Une petite réécriture sur le mythe de Sisyphe... :)

Tesla xoxo


Un deux trois quatre cinq six... Sisyphe ploie sous le poids de la pierre mais ne cède pas. Le jour décline mais pas question de s'arrêter. Un pas après l'autre Sisyphe avance, se bat. La pierre pèse de tout son poids sur les épaules écorchées du condamné. Il ne doit pas abandonner, il ne peut pas, la pierre doit arriver au sommet. Il ne peut faire autrement que continuer encore et encore.

Un deux trois quatre cinq... Sisyphe aperçoit enfin le sommet, il est là et pourtant si loin. A chaque pas, le sommet semble s'éloigner. A chaque pas, la douleur vient enserrer les muscles, tétaniser le corps du condamné. Il aimerait s'arrêter, juste un instant, simplement le temps de soulager ses bras, son dos, sa nuque. Mais les dieux, le regardent, l'observent. S'arrêter serait se condamner un peu plus à la souffrance. Alors il avance encore et encore.

Un deux trois quatre... Un pied devant l'autre, Sisyphe courbe l'échine. Son cœur bat. Lui aussi rêverait d'une pause, juste un temps, entre deux battements. Mais son cœur ne s'arrêtera condamné au tic-tac de l'éternité. Le condamné avance au rythme de ce cœur fatigué. La pierre avance, dérape, s'approche enfin de son but.

Un deux trois... Sommet enfin te voilà. Sisyphe pense enfin à son soulagement. Libre enfin libre. Il peut souffler. Appuyé contre sa pierre, il profite de chaque seconde. Chaque inspiration est un soulagement. Les expirations, une libération. Il avait atteint son but. Il pouvait maintenant se reposer pour l'éternité.

Un… Deux… Trois... Non! Attendez! Trop tard. Le sol se déroba sous les pieds du condamné. La pierre roulait, rebondissait sur les obstacles. Elle dévalait la pente sous les yeux anéantis de Sisyphe qui voyait ses efforts brisés. Il aurait voulu la rattraper mais à bout de force, son corps éreinté fut emporté dans le gouffre. Il chuta de la falaise, son corps venait se heurter à la paroi. Sa peau se déchirait sur les roches. Ses mains tentaient de se rattraper à la falaise mais en vain. Son corps s'écrasa violemment sur le sol dans un bruit sourd. Sa tête avait heurté la pierre qui était son fardeau.

Ce n'était qu'un cauchemar, c'était-il dit en revenant à lui. Ce n'était qu'un cauchemar qui serait vite oublié. Il se releva, épousseta ses vêtements, il s'était une fois de plus endormi après une longue soirée où la nourriture et le vin avait coulé à flot. Son estomac se fit alors entendre, la faim le tenaillait, c'était impossible. Son corps encore endormi vint s'appuyer contre une énorme pierre.

Une énorme pierre, Sisyphe se redressa d'un bon comme s'il venait de s'approcher trop près d'un feu. Il regardait autour de lui et son cœur se mit tout à coup à battre fort, trop fort. Il voulait s'échapper de cette poitrine avant de devoir subir une nouvelle fois cette ascension infernale. Une pierre, une montagne et déjà son corps se courbait prêt à subir le poids du supplice.

Un deux trois quatre cinq six... Et voilà que le travail reprenait déjà dans son esprit. Déjà le rythme de l'ascension venait frapper son corps comme le fouet d'un maître sur le corps de son serviteur. Il poussa la pierre et le voilà reparti dans son ascension.

La cause de sa punition en valait-il vraiment la peine? La question le taraudait tout au long de l'ascension comme un second supplice plus douloureux, plus vicieux que le premier. Et ceux, Sisyphe ferait mieux de s'y faire, puisqu'il venait d'en prendre pour l'éternité.


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