Incandescence


NDA : Bonjour tout le monde !

Voici mon tout premier OS ^^ Je l'ai écrit pour un AT organisé par l'Annuaire Yaoi, mais comme je n'ai pas gagné (*snif*) je le partage avec vous ici :D

En tout cas, depuis le temps que je voulais essayer de faire un OS, j'ai trouvé l'exercice très intéressant !

Le thème de l'AT était "Un inconnu dans mon lit".

Bonne lecture ! :D


Une lumière aveuglante venait d'apparaître et avec elle, la sensation effroyable d'avoir les paupières ankylosées, la bouche pâteuse, la gorge sèche et douloureuse. Le mal de crâne devint vite insoutenable. Il donnait l'impression d'avoir la tête prise dans un étau. Et la douleur semblait se diffuser lentement dans tous les muscles du corps, jusqu'à engourdir les jambes.

Luka cligna des yeux à plusieurs reprises avant de pouvoir enfin distinguer les ombres des objets qui l'entouraient. Il naviguait encore dans ces terres réservées au sommeil, entre le rêve et le réel, là où les réminiscences de la veille n'existaient pas encore. Ce moment où même son propre nom lui échappait.

Mais lorsqu'il distingua clairement la silhouette d'Adrian au-dessus de lui, il eut un sursaut et se redressa immédiatement, trop vite peut-être puisqu'il ne tarda pas à se masser son crâne douloureux.

Il tenta de poser une question, mais seul un marmonnement incompréhensible parvint à s'échapper de ses lèvres.

– Il est 9 heures du matin, et nous sommes un vendredi, informa Adrian comme pour anticiper ses interrogations. J'ai posé un breuvage à l'écorce de saule sur ta table de chevet.

Adrian avait toujours été quelqu'un de prévenant, de serviable. Il paraissait sans doute très froid en apparence, et parlait peu, mais il avait le regard intelligent et un penchant prononcé pour l'ordre et la propreté.

Luka se tourna péniblement vers sa table de nuit et reconnut ledit breuvage. Il ne se fit pas prier et le but malgré la nausée qui menaçait de tordre un peu plus son estomac. Lorsqu'il eut fini, il reposa le verre d'un geste pataud, manquant de le faire se briser au sol.

Puis, il se tourna vers son ami. Ses yeux venaient enfin de s'habituer à la lumière et il discernait enfin clairement la pièce malgré les taches noires qui dansaient devant lui.

Il était dans sa chambre, dans son lit à baldaquin. Il avait froid, ses couvertures de satin étaient au sol et il se sentait humide et poisseux.

Les boiseries des murs de sa chambre étaient illuminées par les rayons du soleil qui traversaient les longues fenêtres dont les rideaux rouges avaient été tirés. Adrian s'en était sans doute chargé.

Le regard de Luka se posa plus longuement sur Adrian qui n'avait pas détourné les yeux de lui un seul instant.

Il portait une étroite redingote noire et un gilet à trois rangées de boutons, tous impeccablement boutonnés. Adrian était naturellement élégant. Chacun de ses gestes était gracieux et il s'en fallait de peu pour qu'il devienne un gendre idéal. Un sourire plus fréquent sur ses lèvres aurait peut-être pallié cela, mais ce genre d'expression se faisait rare chez lui.

– Luka, dit-il de sa voix ferme, avant que tu ne tournes la tête vers ta gauche, j'aimerais te signaler que nous sommes seuls et que j'ai amené un chariot avec moi. Ne t'inquiète pas, tout se passera bien.

Luka fut abasourdi. Il venait à peine de réaliser qu'il était chez lui, dans son lit, qu'il avait beaucoup de mal à comprendre les paroles sibyllines de son ami. Mais dans un réflexe humain, il tourna malencontreusement son visage vers sa gauche, et sans doute eut-il préféré ne jamais l'avoir fait.

Il ne savait pas pourquoi il ne l'avait pas remarqué plus tôt, mais à côté de lui gisait une masse d'une couleur blanchâtre. Son cœur manqua un battement lorsqu'il se rendit compte qu'il s'agissait d'un corps.

Nu, Luka pouvait distinguer les veines bleues qui sillonnaient sa peau presque translucide. Ses cheveux blonds ne faisaient qu'accentuer la pâleur de sa chair. Mais le plus impressionnant restait sans conteste les deux yeux marron qui demeuraient éternellement grand ouverts.

Un cadavre gisait dans le même lit que Luka.

Cette fois-ci, il ne put se contenir et vomit le peu qu'il restait dans son estomac. Au-dessus de lui, il entendit un claquement de langue agacé de la part d'Adrian.

– Tâchons de ne pas avoir à nettoyer davantage.

Luka, parfaitement réveillé à présent, bondit de son lit. Il ne pouvait pas rester une seconde de plus près de ce corps sans vie. C'est là, une fois debout, qu'il se rendit compte qu'il était nu lui aussi, et transpirant. La panique commençait à le gagner.

– Que s'est-t-il passé ? réussit-il à demander entre deux étranglements.

Adrian apparut devant lui, une robe de chambre entre les mains. Il la glissa sur les épaules de Luka et le sonda de son regard bleu et froid.

– Tu ne te souviens de rien ? lui demanda-t-il.

Luka continuait de fixer le cadavre d'un air hagard. Il tenta de se remémorer ce qui avait bien pu se passer, mais rien ne lui venait à l'esprit. Il se souvenait seulement avoir été à la fête organisée pour les fiançailles de la fille de la comtesse Westridge, il y avait été cordialement invité. La fête avait démarré en grande pompe, mais Luka s'était très vite ennuyé. Il avait passé tout le début de la soirée à chercher Adrian dans la foule. Lorsqu'il le trouva enfin, il discutait avec Lauren Westridge. Il n'avait pas souhaité les déranger.

Mais à partir de ce moment-là, tout devenait flou pour Luka. Il ne se souvenait plus que d'ombres qui dansaient et de sourires sans visage.

– Non, je… balbutia-t-il. Je me souviens de la réception, mais après cela… plus rien.

Adrian le regardait à présent avec gravité. Ses sourcils étaient froncés et il semblait réfléchir.

– Tu sais qui est cet homme ? demanda Adrian.

– Je n'en ai pas la moindre idée, répondit Luka.

Il jeta tout de même un regard au corps sans vie, pour être sûr de ne pas le reconnaître. C'est là qu'il s'aperçut que le cou du cadavre était orné d'un épais collier rouge sur la peau.

– Oh mon Dieu, qu'ai-je fait ! s'écria-t-il avec effroi.

Il était prêt à céder à la panique. Ses mains s'étaient mises à trembler davantage et de la sueur froide ruisselait le long de son dos.

Alors qu'il étrangla un sanglot, il sentit la main d'Adrian se poser sur son épaule et une autre caresser son menton pour l'obliger à détourner les yeux du cadavre.

– Ne t'inquiète pas, dit Adrian d'une voix étonnamment douce, ce n'est pas toi qui l'as tué. C'est moi. Je suis désolé. Tu n'as rien à craindre, je vais me débarrasser du corps et tu n'auras pas d'ennuis.

Luka ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire. Il se contentait de contempler Adrian soulever le corps avec des yeux ronds.

Lorsqu'il réalisa enfin son aveu, il retrouva un semblant de parole.

– Mais pourquoi ? parvint simplement à prononcer Luka.

Adrian reposa le corps, tourna les yeux vers lui, puis reprit son labeur.

– Parce qu'en vous voyant tous les deux, j'étais jaloux et je l'ai étranglé. Voilà tout.

La surprise de Luka ne fit que s'accentuer. De nombreuses questions se bousculaient dans sa tête. Une en particulier resurgissait sans cesse alors qu'il voulait la terrer au plus profond de lui-même. La réponse l'effrayait.

Plus tard dans la journée, Luka n'avait pas totalement récupéré. Il n'avait plus revu Adrian depuis que celui-ci s'était emparé du corps et l'avait emporté avec lui. Luka fut soulagé d'être débarrassé du cadavre, bien qu'il savait que ce n'était pas encore la fin des problèmes. Si ce garçon mort était de bonne famille, les recherches qui seront lancées une fois que sa disparition sera remarquée pourraient être poussées, approfondies et peut-être même arriver jusqu'à Luka si quelqu'un les avait vus ensemble.

A cette simple pensée, un frisson parcourut l'échine de Luka. Mais dans le petit salon, il avait de la visite et préféra chasser cette pensée et faire confiance aux paroles d'Adrian.

Dans une pièce richement décorée dont la couleur dominante était le vert glauque, une femme l'attendait, debout au milieu du salon. Elle portait une robe aux manches pagode fermée jusqu'au cou. Sa tenue d'un rouge sombre était agrémentée de dentelle frivole.

Lorsqu'elle le vit, elle grimaça légèrement.

– Tu es bien pâle, dit-elle.

Luka ignora sa remarque et se laissa choir dans l'un des fauteuils au velours cuivré. Là, il défit ses boutons de manchette pour plus d'aisance dans ses mouvements.

– Que me vaut ta visite ? demanda Luka qui n'avait pas envie de s'attarder en mondanité, surtout au vu des évènements du matin.

– Il s'agit simplement d'une visite de courtoisie pour voir si tu t'étais remis de la veille. Je suppose que non.

Luka se tourna vers elle, soudain intéressé. Sa cousine, Amélia Hamrence, en savait peut-être plus que lui sur le déroulement de la soirée.

– Pourquoi cela ? demanda-t-il simplement.

– Eh bien, parce qu'hier tu as bu plus que de raison et lorsque… lorsque le discours d'Adrian s'est achevé, tu as brisé ce vase et…

– J'ai brisé un vase ? l'interrompit Luka.

Amélia pinça ses lèvres. Son expression se fit soudain plus dure.

– Luka, est-ce que tu te souviens, lorsque nous étions enfants, Adrian et moi avions joué à nous marier.

Luka la dévisagea sans comprendre où elle voulait en venir, mais il acquiesça faiblement.

– Eh bien, cela ne t'avait pas plu du tout, reprit-elle. Lorsque tu nous as vus, tu t'étais jeté sur moi et m'avait tiré par les cheveux. Ma mère nous avait vus, et pour me consoler m'avait dit que tu m'aimais, et que cela expliquait ton geste. Mais elle avait tort, n'est-ce pas ? Luka, hier, aux fiançailles d'Adrien et de Lauren Westridge…

– Assez, tais-toi ! hurla presque Luka.

Il se leva d'un bond et sentit son sang bouillir. Il n'aimait pas ce qu'Amélia sous-entendait. Jamais il ne s'était senti aussi insulté. Il se tourna et donna un coup violent contre la porte qui menait au couloir, l'endommageant sérieusement.

– Luka, continua Amélia malgré son ordre, tu as toujours eu quelques soucis pour contrôler tes émotions. Cette colère au fond de toi, tu as toujours du mal à la maîtriser. Surtout lorsque cela concerne Adrian…

A bout, Luka fit volteface, les yeux exorbités. Lorsqu'il vit le mouvement de recul de sa cousine, il comprit qu'il venait de lever la main vers elle. Mais il avait stoppé son geste à temps.

Il haletait. Son cœur battait à tout rompre. Mais sa colère était retombée. Il se rassit dans le fauteuil et prit son visage entre ses mains.

– Tu ne me fais plus peur, Luka. Bonne chance avec tes démons.

Après quoi, Amélia se tourna et quitta la pièce sans rien ajouter, laissant Luka bien plus soucieux encore.

L'après-midi touchait à présent à sa fin, laissant peu à peu la nuit s'installer sur le manoir des Hamrence.

Luka n'avait pas retrouvé son calme. Il n'avait pas été capable de penser à quoi que ce soit d'autre qu'au cadavre. Il se demandait où Adrian l'avait caché.

Assis près du feu qui crépitait dans un rythme irrégulier, un verre de cognac à la main, Luka commençait à entendre des voix surgir de la cheminée. Une voix d'homme. Mais il divaguait sans doute, puisque son esprit commençait doucement à s'égarer à mesure que ses paupières se fermaient.

Lorsqu'il les rouvrit, il fut parcouru d'un vif frisson. Il n'était plus assis près du feu, il n'était même plus chez lui.

Paniqué, il regarda tout autour de lui sans comprendre ce qu'il venait de lui arriver. Il était désorienté, effrayé, jusqu'au moment où il reconnut la demeure qui se dressait au loin dans la nuit. Il était devant chez Adrian.

Il marcha d'un pas vif vers la porte d'entrée massive, tentant ainsi de se réchauffer. Il n'avait pas de manteau sur lui et ne savait pas depuis combien de temps il était dehors.

Lorsqu'il frappa à la porte, il dut attendre un moment qui lui parut interminable avant qu'elle ne s'ouvre enfin.

Là, dans l'encadrement de la porte, se tenait Adrian. Il ne portait pas les mêmes vêtements que ce matin, il semblait avoir revêtu ses habits du soir. Mais Luka n'en tint pas rigueur lorsqu'il pénétra dans le hall d'entrée.

Adrian ne dit rien et disparut dans l'une des pièces adjacentes avant de revenir avec un épais manteau dans la main.

Il le déposa sur les épaules de Luka qui frissonnait encore.

– Adrian, dit-il en claquant des dents, je n'arrive pas à me le sortir de la tête…

– Luka, il faut que je te dise…

– Non, écoute-moi, je crois que je deviens fou. J'oublie des passages entiers de ma vie. Je ne sais même pas comment je me suis retrouvé devant chez toi !

– Qui était-ce, Adrian ?

Luka se figea. Une voix venait de retentir dans son dos, une voix de femme. Il se tourna lentement et vit Lauren Westridge dans une somptueuse robe du soir. Ses cheveux blonds étaient ramenés en un chignon sophistiqué et quelques mèches encadraient son visage à la beauté saisissante.

Luka déglutit avec peine avant d'afficher un sourire crispé. Il avait été stupide de croire que son ami allait être là pour lui en toutes circonstances, surtout maintenant qu'il était sur le point de se marier.

Lauren le salua mais il l'écoutait à peine. Seuls les battements de son cœur bourdonnaient dans ses oreilles. Sa colère était revenue.

Il aurait voulu fuir, mais Lauren et sa mère, la comtesse, insistèrent pour qu'il passe la soirée avec eux. Lorsqu'il chercha Adrian du regard, celui-ci restait parfaitement stoïque. Il n'avait eu qu'une envie, s'encourir, mais voilà qu'il se retrouvait dans le salon de la demeure d'Adrian à écouter les préparatifs du mariage.

Cela faisait bien quelques minutes que Luka n'arrivait plus à feindre le moindre sourire. La comtesse Westridge l'avait remarqué, mais elle s'était contentée d'une seule remarque. Adrian avait répondu qu'il ne se sentait pas bien. Luka avait été incapable d'entrouvrir les lèvres. Il serrait les dents jusqu'à en avoir mal à la mâchoire.

Il sentait qu'en ouvrant la bouche, seul un flot déraisonné de jurons ne pourra s'en échapper.

Mais lorsqu'Adrian prit enfin la parole, Luka daigna s'intéresser à la conversation.

– Lauren, vous n'avez pas dit à Luka le malheur qui a touché vos cuisiniers, dit-il en fixant Luka.

– Oh, oui, c'est fort malheureux. L'un de mes commis de cuisine a disparu depuis notre réception. Tout cela est fort dommage, bien que nous ne manquions pas de personnel. Je ne me souviens plus de son nom, mais s'il demeure absent d'ici la fin de la semaine, je me verrai dans l'obligation de lui envoyer une lettre de renvoi.

Luka se tourna vers Adrian. Il crut apercevoir un bref sourire sur les lèvres de son ami.

Ses mains se décrispèrent légèrement. Il fut soulagé d'entendre cette histoire. Le commis de cuisine et le cadavre étaient sans doute une seule et même personne.

Puis, le visage attristé de Lauren vira à la joie. Ses yeux se posèrent sur Adrian et son sourire s'illumina.

– Et nous ne lui avons pas non plus dit où se déroulera notre cérémonie de mariage. Je suis sûre que Sir Luka Hamrence sera ravi d'apprendre que nous organiserons tout cela dans la résidence d'été de mes parents.

Luka s'embruma aussitôt. Le mariage sera donc le sujet principal de cette soirée. Il sentit le regard de la comtesse se poser lourdement sur lui, mais il n'en avait cure. Amélia avait sans doute raison. Lorsque la colère prenait le dessus, il avait beaucoup de mal à la dissimuler.

Adrian semblait l'avoir remarqué également, mais il ne pouvait rien face au flux de parole de Lauren, très enthousiaste à l'idée de ce mariage.

Puis, les yeux de Luka se glissèrent vers le cou de la jeune femme. Dans cette robe du soir, il était nu, offert. Sa peau était blanche et délicate.

Soudain, il vit une image de Lauren qui était tout autre. Sa peau était plus pâle encore, ses yeux éternellement ouverts et vides. Autour de son cou, une ligne violacée venait teinter sa peau.

Là, Luka sentit une grande satisfaction. Il souriait même. La simple vue de son cadavre le plongeait dans une grande joie.

Puis, le visage de Lauren se transforma, et il vit le jeune homme blond encore en vie sous ses mains. Il suffoquait. Mais Luka continuait de serrer.

Lorsque Luka revint à lui, la comtesse, Lauren et Adrian étaient tournés vers lui et lui lançaient un regard étrange. Il remua nerveusement sur sa chaise, se demandant si son absence avait été à ce point remarquée.

– Vous allez bien jeune homme ? demanda la comtesse.

Sa voix était pincée et son regard inquisiteur. Luka se dit qu'elle se doutait de quelque chose.

Il se contenta d'incliner brièvement la tête pour acquiescer.

– Je suis désolé, commença Adrian, mais nous allons devoir écourter cette soirée. Lauren, nous nous reverrons dans trois jours. Comme je vous l'ai dit, Sir Luka ne se sent pas très bien et j'aimerais m'entretenir seul avec lui.

– Oh, très bien… Je comprends, répondit Lauren.

La comtesse parut outrée, mais elle ne dit rien. Luka suivit du regard Adrian qui raccompagnait ses invités à la porte. Lorsqu'il revint dans le salon, il avait deux verres à la main, ainsi qu'une bouteille de cognac.

– Je suis désolé d'avoir interrompu ta soirée.

– Non, tu ne l'es pas, répondit Adrian tout en lui tendant un verre d'alcool.

Luka eut un bref rire sans joie. Il n'était pas près de duper son ami avec un tel mensonge.

Il frissonnait encore, malgré le manteau que lui avait prêté Adrian. Il frissonnait de froid, mais aussi de colère.

Lorsqu'il sentit la main d'Adrian se poser sur son épaule, une douce chaleur l'envahit. Là, il leva les yeux et plongea son regard dans celui d'Adrian. Son visage si souvent froid et stoïque paraissait inquiet. Puis, d'un geste sec, Luka tira sur sa manche.

– Assieds-toi, dit-il simplement.

Adrian s'exécuta et vint poser ses genoux à terre, sur le tapis du salon. Il était à présent à la même hauteur que Luka. Ce dernier se pencha vers lui. Là, ses yeux dévièrent et se posèrent sur les lèvres fermées d'Adrian.

A ce moment, il sentit à nouveau son esprit l'abandonner.

Il était à présent au beau milieu d'une fête. Un orchestre faisait résonner de la musique symphonique jusque dans sa cage thoracique. Le bruit de la foule tout autour de lui devenait insupportable.

Au milieu de l'estrade, Adrian se tenait là. Il venait de terminer son discours depuis quelques minutes déjà, mais il n'était toujours pas descendu. Il fixait Luka malgré la foule.

A ses pieds, Luka vit les débris d'un vase en porcelaine. Les gens ne cessaient de chuchoter. Il n'en pouvait plus de les entendre, il devait s'isoler.

Il tourna les talons et sortit de la pièce là où se tenait la réception. Immédiatement, le brouhaha se fit plus lointain. Il dévala les escaliers, ne sachant pas où ils menaient. Il voulait simplement ne plus avoir à revoir Lauren, ou Adrian.

Alors qu'il marchait d'un pas vif sans regarder devant lui, il se heurta à quelqu'un. Il jura à voix forte et commença à écouter les excuses de la personne qui s'était retrouvée en travers de son chemin. Mais lorsque Luka releva les yeux, il fut parcouru d'une étrange sensation.

Il avait percuté un jeune homme aux cheveux blonds. Les mêmes que ceux d'Adrian. Il avait un nez droit et des traits réguliers, et si ce n'était pour cet air idiot sur son visage, il était indéniable qu'il lui ressemblait.

– Toutes mes excuses sir, mais vous vous trouvez devant les cuisines et…

– Peu importe, il te t'arrivera rien si tu me suis.

– Vous suivre, Monsieur ? C'est que j'ai du travail…

Luka soupira d'impatience. Et son expression dut paraitre convaincante puisque le jeune homme se ravisa aussitôt et accepta de l'accompagner.

Ils étaient seuls dans ce couloir qui permettait d'accéder aux cuisines, personne n'avait pu les voir. Personne ne vit lorsqu'ils sortirent de la demeure des Westridge, tout le monde était sans doute trop occupé à apprécier la fête en l'honneur des fiançailles.

Une fois arrivés dans son manoir, Luka ne perdit pas une seule seconde avant de commencer à déshabiller le jeune homme. Il lut tout d'abord de l'incompréhension dans ses yeux, puis, lorsqu'il déboutonna sa chemise, de la peur.

– M-Monsieur ? balbutia-t-il.

– Calme-toi. Il n'est pas question de cela. Ce n'est pas toi que je veux. Contente-toi de t'allonger sur le lit.

Le jeune homme s'exécuta, la mine de plus en plus inquiète.

Une fois qu'il fut allongé, Luka le rejoignit dans le lit. Il entoura ses hanches de ses cuisses et prit un moment pour l'observer.

Mais soudain, ce n'était plus le jeune homme qui se trouvait en dessous de lui. Il avait perdu toute trace de peur, tout air idiot. A la place, Adrian le regardait fermement.

– Je vais l'épouser quoiqu'il advienne.

– Je sais.

– Peut-être que si tu me l'avais dit plus tôt…

– Cela n'aurait rien changé. Ne sois pas stupide.

– C'est vrai. Après tout, ce n'est pas comme si j'allais continuer à m'occuper de toi toute ma vie. J'en ai assez de devoir le faire, de devoir passer derrière toi sans cesse.

Luka se sentit bouillir sous la colère. Il n'aimait pas ce qu'il entendait.

– Je ne t'ai jamais rien demandé.

Adrian eut un petit rire moqueur.

– Tu n'es rien sans moi.

– C'est faux !

– C'est moi qui ai caché le cadavre du chien. J'ai dit qu'il était tombé dans la rivière pour qu'il ne t'arrive rien.

– C'était un accident !

Adrian leva un sourcil. Il n'était pas dupe et continuait de se moquer de lui.

– S'agissait-il également d'un accident lorsque tu m'as embrassé le jour de Noël ? Tu avais un goût de vieux choux. Je suis rassuré que tu n'aies jamais retenté l'expérience. Ce fut tout bonnement atroce.

Cette fois-ci, c'en était trop. Luka se jeta sur son cou, et de ses mains, il serra, encore et encore. Il n'était plus que colère, tout son être ne respirait plus que de la rage. De puissantes décharges semblaient tendre les muscles de ses bras, sa force était décuplée par la fureur.

Mais soudain, il revit le visage du commis de cuisine. Adrian avait disparu.

Dérouté, Luka se releva et tomba du lit.

Lorsqu'il ouvrit à nouveau les yeux, il pleurait et les bras d'Adrian l'entouraient.

– Ce n'est pas toi qui l'as tué, c'est moi.

Adrian ne répondit rien et continua de passer sa main dans les cheveux de Luka dans un geste tendre et réconfortant.

– Pourquoi m'avoir menti ? demanda Luka entre deux sanglots.

– Je voulais te protéger, comme je l'ai toujours fait.

– Et moi ce soir-là… C'est toi que je voulais tuer.

Adrian interrompit son geste et s'éloigna légèrement de Luka pour plonger son regard dans le sien. Il était pénétrant, déstabilisant. Luka sentait sa poitrine se rompre sous l'émotion.

Là, lentement, Adrian approcha son visage du sien. De son doigt, il essuya une larme. Puis, délicatement, ses lèvres se posèrent sur les siennes.

Le contact était chaud et doux. Luka ferma les yeux et se laissa transporter par le brasier qui s'emparait de lui. Il passa sa main dans les cheveux d'Adrian pour approfondir le baiser, toujours plus avide.

Lorsque le baiser prit fin, ils continuaient de se soutenir du regard.

– J'ai donné le cadavre à mes chiens. Il n'en reste plus rien. Je te protègerai toujours.

Puis, Adrian déposa un baiser sur son front et reprit son étreinte.