À chaque génération d'Aar'on correspondait un Kili'an, mais tous les bruns ne trouvèrent pas le leur. Enfin, le plus dur, avec ces lubriques blonds, n'a pourtant jamais été de leur mettre le grappin dessus, mais de réussir à les tenir en laisse. Pour cela, les Aar'ons créèrent la cour sexuelle. Et pas un seul Kili'an révélé n'échappa au jugement et à une condamnation bien méritée.

À ce propos, la punition la plus pratiquée fut toujours la même.

La fessée.

Extrait tiré de « L'Histoire de Vojolakta et des Aar'ons » du professeur Mathuz

– Bien. Accusé, présentez-vous.

Le regard sévère, le juge Van'Ruym de la première chambre de la cour sexuelle essayait de faire bonne figure. Enfin, après une longue carrière sans le moindre impair, il avait réussi à gravir tous les échelons de l'administration judiciaire jusqu'au poste le plus respecté : il était le magistrat censé jugé le Kili'an et, de ce fait, il entrait directement dans la légende de son ordre. Lui, un Av, juger la propriété personnelle de l'Aar'on et décider du sort du fessier le plus vénéré de tout Vojolakta, c'était un honneur auquel il n'aurait jamais prétendu quand, encore jeune adolescent, il était venu faire ses classes sur Horus.

Et pourtant, ses efforts étaient récompensés. Son graal se tenait, nu et couvert de chaînes, à genoux devant lui. Comble du plaisir, il boudait, ce qui ne faisait qu'exalter encore plus la foule qui s'était déplacée nombreuse pour assister au spectacle.

De son avis, le jeune blond avait des raisons d'être grognon. Après avoir réussi à se cacher pendant plus de deux mois sans se faire prendre, il avait été choppé la main dans le pot de Nutella par un brun rendu légèrement acariâtre par son abstinence forcée. Ça, l'Aar'on était furax. Après une petite pénétration postérieure réglementaire, il avait lui-même saucissonné son blond avec de lourdes chaines grises et convoqué pour le lendemain matin le juge et ses assesseurs pour une comparution immédiate de l'accusé.

Fièrement, ce dernier décida de répondre à l'accusation en tournant la tête en l'air sur le côté.

– Je suis le Kili'an du quinzième Aar'on, dit « Le Merveilleux. » Les méchants me connaissent et me craignent en tant que chien de garde de l'Aar'on, surnom affectueux qu'il me donne quand il me gratouille derrière l'oreille. Et je suis innocent de tout ce qu'on me reproche ! C'est pas moi, d'abord !

Se grattant le crâne, le juge souffla. Les légendes qu'il avait pu lire dans les livres semblaient réelles. Même s'ils étaient adorablement mignons et même s'ils représentaient l'aboutissement de toute une carrière, les Kili'ans étaient plutôt pénibles à juger. Celui-là, en tout cas, ne dérogeait pas à la règle. Enfin, cela n'empêcha pas Van'Ruym de se racler la gorge et de commencer la lecture de l'acte d'accusation.

– Bien, trois crimes vous sont donc directement imputés. Le premier est d'avoir fui la justice en vous cachant pour bouder dans un placard, ce qui a poussé notre Aar'on vénéré à vider la station orbitale Thot pour vous retrouver, sans succès. Heureusement que notre magnificence a eu un petit creux en pleine nuit, sans quoi, vous bouderiez toujours. Le deuxième est d'avoir vidé toutes les réserves de Nutella de Thot, ce qui est particulièrement contraire à votre régime alimentaire autorisé, qui se doit d'être moins riche en calories et bien plus garni en émulsions aaronesques. Enfin, et c'est sans doute le plus grave, vous êtes accusé d'avoir passé plusieurs nuits sur Kamadeva, la lune du plaisir, ce qui vous était formellement interdit. Pire encore, plusieurs témoignages indiquent qu'en tant que mauvais toutou infidèle, vous avez remué des queues qui n'étaient pas la vôtre et fait des léchouilles à certaines zones érogènes de diverses espèces Âminales et Âminêtres qui ont profondément choqué et attristé votre maître, et ce pour la somme de zéro kils ! Même pas foutu de ramener des sous dans le budget de la Fédération ! Accusé, qu'avez-vous à dire pour votre défense ?

– Euuuuuuuuuh…. Ouaf ?

Franchement, Kili'an ne voyait pas vraiment quoi dire d'autre. Certes, les faits qui lui étaient imputés étaient tout à fait réels, mais ce n'était pas vraiment de sa faute. Il ne faisait que suivre les ordres en réalisant une mission top secrète dont il avait interdiction franche de parler. C'était bien pour ça, d'ailleurs, qu'il était furieux et qu'il avait boudé aussi longtemps ! Pour une fois qu'il faisait bien son boulot d'infiltration sans se faire prendre, il fallait que l'Aar'on râle et joue les jaloux ! C'était totalement injuste.

Pourtant, c'était bien le brun qui lui avait confié la tâche de retrouver et de lui ramener au plus vite un artiste légendaire un peu perché et beaucoup pervers qui pouvait l'aider dans sa lutte contre les Ashtars. Si Kili'an ne connaissait ni son nom, ni son apparence, un long travail de filature et d'enquête sur le terrain l'avait mené tout droit sur Kamadeva, lune où l'étrange Humain semblait avoir élu domicile. Là, pour l'approcher, le jeune blond n'avait pas eu d'autres solutions que de se faire passer pour un simple employé, et donc d'offrir son corps aux plus grands pontes de la Fédération, jusqu'à ce que sa cible commande ses services et qu'il puisse lui mettre le grappin dessus et le ramener à son Aar'on adoré.

Bon, si dit comme ça, le plan semblait correct, il avait plutôt mal fonctionné. L'Humain en question était le SEUL ÊTRE MASCULIN de tout Vojolakta à préférer les femelles ! Kili'an en avait été vert comme sa ©Végéscratch. Du coup, après s'être fait violemment éconduire, il était allé sucer ailleurs, voilà, parce qu'il avait beaucoup de peine et de chagrin. Sauf que l'information était remontée aux oreilles de l'Aar'on, furieux de découvrir que « la nouvelle créature de rêve de Kamadeva que tout l'univers rêve de se taper » était son Kili'an à lui. Bon, à sa décharge, forcément, ça avait de quoi l'énerver.

– Vous vous moquez de moi ? – s'emporta le juge Van'Ruym devant la réponse particulièrement canine de l'accusé. Dois-je vous rappeler que, de rage en apprenant vos bêtises, l'Aar'on a fait détruire la célèbre lune du plaisir en la bourrant d'explosif sans prévenir personne ? Vos conneries ont quand même coûté la vie à des centaines de millions d'Âminaux et d'Âminêtres, vous en avez conscience ? Vous devriez être reconnaissant de passer devant nous pour une simple affaire de mœurs et de ne pas être puni pour ce génocide dont vous êtes la cause !

Oui, bon, en même temps… Se gratouillant difficilement la tête, Kili'an ne pouvait pas faire autrement que d'admettre qu'il avait peut-être, éventuellement, un tout petit peu déconné. Mais il trouvait aussi que la cour en rajoutait pas mal. Lui, des victimes, il n'en avait compté que quelques centaines de milliers, tout au plus, dans ses fesses. Certes, il n'avait pas pu faire plaisir à tout le monde, mais qu'il y ait eu autant de monde en même temps sur cette toute petite lune, il trouvait le compte un peu exagéré. Non, et puis, ce qui le faisait chier, c'était que du coup, il ne savait pas ce qu'était devenu l'artiste qu'il était venu chercher. Mais ça, c'était la faute de l'Aar'on, hein. Ce brun était tellement nerveux qu'il avait tout fait péter avant même de lire son rapport ! Forcément, dans des conditions pareilles, c'est compliqué de sauver l'univers… mais ça, la justice n'en avait rien à faire, forcément…

– Bon, ok, je plaide coupable… – concéda le mirifique blond. Mais en même temps, on peut me trouver des circonstances atténuantes, non ? Je ne sais pas, moi… j'avais bu de la liqueur de Nutella et j'étais bourré, donc ça ne compte pas trop, non ?

– Vous vous enfoncez… – soupira le juge. L'alcool et le Saint Nutella vous sont interdits, alors la liqueur de Nutella, c'est plutôt une circonstance aggravante…

– Meh… En même temps, j'étais en plein territoire Av, et les Av, avec leurs nombreux bras, jambes, mains et orifices, sont connus pour avoir une sexualité hyper déviante, alors moi, par respect des traditions, quand j'arrive quelque part, je m'adapte, quoi… Non ? Vous êtes pas d'accord ? Attention hein, j'ai rien contre les Avs, j'les aime beaucoup. Votre petit ami lui-même, quand il est passé me voir, c'était super cool, et… euh… j'vais p'têt me taire, en fait…

En effet, personne dans toute la Fédération n'ignorait que le juge Van'Ruym sortait avec la star du Real Narashim, la meilleure équipe de football orbital de tout Solissacar. C'était paru dans le dernier numéro de Gala-ctica, le magazine chic qui suivait en grand format la vie des stars. Tout le monde savait aussi que le sportif était un Av sacrément lubrique et qu'il fréquentait de manière assidu les bordels de Kamadeva. C'était souvent dans les gros titres de Water-Closer, le principal représentant de la presse à scandale qu'on utilisait dans tout Vojolakta comme papier toilette. La diffusion à grande échelle de ce journal avait d'ailleurs permis d'améliorer les normes sanitaires jusqu'aux coins les plus reculés de la Fédération. Bon, par contre, qu'il s'était tapé le Kili'an avant de mourir de manière dramatique dans un bête accident d'explosion de lune, ça, c'était un véritable scoop. Malheureusement, il ne semblait pas vraiment faire plaisir au pauvre juge, toujours en deuil de la perte de son compagnon de vie.

– Vous cherchez vraiment à prendre perpet, vous ?

Déglutissant péniblement, le blond le plus merveilleux de l'univers adapta immédiatement sa ligne de défense aux circonstances. Vu que la vérité l'enfonçait, il essayerait alors d'entourlouper un peu l'assistance.

– Et si je dis que ce n'est pas ma faute, mais mon moi du futur qui aurait fait un voyage dans le temps pour me prévenir que si je n'allais pas sur Kamadeva recharger mes batteries arrière, Vojolakta s'effondrerait comme un soufflé ? Et que du coup, je ne pourrais plus jamais faire l'amour à mon Aar'on, et donc que pour éviter ça, j'ai sacrifié ma dignité et mon derrière par amour ? Hein ? Ça peut le faire ?

Abattu devant ce grand n'importe quoi, l'Av Van'Ruym plongea son front dans une de ses nombreuses mains. Comme prévu, l'accusé faisait le spectacle, ce qui justifiait grassement le prix payé par le public pour assister à son procès. Mais là quand même, fallait pas exagérer. D'un air exténué, le juge soupira sa réponse :

– Oh, vous pouvez toujours essayer de continuer à raconter n'importe quoi, hein. Comme on dit, plus c'est gros, plus ça passe…

– Euuuuuuuuh, nan ! – contesta Kili'an en secouant la tête. Ça j'peux vous le dire, nan. J'ai essayé, bah plus c'est gros… euh, plus c'est gros… Eh, j'suis p'têt endurant, j'reste un Humain, hein. Donc à un moment, quand c'est trop gros, ça passe pas ! Nan, la bonne taille, c'est celle de l'Aar'on, mais bon, vous voulez quoi ? Les Aar'ons, c'est plutôt rare dans l'univers, donc on fait avec ce qu'on trouve sur place et… merde, faut vraiment que j'apprenne à me taire, moi…

Le visage interdit, le magistrat observa le pauvre adolescent s'enfoncer plus profondément que jamais. Il n'avait pas devant lui un Kili'an. Il avait LE Kili'an. Le meilleur de tous ceux qu'un Âminêtre de loi pouvait rêver de juger. Voir cette triste créature enchaînée se débattre sous ses yeux était tout simplement merveilleux, et compensait presque la perte de son petit ami. Ou en tout cas, son sacrifice n'avait pas été vain. Rien que pour se voir jouer cette pièce de théâtre, on pouvait bien tuer encore quelques milliards d'êtres vivants.

– Vous avez d'autres arguments à nous soumettre pour votre défense ? N'hésitez pas, ça nous permettra de rentabiliser un peu le compteur à culpabilité qu'on vient d'acheter. C'est un appareil très simple, on le met à côté de vous, et à chaque fois que vous dites une connerie qui vous enfonce, votre compte de punitions augmente. Et là, je peux vous l'annoncer fièrement, votre score serra très dur à battre pour vos successeurs.

– Ah ! Je sais ! – s'exclama Kili'an en ouvrant grand les yeux. J'ai été drogué ! C'est la faute des vapeurs de Kamadeva ! Ça liquéfie le cerveau, et moi, j'suis plutôt sensible. Donc forcément, j'étais pas vraiment conscient de ce qui m'arrivait ! J'ai été forcé, je voulais pas ! C'est un bon argument, ça, non ?

– Non… – répliqua son interlocuteur sans cacher son sourire. Consentis ou non, ce sont les actes en eux-mêmes que nous jugeons. Vous n'aviez qu'à pas vous faire agresser !

– Mais… – pleurnicha le blond. J'ai pas choisi d'avoir les fesses les plus vénérées de l'univers, moi !

– Non, mais vous les avez, et il est de votre responsabilité d'en prendre le plus grand soin pour votre maître, qui d'ailleurs, il faut le rappeler, a failli mourir de chagrin après votre fugue.

– Il était triste parce que j'avais disparu ? – s'émut le candide blondinet, une main sur le torse.

– Non. – répliqua le juge aussi sec. Parce que ses réserves personnelles de Saint Nutella chutaient lourdement et qu'il ne comprenait pas pourquoi. C'était une véritable énigme, personne n'aurait pu penser avant qu'il ne vous retrouve que les deux affaires étaient liées. Mais ça l'a presque traumatisé. Bon, je crois que nous vous avons suffisamment laissé la parole est qu'il est donc largement temps de passer à votre condamnation. Accusé Kili'an, vous êtes reconnu coupable des crimes d'infidélité, de lubricité et de gourmandise. Vous allez prendre super cher et… oui ? Je peux savoir pourquoi vous levez la main ?

Le doigt pointé vers le ciel, l'adolescent avait patiemment attendu qu'on lui accorde la parole. Faisant preuve de bonne volonté pour redorer son image, il tenait à participer à la réflexion concernant sa pénitence.

– Dites, pour ma punition, je me disais qu'un truc vachement cruel, ça serait de me faire dormir en ©Végépyjama. D'habitude, je dors toujours en ©Végéboxer ou en ©Végériendutout. J'aime pas les tissus, ça me fait transpirer. Là pour le coup, ça serait super sévère et ça me ferait grave chier. C'est pas con, non ?

Alors que l'index du jeune héros avait glissé du ciel vers sa bouche, le juge souffla lourdement. Certes, l'accusé était plein de bonne volonté, mais il avait quand même des idées à la con.

– C'est vous que nous sommes censés punir, pas l'Aar'on…

– Ah… oui, pas bête… Bah du coup… fessée ?

– Oui… fessée. Et déculotté.

À peine prononcée, la sentence fut appliquée. La fessée publique du Kili'an dura trois heures durant lesquelles les meilleurs bourreaux de la Fédération se succédèrent pour molester son saint postérieur sous les cris enjoués de la foule. Se retenant de pleurer, le magnifique blond ne fit que renifler tout du long en gémissant. Le geste était particulièrement honteux, mais il savait, au fond de lui, qu'il l'avait bien cherché. Et puis, ce n'était qu'un mauvais moment à passer, suite à quoi il serait à nouveau libre de ses mouvements. Il y avait d'ailleurs le mille quatre cents quatre-vingt-douzième tome de One Piece, son manga préféré, qui venait de sortir et qu'il n'avait toujours pas lu. Il avait hâte. Ainsi, dès la fin de sa raclée méritée, il chercha à s'éclipser encore nu sur la pointe des pieds de son tribunal.

– Eh ! – le héla Van'Ruym. Vous faites quoi, là ? Vous croyez que c'est terminé ? La fessée n'était que la première de vos peines. J'en ai encore une page complète à vous lire…

Petite particularité de la cour sexuelle, les magistrats ne servaient à rien. Ils n'étaient là que pour le spectacle, ce qui leur convenait tout à fait tant la fonction était prestigieuse. Pour le reste, tout était toujours joué d'avance et le verdict rédigé par l'Aar'on lui-même. La principale tâche du juge était de tout simplement le lire.

– Donc, je disais… outre les trois mois de cachot au pain sec et à l'eau et les dix milles « Je suis un vilain Kili'an lubrique et j'ai honte, mais je me soigne » à recopier au stylo plume – véritable instrument de torture des anciennes générations –, vous êtes condamné à aller voir immédiatement votre Aar'on et à vous offrir à lui pendant une dizaine complète pendant laquelle il vous fera subir les pires sévices imaginables pour vous punir de votre faute !

– Mais… C'EST PAS JUSTE ! – hurla le repris de justice. J'ai déjà eu une fessée ! C'est injuste de me faire subir une double peine ! Personne n'est jamais condamné à une double peine !

– Oui, mais c'est la loi. Et la loi stipule que l'Aar'on a toujours raison.

– Mais l'article deux de la constitution, il dit que tous les Âminêtres naissent et demeurent libres et égaux en droit et en dignité…

– … mais que l'Aar'on est quand-même plus égal que les autres. – compléta le juge. Oui, je sais. Gardes ! Emmenez-le jusqu'aux appartements de son maître. Et faite attention à ce qu'il ne s'enfuie pas. Il ne faudrait pas qu'il se trouve un nouveau placard où bouder.

Jeté à genoux dans les appartements aaronesque, Kili'an soutint méchamment le regard du brun qui régnait sur Vojolakta et qui avait le pouvoir de décider de son sort. Certes, là où son propriétaire se tenait fièrement sur son trône, son diadème posé sur sa magnifique tignasse sombre, lui était nu et à nouveau couvert de chaînes, mais il n'avait pas peur pour autant. La torture, ça le connaissait. Au final, ce qu'il craignait le plus, ce n'était ni les pinces à linge sur les tétons, ni les coups de laisse, mais bien les chatouilles. Il était extrêmement chatouilleux. Sans doute même plus que tous les Kili'ans avant lui. Là, si son maître le chatouillait, il était foutu. Sinon, il pouvait résister.

– Bon, tu vas arrêter de faire la tronche un peu ? Et vire-moi ces chaînes, c'est complétement ridicule. Et mets un ©Végéslip, un peu de tenue et de dignité devant ton maître. J'suis pas d'humeur à te féconder de toute manière. L'heure est grave Kili, j'ai absolument besoin de toi…

Surpris, l'adolescent aux cheveux dorés recula son buste et contracta son visage. Pris par ses nombreux sentiments, il n'avait pas remarqué à quel point l'Aar'on semblait stressé. Mais de là à ne pas lui faire l'amour, ça ne ressemblait pas du tout au « Merveilleux », sans aucun doute un des meilleurs bruns de sa ligné au lit, et un de ceux à l'appétit sexuel les plus insatiables. C'était même parce qu'il faisait toujours jouir son Kili'an comme nul autre qu'ils avaient eu ensemble les Résonnances qui avaient permis la conquête de Solnephthali et la libération de Solzabul.

– Mais… et… et ma punition ? – chouina immédiatement le blond. Et mes sévices ? Et mes câlins ? Tu peux pas me faire ça ! J'en ai besoin, moi, sinon, comment je pourrais comprendre ce qui est bien ou mal ? Hein ? T'y as pensé ? Non, j'suis sûr que tu n'y as pas pensé ! T'as vu comment j'me suis rebellé ? C'est pas la preuve que je mérite d'être dressé ? Hein ? Non ?

– Arrête de te comporter comme un gamin ! – soupira le brun. Je ne suis pas d'humeur à jouer au chienchien avec toi. Même si c'était planqué dans un placard, je t'ai retrouvé, et c'est tout ce qui compte à mes yeux. Oublie ta peine, je la commue en mission. Tu es le seul sur qui je peux compter. Ton rôle sera de me ramener un bien précieux qui m'a été volé et d'occire ceux qui ont voulu me faire du mal.

Cette fois-ci, Kili'an en était sûr. Son Aar'on souffrait. Les traits tirés de son visage, ses larmes qui avaient coulé et irrité ses joues et l'ambiance lourde et pesante des lieux le prouvaient. Il s'était passé quelque chose de grave. Se défaisant de ses liens, le jeune blond vint s'assoir à califourchon sur les genoux de son maître et le serra amoureusement contre son torse plat.

– Je suis à tes ordres. Excuse-moi pour le foirage sur Kamadeva, je pensais vraiment m'infiltrer en faisant semblant, et c'est parti en couilles, je ne pouvais rien faire si je ne voulais pas griller ma couverture. Et… non, j'ai été nul, tu as eu raison de te mettre en colère, et c'était parce que j'avais trop honte pour l'admettre que j'ai boudé. Explique-moi ce que tu attends de moi, et je le ferais pour toi.

Agrippant la croupe fine et élancée de son bien aimé, le Merveilleux craqua. Son Kili'an était tout pour lui. Il était tellement beau. Tellement doux. Tellement gracieux. Tellement spécial… Il était le seul devant qui il pouvait s'autoriser à pleurer.

– Hier soir, après t'avoir retrouvé… Je suis remonté dans mes appartements. La porte était fracturée. Les coupables sont les deux Ashtars de l'ombre, Dieg'o et Soh'an, spécialisés dans ce genre d'opération. Ils… ils m'ont volé mon chaton… Mon petit Stin à moi… il est ce que j'ai de plus cher après toi…

Embrassant la nuque de son maître bien aimé, Kili'an serra les dents. Stin faisait partie des meubles et ne quittait jamais les appartements aaronesques. Certains bruits de couloir dans Thot indiquaient qu'il avait toujours été là, arrivant dans les bras du septième, et que chacun de ses successeurs l'avait aimé et protégé comme le bien le plus précieux de la création. De nombreuses légendes existaient à son propos, mais aucune n'était réellement complète. Tout ce que Kili'an savait, c'était que l'affection de son maître pour le petit Néko était réelle, et que lorsqu'il était lui-même en mission à l'autre bout de la galaxie, c'était dans ses poils bleu électrique que l'Aar'on passait ses doigts en attendant le retour de son bien aimé.

– Je te le ramènerai, je te le promets.

Après avoir scellé sa promesse de la plus pure des manières en caressant du bout des doigts les joues de son Dieu vivant et en lui déposant un baiser directement sur les lèvres, Kili'an se redressa et se dirigea vers la sortie. Alors qu'il avait déjà une main posée sur le montant de la porte, la voix faible du brun dans son dos lui transmis ses dernières indications.

– D'après mes informations, ces monstres se sont dirigés vers Camazotz, la lune du sacrifice. Il faut absolument que tu retrouves Stin avant qu'ils ne l'offrent en offrande au Bottel'ron, et que tu me le ramènes immédiatement, c'est un ordre. C'est l'avenir de la Fédération lui-même qui est en jeu. Il ne faut pas que les Ashtars arrivent à leur fin, sans quoi, nous sommes tous condamnés…