Règle numéro quatre de l'Aar'on modèle : L'Aar'on se doit d'être toujours capable de prendre des décisions. C'est à lui qu'incombe la direction de Vojolakta et le maintien de l'ordre dans sa couche. Tous les faits importants doivent ainsi être validés par sa brune personne.

Dans le cadre de l'amour absolu qu'il porte à son Aar'on, les seules libertés décisionnelles accordées au Kili'an sont celles de le gâter, de le masser, de lui faire des bisous et de bouder (reconnu comme un droit incompressible du Kili'an par la convention collective qui le lie à son Aar'on), même si l'Aar'on a le droit de se venger avec une fessée.

Règle numéro quatre bis de l'Aar'on modèle : NON, ce n'est pas au Kili'an de décider ce qu'on regarde le soir à la télé ! À la limite, on peut chercher un consensus histoire de ne pas le frustrer, mais lui céder à chaque fois est un signe de mauvaise éducation. Et non, ce n'est pas lui non plus qui choisit la composition du menu du diner ! Ou alors, c'est lui qui fait à bouffer, mais sinon, il se tait et il mange.

Extrait tiré du guide de bon comportement à l'usage des Aar'ons en devenir du précepteur Mathuz

De loin, Muan ressemblait à un paradis. Ciel toujours bleu parcouru ici et là par quelques nuages volatiles, climat doux et agréable, lagons cristallins, plages de sable multicolore et nombreuses steppes recouvertes d'herbe hautes jaunes, vertes et orangées, cette petite lune orbitant autour de Yum était tout simplement magnifique. Pourtant, malgré toutes ses qualités et une flore diversifiée, sa faune était plutôt basique et se composait de deux types d'animaux : d'un côté les légers qui se laissaient porter dans les airs au grès des bourrasques tel l'adorable Muanolatouche, petit rongeur volant trop mignon de l'autre, les lourds, solidement ancrés dans le sol et résistant aux pires des tempêtes, comme le fameux Loxodontamuan. Ne pouvant se déplacer librement, cette bestiole de plus de vingt tonnes se nourrissait principalement de ce qui passait à portée de sa trompe, notamment les pauvres Muanolatouches ainsi que les petits blonds. Petite particularité culinaire des Loxodontamuans : ils préféraient toujours commencer leur repas par les entrailles de leurs victimes sans attaquer la chair externe. Ce prodige était rendu possible par l'intrusion de leurs appendices naseaux – pourvus d'une langue et de dents – par les voix naturelles de leur casse-croute. Si, lorsqu'ils s'en prenaient aux Muanolatouches, c'était assez sale, cela produisait au contraire des sons rigolos lorsque c'étaient au tour des blonds de se faire déguster de l'intérieur.

– Aaaaaaaaaah, putaiiiiiiiiin, ça chatouiiiiille ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah

– Prends des notes, Aar'on… – intima Éduan. C'est exactement comme cela qu'il faut faire pour satisfaire un Kili'an ! Reproduis la même chose avec tes propres attributs et, crois-moi, tu connaîtras la plus belle des Résonnances.

– Aaaaaaaaaaah – fit le blond.

– Ah oui, je vois… – acquiesça le brun, fasciné. Mais il va y avoir un problème, non ?

– Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah – continua le blond.

– Lequel ? – demanda le Galos, inquiet.

– Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah – poursuivit le blond.

– Baaaaaaah, mon nez est quand-même vachement plus petit et rond que celui de cette bestiole, non ? – expliqua l'Aar'on. Du coup, je ne suis pas sûr que ça fasse le même effet. Enfin, j'veux bien essayer, hein, mais faudra pas râler si après, il est déçu et il boude…

– AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH – hurla le blond.

– Bon, Kili'an, arrête ! – ordonna son maître. J'ai bien compris que Monsieur le Loxodontamuan était un meilleur partenaire que moi, mais là, à t'égosiller comme ça, tu nous fais honte. Regarde, le pauvre Éduan ! Il est en train de chialer le bec dans ses pattes !

– Aaaaaaah – chuchota le blond, obéissant.

– JE NE CHIALLE PAS À CAUSE DE ÇA ! – nia la fière monture. Je chiale parce que tu es l'Aar'on le plus con et pathétique de la création ! Même si je te faisais un dessin, tu ne serais pas foutu de comprendre ! Quand je pense que j'ai fait exprès de pousser ton Kili'an en direction de ce Loxodontamuan dès que je l'ai vu en me disant que cela te ferait un parfait exemple…

– AAAAAAAAAAAAH – reprit le blond, après un nouvel assaut aussi profond qu'inattendu. Enfoiré ! Tu m'as sacrif… Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah

Honteux, l'adolescent aux cheveux noirs s'excusa en baissant la tête et en tapotant le bout de ses deux index l'un contre l'autre.

– Ah… Bah oui, mais c'est pas facile pour moi non plus, hein… J'aimerais bien combler mon Kili'an aussi, j'te jure… Moi, si on m'explique pas tout, j'peux pas savoir… Bon, après, euh, soyons positifs. Ce petit intermède aura permis à mon bichon de s'amuser un peu, et c'est le plus important ! Surtout avec la quête qui nous attend, ça ne peut que lui faire du bien !

– AAAAAAAAAAAAAH – contesta le blond. Je m'amuse pas, connard, j'me fais bouffer ! Aaah ! Mais venez m'aider, putain, il attaque l'estomac, là !

Vu comme ça, la main délicatement posée sur le menton, le jeune brun dut bien se rendre à l'évidence : son amoureux affichait une légère et imperceptible crispation sur le visage, trahissant peut-être une légère douleur intestinale. Mais cela restait encore à démontrer. Enfin, ils n'avaient pas non plus toute la vie devant eux. Solphéra devait être libéré avant minuit, il en allait de la survie de Vojolakta. L'affirmation, presque mystique, provoqua l'étonnement d'Éduan.

– Pourquoi minuit ?

– Bah, parce qu'après, mon bichon, s'il n'a pas ses huit heures de sommeil quotidien, il est désagréable toute la journée suivante, et après, c'est en tapant sur mes fesses qu'il se venge, et pour un Aar'on, ça le fait trop pas. Du coup, j'aimerais bien qu'il se couche tôt et donc qu'en en finisse rapidement. J'pense que c'est légitime !

– Aaaah – grogna et pleurnicha le blond, à bout de force. J'veux pas mouriiiir en brochette !

Ainsi était Muan, un paradis vu de loin, mais un véritable enfer pour les adolescents un peu trop appétissants. Surtout, ses vents ultra-violents de plusieurs centaines de kilomètres heure rendaient la vie désagréable aux organismes peu adaptés. Certes, les organismes volants pouvaient se servir des nombreux courants pour se déplacer à toutes vitesses sans efforts, mais pour les autres, l'énergie à déployer pour rester sur place était considérable. Et on ne parlait même pas du budget gel dans les cheveux, seule arme permettant de ne pas finir avec un air complètement stupide.

Pour les Kekchis, Muan n'était que l'une de deux lunes de leur planète Yum et, de loin, ils préféraient sa voisine Yaxche, royaume des arbres gigantesques et des hôtels de luxe, pour passer leurs vacances. En temps de paix, en tout cas. Car depuis que les Ashtars dominaient leur système, Muan était devenu le siège du gouvernement local en exil. Les sbires du Bottel'ron, peu à l'aise dans un environnement trop venté qui desséchait leur peau, avaient bien du mal à y écraser toutes formes de rébellion. Pour le jeune Aar'on, la libération de Solphéra devait partir de ce magnifique petit caillou multicolore. C'était la raison pour laquelle, accompagné de son Kili'an bien aimé et du fidèle Éduan, il s'y était posé en priorité. Il fallait commencer par fédérer les résistants avant de laisser son armée se taper le reste du travail. D'ailleurs, il en était persuadé, cette bataille de Muan serait l'évènement le plus important de son règne. Là, à dos de Galos et avec un blond boudeur collé à ses omoplates, il écrirait sa légende, celle du plus merveilleux de tous les Aar'ons depuis le septième. Rien que d'y penser, il affichait un air particulièrement niais et débile.

– Bon, il nous faut rejoindre le champ de bataille au plus vite ! – rappela Éduan. On a perdu beaucoup de temps avec cette histoire de Loxodontamuan. D'ailleurs, je n'imaginai pas qu'il serait si long de recoudre le blond ! Enfin, les Kekchis attendent notre aide au plus vite. Heureusement qu'on leur a déjà envoyé notre armée. Nos hommes doivent déjà être sur place. Je suis sûr que, dès qu'ils verront apparaître l'Aar'on et son Kili'an, les soldats seront galvanisés et la victoire sera nôtre.

Si le brun était tout à fait d'accord avec cette analyse, ce n'était pas forcément le cas de son bien-aimé. Lui, la guerre, il en avait déjà marre. Là, il n'avait qu'une seule envie : retourner sur Thot se pieuter devant un bon dessin animé. Avec la petite mésaventure qui venait de lui arriver, forcément, il n'avait plus trop le goût de l'aventure. Pour le coup, à l'instant même où le Loxodontamuan, repu, l'avait relâché, il s'était jeté sur son Aa'on pour l'engueuler tout en essayant de retenir de la paume ce qui lui restait d'entrailles. Et que lui avait fait cet idiot de treizième pour s'excuser de l'avoir laissé souffrir aussi injustement ? Un bisou sur le bout du nez ! Un simple et ridicule bisou sur le bout du nez, en affichant un sourire complètement stupide et ravi ! Là, Kili'an avait retenu ses larmes et sa main droite, qui n'était pas passée loin de s'écraser sur la joue de son stupide amant. Avant de l'enlever de son entre jambe, il préférait quand même attendre qu'on le recouse un peu. Problème : après avoir été soigné, il avait simplement oublié pourquoi il était fâché. Enfin, ce n'était pas non plus comme si son cerveau pouvait stocker trop d'informations en même temps, et là, on venait de le gaver de détails inutiles à propos du plan d'attaque dont il n'avait strictement rien à faire. Ce ne fut donc que sur le dos d'Éduan, les bras accrochés au ventre de son brun, qu'il se rappela pourquoi il était censé faire la tête. Son Aar'on était complétement pourri. Et il n'existait même pas de service après ventre pour le changer !

– Un bisou ! Un simple bisou ! J'ai failli y passer, j'étais à deux doigts de crever, et l'autre, il me fait un bisou ! Ah, elle est bien gouvernée la Fédération ! J'te jure, j'pense sérieusement à retourner me faire congeler dans l'attente du prochain, parce que toi, c'est vraiment pas possible !

Un peu vexé, le treizième grommela. De une, il était faux de dire que son Kili'an était passé à deux doigts de mourir. À son avis, un seul doigt de Loxodontamuan aurait largement suffit. De deux, il faisait de son mieux, vraiment, mais il ne se sentait pas vraiment aidé. Rien que là, alors qu'ils volaient sur le dos d'Éduan à deux kilomètres d'altitude et subissaient des vents ultra violents, une troupe d'Ashtars ailés les avaient pris en chasse. Il avait besoin de se concentrer et de réfléchir, et certainement pas que son blond lui pique une crise. Ça allait, à la fin ! C'était quand même lui, l'Aar'on ! Il méritait un peu de respect ! Et il s'était laissé marcher sur les pieds trop longtemps. Son Kili'an allait voir ce qu'il allait voir.

– EH ! C'est moi le chef, ok mon bichon ? Alors maintenant, arrête de râler, où je ne te masserai pas les pieds ce soir ! C'est clair ?

Là, le brun était fier de lui. Pour la première fois en deux ans, il arrivait à faire preuve d'autorité ! Il avait la classe. Ça lui plaisait même pas mal, en fait. Il sentait son sang bouillir, comme si toute sa ligné l'encourageait. Ah ça, le Kili'an la ramenait moins, d'un seul coup ! Il ne l'entendait plus braire ! En réalité, il ne le sentait même plus contre ses hanches. C'était comme s'il avait complètement disparu. Pris d'un ignoble doute et d'une crainte monstre, le treizième tourna sa tête vers l'arrière. Ce qu'il vit lui glaça le sang. À la place de Kili'an… rien ! Son amant s'était réellement volatilisé.

– Mais… MON BLOND PUTAIN ? Éduan, t'aurais pas vu mon blond ? Me dit pas que les Ashtars l'ont touché quand même !

– Non, non ! – énonça calmement le Galos. Il a juste sauté par lui-même, au moment où tu parlais de ne pas caresser ses petits petons. Je crois qu'il l'a mal pris… Caractériel, hein ? Là, il doit être en train de bouder deux milles mètres plus bas, dans l'océan, s'il est toujours en vie. Bon, on fait quoi ? J'veux bien faire un détour pour aller le repêcher, mais on risque d'arriver en retard à la bataille. À toi de voir…

– ON VA CHERCHER MON BICHON ! JE VEUX MON BICHON !

– Rha… – rouspéta la monture. D'accord, d'accord, mais par pitié, arrête de faire ton Kili'an ! Un, c'est déjà insupportable, alors deux, j'vais pas tenir…

Changeant de cap, le fier Galos plongea vers la mer telle une fusée, histoire de semer ses poursuivants. Effleurant les eaux, lui et son passager se mirent à la recherche de quelques bulles d'air, trahissant sans doute la présence d'un blondinet frustré juste en dessous. Après plusieurs minutes particulièrement tendues, ils finirent par en retrouver la trace, sur un ilot voisin. Complètement détrempé, Kili'an s'était tiré hors des flots et marchait d'un pas décidé sur la plage en serrant les poignets menton levé. Toisant avec dédain le Krab qui l'habitait – les Krabs étaient une gigantesque espèce locale à carapace et à grosses pinces qui leur servaient à se fixer dans le sol et à maintenir leurs partenaires sexuels pendant l'accouplement –, il poursuivit sa route. En plus, pieds nus, il se déchirait la voute plantaire sur le sable brulant. Tout ça à cause de ce stupide Aar'on qui ne voulait pas les lui embrasser ! Il y avait de quoi être réellement et sincèrement furieux. Lui, en tout cas, ne faisait pas semblant ! Même les supplications du brun qui, à genoux, s'était jeté à ses mollets pour s'excuser ne suffirent pas à le calmer et à la détourner de sa route. Ce ne fut qu'au bout d'une dizaine de tours – l'île ne faisait qu'une petite centaine de mètres de circonférence – à repasser devant le brun et le Galos qu'il accepta le principe d'un protocole de paix et de sortie de bouderie. En échange de sa promesse d'arrêter de faire la tronche et de retourner au combat, il exigeait un massage quotidien de ses doigts de pieds, le droit d'aller faire pipi quand il en avait envie, un supplément de sauce à Nutella pour accompagner ses frittes ainsi que la pleine propriété de la télécommande pour choisir quoi regarder à la télé. Sur ce point, l'Aar'on se montra hésitant. Mathuz lui avait quand même souvent répété de ne jamais céder devant ce type de caprices, sans quoi toute sa légitimité serait anéantie. À la place, il proposa un principe de gâterie réciproque, que le jeune blond balaya du plat de la main : il prendrait la télécommande et la gâterie non-réciproque, et c'était son dernier mot. Satisfait de l'avancée des débats, le brun accepta de signer le traité en l'état, sans bien comprendre pourquoi Éduan se tapait fortement le crâne de désespoir sur le seul arbre du minuscule îlot.

– Tu vois mon bichon, c'est le problème avec les gens trop sérieux, ils voient toujours le négatif et ne regardent jamais plus loin que le bout de leur museau. Certes, j'ai consenti de lourds sacrifices, mais j'ai récupéré ton amour, et ça, pour le bien de Vojolakta, c'est le plus important et… Tu m'écoutes ? Non, sérieux, t'es obligé de copuler avec le seul Krab du coin pendant que je parle ? C'est blessant à la longue.

– Mais… c'est pas ma faute, ses pinces m'excitent ! Elles sont toutes douces ! Oh oui, t'es un gentil Krab, toi, hein ? Tu aimes quand je te lèche la pince, hein ? AIIIIE ! Aar'on ! Il… il.. il m'a pincé ! J'ai bobo !

Un sauvetage de petit blond au visage grimaçant recouvert de larmes plus tard, les trois compagnons reprirent la route. Ils avaient certes emmagasiné un sacré retard sur leur emploi du temps, mais tout n'était pas perdu. En se bougeant un peu, ils pouvaient arriver avant la fin des hostilités et éviter l'hécatombe injuste de centaines de pauvres Kekchis innocents sacrifiés sur l'autel de la haine, comme de simples Vashs masculines émasculées. Après plusieurs heures de vol, ils se posèrent non loin du principal champ de bataille de Muan, là où les rebelles avaient concentré toutes leurs forces pour venir au bout de la menace Ashtar. De l'avis du Bottel'ron, commandant en chef des forces Soljaminiène, c'était plutôt commode : cela permettait à ses soldats de massacrer dans le tas sans trop faire attention au pourquoi du comment. La tâche de diriger son armée n'avait étrangement pas été confié à un membre de son espèce, mais à un Avs, traître à sa cause et à son peuple, un certain Jar'no.

Toujours vêtu de rouge, l'Âminêtre, avait pacifiquement combattu le douzième sur le terrain politique pendant des années avant de se rendre compte que ses semblables, soumis à la force brune sans même le réaliser, ne le suivraient jamais de leur plein gré. À ses yeux, la guerre contre les Ashtars était une stupidité bien trop destructrice, et les siens avaient tout intérêt à signer la paix, fusse-t-elle séparée de l'Humanité. Les jeux politiques au sein de la Fédération avait rendu ce projet impossible. Véritable esthète et doté d'une grande culture et sagesse, Jar'no avait alors décidé de ressusciter l'anti-humanité, un groupuscule officiellement disparu sous le dixième Aar'on. À la tête de l'organisation, il avait fédéré à ses côtés tous ceux qui souhaitaient la chute de la lignée brune, pour qu'enfin une alternative moins meurtrière puisse être envisagée. Autant le dire directement, il n'était pas du tout le bienvenu aux partouzes diplomatiques, mais vraiment pas du tout. Par contre, le Bottel'ron avait rapidement compris qu'il avait tout intérêt à s'en faire un allié ! Un Av luttant contre la Fédération, c'était une excellente idée pour semer la zizanie dans les rangs de ses adversaires, avant de s'en doute s'en débarrasser d'une manière ou d'une autre. Pas dupe, Jar'no avait accepté de se rapprocher de ces monstres en espérant pouvoir, un jour, profiter de sa position particulière pour négocier la paix pour les siens tout en sauvant sa peau. Il n'y avait pas à dire, il était plutôt malin. En attendant, il massacrait du Kekchi et du soldat Humain, et il s'y prenait plutôt bien.

Dès qu'il le vit sur le champ de bataille, l'Aar'on grinça les dents. Encore un nouvel ennemi ! Comme s'il n'avait pas déjà assez de problème à l'intérieur avec son bien aimé aux cheveux dorés pour gérer ceux qui contestait son pouvoir et sa grandeur de l'extérieur. Avec une certaine arrogance, il laissa exploser son Vortication et somma l'Av de se rendre :

– Abandonne, Jar'no, tu n'as aucune chance. Tu ne peux pas lutter contre l'alliance du blond et du brun.

Un peu étonné, l'antihumain s'arrêta de bouger quelques instants. Même s'il ne se prenait pas pour le dieu des mathématiques, il savait normalement compter. Un brun, ça s'était bon, il l'avait juste devant lui. Par contre, le blond, il avait du mal à le voir.

– Heu, il est où, ton Kili'an ?

Un peu gêné, l'Aar'on se gratta l'arrière du crâne. Même si ce n'était pas très glorieux, il avait une très bonne explication à cette anomalie quantique. Voyant que son adversaire s'impatientait, il la bégaya :

– Bah, en fait, il avait envie de faire pipi… Donc on l'a laissé un peu à l'écart pour qu'il se soulage. Mais promis, il va arriver, hein ! Et ensuite, on va t'exploser la tronche, ça c'est sûr ! Mais voilà, quoi… J'voulais pas le frustrer, après, quand il a la vessie pleine, il est de mauvaise humeur…

Effaré, Jar'no plongea ses yeux dans une de ses nombreuses paumes et ordonna à son armée d'attaquer les maigres troupes venues en renfort des Kekchis. Très rapidement, l'Aar'on se retrouva submergé et s'effondra, blessé de toutes parts, aux pieds de l'antihumain. La voix grinçante, il lui attrapa la jambe et le fusilla des yeux.

– Mon… Mon Kili'an me vengera…

– Rho, ça va… – souffla Jar'no. T'es pas encore mort, hein ! Tu penses bien qu'entre te tuer à la guerre comme une larve ou t'exécuter avec les froufrous, l'orchestre et toutes les mondanités lors d'une cérémonie retransmise en directe partout dans l'univers, on va plutôt choisir la seconde. Donc rassure-toi, je ne vais pas te tuer tout de suite.

– Ouais ! – confirma d'un air particulièrement sarcastique le blond, de retour de sa petite commission, C'est aussi ce que m'a dit Éduan. D'après lui, le Bottel'ron te veut vivant, histoire de marquer les esprits et tout ça ! Du coup, tu crois que si je m'y prends assez vite pour réserver, j'pourrais avoir une bonne place ? Non parce que bon, la dernière fois qu'un Aar'on s'est fait exécuter publiquement, c'était sous le sixième ! C'est un truc encore plus rare que mes orgasmes ! Ah, d'ailleurs, à ce sujet, toujours d'après Éduan, si une fois dans ta vie, tu m'en donnais un, là, on pourrait p'têt avoir une Résonnance, et du coup te libérer. J'dis ça, j'dis rien, hein… Mais bon, si monsieur l'antihumain était d'accord, on pourrait p'têt essayer… Enfin, j'm'en fous, moi, hein… c'est pour toi et Vojolakta que j'dis ça… Moi, après, j'me suis fait un très bon pote Krab qui m'a laissé ses coordonnés tout à l'heure. Même s'il est un peu violent, il a une de ces pinces…

Particulièrement intrigué, Jar'no dévisagea cet étrange adolescent. S'il avait déjà entendu parler de ce duo où la logique semblait inversée et où le Kili'an était particulièrement insolent et n'en faisait qu'à sa tête, il ne s'imaginait pas que c'était à ce point-là. Piqué par la curiosité, il détacha l'Aar'on. Il avait une folle envie de voir ce que l'union de ces deux-là pouvait bien donner, et tant pis si cela lui causait des problèmes ou pire, sa défaite. Son esprit scientifique le poussait à autoriser l'expérience.

Conscient que l'avenir de Vojolakta se jouait à cet instant précis, l'Aar'on prit sa plus grande inspiration et se lança à l'assaut de son plus grand défi : faire jouir le garçon qu'il aimait.

Bon, ce fut un échec particulièrement cuisant. Après avoir dû s'y reprendre à six reprises pour trouver son chemin, il avait subi une malencontreuse panne érectile. Certes, c'était des choses qui pouvaient arriver à tout le monde, mais là, cela avait causé l'énervement de son Kili'an qui tapotait nerveusement du doigt sur le sol en soutenant sa tête de son autre main. Après quelques essais supplémentaires, le brun arriva enfin à trouver son rythme. Au seuil de la Résonnance, l'émotion qui avait parcouru son corps avait été tellement intense qu'il ne mit que cinq secondes à conclure, ce qui lui avait valu les foudres de son partenaire :

– PUTAIN ! MAIS C'EST PAS POSSIBLE ! IL VEUT ME FAIRE CHIALLER, CE CON ! J'AI JAMAIS VU ÇA ! EN DOUZE RÉINCARNATION, APRES AVOIR COUCHÉ AVEC LA MOITIÉ DE CE QUE VOJOLAKTA AVAIT DE MEMBRÉ, C'EST LA PREMIERE FOIS QU'ON ME FAIT UN COUP AUSSI FOIREUX !

Ah ça, l'adolescent avait beau ne pas avoir de grands souvenirs de ses vies passées, s'il y avait une chose dont il était sûr et certains, c'est qu'il venait de décrocher le gros lot. La déception était à son comble. Piteux, l'Aar'on s'était reculé et s'était mis à bouder dans un coin. Lui, il avait aimé ça. Même s'il avait été un peu long au démarrage et si la fin avait été un peu précipitée, il avait kiffé. Il ne comprenait pas du tout pourquoi son bichon se mettait en colère comme ça, ni même pourquoi Jar'no se roulait par terre en riant à gorge déployée et en tapant de ses multiples poings sur le sol. Franchement, il ne trouvait pas ça drôle du tout. C'était ses problèmes de couples, à la base, c'était privé et c'était mesquin de s'en moquer, même s'ils impactaient le devenir de toute la galaxie. Là, d'ailleurs, puisque c'était le sujet, la Fédération semblait assez mal barrée. À peine son étreinte avait-elle connue sa pitoyable conclusion que les Ashtars avaient repris leur entreprise de massacre. Sur le champ de bataille, il ne restait presque plus aucun Kekchi ni Humain debout. Il fallait fuir, au plus vite. Heureusement, pour cela, l'Aar'on et son Kili'an purent compter sur Éduan. Resté en arrière-plan pendant toute la bataille, le fier Galos avait profité d'un moment d'hilarité et de distraction de la part de Jar'no pour se jeter sur ses deux compagnons d'aventures et les balancer sur son dos en les attrapant par le bec.

– Partons. Notre assaut est un échec cuisant, il faut se replier au plus vite. Un petit vaisseau de commerce nous attend plus loin. Il ne nous permettra certainement pas de rentrer sur Thot, mais au moins, on devrait trouver une lune ou planète où se planquer en attendant des renforts !