sereine. Elle fit donc la seule chose qui lui semblait raisonnable: elle se mit à marcher, droit devant elle.

La température était agréable, aussi il n'était pas pénible d'avancer. Au bout d'une petite heure, elle arriva en haut d'un grand talus, et contempla les vestiges d'une ville abandonnée depuis au moins cinquante ans. Un mot s'imposa alors à son esprit: "Événements". Puis deux autres: "Black Mesa".

Elle descendit du talus, et s'avança vers ces immeubles, rongés par les arbres et les plantes grimpantes ainsi que les tags, carcasse d'une ancienne cité.

Elle cherchait des yeux de quoi manger, mais ne trouvant rien, elle continua d'avancer.

Au bout d'un moment, elle vit un ancien pont, un grand pont en béton, sous lequel il y avait de l'agitation. Elle s'approcha, et vit des gens.

Ils étaient tous vêtus de divers assemblages de guenilles, et semblaient très affairés. Lorsqu'ils virent arriver cette jeune femme, vêtue d'un orange plus que visible, les regards convergèrent vers elle, avant de se détourner, l'air agacé. Alice s'avança vers ces gens, qui étaient faméliques. Elle vit quelques huttes, quelques cabanes, construites en matériaux de récupération, quelque feux aussi, puis le noir.

Elle se réveilla attachée, à côté d'un feu, avec l'impression qu'un animal de plus de 2,5 tonnes lui avait allègrement piétiné le crâne. Elle n'avait plus son générateur au bras.

"Diego, je crois que notre invitée est réveillée. Abreuve-la.

-Oui monsieur."

Un homme à l'air soucieux, qu'elle n'avait pas remarqué avant, s'avança vers elle en lui tendant une écuelle métallique cabossée, contenant un liquide d'une couleur douteuse.

"Ah, mais non, chuis bête, t'es attachée. Attend, je vais te faire boire."

L'infâme liquide lui glissa entre les lèvres jusqu'à la gorge, laissant un arrière goût de dessous de bras après une partie de tennis en plein soleil.

"Elle est bonne, hein? La meilleure du coin".

L'homme se tourna vers un autre homme qu'Alice n'avait pas vu, qui semblait très vieux et avait un gros sac à dos à côté de lui.

"Vous pensez qu'elle vient d'où, pour être fringuée comme ça?

-J'ai bien une idée Diego, mais il est trop tôt pour me prononcer. Alors autant lui demander directement."

Diego et le vieil homme regardèrent Alice avec insistance. Cette dernière, mal à l'aise, n'essaya pas de parler. Un moment passa.

"Bon, tant pis Diego. Sinon, je sais pas ce que t'en penses, mais une étrangère comme ça, ce serait dangereux de la laisser avec les autres, le temps du voyage. Et pour elle, et pour les autres. On l'emmène, elle portera les baga... Ah, non, zut, c'est vrai. Enfin bon, tant pis, elle pourra nous être utile quand même."

Alice regardait le vieil homme avec incompréhension. Il venait soudainement de parler un petit peu trop fort, lui semblait-il.

"Ah, au fait, appelle moi "le vieux", comme tout le monde.

-N'empêche monsieur, c'est malin de l'emmener. Pas pour rien que vous êtes sous-chef du groupe, quand même.

-Oui Diego, je sais."

Sous-chef... Groupe...

Alice ne voyait pas de quoi ils pouvaient bien parler. Le vieux repris:

"Tu va donc nous accompagner. On doit aller à la Grande bibliothèque du vieux New-York. Y'en a pour deux mois de marche. A la louche."

Alice voulut demander pourquoi ils lui faisaient confiance, et ce qu'il pouvait bien y avoir à la bibliothèque. Elle tenta de poser sa question, mais aucun son articulé ne sortit de sa bouche. Un effet connu de la cryo-stase à long terme. Le vieil homme se leva, ramassa son sac, marmonna quelque chose et s'éloigna hors du champ de vision d'Alice.

Diego s'éloigna lui aussi, et revint un instant plus tard avec une nouvelle gamelle, semblable à la précédente, mais un peu plus grande. Il y avait toujours ce liquide qui était appelé de l'eau, mais quelqu'un avait eu l'idée de faire flotter divers morceaux de choses plus ou moins comestibles. Le tout était vaguement tiède.

Alice fut libérée de ses entraves aux bras, et sous la surveillance attentive de Diego, attrapa au hasard avec ses doigts un des objets flottants, et goûta. Elle se força à avaler, car elle se rendit compte qu'elle était affamée, mais failli recracher, tant ce morceau ressemblait à de la viande de pneu (si les pneus avaient jamais fourni de la viande).

"Oui, c'est du rat, on est bien obligés, y a quasiment que ça ici, avec les asticots qu'on retrouve au fond des...enfin...des "seaux"."

Alice reposa précipitamment la gamelle, jugeant le breuvage digne du mot "insipide". Voire même "homicide".

"T'as plus faim? Bon, ben j'prend ta part, alors. Faut qu'on soit en forme pour partir demain."

Le lendemain... Alice songea que, décidément, elle jouait de malchance.

Après avoir avalé goulûment sa mixture, Diego fit signe à Alice de s'allonger près du feu, la rattacha et lui tendis un morceau de tissus.

"Bon, ben t'as une couverture, t'es près du feu, tu devrais pas avoir trop froid, hein? Bon, ben bonne nuit. On te détachera ptêt demain, faudra voir ce qu'en pense le vieux."

Diego s'éloigna en sifflotant, tandis qu'Alice repoussait le bout de tissus avec ses pieds. Elle ne tenait pas particulièrement à attraper des poux. Elle était fatiguée, et quelques instants plus tard, elle commença à s'endormir lorsque ses oreilles et son nez la tirèrent hors de sa torpeur. Des dizaines de personnes vêtues de guenilles, et n'ayant visiblement que de l'eau encore plus douteuse que celle qu'Alice avait bu, pour se laver, venaient d'arriver autour du feu, en emmenant leur brouhaha fétiche avec eux, avant de tenter de s'assoupir.

Alice ne dormit presque pas de la nuit, au milieu des ronflements et des odeurs de pieds.

Lorsque le soleil apparut, Diego le suivait de peu, aida Alice à se relever, marchant sans hésitations sur les quelques personnes qui dormaient autour, et qui ne se réveillèrent pas. Il emmena Alice pendant une dizaine de minutes jusqu'à une limite de la ville, où le vieux les attendait déjà avec son sac à dos.

"Oui, je sais. Tais-toi, je n'ai pas besoin de ton avis. Ah! Vous voilà, vous. C'est pas trop tôt.

-Désolé monsieur, mais il restait un peu de ragoût dans une gamelle qui trainait.

-Ah, dans ce cas... Bon, mademoiselle, je pense qu'on peut vous faire confiance. Si on vous détache, vous n'allez pas essayer de vous barrer, hein?"

Alice hésita un instant, puis fit non de la tête.

"Parfait. Diego, détache-la, s'il te plait."

Diego s'exécuta, et Alice se retrouva libre de ses mouvements.

"Bon, repris le vieux, on va avancer un peu, et ensuite, on va avoir des choses à se dire je pense..."

Environ une heure plus tard, ils étaient sur une ancienne route goudronnée ravagée par les plantes, quand le vieux reprit soudainement la parole:

"Je crois que personne ne nous suit. Oui, merci, c'est bon, tais-toi j'ai dit. Donc, mademoiselle. Au vu de votre tenue, de votre "arme" et de votre incapacité à parler, vous venez des labos d'Aperture, de cryo-stase, non?"

Alice branla le chef pour marquer l'affirmation.

"Et...Ce serait terrible... GLaDOS a été réactivée?"

Nouvelle affirmation.

"Malheur... J'espère que tout va bien aller... Bon, je pense que c'est pas la peine de compter sur vous pour raconter votre évasion alors... Vous n'avez plus de souvenir, n'est-ce pas?"

Alice opina une fois de plus.

"Bon. Pour autant que je sache, vous avez été placée en cryo il y a environs cinquante ou soixante ans. Le monde allait bien, fin pas pire que d'habitude, quand il y a eu les évènements. C'est à peu près à ce moment que GLaDOS a été activée, et que ça a foiré, et peu après, vous avez été placée en cryo par un autre service d'Aperture. Ces évènements, c'est ces baltringues de chez Black Mesa qui ont foiré un test, y a eu des problèmes de dimensions, des bestioles sont venues, ont tué plein de gens, et ça a commencé à être un sacré foutoir. Bref, au fil du temps, y avait de moins en moins de bestioles,de moins en moins de gens et de moins en moins de gouvernement, et les rares populations qui restent sont des clodos comme nous. Parce que bon, il ne reste pas grand chose à cultiver à part les mycoses."

Alice savait qu'elle connaissait les évènements, elle s'en était plus ou moins souvenu la veille. Mais malgré tout, rien de plus ne lui venait à l'esprit.

"Diego, rends-lui son générateur.

-Son quoi?

-Le truc blanc qui t'a servi de gratte-dos.

-Ah! Tenez."

Diego rendit à Alice son générateur, le sortant de sous son manteau. Alice hésita, mais s'équipa tout de même de l'objet. Pendant quelques secondes, tout fut silencieux, et Alice écoutait le bruit du vent dans les arbres, quand le vieux reprit son speech.

"Tout ça, Aperture et compagnie, je préférais pas en parler devant le groupe. A cause des évènements, ça les mets en pétard tout ce qui touche à la science. Et si ça peut vous rassurer, pas besoins d'aller à New-York. En vrai, on va marcher aujourd'hui et demain, puis on va arriver aux restes d'un bled qui a un terminal de donnée. Après... Et ben vous verrez."

Alice se demandait toujours pourquoi elle était avec ces gens et pourquoi ils lui faisaient confiance, mais ne parvenait pas à exprimer de questions. Finalement, elle attrapa un bâton, et d'un geste malhabile que son corps n'avait pas fait depuis des années, elle se mit à dessiner dans la terre, sur le bord de la route. Dessiner, car à ce niveau-là, ce n'étaient presque plus des lettres, tant son corps avait perdu l'habitude d'écrire.

Pourtant, les clodos devaient également écrire très mal, ou tout du moins l'un d'entre eux, puisque Diego lut sans trop de difficultés et traduisit au vieux, qui répondit en tutoyant la jeune femme.

"On t'emmène, parce que si t'as échappé à GLaDOS, tu dois savoir utiliser correctement cette saloperie que t'as au bras, et tu dois être maligne. On te fais confiance par intuition".

Et sur cette réponse, le groupe continua pendant plusieurs heures de silence à avancer vers sa destination. Le terrain était plat, aussi ils n'étaient pas trop fatigués lorsqu'ils s'arrêtèrent pour manger. Affamée, Alice avala malgré la répulsion qu'il lui inspirait le ragoût, amené par Diego dans un thermos métallique, aussi cabossé que les gamelles.

Ils repartirent après une pause d'environs une heure, toujours dans le silence, jusqu'au coucher du soleil, où ils s'arrêtèrent, mangèrent du ragoût réchauffé, dormirent et passèrent une nuit tranquille.

Le lendemain, ils furent réveillés par le soleil, et presque sans un mot, ils se remirent en route. Après quelque heures de marche, le vieux déclara:

"Bon ça doit être ça. Ici, à gauche, on voit les ruines d'une maison. On va juste avoir quelques centaines de mètres à faire, et ce sera bon."

Et sous les indications du vieux, le groupe slaloma entre les restes de divers bâtiments, jusqu'à arriver devant une petite bâtisse blanche.

"Et voila, les jeunes, la bibliothèque municipale. Le terminal doit pas être loin, venez!"

Ils trouvèrent un petit ordinateur, sur le mur droit de la bâtisse. Le vieux, ne réussissant pas à l'allumer, donna un grand coup de pied à la base de la machine, ré-appuya sur la bouton, vit que ça marchait, et pesta.

"Ah zut, c'est encore sous vista... Bon, base de données... Où c'est que c'est, ce bordel?"

Le vieux pianota, et accéda à la base de données de tous les documents possibles recensés. Il utilisa un raccourci clavier, tapa un mot de passe à douze caractères, se trompa, recommença, tapa une référence exacte et attendit le téléchargement. Alice avait eu le temps de lire "code d'accès prioritaire", mais c'était tout. Il avait du réflexe, pour un vieux.

Le document téléchargé, il brancha au terminal un petit appareil sorti de sous son manteau, et attendit en marmonnant. Quand ce fut terminé, il annonça:

"Bon! Voici un engin piqué à Black Mesa, me demandez pas comment. C'est un téléporteur. J'ai entré les coordonnées d'un centre d'étude britannique sur le but de notre escapade. Accrochez-vous à moi, je vais lancer la téléportation."

Diego attrapa l'épaule de son chef, tandis qu'Alice lui attrapait le bras. Un instant plus tard, l'air, ainsi que l'espace, se distordit. Alice senti une sensation pesante au ventre. Une seconde plus tard, tout cessa. Le paysage avait changé. Au lieu des petites bâtisse blanches ou jaunes, il y avait plusieurs petits immeubles, en ruine également, qui servaient de support à des plantes grimpantes, sous un ciel plutôt grisâtre.

Le vieux se gratta la tête, regarda le nom de la rue sur une plaque pas trop abîmée, et déclara:

"Forcément, fallait pas trop en attendre de Black Mesa. On est à deux pâté de maison. Allez, on y va."

Ils marchèrent cinq petites minutes, entre divers bâtiments en ruine de diverses tailles, lorsque le vieux leur montra un bâtiment plus grand que les autres et leur expliqua que là était le but du voyage.

En s'approchant, ils virent un homme, qui arrivait lui aussi vers le bâtiment par une rue perpendiculaire à la leur.

L'homme n'était pas du tout habillé comme un rescapé des événements. Son costume, sa cravate, le tout sous un manteau marron très "années soixante", définitivement, ce n'était pas quelqu'un de normal. Une rencontre s'improvisa alors, entre un trio bien connu et un parfait inconnu. Le vieux prit la parole le premier, un fois l'étranger à portée.

"Mais... Vous êtes qui vous? Vous venez d'où?

-Bonjour. Je suis le Docteur.

-Et votre nom, c'est quoi?

-Le Docteur.

-Docteur qu...

-Mais que faites vous ici, vous?

-On pourrai vous retourner la question.

-Je dois récupérer un vieux documents dans des archives.

-Nous de même.

-Bon..."

Le nouvel arrivant suivit le vieux, Alice et Diego.

"Pourquoi vous nous suivez, demanda le vieux, y a de la place pourtant, non?

-C'est par là que je vais, c'est tout."

Ainsi, pendant plusieurs minutes, d'abord dans l'entrée du bâtiment, puis dans un labyrinthe de vieilles étagères poussiéreuses, tout le monde suivit tout le monde. La maigre lumière du bâtiment provenait de la lune, qui filtrai à travers la poussière sur les fenêtres. Alice se demanda comment la nuit avait pu tomber si vite, puis se rappela du décalage horaire entre certains pays... Elle réalisa qu'elle venait de se rappeler de quelque chose! Ses souvenirs revenaient-ils?

Finalement, devant une étagère impossible à distinguer des autres, le vieux et le Docteur s'arrêtèrent de concert. Le Docteur se tourna vers le vieux.

"Serions-nous à la recherche de la même chose?

-Je ne sais... Oh, ferme-la un peu!

-Vous n'êtes pas obligé d'être désobligeant!

-Pas vous. Bon, vous cherchez quoi exactement?

-Le "Necros biblius mythos". Et vous?

-Ah. Bon, ben on va partager, hein?

-Monsieur, intervint Diego, c'est quoi ce biblio mythus truc, là?

-Le "Necros biblius mythos", le livre d'histoire de la Mort."

Un silence pesa après cette déclaration.

"Livre d'histoire dans quel sens?

-Dans le sens "toutes les histoires sur la personnification de la mort sont dedans", réagit le Docteur.

-Vous aussi vous avez compris, et pensez que ça doit revenir à la normale, hein?

-Absolument."

Devant l'air d'incompréhension d'Alice et de Diego, le Docteur demanda au vieux s'il fallait éviter que tout le monde sache ce qui allait se passer. Le vieux répondit que pendant qu'il cherchait, le Docteur n'avait qu'à expliquer, pour gagner du temps.

"Bon. Le "Necros biblius mythos" est un manuscrit, qui regroupe des informations sur les diverses apparitions observées de la Mort. Comme c'est un vieux manuscrit qui n'intéresse personne, il n'existe qu'un seul exemplaire, ici. Avant, on ne pouvait pas y avoir accès comme ça, mais maintenant... Bref, toujours est-il qu'une phrase a cependant été reportée dans plusieurs autres ouvrages: "Les événements peuvent mal finir, mais la monde ne doit pas périr, le défunt doit gésir, sinon la mort devra guérir". C'est très vague, très tordu et ça peut prêter à rire, mais en faisant des recherches, on est toujours renvoyé à ce bouquin. Du coup, ajouta le Docteur en se retournant vers le vieux, vous aviez aussi prévu d'aller le voir directement?

-Ouaip. Je crois que j'ai trouvé. On dirait qu'il est relié en peau de chatons. En bidouillant un peu mon téléporteur, et en utilisant une des formules du livre, on devrait pouvoir y aller.

-Oh, pas besoin de bidouiller. Venez, suivez-moi!"

Et le Docteur partit vers la sortie, rapidement suivi par le vieux, son sac sur le dos et le livre à la main, et Alice et Diego.

Le petit groupe sortit du bâtiment, le Docteur en tête, et alla dans la rue d'où venait ce dernier. Ils avancèrent sur une centaine de mètres, jusqu'à une petite cabine bleue, manifestement en bois. Le Docteur y entra sans aucune hésitation. Diego, qui le suivait de près, ouvrit délicatement la porte et retint un cri de stupeur. Alice et le vieux aussi lorsqu'ils virent le vaste intérieur, contrastant avec l'apparente petite taille de l'extérieur.

"Alors, vous venez? Bienvenue au TARDIS!"

Ébahis, Alice, Diego et le vieux entrèrent, ne sachant plus où donner de la tête.

"Oui, c'est plus grand à l'intérieur. Ça voyage aussi dans le temps et l'espace. Bon, donnez moi le livre et le téléporteur, je fais quelques petits réglages, et même si elle ne va pas aimer, on va aller dans le plan de la Mort".

Toujours éberlué, le vieux lui tendit les objets. Le Docteur s'empara d'un câble attaché à ce qui ressemblait à un panneau de contrôle circulaire au centre de la pièce, et y bancha le téléporteur, puis, en lisant le livre, il pianota dessus, enclencha un levier sur le panneau de contrôle, et dans un bruit de frein à main, le TARDIS s'ébranla quelques instants, puis tout redevint calme.

"Et voila, annonça le Docteur, on y est!

-Quoi, c'est tout, comme ça?

-Eh oui!"

Sur ces mots, le Docteur sortit, bientôt suivi par les autres. Dehors, on pouvait voir une sorte de très grand manoir et un jardin. Sauf que tout était gris. Le ciel, les quelques arbres, le manoir. Tout était dans diverses nuances de gris. Le petit groupe s'avança pas à pas vers l'entrée du manoir, qui s'ouvrit lorsqu'ils en furent à quelques pas. Un petit homme bien habillé, et sans plus de cérémonie annonça:

"Je suis Albert, le majordome. Si vous voulez bien me suivre, mon maître vous attend."

Et sans un mot, les quatre visiteurs le suivirent à travers plusieurs pièces du manoir, magnifiquement décorée, mais manquant de couleur. Finalement, ils arrivèrent devant une porte. Albert leur annonça qu'il s'agissait du bureau de son maître, et qu'il fallait toquer avant d'entrer. Ce que le Docteur fit, avant que le vieux n'ouvre la porte.

La pièce était grande. Un bureau trônait en son centre. Mais ce n'était pas le bureau qui attirait l'attention, plutôt celui qui était assis derrière et qui préparait des mouches de pêche. Lorsqu'il les vit, il se leva et les salua. Grand, vêtu de noir, les yeux d'un bleu profond mis en valeur par la blancheur des os de son visage, la Mort était impressionnant.

Sa voix aurait fait passer Barry White pour une fillette et ses orbites vides, reflétant malgré l'absence de globe oculaire une légère flamme bleue, semblaient pouvoir pénétrer l'esprit de n'importe qui. Le vieux prit la parole:
"Ah, euh je suppose que...Oui bon... Bonjour monsieur...
-ET QUE VOULEZ VOUS EXACTEMENT ?
-Et bien, repris le Docteur, il parait que les événements à Black Mesa n'auraient pas dû déboucher sur le monde tel qu'il est maintenant, alors on voudrait des renseignements là-dessus...
-Ouais, et sur la phrase du bouquin, là, ajouta Diego
-HUM...ET BIEN,LES EVENEMENTS SONT PREVUS DANS LA LIGNE §, C'EST UN POINT FIXE, MAIS CE QUI EN DECOULE DEPEND D'UNE CHOSE,
-Ah, et c'est quoi?
- LA MORT DE CELUI QU'ON OSE QUALIFIER DE DIEU, CELUI EST SURNOMME "LE DEFUNT", CELUI QUI REVE EN ATTENDANT,CTHULU !

-Cthulhu... Mais, n'est-ce pas juste un mythe? Une histoire inventée par un écrivain taré?
-EH NON.
-Oh.
-IL DEVAIT MOURIR. J'AI ECHOUE. IL A PRESQUE TUE LA MORT, LE SALOPIAUD. LA MORT NE DOIT PAS MOURIR, FIN DU MONDE, TOUT CA TOUT CA. DONC POUR EVITER CA, J'AI DÛ FUIR LÂCHEMENT.
-Ah! Et Cthulhu peut tuer plein de gens, c'est ça?
-NON, CE SAC S'EST RENDORMI. C'EST MOI QUI AI PROVOQUE CA, PAS LE CHOIX POUR ME REGENERER A CE POINT.
-Docteur, ajouta le vieux, vous n'aviez pas dit pouvoir voyager dans le temps?
-Si, absolument. Seulement, comment aider la Mort à tuer Cthulhu? Si même lui n'y parvient pas...
-SI CA PEUT ÊTRE UTILE, J'AI CONSERVE LA FAUX UTILISEE CE JOUR-LA.
-Vous l'avez quand même blessé?
-C'EST LA MOINDRE DES CHOSES.
-Bon, déclara le Docteur, passez-la moi, je vais au TARDIS pour analyser les tissus de cette chose. Mais êtes vous certain que Cthulhu ne peut pas entendre raison?
-CERTAIN.
-Bon."

La Mort s'approcha d'une armoire, l'ouvrit et en retira une magnifique faux d'argent, excellemment travaillée. Le Docteur s'en saisit et dit:

"Mon bon monsieur, je vais analyser les restes. Je reviens tout de suite."

La Mort posa ses orbites sur Alice quelques instants, puis dit:

"VOUS ME RAPPELEZ VRAIMENT MA FILLE, VOUS SAVEZ?"

On sentait presque une pointe de regret dans sa voix. Quelques instants plus tard, le Docteur était de retour.

"Bon, bien sûr, les tissus de Cthulhu ne sont pas habituels. Ils contiennent une grande quantité de sépiogène, connu sur Folandar pour réagir avec un poison synthétique dont l'origine naturelle se perd, le PhTx3.

-GLaDOS, murmura le vieux.

-Comment?

-Je sais où en trouver, du PhTx3. Dans les labos d'Aperture, et plus particulièrement dans les neurotoxines de GLaDOS."

Il fallut expliquer au Docteur et à la Mort de quoi il s'agissait.

"Mais oui, cela pourrait déclencher la réaction, et pratiquement tuer Cthulhu. Votre vous du passé, ajouta le Docteur en se tournant vers la Mort, pourrait-il achever Cthulhu?

-SANS PROBLEME. JE SUIS LA MORT, TOUT DE MÊME.

-Parfait! Une dernière petite chose, lança le Docteur à l'attention du vieux, comment savez-vous qu'il y en a là-bas?"

Le vieux s'expliqua:

"Je bossais là-bas avant. Avant que GLaDOS ne pète les plombs. Je m'appelle Doug, mais tout le monde me surnommait "Rat man". J'ai réussi à fuir les laboratoires après la destruction de GLaDOS. Mais si j'en crois Alice, elle a été réactivée."

Pris d'une intuition, le Docteur s'approcha d'Alice, lui demanda quelque chose à l'oreille, et une une réponse affirmative de la tête, posa deux doigts sur sa tempe. Il les enleva quelques secondes après qu'il sût quoi faire, désormais.

La Mort lui tendit un petit bout de papier recouvert d'une écriture très penchée mais harmonieuse, moyenâgeuse, et expliqua que c'était les coordonnées spatio-temporelles du combat contre Cthulhu.

Tout le monde dit au revoir à la Mort, et retourna au TARDIS. Le Docteur pianota sur un moniteur, actionna quelques manettes, et le TARDIS se remit en mouvement, dans le même bruit de frein à main que précédemment.

Un fois immobilisé, le Docteur alla ouvrir la porte. Lorsque Doug sortit, il s'exclama:

"Mais... Ce sont les sous-sols d'Aperture!

-Oui, les réserves de neurotoxines, même.

-Et comment on va les bouger pour les transporter, questionna Diego.

-On va siphonner. Elles doivent être stockées sous forme liquide. On va relier un tuyau d'une salle du TARDIS, peut être même de la piscine, on va donc le relier à cette réserve, et ça va pomper tout seul."

Le Docteur entra dans le TARDIS, et en sortit à nouveau quelques instants plus tard, un gros tuyau sous le bras. Seulement, la cuve était trop loin de la plateforme sur laquelle ils étaient, et elle était inaccessible par en bas.

Alice vit alors une petite passerelle métallique qui faisait le tour de la cuve et elle se souvint qu'elle avait toujours son générateur de portails. Elle visa un mur à proximité de la cuve, et un ovale bleu se forma au loin. Elle visa ensuite le sol devant elle. Un ovale orange entourait le trou dans l'espace. Elle passa délicatement dans le portail, et se retrouva sur la passerelle. Doug lui fit passer le tuyau, mais elle ne trouva pas où le brancher. Le Docteur la rejoignit, et à l'aide d'un étrange petit instrument lumineux et bourdonnant, fit un trou dans la cuve, qu'il boucha vite avec le tuyau, pour ne pas perdre le précieux liquide.

Ils n'eurent pas à attendre très longtemps. Ils avaient presque fini lorsqu'une voix métallique se fit entendre:

"Hein? Eh, mais qu'est-ce que... Ne touchez plus à ça! Laissez ce système tranquille! Non, n'enlevez pas le... Laissez ça aussi!"

Le Docteur actionnait quelques manettes pour ralentir le contrôle de GLaDOS sur la cuve, tandis qu'Alice filait vers le portail avec le tuyau. Quelque gouttes perlaient du trou béant sur la cuve, mais la plupart du contenu avait été vidé. Alice traversa le portail, et retourna dans le TARDIS, bientôt rejointe par Doug et Diego, pendant que GLaDOS continuait de râler.

"Comment faites-vous cela? Non! Mademoiselle Foxshet, quoi qu'il se passe, ne bougez pas!"

Le Docteur utilisait encore son curieux petit instrument sur les ordinateurs qui étaient censés contrôler la cuve, puis il regagna le TARDIS en vitesse.

"Ah, ce que j'aime la technologie sonique. Enfin, voila, vous avez pu vous échapper. Bon, allons permettre à la Mort d'accomplir son office, puisque Cthulhu ne pourra pas entendre raison..."

Il pianota sur le panneau de commandes du TARDIS, qui se remit en marche. Une fois arrêté, il ouvrit la porte et sortit, suivit par Doug, Alice et Diego. Ils se trouvaient sur une plage, avec une forêt de type tropicale faisant face à une mer d'azur. Le temps était très doux. Le doux reflux des vagues produisait un bruit qui étaient en parfaite harmonie avec le cris des quelques mouettes qui volaient en quête de nourriture.

Soudain, dans une gerbe d'eau monumentale, venant de plusieurs centaines de mètres au large, une créature vint s'échouer sur la plage. Ce qui frappait en premier lieux était l'odeur antique et abominable qu'elle dégageait, une putridité telle qu'il ne devrait pas en exister en ce monde. Et ensuite, on voyait la créature elle-même. Nul homme n'aurait pu la contempler sans sombrer dans la folie, si elle ne venait pas de se prendre un coup de savate bien placé. Elle était très grandes, avait une forme vaguement humanoïde, des tentacules un peu partout sur le corps, surtout autour de ce qui lui servait de tête. Elle était couverte d'un genre d'écaille verdâtres, ou noires. Ses jambes étaient de véritables pilons, semblant plus imposantes à elles seules que n'importe quel être vivant sur Terre. Dans son dos, deux ailes monstrueuses, qui pour le moment raclaient le sable. Ses yeux, mi-clos, était d'un jaune noirâtre, reflétant chaos et souffrance. C'était une abomination inimaginable, qui aurait fait frémir jusqu'à Conan d'Aquilonie lui-même d'un simple contact visuel.

"Vite, cria le Docteur, passez-moi le tuyau!"

Diego se jeta dans le TARDIS, sortit le tuyau et retourna se cacher à l'intérieur. Une forme drapée de noir d'environs deux mètres flottait au-dessus de la mer, une faux argentée à la main.

"Ah, vous tombez bien monsieur la Mort. On vient du futur pour vous aider à tuer Cthulhu, alors blessez-le, qu'on puisse injecter des toxines!"

L'injonction de Doug surpris la Mort, mais il ne chercha pas à discuter, car ce n'était pas vraiment le moment. Il s'approcha de Cthulhu, leva sa faux, et asséna un grand coup dans ce qui semblait être son ventre. Le Docteur approcha le tuyau, et commença à faire surgir les neurotoxines dans la blessure, qui suintait d'un liquide étrange et aussi malodorant que son propriétaire, d'une couleur de goudron.

En quelques secondes, les effets de la toxine se firent sentir. Cthulhu semblait être un peu pâlot, et cracha un jet de bile fumante sur le sable, et sur un crabe qui passait par là.

Alors, la Mort faucha l'âme de Cthulhu, regarda Alice, Doug, le Docteur et la têt qui dépassait du TARDIS avec un air de gratitude, et s'en alla.

Purement et simplement. Tout fut fini en une fraction de secondes.

L'air grave, le petit groupe rentra dans le TARDIS. Presque cérémonieusement, le Docteur enclencha des manettes, et le vaisseau repartit.

Lorsqu'il s'immobilisa, le Docteur alla ouvrir la porte, et observa l'extérieur. Le TARDIS s'était arrêté sur une grande place. Une foule de personnes la traversait dans différents sens.

Doug, Alice et Diego sortirent lentement, observants les petits immeubles propres et en bon état qui bordaient la place. Le soleil se couchait. Emportés par la foule qui observait la boîte d'un air curieux, ils eurent à peine le temps d'adresser un petit salut de la main au Docteur, qui leur fit signe de la tête, et referma le TARDIS.

Un étrange bruit de frein à main se fit entendre, la boîte disparu et l'emplacement vide fut récupéré par la masse des gens, trop occupés pour remarquer la disparition du vaisseau spatio-temporel.

Ainsi, sous la chaleur des derniers rayons du soleil, perdant pied dans une foule néanmoins réconfortante, trois parfaits inconnus avançaient devant eux. Toujours, allant de l'avant.