« Quand le chaton bleu revêtira sa véritable apparence et retrouvera la mémoire de sa vie passée, son sacrifice permettra à l'incarnation du mal de lui voler son âme et de régner sur Vojolakta, détruisant ainsi l'union sacrée du blond et du brun. »

Telle était la véritable prophétie du félin unique en son genre. Si de nombreuses versions faussées de cette divination ont circulé à travers les âges, il fallut attendre l'ère du quinzième Aar'on pour qu'enfin la vérité ressurgisse des méandres de l'Histoire et apporte avec elle son lot de malheurs et de souffrances.

Émanation du mal le plus pur, le Bottel'ron s'était mis en quête de réaliser cette prédiction. Pour rendre ses souvenirs au chaton aux cheveux bleus, il manipula le Kili'an de l'époque en jouant sur sa candeur et naïveté légendaire, afin qu'il s'en charge en pensant sauver l'univers. Pour lui rendre son apparence d'origine, il avait simplement utilisé une bonne dose de Saint Nutella. Car si le Nutella était Saint, ce n'était pas comme le pensait une croyance ancienne à cause de son goût, mais bel et bien pour son pouvoir capable de rendre sa forme véritable au chaton, à condition naturellement de ne jamais le mélanger avec du cornichon. Parce que le cornichon, ce n'était vraiment pas bon.

Nul ne sut jamais comment le Bottel'ron avait appris qu'il fallait utiliser cet ingrédient divin sur l'animal. Mais il l'avait fait.

Ne restait plus, pour que la prophétie se réalise, à le sacrifier.

Extrait tiré de « L'Histoire de Vojolakta et des Aar'ons – tome 2 » du professeur Mathuz

– Ah, d'accord ! C'est parce que vous l'aviez gavé de Nutella que je l'ai retrouvé en forme humaine et pas chatonne ? Ah mais tout s'explique. Heu, dites, vous voulez pas me détacher que je me tape le poing sur la paume pour faire genre « Euréka, mais oui c'est bien sûr ! » ? Non ? Trop évident que je vais en profiter pour m'échapper et essayer de vous taper ? Ah… Z'êtes pas le grand méchant pour rien, hein. Avec vos sbires, ça aurait marché…

Zotzilaha brillait de sa douce teinte écarlate dans le ciel de Camazotz. Enchaînés, nus et à genoux au sommet de la grande pyramide à degrés, Kili'an et Stin attendaient leur heure l'un à côté de l'autre. Mais là où le chaton tremblait en baissant la tête pour masquer ses yeux humides ainsi que la terreur qui s'était emparé de tout son être, le soldat blond avait relevé le front et fixé le Bottel'ron pendant tout son discours, comme si même la promesse de sa mort prochaine ne l'effrayait pas le moins du monde. Calmement, à contre-jour, le maître des Ashtars avait révélé à ses prisonniers la véritable prophétie, ainsi que son plan pour qu'elle puisse se réaliser. Forcément, s'il pensait pouvoir sauver l'univers, cet idiot de blond ne pouvait pas résister à la tentation de désobéir à l'Aar'on et de faire un peu de tourisme avant de rentrer ! Ses bons sentiments l'avaient perdu et avaient ainsi provoqué la fin du chaton. Telle était le fin mot de l'histoire.

– Enfin… Que le rituel commence ! – proclama le Bottel'ron en levant ses trois bras crochus au ciel. Quand Zotzilaha aura disparu derrière l'horizon et que le Néko aura rendu son dernier souffle, son pouvoir sera à moi et je serais enfin le maître de Vojolakta. Amenez-le-moi sur l'autel.

Ses mains accrochées dans le dos, Kili'an ne put rien faire pour empêcher A'dan de se saisir par les cheveux de son petit chaton qui hurlait puis de le remettre dans les bras de son ignoble maître. Comme depuis sa défaite sur Lug et comme durant tout son transfert vers Camazotz, le blond se sentait parfaitement inutile. Les mains attachées et le corps alourdi par les chaines, il ne pouvait plus compter que sur ses cordes vocales pour agir. Si ainsi devait être sa fin, il n'avait pas peur et l'affronterait courageusement, comme l'avaient fait les nombreux Kili'an avant lui qui avaient connu la mort au combat.

– Quand vous en aurez fini avec Stin et que vous m'ouvrirez le ventre sur votre autel de merde, buvez mon sang, il en vaut la peine.

La phrase était classe. En même temps, l'adolescent avait profité de tout le voyage pour la penser. Parce que quitte à foirer sa mission, au moins voulait-il réussir sa sortie. Malheureusement, le Bottel'ron ne semblait pas l'entendre de cette oreille. Ce fut avec un air presque déçu et même un peu attristé qu'il lui répondit.

– Mais… Il n'a jamais été prévu de te sacrifier dans un rituel, toi. Enfin… cela ne représente aucun intérêt. Certes, on va te tuer, mais si mes soldats t'ont ramené vivant ici, ce n'est pas du tout pour le cérémonial…

– HEIN ? – s'égosilla le blond de surprise. Mais… Pourquoi alors ? Vous allez faire quoi de moi ?

– Te donner en pâture sexuelle à mes meilleurs éléments pour les récompenser de leur fidélité, jusqu'à ce que mort s'ensuive – expliqua posément le Bottel'ron tout en arrachant les chaînes du corps nu de Stin, plaqué sur l'autel. Tu es le chien de garde de l'Aar'on, te faire horriblement souffrir en méprisant ton honneur est la meilleure chose à faire ! Quand on lui rendra ton cadavre souillé par toute mon armée, ce satané brun sera trop abattu et affaibli pour oser se dresser contre moi. Avec un peu de chance, il se tranchera lui-même la gorge pour te rejoindre. Dieg'o, Soh'an… Le prisonnier est à vous. Faites-en ce que bon vous semble, mais surtout, faites-lui mal.

Déglutissant d'effroi, Kili'an secoua fermement la tête. Il connaissait les pratiques sexuelles des Ashtars, et il détestait leur manie de faire leurs propres trous là où il n'y en avait pas encore, plutôt que d'utiliser ceux prévus à cet effet dès l'origine. Il n'eut cependant même pas le temps de se plaindre. À peine le Bottel'ron avait-il donné son signal que ses fidèles soldats se jetèrent sur leur récompense. Enfin, ce qu'ils avaient tant désiré s'offraient à eux. Pour éviter que le Kili'an ne bouge trop, ils lui fracassèrent le crâne contre une marche, puis lièrent uniquement ses poignets et ses mollets, enlevant toutes les autres chaînes qui cachaient la vue sur son magnifique organisme.

Au pied de l'autel sur lequel il n'était pas considéré comme assez glorieux pour se faire sacrifier, il subit les pires sévices de la création. Lorsque Soh'an s'occupait de bruler sa gorge à l'aide de son acide séminal, Dieg'o s'afférait à visiter l'intérieur de ses fesses sacrées. Les parties génitales des Ashtars étaient connues pour leur âpreté, leur taille démesurée et leurs petits particularismes, comme tous ces crochets qui avaient pour but de mieux se fixer au fécondant et de broyer ses organes internes afin de faciliter l'insémination. Dans le milieu, Dieg'o était connu comme « le Laboureur », un surnom affectueux que lui avaient données tous ses partenaires quelques secondes avant de rendre l'âme. Immobilisé les bras au-dessus de sa tête sanguinolente, Kili'an ne put même pas crier. Ce que Soh'an faisait à sa bouche était bien trop douloureux pour cela. Mais il y eut pire. Les deux Ashtars ne pouvaient se satisfaire des voies naturelles. Cela ne correspondait pas à leur façon de s'amuser. Ce cou frémissant, ces petits tétons ambrés pointant naturellement vers le ciel, ce ventre lisse et légèrement musclé, ce nombril rond et innocent qui ressemblait à une porte d'entrée vers les tripes, ces cuisses roses si accueillantes, ces mains douces qui semblaient n'avoir été conçue que pour l'amour… Tout en lui pouvait se pénétrer. Et tant mieux s'il souffrait. Cela ne faisait que rendre plus exquis encore le plaisir de ses partenaires. Les larmes de Kili'an qui se mélangeaient au sang sur son visage, ses hurlements étouffés au fond de sa gorge en pleine liquéfaction, les tremblements et relâchements de ses muscles à chaque nouveau sévices, les battements de son cœur qui s'affolait et semblait prêt à exploser dans sa cage thoracique, ses nerfs à vifs que ses offensants s'amusaient à tirer, écraser et détruire… Tout cela était la plus parfaite des récompenses dont les deux Ashtars n'auraient pu rêver. Et le plus beau dans toute cela était de pouvoir dépecer vivant le plus bel Humain de la création au pied même de leur maître qui en faisait de même avec l'offrande qu'ils leur avaient apportée.

Pour Kili'an, le plus douloureux ne fut ni les coups, ni les griffures, ni son éventrement, ni les brulures causées par la semence qui se rependait dans et sur son corps. Non, c'était d'entendre les cris de souffrance et de perdition de Stin, à deux mètres à peine de lui, sans ne rien pouvoir faire pour le protéger.

Avec un plaisir sadique, le Bottel'ron prenait son temps pour déguster son sacrifié. À peine eut-il posé ses ongles tranchants sur son épiderme que le chaton vit ses cheveux passer du bleu électrique à l'orange le plus vif, symbole de son martyr. À voix basse, tout en caressant doucement chaque recoin de la peau douce et tremblotante de ce corps d'enfant, le maître des Ashtars lui révéla ses plus grands secrets.

Enfin, ils se retrouvaient. Enfin, dans des corps qui n'étaient plus les leurs, ils pouvaient finir ce qu'ils avaient commencé. Enfin, il pourrait lui voler à jamais sa candeur et son innocence, ce pouvoir capable de faire chavirer des mers, de couler des montagnes et de faire sombrer l'Aar'on lui-même.

Stin trembla plus encore. Ses poings et pieds liés à la table du sacrifice, il scruta le ciel aux teintes sombres, mauves et orangées. Abandonné sur le dos, il ne put que clore ses pupilles chargées de peine, revivre encore et encore les souffrances de sa vie passée, et connaître à nouveau les mêmes pulsions de mort. De ses lèvres et de sa langue rêche, le Bottel'ron lui dégusta le ventre, la poitrine, le cou et son innocente marque entre les cuisses qui prouvait qu'il était bien un petit garçon, au bout du compte. De ses doigts râpeux, il lui caressa la joue et les lèvres. Du bout de ses phalanges, il prépara sa bouche et son ventre de chaton à recevoir le poison séminal qui le tuerait de l'intérieur.

– Tu te souviens ?

Oui. Hurlant à l'intérieur et pleurant sur sa dignité, Stin se souvenait de tout. De tous les sévices, de toutes les souffrances, de tout le mal, de toutes les raisons qui l'avaient poussé à supplier le premier Aar'on d'utiliser son Regard sur lui pour le faire chaton et non plus Humain. Il se souvenait. Et rien ne semblait malheureusement en mesure d'empêcher à nouveau l'accomplissement de son funeste destin.

Rien, sauf peut-être l'affection éternelle et sans borne de la force brune.

– AAAAAAAARG, espèce de…

Se tenant le ventre, le Bottel'on put y déceler son sang qui jaillissait tout autour d'une lame d'argent. L'épée de l'Aar'on. Placé juste dans son dos, le Merveilleux avait enfoncé son arme le plus profondément possible. Vêtu de sa ©Végéscratch noire, de sa cape et de son diadème, il affirmait son rang et sa colère. De sa rage, il avait recouvert tout Camazotz, tuant d'un seul coup tous les êtres faibles pris au piège de sa sphère focale. Des éclairs dans les yeux, il murmura la raison évidente de sa soudaine apparition :

– Touche… pas… à… mon… chaton…

Immédiatement, Dieg'o, Soh'an et A'dan se jetèrent sur l'intrus pour protéger leur maître. Ils ne l'atteignirent jamais. Leurs têtes roulèrent toutes trois aux pieds de l'Aar'on et du Bottel'ron, tranchées net par un jeune Humain aux cheveux châtains, aux yeux bleus et aux vêtements violacés. Protégé par une longue cape qui lui recouvrait le corps et couvert d'une légère capuche remontée sur la tête, l'inconnu fit signe de la tête au Merveilleux qu'il lui laissait le maître des Ashtars, puis il se jeta sur le blond qui était en train de rendre l'âme à quelques mètres à peine. Tendrement, il lui caressa son front ensanglanté en lui disant de ne pas bouger, puis s'allongea sur son corps. Ce que les monstres avaient fait, lui seul pouvait le réparer. En sentant cet étrange garçon glisser en lui à travers ses blessures béantes, le blond hurla. La douleur lui avait brisé l'esprit. Le nectar sacré que le jeune Humain déposait en son sein lui brulait les entrailles, mais étrangement, il les réparait tout autant. Retrouvant un brin de souffle, Kili'an murmura une complainte reniflante en tendant le bras vers le brun en plein duel contre son Némésis.

– Mon… Aar'on… S'il me fait l'amour… On pourra avoir une Résonnance… et gagner…

– Reste calme. – ordonna l'autre. Tu n'es pas en état de te donner corps et âme. Fais-lui confiance et laisse-moi te sauver. Je l'ai déjà fait avant y a super longtemps, mais ça avait plutôt bien marché.

Pleurant de rage en constatant son inutilité, Kili'an se laissa faire en serrant ses poings déchirés de toutes parts. Les soins que lui prodiguait le jeune Humain l'apaisaient. Reprenant son calme, il se mira dans ses yeux d'un bleu presque cristallin. Ce visage lui disait quelque chose. Il le connaissait.

– Toi… Tu…Tu es bien l'artiste légendaire qui se cachait sur Kamadeva, non ?

Étonné, son interlocuteur soupira avant de sourire. Il était démasqué.

– En effet… Je suis le Gabri'el, l'ange gardien des Kili'ans réincarnés, sauf quand ils se font zigouiller pendant mes congés ou quand leurs mecs font trop chier. Et j'te retiens, toi. Par ta faute, vu que ton brun a détruit ma planque, j'vais devoir me trouver une nouvelle maison ! C'est malin, ça ! J'te jure, la prochaine fois, j'me crée ma planète à moi, personne viendra me faire chier. Non mais l'autre, aussi, il ne pouvait pas simplement m'envoyer une lettre pour me demander de me pointer s'il avait besoin de mon aide, au lieu de tout faire péter ? En plus, il avait mon adresse, je la lui avais laissée ! Ah ça, il est p'têt « Merveilleux », cet Aar'on, mais il est aussi casse-couilles que les autres dès qu'il s'agit de son blondinet adoré ! Bon, arrête de bouger maintenant. J'te préviens, ça va picoter un peu… Putain que je déteste faire ça en plus… Enfin, c'est un cas d'extrême urgence, et faut bien remettre la machine en marche, et ça passe mieux par là.

– Arrête de râler, et SAUVE MON Kili'an ! – ordonna nerveusement l'Aar'on, toujours aux prises à quelques mètres de là.

– Rho, ça va hein ! – grommela l'artiste en retour. N'empêche que, si je ne m'étais pas amusé à le suivre discrètement au loin sur Lug, ton blond, et si je ne m'étais pas pressé de venir te prévenir que ça partait en couilles, y aurait plus grand monde à sauver à l'heure qu'il est !

– AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAIE ! MES FEEEEEEEEEESSES ! C'TE VIOLENCE !

– Oui, bon… j'ai prévenu que ça piquait un peu, hein. Mais t'en fais pas, demain, tes blessures seront toutes guéries et tu n'auras plus mal nulle part. Sauf au cul. Mais là, j'y peux rien, j'peux pas réparer ce que j'abime moi-même dans le processus.

Les cris de douleur de Kili'an avaient coupé court à la dispute entre les deux alliés. La situation, par ailleurs, était plutôt préoccupante. Loin d'être impressionné, le Bottel'ron avait rendu avec rage coup pour coup à son adversaire, et pouvait bénéficier à présent de l'aide des centaines de milliers de soldats qui accouraient de toute part à son secours par vaisseaux entiers. La situation semblait plus tendue que jamais. Toujours allongé sur l'autel, Stin voguait entre divers états de conscience. L'Aar'on soupira, puis sourit. Il devait utiliser ce pouvoir. C'était la seule et unique chance qu'il avait de sauver tout le monde. Évitant un coup d'estoc, il se glissa dans l'ombre du Bottel'ron et se jeta sur son chaton. Essuyant du bout du pouce son visage larmoyant, il lui prononça quelques paroles réconfortantes.

– C'est fini mon grand. C'est fini, je suis là. Ce monstre ne te fera plus de mal.

Alors que le maître des Ashtars hurlait « NOOOOOOOOOOOON » dans leur direction, l'Aar'on déposa ses lèvres sur celle du félin humanoïde. Pris de surprise, Stin écarquilla les yeux. Ses cheveux se hérissèrent et se teintèrent de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Bleu, rouge, vert, jaune, orange, violet et rose… même son visage passa par tous les pigments. La langue du brun était douce et agréable. Quelque chose d'étrange se passait en lui. Son cœur battait à exploser. Son esprit ne ressentait plus rien qu'un étrange apaisement. Tout autour de lui, des vents violents balayèrent les lieux. Un tremblement de terre fendit la pyramide en son centre. Fermant les yeux, il se vit redevenir un simple petit chaton dormant dans les bras de son propriétaire. Il se sentait bien.

En la troisième année du règne du quinzième Aar'on, connu sous l'épithète de « Merveilleux », Camazotz, la quinzième lune de Zotzilaha, quinzième planète du système Solphéra, disparut dans le néant, pulvérisée par une explosion causée par la libération d'un pouvoir pur et sincère, issu d'un simple baiser.

– Relève-toi, Kili'an. Si pour les autres, tu n'es que mon chien de garde, pour moi, tu es mon étoile, celle autour de laquelle mon univers gravite.

Un genou à terre, le soldat blond avant courbé son dos et sa tête dans l'attente des ordres de son maître. Cela faisait plusieurs semaines que Camazotz avait explosé. Toutes ses blessures avaient fini par cicatriser, et il se sentait enfin prêt à reprendre le cours normal de sa vie et de ses missions. L'ordre de se redresser donné, il s'exécuta et sourit à son Aar'on. Assis sur son trône, le jeune brun caressait tendrement un chaton au pelage bleu électrique qui ronronnait sur ses genoux. Kili'an avait mille questions à lui poser. Il commença par la plus importante.

– Il ne se souvient plus de rien, alors ?

– Non… – soupira le Merveilleux, le visage apaisé. Par mon baiser, j'ai libéré son pouvoir, mais aussi resceller ses souvenirs, comme un ancien et illustre Aar'on, le tout premier d'entre nous, l'avait fait avant moi. Stin est de nouveau en paix avec lui-même, et tant qu'on ne lui donnera pas à manger du Nutella et qu'on ne le mettra pas en contact avec des objets de sa vie passée, il en restera ainsi jusqu'à la fin des temps.

– Mais pourquoi avoir gardé ces machins dans un coffre, alors ? – s'étonna sincèrement le blond.

– Pour qu'aucun Aar'on ne puisse jamais oublier ni pardonner ce qui lui est arrivé, un jou. – répondit calmement le brun. Tout comme lui se souvient de sa vie passée en entrant au contact de ces reliques, nous retrouvons des souvenirs de nos prédécesseurs en en faisant de même. Ce bracelet était un symbole important pour l'Amoureux. Quand Stin le lui a offert, il n'a jamais réussi à s'en séparer.

Calmement, l'Aar'on expliqua à son bien aimé quels sévices le Néko avait subi, à savoir un viol ignoble causé par un simple Humain qui possédait en lui l'âme du Bottel'ron, et raconta comment le premier Aar'on avait juré de le venger et de le protéger jusqu'au fin fond des étoiles. Cette promesse –accompagnant celle de toujours aimer l'âme du Kili'an –, aucun Aar'on n'avait jamais pu s'y soustraire. Quant à la prophétie, elle n'était en réalité qu'un fantasme. Il s'agissait d'une simple mise en garde de la part du premier de tous les bruns adressés à ceux qui viendraient après lui, et rien d'autre. Le temps avait fini par la rendre presque réelle.

– C'est quand même triste que Stin soit enfermé dans ces appartements comme un animal en cage, même si c'est pour son propre bien… – regretta le blond. Il est super, agile, marrant, doué au combat, très bon espion, gentil et tout… En plus, la force qu'il cache en lui, mais wahou quoi ! Il tremble, une lune explose, moi je dis que ça nous serait utile dans notre combat… Il a des aptitudes de malades, on ne pourrait pas imaginer le laisser sortir un peu ?

– Non, malheureusement… – confessa avec tristesse le Merveilleux. Ses larmes seraient capables de faire s'éteindre des étoiles et quiconque le violerait pourrait déclencher une catastrophe. Il est hors de question de le laisser traîner trop longtemps avec un Kili'an, c'est bien trop dangereux ! Les blonds sont bien trop lubriques et pourraient avoir une bien mauvaise influence sur lui. En tout cas, aAucun de mes prédécesseurs n'a osé. Toi et lui êtes les deux faces chéries du cœur de l'Aar'on. Vous ne pouvez mener votre destinée ensemble. Quand l'une apparait, l'autre est nécessairement plongé dans son ombre. Et tu es mon soleil éternel.

Déçu, Kili'an expira du nez tout l'air de ses poumons. Lui, il adorait Stin, et il voulait encore jouer avec sous sa forme humanoïde. C'était assez injuste de le priver ainsi d'un merveilleux compagnon. Mais devant cette décision, il ne pouvait que courber l'échine. Il en allait de la sécurité de Vojolakta. D'ailleurs, à ce sujet, il y avait des sujets urgents à traiter. Si des milliers d'Ashtars et les tous derniers Kichés avaient péri sur la surface de Camazotz, le Bottel'ron, lui, avait survécu, et projetait déjà de se venger. L'incident n'avait été au final qu'un simple remous dans une mer bien agitée et ne représentait malheureusement pas le tournant tant attendu de cette bien trop longue guerre.

– Qu'attends-tu de moi, maintenant ? – demanda Kili'an. Quel est notre prochain objectif ?

– Je vais bientôt lancer l'assaut sur Solphéra. – songea le brun à voix haute. Même si cette bataille dure des dizaines d'années, libérer nos amis Kekchis est la quête que je me suis promis de réaliser avant de laisser ma place à un nouvel Aar'on, en espérant qu'un jour ils intègrent la Fédération. Et je n'y arriverai jamais sans toi. J'ai fait réparer ton robot. Vous partez tous les deux à la première heure sur Yum, mener une mission d'infiltration. Là, vous commettrez quelques attentats, aiderez les rebelles pour que leur révolte devienne ingérable et analyserez les forces en présence avant de revenir me faire votre rapport. Va, mon bien aimé. L'avenir de Vojolakta repose sur tes épaules.

Bien décidé à obéir à cet ordre et à libérer Solphéra, Kili'an redressa le col de sa nouvelle ©Végéscratch verte et acquiesça. Il se mettait en route immédiatement et ne reviendrait pas avant d'avoir trouvé les clés pour anéantir la menace Ashtars de ce système. En partant, il se retourna. Il avait une dernière petite question qu'il avait oublié de poser à adresser à son brun.

– Au fait, et Gabri'el ? Il est passé où ?

Un sourire aux lèvres, l'Aar'on caressa à nouveau son chaton, puis répondit :

– Il est parti en urgence vers Ahequet. Il m'a expliqué devoir vérifier quelque chose qui a un rapport avec le grand flux blond et brun. Ensuite, il a prévu de se rendre en Solissacar, à la recherche d'un astéroïde ou deux qu'il pourrait aménager pour y faire son nid. À notre différence, il ne se réincarne jamais. L'éternité doit lui sembler parfois un peu longue, mais c'est un artiste de talent. Je lui ai commandé de nouveaux dessins de toi pour ma prochaine exposition, il a hâte de les faire, dès que tu rentreras de mission.

Souriant, Kili'an ferma la porte derrière lui. Lui aussi avait hâte.

Fin.