Chapitre trente-cinq.

Il est une heure du matin lorsque Garett monte les trois marches de son perron. Au moment où il glisse la clef dans la serrure de la porte d'entrée, du bruit derrière lui le fait se retourner.

« Qui est là ? »

Une silhouette se place au pied de l'escalier. Garett glisse sa main libre à l'arrière de son pantalon pour attraper son revolver lorsque l'ombre use de sa voix.

« Désolé de n'avoir pu garder Jean avec moi. »

Désormais, Garett sait à qui il à affaire et éloigne sa main de son flingue.

« Au contraire, en plaçant Jean à l'agence, tu ne pouvais pas savoir à quel point tu nous as rendu service.

- Vraiment ?

- Oui puisque Stéphane n'est plus de ce monde. »

Plusieurs secondes de silence s'écoulent avant que Michaël reprenne la parole.

« Je ne comprends plus rien.

- Si tu veux, je peux tout t'expliquer autour d'une tasse d'infusion.

- Je veux bien.

- Dans ce cas, viens. »

Garett tourne le dos à son ami afin de lui ouvrir la porte d'entrée. Une fois que c'est fait, le propriétaire entre en premier afin d'allumer le plafonnier. Ensuite, il invite son ami à le suivre et une fois ce dernier dans la demeure, Garett ferme l'issue. Quelques secondes plus tard, ils sont tous les deux dans la cuisine. Alors que l'occupant des lieux prépare des tasses de boissons chaudes, Michaël ose une question.

« Suis-je pardonner ?

- Si ce n'était pas le cas, tu ne serais pas chez moi à l'heure actuelle. »

Suite à cette réponse, Michaël sourit et Garett s'en rend compte lorsqu'il se retourne avec les tasses prêtes dans les mains. Une fois devant le comptoir qui se situe à l'extrémité des meubles de la cuisine, l'homme pose les boissons dessus et se montre silencieux.

« Je suis content de savoir que tout est redevenu comme avant.

- Pourquoi ?

- Parce que je t'aime bien et que tu me plais beaucoup. »

Garett conserve toujours le silence, ce qui n'aide pas celui qui se tient face à lui. D'ailleurs, ce dernier pense avoir fait une erreur et tente de se rattraper.

« Désolé, je n'aurais pas dû dire cela.

- Si car au moins, je sais ce que tu me veux. C'est très gentil et j'aimerai te dire la même chose.

- Et ce n'est pas le cas ?

- Excuse-moi.

- Ne t'inquiète pas. »

Garett s'empare de sa tasse et avale une première gorgée. Alors que le silence s'impose entre les deux hommes, une question traverse l'esprit de l'un d'eux.

« Tu sais avec qui je vais travailler aujourd'hui ?

- Laurence, si je ne me trompe pas. Tu vas tenter de faire passer Benoît de l'autre côté ?

- Oui et j'espère que ce nouveau collier m'aidera. »

En prononçant ces mots, Garett porte les doigts de sa main droite sur le bijou de son collier : Une triquetra en argent.

« Encore un membre et nous devrons nous dire adieu, dit Michaël.

- Pourquoi dis-tu cela ?

- Parce que c'est la vérité. Visiblement, une agence wiccane va naître dans cette ville et à ce moment, tu devras quitter la nôtre.

- Je vois. »

Garett s'accorde quelques secondes pour savoir si cette réalité lui pose problème mais visiblement, aucune douleur lui meurtrit le coeur.

« Tu sais, même si je quitte l'agence, on pourra toujours se voir.

- C'est ce que tu veux ?

- Ben oui. Ce n'est pas parce que nous avons eu un différent que de suite, nous devons cesser de nous voir. »

Cette réponse réchauffe le coeur du plus âge des deux garçons et de suite, celui-ci retrouve son sourire.

« Je comprends mieux pourquoi je craque pour toi. Tu es très distant mais sans le vouloir, tu te montres adorable, surtout au moment où je m'y attendais le moins. »

Cette fois, c'est le propriétaire de la maison qui se met à rougir et ignore quoi dire, une fois de plus.

A l'agence, plusieurs agents sont encore réunis autour de la grande table. N'y pouvant plus, Jérôme ferme son ordinateur portable et s'enfonce dans son siège.

« J'estime que pour cette nuit, cela sera suffisant.

- Monsieur est très vite fatiguée, lui lance Aïda.

- Ce n'est pas ça. Disons que mon quotidien est en train de changer et du coup, j'ai la tête ailleurs .

- Que se passe-t-il ? S'inquiète la femme.

- Ma mère vit chez moi.

- Quoi ? »

Aïda est très surprise par ce qu'elle vient d'entendre et abandonne son occupation première.

« Comment se fait-il qu'elle soit chez toi ?

- Elle a tout perdu du jour au lendemain.

- Vraiment ? »

L'homme hoche positivement de la tête avant de poursuivre.

« Je l'ai ramassé dans la rue alors qu'elle était en train de se prostituer. La voir agir de la sorte fut très difficile pour moi et du coup, je tente de l'aider du mieux que je puisse le faire.

- Et c'est tout à ton honneur. Par contre, elle ne t'avait ps tourné le dos lorsque tu lui avais annoncé que tu ne reprendrais pas son entreprise ?

- Si et je suis sûr que je suis en partie responsable de sa chute.

- Evite d'être trop dur avec toi-même.

- On voit que tu n'es pas dans ma situation Aïda.

- En tout cas, intervient John, tu peux rentrer chez toi si tu le souhaites.

- Merci beaucoup. »

Jérôme se lève de son siège et glisse son ordinateur sous l'un de ses bras. Ensuite, il salut ses collègues avant de se tourner vers l'ascenseur. Une fois parti, Laurence s'adresse à ses amis.

« Christine n'a toujours pas statué au sujet de cette Cécile ?

- Non mais nous devrons connaître son avis dans la journée, lui dit John.

- Si mes dons étaient plus puissants, je lui aurait tiré les vers du nez moi-même. »

Aïda se permet un sourire car elle sait très bien que Laurence l'aurait fait. Néanmoins, une question taraude John.

« Si cette Cécile travaillait avec Stéphane, pourquoi n'est-elle pas connue pour des actes criminels ?

- Très bonne question mais si cela se trouve, cet homme a tenté de jouer avec nous grâce à un mensonge.

- Non Aïda. La salle était placée sous des sorts dont l'un était de vérité, se mêle Laurence. Si jamais notre ennemi agit à la tête d'une agence, il va falloir s'attendre à une éventualité.

- Laquelle ? Demande la femme en tailleur rose.

- Nous chemins risquent de croiser ceux de ses sbires. Pour l'heure, nous avons rencontré le premier mais combien d'agents tournent autour de nous sans que nous le sachions ?

- Personnellement, je ne préfère pas y songer, dit la marocaine.

- Moi non plus, fait savoir John.

- En tout cas, gardons un œil sur cette fille et sur le juge Palminteri. »

Aïda et John sont d'accord avec cette proposition et savent qu'ils vont devoir faire passer l'information au sein de l'agence.

Ne trouvant pas le sommeil, Jean se promène dans la ville. Alors qu'il marche sur un trottoir, la tête baissée, il est loin de se douter de la rencontre qu'il va faire.

« Jean ? »

Le jeune homme lève le visage et tombe nez à nez avec David. Ce dernier semble plutôt content de le voir même si l'heure n'est pas faite pour d'éventuelles rencontres.

« Bonsoir David.

- Bonsoir. Comment vas-tu ?

- Plutôt bien et toi ?

- La routine. Cela te dit de discuter autour d'un verre ?

- Pourquoi pas ? »

Rapidement, David se place aux côtés de Jean et les deux reprennent leur marche.

« Une insomnie ? Demande le supérieur de Garett.

- Oui. J'imagine que c'est la même chose pour toi ?

- Oui. Mon petit-ami n'est pas en ville depuis avant-hier et il ne me donne pas de nouvelles.

- J'ignorais que tu aimais les garçons. Cela nous fait un point commun.

- Tu es célibataire ?

- Ouais mais j'ai des sentiments pour l'un de mes amis. Une personne a su pour nous deux et s'est amusé à le propager. Du coup, il ne veut plus me voir.

- Je suis désolé de l'apprendre.

- Pas grave. Par contre, il serait bien qu'on change de sujet car en parler ne me fais pas que du bien.

- Je comprends.

- Merci. »

Désormais, David doit trouver un autre thème de conversation mais ignore lequel aborder. De plus, Jean se montre très peu bavard, ce qui ne l'aide pas beaucoup.

« Tu as un bar de préférence ? Ose-t-il enfin.

- Non. Il est rare qu'on me propose un verre à cette heure.

- Je m'en doute bien. »

Chapitre trente-six.

Six heures du matin. Alors que le jour se lève sur la ville, la porte d'entrée de la maison de Garett s'ouvre sur ce dernier. Le jeune homme porte une tasse de café dans les mains et voilà que Michaël sort de la demeure à son tour. Ensemble, ils se posent sur la marche supérieure du petit escalier qui mène au perron. D'ailleurs, l'homme tient également une tasse dont s'échappe une fine fumée.

« Merci de m'avoir permis de rester dormir chez toi.

- De rien. »

Alors que Garett porte sa tasse à ses lèvres, une voiture s'arrête devant sa propriété. Avant même que la conductrice sort du véhicule, le propriétaire sait de suite qui vient lui rendre visite. Une fois que la femme se tient devant lui, Garett se montre poli, comme à son habitude.

« Bonjour Laurence.

- Bonjour Garett. »

Ensuite, Laurence s'adresse à Michaël.

« Bonjour Mika. Je suis un peu surprise de te trouver ici.

- J'imagine. En fait, pour ne rien te cacher, j'ai passé la nuit chez notre ami.

- Vraiment ?

- Oui. » Répond le concerné.

La femme ne souhaite pas s'attarder sur cette information car elle estime que ceux qui se tiennent devant elle sont libres de mener leur vie comme bon leur semble.

« Benoît est toujours dans le coin ?

- Oui.

- Très bien. Cela te dérange qu'on le fasse passer de l'autre côté maintenant ?

- Pourquoi ?

- Une exposition sur San Francisco a lieu au centre culturel du centre-ville et je tiens absolument à m'y rendre parmi les premières. »

Pendant ce temps, Dan est installé face à la table rectangulaire de l'agence. Alors qu'il travaille sur son ordinateur portable, l'homme voit Sabine revenir auprès du mobilier, légèrement agacée.

« Un problème ?

- Et comment ! J'ai tenté de joindre Catherine pour obtenir les premières archives et comme par hasard, je tombe sur sa boîte vocale. »

Sabine s'assoit sur son siège et pose son téléphone sur la table. Pour elle, l'affaire Catherine est loin d'être terminée.

« Son attitude causera notre perte si nous ne faisons rien.

- Christine en a pleinement conscience.

- Certes mais on ne peut pas dire qu'elle fasse le maximum.

- La renvoyer doit être bien plus compliquée que nous le pensons.

- Tu crois ?

- Oui mais nous pourrons toujours lui en toucher deux mots. »

Chapitre trente-sept.

Garett est derrière sa maison et est en compagnie de Laurence. Michaël est parti depuis quelques minutes et voilà que la femme bombarde son partenaire d'une question.

« Vous avez dormi dans le même lit ?

- Non, il s'est reposé dans la chambre d'ami. Pourquoi être aussi curieuse à ce sujet ?

- Juste pour savoir. »

Le jeune homme ne préfère pas insister et tourne sa tête afin de regarder droit devant lui. Là, il détache son nouveau collier avant d'appeler le défunt.

« Benoît ! »

A l'entente de son prénom, l'enfant se montre à quelques centimètres de lui. De son côté, Laurence reste un peu en retrait.

« Comment vas-tu ?

- Très bien mais il y a une bonne raison à cela.

- Vraiment ?

- Oui. Je suis heureux car c'est aujourd'hui que tu vas me faire passer de l'autre côté. Par contre, j'ai trois messages à faire passer.

- Autant ? »

Benoît hoche positivement de la tête avant de poursuivre.

« Le premier est pour Marie.

- Je t'écoute.

- Tu lui diras qu'Ethan se porte à merveille.

- D'accord mais qui est ce garçon ?

- Marie te répondra sûrement si tu lui poses toi-même la question. »

A la fin de cette phrase, l'enfant regarde Laurence et cette dernière comprend qu'un message est pour elle.

« Une dame dit qu'elle est toujours auprès de lui mais que ce n'est pas vous qui devez l'appeler.

- Tu peux me tutoyer Benoît.

- Je ne parlais pas de toi mais de tous les membres de l'agence. »

Enfin, Benoît repose son regard sur Garett afin de délivrer le dernier message.

« Stéphane n'est pas mort.

- Quoi ?

- Le diable a tenté de vous manipuler afin de le sortir du piège dans lequel vous l'avez coincé.

- Génial. Jean va être content lorsqu'il va apprendre cette nouvelle.

- Si cela peut te rassurer Garett, nous pouvons héberger ton ami au sein de l'agence, intervient Laurence.

- J'irai en discuter avec lui et je te remercie de cette information.

- Si tu veux, je peux demander à l'un de nos collègues de le retrouver afin de lui expliquer la situation ?

- Et c'est une excellente idée. »

Aussitôt, Laurence s'éloigne de Garett et sort son téléphone portable. Pendant ce temps, l'enquêteur s'approche de l'enfant afin de le faire passer de l'autre côté.

Pendant ce temps, John et Christine sont autour de la table rectangulaire et discutent du cas de Catherine lorsque le logo de communication fait son apparition au centre du mobilier. Rapidement, la patronne des lieux appuie sur le dessin et prend aussitôt la parole.

« Oui Laurence ?

- Bonjour Christine. Est-ce que certains agents sont sur le terrain ?

- Oui, pourquoi cette question ?

- Stéphane est toujours en vie. »

Réalisant l'urgence de la situation, John réalise quelques manipulations sur son ordinateur et sait quel est l'agent le plus proche de Jean.

« Je me charge de joindre David.

- Merci John. »

Au même moment, Jean se tient devant sa boîte aux lettres et relève son courrier. Soudain, il est abordé par une personne.

« Si tu savais à quel point je suis heureux qu'on se retrouve. »

Quand Jean se tourne vers l'individu qui vient de lui adresse ces quelques mots, de la frayeur se lit rapidement sur son visage.

« Stéphane ?

- Tu te souviens de moi ? Comme c'est adorable. »

Alors que Stéphane s'apprête à frapper l'ami de Garett, le tueur en série se rend compte qu'il ne peut plus bouger. A cet instant, Ted arrive aux côtés de Jean et tend une maie ouverte vers le criminel.

« Jean, va retrouver les amis de Garett !

- Je suis là. » Dit David, s'approchant des deux hommes.

Chapitre trente-huit.

Garett est en compagnie de Laurence et les deux amis admirent les nombreuses photos exposées le long des murs du centre culturel de la ville. Alors qu'ils se placent devant une nouvelle image, l'homme pose une question à celle qui se tient à ses côtés.

« Pourquoi cette passion pour cette ville ?

- Parce que j'y suis née.

- Vraiment ?

- Oui.

- Et j'imagine que tu dois ressentir une certaine nostalgie en regardant ces photos non ?

- Si tu savais à quel point.

- Et tu n'as jamais songé à y retourner ?

- Bien sûr que si mais pour le moment, je suis très focalisée sur mon boulot de passeur donc, chaque chose en son temps. »

Garett se rend compte qu'il en apprend chaque jour sur ses collègues. Cela lui fait un peu étrange car dans sa petite entreprise, il avait pour habitude d'y exercer seul. Forcément, le jeune homme avait très peu de contact avec d'autres personnes, du moins, pas assez pour se faire des amis. Avec son emploi au sein de l'agence, sa solitude n'a plus aucune raison d'être.

« Et toi, commence Laurence. Quelles sont tes passions ?

- J'aime bien lire, écouter de la musique et lorsque je le peux, me défoncer le soir.

- La drogue ne peut-être une passion.

- Certes mais pour moi, elle est utile.

- En quoi s'il te plaît ? A part te détruire le cerveau, cela ne sert à rien d'autre.

- Tu en as déjà fumé ?

- Non.

- Dans ce cas, tu ne peux pas comprendre.

- Il n'empêche que ce type de comportement est relativement stupide.

- Et je suis libre d'agir comme je le souhaite. »

A quelques mètres de là, Michaël et Dan entrent dans le centre culturel. Très vite, le premier garçon repère Garett et aussitôt, un sourire se dessine sur ses lèvres. Se posant des questions, Dan regarde dans la même direction et comprend très vite.

« Le bruit circule que vous avez passé la nuit ensemble ?

- Oui et pour être franc avec toi, nous avons dormi dans le même lit.

- Sérieux ?

- Oui.

- Et vous avez…

- Non. Il m'a juste autorisé à le prendre dans mes bras. »

A cette information, Dan rigole, provoquant l'incompréhension de son camarade. Ensuite, celui qui accompagne Michaël attend de se calmer pour lui expliquer la raison de son hilarité.

« Je n'ose même pas imaginer à quel point l'intérieur de ton caleçon s'est exprimé.

- Putain, arrête !

- Je le savais. »

Ne pouvant plus se retenir, Dan éclate de rire pour la seconde fois. De son côté, Michaël observe Garett et argumente sa contemplation.

« Franchement, comment ne pas le trouver attirant ? Il est magnifique et son cul est juste parfait.

- En fait, tu veux jouer avec son postérieur.

- Non, je veux une histoire sérieuse avec lui.

- Je peux faire l'entremetteur si tu le désires ?

- C'est gentil mais je préfère me débrouiller seul. »

Tout à coup, Michaël sort son téléphone portable d'une poche de son pantalon et vise Garett via l'écran. Ensuite, il utilise la fonction « appareil photo » et ne tarde pas à prendre une première image.

« Il te fait vraiment craquer, lui dit Dan.

- Ouais et j'ignore si j'ai mes chances avec lui. »

Michaël regarde la photo qu'il vient de prendre et tout à coup, un détail lui fait froncer les sourcils.

« Dan ?

- Oui ?

- Est-ce moi ou l'on voit un fantôme dans le dos de Garett ?

- Fais voir ! »