Yoo ! Je sais que ça fait un bail que j'ai pas updaté cette histoire, mais si vous croyiez qu'elle est abandonnée, vous pouvez rêver ! Je m'y accroche encore, et même si je l'écris avec une lenteur extraordinaire, je l'écris quand même ! Bref. Je ne vous fais pas attendre plus longtemps. Bonne lecture !


Le silence s'était fait tout le long du trajet de nuit, jusqu'à ce que le brun décrète qu'il était temps qu'ils fassent une pause pour dormir. Les quatre adultes n'étaient pas particulièrement fatigués, mais c'était déjà un miracle que le plus jeune tienne encore debout. Ils se posèrent alors au beau milieu du désert, veillant à noter leur direction, et Jerry put s'atteler à soigner la blessure du jeune brun, ils se seraient attendus à des hurlements mais il sembla tenir le coup.

La nuit ne fut pas bien longue, à peine deux ou trois heures après leur arrêt, le soleil déjà chaud illumina l'horizon, les éblouissant lorsqu'ils ouvrirent les yeux.

«Aaah! Déjà l'matin? J'ai pas assez dormi moi…» Fit alors Ethan en s'étirant, grimaçant lorsque la douleur de son épaule se rappela à son bon souvenir. Il se récolta des regards surpris. «Bah quoi, j'ai quelque chose sur la figure?» Les adultes s'entre-regardèrent, avant de finalement afficher un sourire soulagé, ils se tournèrent vers leur chef et annoncèrent d'une même voix.

« Non, rien. Bonjour Patron ! »

« Oh, bonjour ! »

Avait-t-il oublié ce qu'il s'était passé la veille? Non. Non il ne pouvait pas oublier, il avait seulement décidé de ne plus y penser, et il avait raison. Les trois tatoués sourirent à nouveau: leur chef avait mûri cette nuit.

Même si, à voir sa moue d'enfant à moitié éveillé, c'était certes assez difficile à croire.

Remontant sur leurs chevaux, ils prirent une minute le temps d'admirer le magnifique paysage qui se dessinait devant eux: un dégradé de doré, d'ocre et une pointe de mauve et de bleu, si on y ajoutait l'air frais du début de matinée réchauffé par le soleil toujours brûlant, c'était certainement le meilleur moment de la journée.

« Ah au fait ! Liz, tu peux détacher Nile. »

« Eh, tu es sûr ? » Fit la rose, surprise. Le brun plongea alors son regard dans celui hébété de l'otage, qui ne l'était plus semblait-il.

« Il ne nous fera pas de coup bas, il n'en a pas l'intérêt. » Il sourit alors, tandis que Nile acquiesça vigoureusement. Il avait raison, cela ne lui servirait à rien de s'en prendre à eux, même que ça ne ferait que l'handicaper d'avantage: il n'avait jamais été quelqu'un de bien fort, ce pourquoi on lui refilait toujours des boulots comme espion, ou plutôt on l'envoyait juste passer devant un gars ou lui servir un café pour savoir de quoi il parle. Alors se retrouver tout seul en plein désert, avec probablement des gars dans la prochaine ville qui n'attendaient que lui pour venger leur patron, très peu pour lui.

Surtout que de ce qu'il avait vu de la nuit dernière, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine admiration pour ce garçon, si jeune et pourtant si brave.

« Bon, si tu l'dis… » Saisissant un couteau de derrière son pantalon, la rose se retourna vers lui et coupa d'un geste rapide les liens qui enserraient les bras de l'homme, tout en appréciant des mouvements dont il avait été privé pendant des heures, il remercia le brun.

« Mais de rien. Dis-moi, Nile… » Le nommé se retourna vers lui, « ça te dirais de…Rejoindre notre Clan? »

« Hein ?! » L'étonnement ne se gêna pas pour se faire entendre, un gars issu d'un clan ennemi, les rejoindre? Ce serait bien une première!

Dans le grand temps des Clans, des années auparavant, tout commençait par un homme ou une femme qui décidait de former sa propre équipe, et partait en voyage pour enrôler d'autres hommes et femmes, mais il y avait une chose qui ne se faisait pas: c'était prendre des hommes qui appartenaient déjà à un Clan. Ces derniers étaient toujours marqués du tatouage montrant leur appartenance, et cette appartenance était à vie, ou du moins, les empêchaient de changer de camp.

D'ailleurs, Nile lui-même devait déjà avoir son propre tatouage des Rodgers, qu'est-ce que le brun comptait faire pour ça?

« Oh, ça? Bah, on a qu'à en faire un nouveau par-dessus ! »

Bon, leur Patron semblait y tenir.

« C'est pas parce qu'on est encore en train de reformer la troupe d'antan qu'on ne peut pas avoir de nouveau membres ! » Avait expliqué simplement le plus jeune.

« On le sait ça, c'est juste que… Ça se fait pas de prendre un gars d'un autre clan, c'est tout… » Malgré ses paroles, Pat ne croyait pas vraiment que leur chef ait comprit.

De son côté, Nile ne savait comment vivre la chose. Intégrer un nouveau Clan? C'était une chance de refaire sa vie, une chance qui ne se représentera certainement pas. Mais de l'autre côté, il se demandait si M. Rodgers ne lui en voudrait pas.

Mais dans ce cas, il lui en voudrait déjà d'être avec eux…

En y pensant, il en douta. Vu la façon dont il était mort, il n'allait pas le blâmer de partir avec celui dont il fut honoré d'avoir comme dernier adversaire, il lui dirait certainement qu'il faisait bien de les suivre, et qu'il devait surveiller que le gamin tienne bien sa promesse. Coupant les autres dans leur discussion passionnée, le torse exagérément gonflé, il annonça la voix grave en fixant droit devant lui.

« Moi, Nile Matthew Dakin, accepte de rejoindre les Swann pour veiller à ce que la promesse faite à mon patron Marx Rodgers soit tenue ! »

Après tout, son patron avait eu le courage de mourir pour leur honneur à tous, alors s'il devait à présent mourir pour ces paroles, il ne le regretterait pas, non. Il ne le regretterait pas.

« Ca me va. Bienvenue chez les Swann, Nile Matthew Dakin ! » Surprit, l'ex-otage perdit sa posture fière et put voir le brun afficher un sourire franc, la main tendue vers lui, n'y croyant qu'à peine, il la saisit.

« M… Merci ! »

Et personne n'eut plus rien à redire là-dessus.

Après quelques heures de cheval notre groupe arriva à Minguard City, où Jerry avait retrouvé un autre ancien membre des Swann.

Minguard City était une ville réputée pour ses marchés et comme région touristique, on disait qu'on pouvait tout y trouver, fruits, légumes exotiques, chevaux pur-sang, bétail, tissus de valeur, bijoux orientaux… Ses habitants étaient de fins commerçants et de rusés négociateurs, il fallait faire attention aux arnaques. Ethan se demanda l'espace d'un instant si un Swann se trouvait vraiment en un tel endroit.

Rapidement, alors qu'ils traversaient l'artère principale, ils se retrouvèrent parmi une telle foule qu'avancer à cheval était mission impossible, à moins qu'o ne veuille prendre le risque d'écraser quelqu'un au passage. Ils laissèrent alors leur montures au soin d'un barman qui semblait de bonne foi et continuèrent leur progression à pied, et au bout d'une demi-heure à jouer du coude, ils se dirent qu'une vie ou deux n'aurait pas été grand-chose par rapport à ce qu'ils vivaient là…

Arriva un moment où Ethan n'en put vraiment plus, il bifurqua dans une petite ruelle déserte et put enfin respirer librement, en profitant pour enlever son manteau qui lui donnait l'impression d'être sur un barbecue.

« Ethan ça va ? » Demanda Jerry.

« Plus ou moins… » Retirant également son haut, le brun put voir ses bandages légèrement tâchés de rouge, pire que la sensation de chaleur et les bousculades, c'était bien sa blessure le brûlant qui le faisait le plus souffrir.

« Tu devrais te reposer, toute cette agitation c'est pas bon pour toi. » Affirma Liz.

« Non ça va. Je peux supporter, c'est que des petites picotements… »

« N'essaie pas de m'arnaquer, avec la tête que tu fais…Tu as mal, et tu vas te reposer à l'auberge. »

« Mais… »

« Pas de mais. On y va. »

Personne n'osa s'opposer à la dresseuse.

Ils rejoignirent alors la plus proche auberge où ils louèrent trois chambres avant de laisser leur Chef se reposer dans l'une d'entre elles.

« Nile, tu reste avec lui le surveiller. » Sans avoir le temps de dire quoi que ce soit, l'homme aux yeux verts vit les trois autres adultes quitter la pièce. Attendez, ils le laisser là, avec leur chef blessé, sans aucune autre forme de sécurité? Ils n'avaient pas peur qu'il fasse quelque chose au brun? Comment pouvaient-ils lui faire assez confiance pour lui léguer une tâche pareille alors qu'ils ne le connaissaient qu'à peine?

Tournant la tête vers le plus jeune, il sursauta devant son expression: un regard enflammé de colère…Accompagné d'une moue presque enfantine d'un jeune garçon n'ayant pas eu son goûter à cause d'une bêtise…

Finalement, il se demanda si c'était vraiment une marque de confiance de le laisser seul avec lui, ou plutôt un meurtre sur sa personne…

Le brun pesta, tandis qu'il observait ses hommes quitter le bâtiment par la fenêtre. Ils devraient avoir honte de traiter leur patron de cette façon! Même si quelque part, la fraicheur et le calme de l'endroit lui firent un grand bien, mais il aurait pu s'en contenter quand ils auraient fini leur recherches!

« Liz…Tu es sûre que c'est prudent de les laisser seuls là-bas ? » Fit Pat, tentant de se faire entendre par-dessus le boucan du marché.

« Je sais qu'il est du genre turbulent, mais là il est blessé, on n'avait pas vraiment le choix, ça aurait pu s'aggraver s'il avait continué avec nous. Et je pense qu'on peut faire confiance à Nile, si Ethan l'a admit parmi nous… » Évidemment, la rose ne faisait que ce qu'elle considérait comme nécessaire, et abandonner le brun dans une auberge en était une, pour elle. Même si, elle devait l'avouer, l'ambiance n'était pas la même sans lui…

Se rappelant de ce pourquoi ils étaient là, elle se retourna vers le colosse.

« Il m'a dit qu'il travaillait au marché, et qu'on l'y trouverait à coup sûr. »

« Ouais bah t'as vu ce monde? On est pas prêts d'y arriver moi j'dis ! » Lança Pat, qui commençait lui aussi à fatiguer. Mais bon Dieu comment faisaient les habitants pour supporter ça tous les jours?

« Dis Pat, » Fit alors la rose, « Tu pourrais pas te surélever histoire de nous dire si tu le repère? Ça nous fera gagner du temps. » Ah tiens, pas si mauvais idée ça. D'un mouvement souple, le trapéziste sauta sur un caisson, puis un rebord de fenêtre pour se retrouver en deux temps trois mouvements sur les toits, sans que personne ne le remarque. Il bougea encore un peu, cherchant un emplacement d'où il pourrait voir un maximum puis se mit à observer, cherchant celui qu'ils étaient venus récupérer.

Au bout d'une bonne demi-heure, que la rose et le colosse avaient passés à poireauter comme de parfaits idiots en bas dans la rue, il finit par apercevoir la personne qu'ils recherchaient…En train de s'enfuir? M'en tout cas il courait vite, parvenant par on-ne-sait quel miracle à se faufiler parmi la masse dense de passants. Le trapéziste sourit en reconnaissant entre mille la tignasse rousse et fit signe à ses deux amis.

« Ils arrive vers vous ! » Soupirant énergiquement, la dresseuse décroisa alors les bras et sortit son fouet en un temps record pour le faire claquer pile devant le roux qu'ils recherchaient, le faisant s'arrêter net.

«Eh bah c'est pas trop tôt, on t'attends depuis une demi-heure!» Fit-elle en saisissant leur ancien ami par le col. Il n'était pas bien grand, avait les cheveux roux un peu longs coiffés en pétard et les yeux noisette clair d'une vivacité proche de l'animal, tandis que ses habits ne payaient pas de mine, et il n'inspirait pas la plus impeccable des propretés non plus. Liz grimaça.

« Rah, non mais tu t'es r'gardé ? Toujours aussi crade ! »

« Oh Lizzie, ça fait longtemps! Comment tu vas depuis le temps? Et toi Jerry, toujours aussi musclé, tu t'entretiens bien! Oh et Pat toujours perché en hauteur, descends par là mon pote ! » Lâcha le petit roux d'une traite.

Il avait été prévenu par le bûcheron qui lui avait passé un coup de fil, mais tout de même, il était sincèrement content de voir ses vieux amis après une si longue séparation. Ça lui rappelait le bon vieux temps… Il se passa une main derrière la tête sous le regard pas commode de la jeune femme: elle avait toujours été à cheval (sans mauvais jeu de mot) sur la santé des membres du clan, et lui qui avait tendance à se laisser aller, il s'en prenait presque systématiquement dans la figure, comme quoi il allait leur refiler la peste, voir la rage, un jour. Et il sentait bien que ça n'était pas prêt de changer, même six ans après.

« Mais dites, il est où le nouveau patron ? »

De son côté, allongé dans le lit, dos au mur, Ethan se contentait d'observer par la fenêtre l'agitation de la ville, tout en appréciant, il devait l'avouer, l'absence de ses bruits. Au final il s'avérait qu'il était plus fatigué qu'il ne l'aurait pensé, et sa blessure à l'épaule, couplée à celle de son dos le faisaient en réalité bien plus souffrir qu'il ne laissait croire.

Lorsqu'il repensa au chérif Ridden, ou Rodgers, son regard carmin se voila. Il éprouvait un étrange sentiment à propos de cette histoire: de la culpabilité, d'avoir ôté un homme à un peuple qui lui faisait confiance; de la peur, de lui-même, de ce que ses mains avaient été capable de faire; mais aussi une certaine fierté, d'en avoir été capable, d'avoir su faire honneur à son père et à son Clan. Mais cela lui restait tout de même en travers de la gorge, même s'il s'efforçait parfois de faire bonne figure devant les autres.

'Un Chef déprimé ne peut que diriger un Clan déprimé. Mais s'il tient bon et continue de sourire, alors les autres suivront et trouveront la force de sourire aussi, à nouveau.'

Il ferma les yeux un instant, les conseils de son père étaient vraiment sages, malgré la tête qu'il faisait parfois en les énonçant. Il pouvait sentir à présent, ne serait-ce qu'un peu mieux, ce qu'il voulait lui dire, au travers de ces simples morales.

Suite à un éternuement raisonnant dans la pièce, le brun se rappela de la présence de Nile avec lui, remarquant au passage le don de ce dernier pour se faire discret. Il se tourna alors vers lui.

« Dis-moi Nile, » Ce dernier sursauta mais, voyant toute trace de colère disparue des pupilles rouges, put se calmer, « Parle-moi un peu de toi; comment tu as rejoint le clan Rodgers, par exemple ! »

« Oh, ça? C'est un sacré souvenir ! » Fit-il alors, souriant. « A l'époque je travaillais dans un bar comme serveur, j'étais encore tout jeune, je devais avoir quoi, vingt ans! Je vivais dans un patelin un peu paumé au milieu du désert -comme beaucoup de monde, j'avoue-, et où il ne se passait jamais rien, l'ennui mortel! Et puis un jour, une bande débarqua, sur leurs beaux pur-sang, et sont entrés dans le saloon avec tous les regards braqués sur eux, comme à chaque fois avec les étrangers. Ils s'étaient assis au comptoir et leur chef, M. Rodgers, avait commandé une soupe au chili, j'm'en souviens encore, le r'gard qu'il m'avait lancé…'Si tu rates cette soupe, je te la ferais rentrer par les oreilles!' qu'ils voulaient dire ses yeux! Pour tout dire j'aimais pas ce genre de gars, ils amenaient que des ennuis! Du coup j'me suis dépêché d'lui faire son dîner, et t'imagine pas le stress quand je l'ai vu prendre la cuillère, j'avais l'impression qu'il posait la main sur la gâchette, le canon pointé sur ma pomme! Une bouchée, deux bouchées…Il avait fini son assiette et pis il m'a regardé et il a dit cette phrase que j'oublierais jamais: "Tit…J'ai jamais mangé une soupe au chili aussi bonne. J'te prends dans mon Clan!". Je l'savais pas encore mais c'était un des plus beaux jours de ma vie… » Il soupira, son récit terminé, et fut surprit en se retournant vers le plus jeune de le retrouver la tête détournée de l'autre côté, ne devinant pas la fou-rire que le brun tentait tant bien que mal de contenir. Pour sûr, il aurait du mal à trouver une excuse aussi…Originale de rejoindre un Clan avant de longs voyages et beaucoup d'expérience! Mais mine de rien cela lui donna une indication sur les talents possibles de Nile: la cuisine! En revanche, s'il ne savait que faire la soupe au chili, il veillerait à avoir des réserves de nourriture comestibles avant de lui demander de faire un essai.

Il n'eut pas le temps de faire le moindre commentaire oral que la porte de la chambre s'ouvrit sur le reste de la bande et…Un gamin roux sans-abri? Du moins ce fut la première impression que fit l'homme au jeune Chef.

« Patron, j'vous présente Jeff Berkeley, alias Jeffy alias le Crados alias… »

« C'est bon tu vas pas sortir tous mes vieux surnoms non plus ! » La rose tiqua, vieux? Ils lui semblaient pourtant encore d'actualité… Pat sourit alors malicieusement, mais poursuivit les présentations.

« Jeffy, j'te présente Ethan Swann, notre nouveau Patron, soit le bambin de notre bon vieux John ! » Les poils du cou du brun se hérissèrent tandis qu'il sifflait au châtain de ne plus l'appeler "bambin", le roux s'étonna alors:

« Quoi, lui? Mais c'est encore qu'un gamin ! »

« Un gamin? Tu t'es r'gardé ?! » S'emporta alors Ethan, l'autre lui répondit alors, agacé.

« Moi c'est pas pareil, j'ai juste l'air plus jeune que je n'suis! Eh ouais monsieur, j'en ai pas l'air mais j'ai vingt-sept ans ! »

Ethan crut tomber des nues.

Vingt-sept ans, ce gars-là? Ne voulant pas y croire, il tourna un regard suppliant aux autres membres qui ne purent qu'acquiescer, prouvant la bonne foi du roux. Le brun se demandait s'il vivrait bien sa nette infériorité de ce côté-là. Lorsque le nouveau venu reprit, enfournant les mains dans ses poches en même temps qu'il s'installait sur le bord du lit et que Jerry prenait soin de refermer la porte derrière eux.

« Bon, soyons sérieux… » Ses yeux noisette perdirent de leur éclat insouciant, « …C'est pas vraiment toi le nouveau patron, avoue ! » Cette fois, c'est toute l'assemblée qui fut affligée par son imbécilité, et surtout son manque de tact, qui visiblement ne fut pas au goût dudit faux Chef…

« Puisque j'te dis qu'c'est bien moi ! » Faisant voler les couvertures, le garçon aux yeux carmin se releva, peut-être un peu trop précipitamment selon Liz, avant de se mettre debout, dos au roux, et d'arracher d'un coup sec les bandages couvrant son dos.

Liz et Jerry purent ainsi revoir ce fameux tatouage, tandis que Pat, Nile mais surtout Jeff restaient ébahis. Là, pour sûr, plus personne ne pouvait contester les dires du brun.

« Attends, tu…Tu t'es pas refait le tatoo du Patron… Tu déconne, hein ? » Plus que du déni envers le fait que le brun était leur nouveau chef, c'était surtout le fait que ce dernier ait eu le courage et la patience de se laisser marquer le dos ainsi qu'il avait du mal à avaler. Un gamin normal ne supporterait jamais quelque chose comme ça, certainement pas…

Se sentant inexplicablement gêné tout d'un coup, le plus jeune se dépêcha de revenir sous ses couvertures, demandant à Jerry de lui remettre ses bandages, qui de toute façon avaient besoin d'être changés. Le roux remarqua également les blessures, ils devaient avoir commencé l'aventure sans lui… Son regard se voila, tandis qu'un silence quelque peu pesant s'installa entre eux, rompu finalement par le nouvel arrivant.

« Ethan. Si Liz a pas pu t'empêcher de reformer les Swann, c'est même pas la peine que j'essaie, et même si je vous rejoins pas ça ne fera que vous affaiblir et vous mettre en danger. » Les yeux carmin se fixèrent sur lui.

« Ce qui veut dire ? »

« Que tu me laisse pas le choix: vous pouvez compter sur moi ! » Cette fois la dresseuse n'ajouta rien, pas même un commentaire. Vraiment…?

« Super, et un gamin à laver tous les jours en plus ! »

« Hey ! »

Non décidément, elle ne pouvait pas s'en empêcher.

Au vu de l'état du plus jeune, notre bande décida de rester en ville pour la nuit, voir les quelques jours à venir, en fonction de l'amélioration de l'état d'Ethan. Et durant la soirée, la chambre si calme quelques heures auparavant fut emplie d'un boucan digne d'un saloon entier: Jerry et Pat buvaient et jouaient aux cartes en criant à tue-tête pour chaque nouveau jeu, Liz et Jeff se crêpaient le chignon littéralement: l'une pour tenter de laver la tignasse de feu et l'autre pour l'en éloigner le plus possible, le tout sous le regard d'un Ethan fatigué et d'un Nile interdit.

Ce ne fut que bien plus tard, vers une heure du matin que chacun daigna rejoindre sa chambre; le colosse et le trapéziste avaient dû faire de la place au rouquin, le brun aux yeux verts resta près du plus jeune et la dresseuse put apprécier rester dans une pièce à elle toute seule. Mais le lendemain, notre bande n'eut pas vraiment droit au réveil auquel elle s'attendait…

« Au feu ! Au feu ! Apportez de l'eau, vite ! » Se réveillant en sursaut, aucun ne tarda bien longtemps à quitter ses couvertures pour se précipiter dehors pour apporter une quelconque aide. Bien que blessé, Ethan insista pour les rejoindre et voir de ses yeux ce qu'il se passait: un étale du marché -déjà ouvert à cette heure matinale- avait inexplicablement prit feu. Jetant un coup d'œil aux alentours, visiblement seul le propriétaire du stand avait été légèrement brûlé. Restait à trouver le coupable; car un incendie comme celui-là ne pouvait être dû qu'à un incident, ça crevait les yeux…

Sortant d'un geste rapide son Black Slash, Ethan parvint à garder la foule éloignée et prévenir tout accident, tandis qu'avec des coups de fouets de Liz alliés aux litres d'eau jetés par les bras puissants de Jerry permirent de rapidement éteindre les flammes.

« Encore eux… » Le brun se retourna vers Jeff. « C'est les Redds… »

« Les Redds ? » Les autres se rapprochèrent. Ils connaissaient relativement pas mal de Clans de part leurs réputations, leur façon de faire particulière et/ou la région où ils s'étaient installés, mais le nom de Redds ne rappelait rien à notre groupe. Le roux serra les dents.

« Vous les connaissez pas, c'est normal, ils viennent de se former…Et ils s'autoproclament les remplaçants des légendaires Flame Saggies ! » Ethan n'en crut pas ses oreilles: les Saggies, l'un des Clans les plus puissants du pays, dissout pour des raisons similaires aux leurs, ne pouvait être simplement remplacé par des amateurs fichant le feu à des stands, même si les flammes était leur élément de prédilection, cela ne voulait rien dire, à moins que…

Au regard que lui adressa le rouquin, il comprit qu'il avait deviné juste, mais…Était-ce seulement possible? Il était sensé être le premier à prendre une telle initiative, alors qu'il découvre qu'un autre en avait fait de même, de plus pour un Clan aussi puissant et réputé…!

« Le leader de ces Redds, je dois le rencontrer…! »

Pour leur aide précieuse, notre petit groupe fut remercié par le propriétaire de l'étale mais aussi par les autres habitants, ils eurent même droit à de belles pommes et du riz gratuits en guise de cadeau. S'installant avec un petit déjeuner copieux, ils laissèrent la parole à Jeffy pour les explications qui s'imposaient.

« Ça fait déjà un petit moment qu'ils sévissent dans le coin, on ne les a encore pas attrapés ni identifiés mais des rumeurs circulent comme quoi ils seraient dirigés par un certain Camus. Et il se trouve que cette sorte de gang ait le Feu comme signature de leurs actes, c'en était de même pour les Saggies… » Énonça-t-il, avant d'être coupé par Liz.

« Attendez, si j'me souviens bien leur chef, Ryan Saggy, avait un fils, je l'ai entendu en parler avec John lorsqu'on les a croisé durant un de nos voyages, avant que Jeffy nous rejoigne…Et il s'appelait Camus… »

« Se pourrait-il que… ? » Commença Pat.

« C'est le fils de l'ancien chef qui a décidé de reformer le Clan de son père ? » Finit Jerry. Dans l'instant, le garçon aux yeux carmin vit fixé sur lui quatre paires d'yeux, comme s'ils attendaient de lui qu'il leur livre il ne avait quelle info sur un plateau.

« Eh oh, c'est pas parce qu'on a décidé de faire la même chose qu'on est forcément pareils et que j'peux comprendre ce qui le motive ! » Aussitôt, toute l'attention lui ayant été porté se détourna pour revenir sur la discussion, lui arrachant un discret soupir. Laissant les autres discuter tactique ou il ne savait trop quoi, le brun se laissa plonger dans ses pensées… ce garçon lui ressemblait-il vraiment? Pour sûr, ils devaient au moins avoir un ou deux points communs, au vu du choix de vie qu'ils avaient fait… Mais il pensait surtout à leur enfance: être le fils d'un grand chef de Clan, c'était particulier, il se doutait qu'ils devraient avoir des choses à se raconter, mais vu la situation, il doutait qu'ils auront l'occasion de discuter tranquillement autour d'une tasse de thé brûlant…

« Ethan ? T'es où ? »

« Hein ? » Il sursauta en se rendant compte que tous le fixait.

« On te demandait ce qu'on allait faire pour ces Redds. »

« Ah ? » Liz sourit, amusée.

« Bah oui, t'as oublié que c'est toi le Patron ? » Le brun fit alors la moue.

« Je m'en souviendrais mieux si vous me montriez du respect un peu plus souvent ! » S'en suivit un ébouriffage de cheveux affectif et quelques rires, avant qu'ils ne reprennent leur sérieux. Le plus jeune fronça un peu les sourcils.

« Ce qu'on va faire ?... On va trouver un moyen de les sortir de leur cachette… »

Il n'aimait pas ça. Non, vraiment, il n'appréciait pas.

Ce n'était pas qu'il avait quelque chose contre leur patron, pas du tout, il le trouvait même sympa et digne de confiance, mais y avait des fois… Des fois où il avait envie de s'arracher la peau et le tatouage des Swann avec. Parce que franchement, le mettre dans une situation pareille c'était abusé.

« Ça va, pas trop mal à la tête Patou ? » Se moqua la rose, à l'autre bout du fil.

« Très drôle Lizzy, vraiment très drôle… »

En fait, le rôle qu'on lui avait confié, soit de surveiller un point de passage dit récurrent -sur les bases des infos recueillies par Jeff- des Redds, incluait qu'il se poste à un endroit pour le moins inconfortable, et pour tout dire…La tête en bas, un peu comme une chauve-souris. Les jambes accrochés à une poutre en bois, ses yeux arrivaient pile poil au niveau de l'ouverture de ce qui semblait être la fenêtre de ce minuscule et trop rempli grenier d'une baraque abandonnée. Ils avaient à peine eu l'espace nécessaire pour installer un téléphone bricolé par Jerry pour pouvoir garder contact. Bien évidemment, étant trapéziste et acrobate émérite, il avait été désigné d'office pour ce poste, et il avait été d'accord de suite, du moins…Jusqu'à qu'il sache qu'il devait rester dans cette position pendant un long, long moment.

« Allez, courage Pat, il faut tenir bon ! » La voix du brun raisonna dans le combiné dans un crissement, montrant qu'il avait quelque peu crié, l'oreille de la dresseuse demeurée non loin de là, il eut droit à une réprimande bien salée.

« Hé vous pourriez pas vous la boucler -ou au moins raccrocher- histoire que j'me fasse pas griller à cause de vos brailleries ? » Le plus jeune s'excusa brièvement avant que le calme ne revienne, au plus grand bonheur des tympans du châtain, déjà qu'il avait le sang qui lui montait fortement à la tête, il n'avait pas besoin d'un facteur migraine en plus.

De leur côté, Jerry et Jeff avaient été chargés de jouer les touristes, restant à trainer dans le coin sans pour autant se faire remarquer, pour pouvoir intercepter leur cible une fois repérée par le sportif. Mais de son côté, le rouquin enviait presque -presque- ce dernier de pouvoir rester peinard dans un coin à l'ombre, alors que lui devait se coltiner une tenue de cowboy trop grande pour lui, sans oublier l'horriblement mémorable toilette que lui avait gentiment fait Liz pour qu'il ne passe pas -plus- pour un sans-abri. Tournant le regard à côté de lui, il ne put que lâcher un soupir; ce n'était pas mieux du côté du colosse: avec sa carrure à faire fuir un taureau, il n'était franchement pas ce qu'on appelait du genre discret. Non mais franchement, il doutait sérieusement que personne ne se soit dit qu'ils étaient deux gars louches qui trainaient un peu trop par là. Mais Ethan ne pensait pas ça.

Confortablement assit dans son lit, le regard par la fenêtre et l'oreille suivant distraitement ce que disait Liz accrochée au combiné du téléphone, le brun se rappela d'un sourire peu rassurant comment il avait berné le roux et le colosse. Il leur avait fait le coup classique du "se déguiser pour passer incognito et prendre l'ennemi par surprise", et les deux pauvres étaient tombés dans le piège!

En vrai, le garçon aux yeux carmin savait parfaitement qu'ils ne pourraient se faire bien discrets, aucun d'eux ne le pouvait, sauf peut-être Pat mais il avait déjà un rôle que lui seul pouvait tenir, alors il avait opté pour ne pas faire plus d'effort que ça dans la tenue et plutôt les faire passer pour "deux gars louches" que tout le monde regarderait d'un œil intrigué, mais dont personne ne se méfierait vraiment.

Oui. En gros, il s'était bien fichu d'eux.

Pat put entendre un lointain rire diabolique derrière la voix de la dresseuse, mais si cela lui fit hausser un sourcil, il préféra ne pas chercher l'origine de ce son à donner des frissons…Où alors confondait-il cela avec les fourmis qu'il sentait partout dans son corps à force de défier la gravité, qui sait…