Chapitre soixante-deux.

Il est deux heures du matin. Garett veille encore tard aujourd'hui et pourtant, les journées suivant les révélations de Marie ont été plutôt calme. Toutefois, les questions au sujet du futur local de l'agence sont dans toutes les têtes mais non, ce n'est pas cela qui préoccupe le jeune homme. Tout à coup, voilà qu'on frappe à la porte d'entrée de sa demeure. Ne s'attendant à aucune visite, Garett se lève de son canapé et traverse le salon pour se rendre jusqu'au hall. Lorsqu'il ouvre la porte, le propriétaire des lieux tombe nez à nez avec Tania.

« Bonsoir Garett, dit-elle.

- Bonsoir Tania.

- Je ne te dérange pas ?

- Bien sûr que non, entre !

- Merci. »

La femme évolue rapidement dans la maison de son voisin et quelques minutes plus tard, les deux amis sont assis autour du comptoir de la cuisine, chacun ayant une tasse d'infusion fumante entre les mains.

« Je sais que ma visite est tardive mais je ne m'attendais pas à recevoir cet appel.

- De quoi parles-tu ? Lui demande le jeune homme.

- Deux amis vont arriver dans quelques minutes et ce rendez-vous sera tout sauf une partie de plaisir. Tu risques aussi de connaître une partie de mon passé par la même occasion.

- Et c'est si grave que ça ?

- Non mais bon... »

Vu la mine triste qu'affiche Tania, on dirait que cet événement risque de la déranger bien plus qu'autre chose.

Dans la maison des parents d'Aïda, Mehdi sort tout juste des toilettes. Habillé d'un simple caleçon bleu foncé autour de la taille, l'homme marche dans le couloir et passe devant la porte entre-ouverte de la chambre de sa grande sœur.

« Laissez-moi tranquille ! » Hurle celle qui occupe la pièce.

Inquiet pour cette dernière, le garçon ouvre la porte et pose une question avant d'allumer le plafonnier.

« Est-ce que tout va bien Aïda ? »

A l'agence, Christine se tient à l'une des extrémités de la grande table rectangulaire et travaille à la résolution de quelques problèmes. Autour du mobilier, Jérôme et Michaël.

« Dans cet enchaînement de malheur, je peux dire que nous avons de la chance, commence la femme.

- Que veux-tu dire ? Demande Jérôme, qui n'hésite pas à se montrer très curieux.

- La famille de Catherine continuera de verser des contributions financières pour permettre à cette agence de se maintenir debout. D'ailleurs, sachez que cette fratrie nous encourage à punir cette traîtresse comme il se doit et je compte sur vous tous pour faire le nécessaire et de partager cette nouvelle à tous vos collègues. Par contre, nos généreux donateurs vont nous envoyer un nouveau membre d'ici quelques jours et d'après ces derniers, nous pourrons avoir pleinement confiance en cette personne.

- C'est une bonne nouvelle.

- Certes mais je pense que notre Seigneur aurait pu l'aider à trouver la voie afin de remédier aux nombreux malheurs de cette agence. » Intervient Michaël.

Suite à ce qu'il vient de dire, l'homme attire l'attention de Jérôme et de Christine.

« Tout va bien Michaël ? » Lui demande sa supérieure.

Chapitre soixante-trois.

La nuit est de plus en plus avancée mais cela n'a pas empêché Tania et Garett de rester ensemble. Ils sont actuellement installés devant la télévision et regardent un documentaire tout en discutant.

« Donc, ils vont venir te reprocher ta désertion de Catherine concernant l'agence dans laquelle nous travaillons ?

- Voilà.

- C'est moi ou ils sont cons ?

- Ce n'est pas ça Garett. C'est juste que nos familles respectent de très vieilles traditions concernant les agences, c'est tout.

- Tradition ou pas, qu'ils ne te fassent pas trop chier car je pourrais bien mettre mon grain de sel. »

Tania ne peut s'empêcher de sourire lorsque Garett se concentre sur la télé. Voyant à quel point le jeune homme semble intéressé par ce qu'il voit, l'asiatique décide d'en faire autant. A ce moment, quelque chose d'étrange se produit. En effet, voilà que Tania et Garett sont debout dans une forêt tandis que les feuilles des arbres ne cessent de tomber.

« Où sommes-nous ?

- Je n'en sais rien Tania. »

L'homme regarde le sol et remarque que des jonquilles recouvrent le sol des lieux et sont sur le point de s'ouvrir. De plus, des gouttes de rosée se sont déposées sur des brins d'herbes et ce type de détail aide beaucoup Garett.

« C'est une aurore printanière. »

Le jeune homme promène son regard tout autour de lui et constate qu'un bassin n'est pas très loin. Mieux encore, un sentier se perd à des dizaines de mètres de là.

« Nous sommes au parc. »

Soudain, une petite fille blonde se matérialise devant le bassin et semble attendre les deux partenaires. Cette jeune enfant a de beaux yeux bleus et porte une robe blanche sur laquelle ont été imprimé des motifs en forme de tulipes rouges. A ses pieds, des sandales de la même couleur que ses yeux. Tout à coup, le vent fait danser sa longue chevelure et cette caresse a le don de la faire sourire. Voulant savoir la raison de leur présence en ces lieux, Garett et Tania s'approchent de la fillette.

« Bonjour, débute l'homme.

- Bonjour, répond l'enfant.

- Tu sais pourquoi nous sommes ici avec toi ?

- Vous devez m'aider.

- A passer de l'autre côté ?

- Oui.

- Dans ce cas, c'est avec plaisir que je m'occuperai de toi.

- Merci. »

Après cette conversation, le monde dans lequel évoluent les deux voisins disparaît peu à peu. Alors que l'environnement se volatilise, la fillette qui se trouvait face à eux subit le même sort. Dès qu'ils sont de retour dans le canapé, l'homme se lève rapidement de son canapé et se dirige vers la grande table de la pièce. Là, il trouve son nouvel ordinateur portable qui repose sur l'un des bords et l'ouvre. Alors que l'appareil s'allume, Tania vient le retrouver.

« Notre agence possède la base concernant les orphelins du bout de la rue ? Demande Garett.

- Oui car Ted a prit soin de copier le logiciel avant que Christine me demande de lui rendre son ordinateur.

- Ce mec est vraiment doué.

- Je ne te le fais pas dire. »

Dès que le logiciel est ouvert, Garett entre des critères dans la zone de recherche.

« Alors, blonde, yeux bleus et son âge... »

Le garçon se rend compte qu'il a oublié de demander l'âge de la fillette. A ce moment, Tania vient à sa rescousse.

« Elle devait avoir neuf ou dix ans.

- Tu crois ?

- Si tu ne tentes pas, tu ne peux pas savoir. »

Garett entre le chiffre neuf dans la case correspondante et enfonce la touche « entrée ». Quelques secondes plus tard, plusieurs résultats s'affichent les uns après les autres et voilà que les deux agents se montrent subitement attentifs lorsque la fillette concernée est trouvé.

« Elle se nomme Aurore et a disparu en 1981.

- Inutile de se demander qui est derrière tout ça. »

Alors que les deux amis sont d'accord sur le sujet, Mathieu arrive dans la pièce. Il est tout habillé, parfaitement coiffé et semble prêt pour se rendre en cours. La prochaine chose qu'il fait est de déposer un baiser sur la joue de son ami avant de saluer Tania. Tout en réalisant ces actions, ses yeux se posent sur l'écran de l'ordinateur.

« Tiens, il me semble avoir déjà vu cette petite.

- Vraiment ? S'étonne Garett.

- Oui mais je ne m'en souviens plus trop. Cela me reviendra peut-être dans la journée. »

A l'agence que gère Christine, les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur Laurence. Cette dernière tient un ordinateur portable dans ses bras et la voilà qui s'approche de la table rectangulaire. Autour de celle-ci, Sabine et Claire.

« Bonjour les filles.

- Bonjour Laurence, que pouvons-nous faire pour toi ? Demande la première des deux femmes assises.

- Rien de spécial, je suis juste venue rendre l'ordinateur et la montre. »

Laurence pose l'ensemble sur la table et attend pour savoir si ses deux amies vont lui dire quelque chose à ce sujet.

« Alors, tout est fini ? Se lance Claire.

- En ce qui concerne cette agence, oui. Pour notre amitié, elle existera toujours pour moi si vous êtes d'accord.

- Bien sûr. Ce n'est pas parce que tu nous as quitté qu'on doit arrêter de se voir. De plus, nous avons un ennemi en commun.

- Tu veux parler du diable ? »

Laurence hoche positivement de la tête avant de poursuivre. Après tout, elle a le droit de donner quelques informations aux deux femmes afin de pouvoir les aider.

« J'en sais un peu plus sur ce dernier, commence-t-elle.

- Vraiment ?

- Oui. Le diable n'est autre que le père de Garett.

- Quoi ? Il n'était pas censé être mort ?

- Si mais comme quoi, tout peut arriver. »

Claire et Sabine en reste bouche bée mais les surprises sont loin d'être terminées.

« De plus, apprenez que la mère de Garett est également celle de Marie et que cette femme vient d'une longue lignée de sorcières.

- Attends, l'interrompt Sabine. Si Garett est le fils du diable, cela veut dire qu'il détient ses pouvoirs ?

- Oui mais notre ami ne fera que le bien.

- Comment peux-tu en être sûre ?

- Parce que sa mère a prit soin de faire le nécessaire. En ce qui concerne Catherine, vous avez reçu l'information ?

- Celle qui concerne son appartenance avec l'agence du diable ? Oui.

- J'ai hâte de tomber sur cette vermine et de la tirer comme un vulgaire lapin. » Fait savoir Claire.

Chapitre soixante-quatre.

Garett et Tania viennent d'arriver au parc alors que celui-ci est toujours éclairé par ses réverbères. Leur arme dans l'une des poches se situant à l'arrière de leur pantalon, les deux agents s'approchent de la fontaine. Alors qu'ils observent attentivement le bassin, une personne vient les rejoindre.

« Salut, je suis venue aussi vite que j'ai pu.

- Bonjour Marie et rassure-toi, nous venons tout juste d'arriver. »

Alors que le frère et la sœur discutent ensemble, Tania remarque un détail concernant le bassin.

« C'est moi ou c'est une plaque que je vois dans le fond ? »

Cette question fait taire Marie et Garett qui décident de se concentrer sur leur nouvelle affaire.

« Oui et je le trouve un peu trop grand à mon goût. »

Soudain, Marie décide de se montrer silencieuse suite à ce qu'elle vient de dire. Tout en fermant les yeux, la sorcière invoque un rituel au sein même de son esprit. Dès qu'elle ouvre ses paupières, la sœur de Garett aperçoit une pierre qui brille et cette dernière se trouve sur le rebord du bassin. Contente de sa découverte, la femme se montre enthousiaste.

« Je pense avoir trouvé la raison de ce mystère. »

A plusieurs kilomètres de là, Louis évolue actuellement dans le coeur de l'agence. En ce moment, l'homme prend connaissance des nouvelles informations rajoutées sur le dossier concernant le diable. A cet instant, les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur David qui ne perd pas une seule minute pour entrer dans la salle. Alors qu'il pose son sac en bandoulière noir sur la table, son partenaire lui adresse quelques mots.

« Nous avons de nouvelles indications concernant notre ennemi.

- Et nous les avons reçu de qui ?

- Laurence. Par contre, je te conseille de t'asseoir car c'est du lourd.

- Bien. »

Tout à coup, la lumière de la salle passe du blanc au rouge. Une sirène d'alarme retentit alors et les deux hommes se regardent, se posant des questions par la même occasion. Ensuite, Louis fait quelques manipulations sur son ordinateur et parvient à se connecter sur la caméra installée au niveau de l'entrée de l'agence. Là, l'homme voit Cécile, une boule de feu dans les mains.

« J'hallucine ! »

Dehors, la femme se tient face à l'entrée et matérialise une seconde sphère incandescente dans sa main libre.

« Dieu est nuisible et tout le monde le sait. Une fois que je me ferais une ouverture dans cette agence, je me chargerais de chaque membre qui compose cette pitoyable équipe. Papa sera fier de moi. »

Motivée, Cécile enchaîne les offensives contre l'agence.

Chapitre soixante-cinq.

Garett et Tania n'ont pas quitté le parc de toute la matinée. Alors que le soleil monte progressivement vers le zénith, les deux agents patientent. Quelques secondes plus tard, une dizaine de policiers arrive sur le terrain et l'asiatique s'empresse de s'adresser à l'assemblée.

« Bonjour messiers et merci d'être venus aussi rapidement. J'aimerai que la zone soit sécurisé le temps que l'agent à mes côtés et moi-même allons sous le bassin. »

L'homme dont le grade est le plus élevé hoche positivement de la tête avant de donner des ordres à son équipe. Pendant que les policiers s'activent, Tania et Garett enjambent le rebord du bassin et s'approchent du trou. Là, ils se rendent compte de l'existence d'une échelle.

« Allez, on prend nos torches et on y va ! » Dit le jeune homme.

D'ailleurs, il est le premier à exécuter l'ordre qu'il vient de prononcer et ne tarde pas à entamer la descente de l'échelle. Une fois arrivé aux pieds de celle-ci, l'homme dégaine son arme et promène le faisceau lumineux afin de prendre connaissance du nouveau lieu dans lequel il se trouve. A ce moment, il se rend compte qu'il est dans un couloir qui mène aux égouts de la ville.

« Comment un monstre peut-il aimer se rendre dans ce genre d'endroit ?

- Peut-être parce que très peu de personne ont l'occasion de s'y promener, voilà pourquoi. »Répond Tania, en descendant l'échelle.

Dès qu'elle arrive auprès de son partenaire, l'asiatique sort son arme à son tour et promène le rayon de lumière droit devant elle.

« Je suis étonnée de ne pas voir Aurore.

- Je peux m'en charger si tu penses que cela peut nous aider, lui dit Garett. Aurore, tu veux bien te montrer s'il te plaît ? »

Suite à cette demande, la fillette se matérialise devant le duo. Content de la voir, le frère de Marie se lance dans une conversation avec l'enfant.

« Tu crois que tu peux nous montrer le chemin ?

- Oui mais une fois que vous aurez trouvé mon corps, vous en ferez quoi ?

- Nous le remontrons à la surface pour qu'un légiste puisse l'autopsier. Une fois qu'il aura terminé, notre agence se chargera de t'offrir des funérailles digne de ce nom. »

Et ces paroles suffisent pour convaincre l'enfant. Comme pour montrer sa bonne volonté, Aurore tourne le dos aux deux enquêteurs et avance dans le couloir. Bien décidés à l'aider, Tania et Garett lui emboîtent le pas afin de retrouver son corps.

Pendant ce temps, plusieurs agents exerçant pour Christine se tiennent devant l'entrée de leur lieu de travail. Celui-ci est dans un triste état suite à l'attaque de Cécile et face à ce triste spectacle, Michaël sourit. Bien sûr, cette expression ne passe pas inaperçue aux yeux de tout le monde.

« On peut savoir ce qui te fait sourire ? Lui demande John.

- Le résultat de votre inaction. Combien de fois certains d'entre nous vous ont sollicité pour s'occuper de cette femme ? Si le feu vert avait été donné en temps et en heures, nous n'en serons pas là.

- Et tu penses que cela aurait changé quelque chose ?

- Et comment ! D'ailleurs, l'état dans lequel se trouve cette entrée résume parfaitement votre incapacité à prendre de bonnes décisions.

- Retire ce que tu viens de dire !

- Non car j'accepte uniquement les ordres de notre Seigneur à tous.

- Ben voyons.

- Vous avez fini tous les deux ? » Intervient Jérôme.

Alors que le trio continue d'échanger sur la mollesse de la direction, Louis poursuit sa contemplation des dégâts tout en réfléchissant. Tout d'abord, il n'ose croire que la responsable de cette attaque soit Cécile. De plus, savoir qu'elle est un agent du diable lui mine considérablement le moral. Alors que des larmes s'apprêtent à glisser le long de ses joues, voilà qu'il entend des pas dans son dos. Lorsque Louis se retourne, il tombe nez à nez avec le frère d'Aïda.

« Bonjour, commence le jeune arabe. Est-ce que tout va bien ?

- Oui, c'est juste que je ne m'attendais pas à ce que notre agence soit attaquée de la sorte. C'est très impressionnant.

- Je n'en doute pas une seule seconde. Jean n'a rien ?

- Non.

- Tant mieux et tu crois que je peux le voir ?

- Pas maintenant car le moment est mal choisi.

- Je comprends. Par contre, faites-moi passer le message par David lorsque je pourrais.

- Entendu. »

Mehdi devance Louis afin de connaître l'étendue des dégâts à son tour. Devant un tel spectacle, il ne comprend pas la peine de l'employé et ne tarde pas à se douter de quelque chose.

« Il faut être un peu stupide pour ressentir une aussi grande peine, tu ne trouves pas ?

- Non et si tu pouvais éviter de me tutoyer, cela m'arrangerais.

- Dis celui qui sort avec une ravagée mentale.

- Tais-toi ! Lui ordonne Louis.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demande John tout en rejoignant les deux garçons.

- Rien, tente de se défiler l'agent.

- Parce que sortir avec Cécile n'est rien ? Vous avez une drôle de conception concernant la sécurité de tous je trouve. » Finit par dire Mehdi.

Suite à cette révélation, Michaël, Jérôme et John fixent Louis.

« Quoi ? Demande ce dernier.

- Es-tu notre ennemi ? » Questionne le responsable de l'équipe présente.

Chapitre soixante-six.

Au bout de plusieurs minutes de marche parmi le réseau de tunnels que compte les égouts de la ville, Aurore s'arrête devant une porte métallique. Celle-ci est fermée et l'on peut voir un petit panneau rouge vissé dessus.

« Danger, câbles électriques, lit Tania.

- J'aime bien cette façon qu'à ce bâtard pour détourner l'attention. » Dit Garett, rongé par la colère et la haine.

L'homme pose sa main droite sur la poignée de la porte et tire dessus. Aussitôt la voie ouverte, une forte odeur de renfermée agresse le nez des deux agents. Avec sa lampe torche, le voisin de Tania cherche un interrupteur sur le mur à sa gauche et une fois trouvé, la lumière apparaît quelques secondes plus tard. A ce moment, une petite pièce comprenant une table en formica, deux chaises et une armoire en ferraille se dévoile sous leurs yeux. Au fond de la salle, un lit et sur ce dernier repose un squelette dont les poignets sont attachés à des tuyaux longeant le mur à proximité, via des menottes. En s'approchant du matelas, Garett aperçoit plusieurs tâches noires sur le tissu délavé.

D'ailleurs, le jeune homme n'a pas besoin de sollicité l'aide d'Aurore pour connaître cette partie sombre de ce passé lui appartenant, comme il a l'habitude de le faire avec chaque défunt qu'il rencontre. Tout à coup, Garett a une idée et décide d'en faire part à sa collègue.

« Faut que je demande à Marie s'il est possible de faire une invocation qui puisse attirer Stéphane ?

- Dans quel but ? Questionne-t-elle.

- En finir avec lui une bonne fois pour toute. »

A cet instant, Tania réalise qu'elle est déjà en train de penser comme une véritable Wicca, ce qui l'amuse beaucoup.

« Nous ne pouvons lui faire du mal.

- Je sais mais nous ne pouvons pas le laisser agir de la sorte. Pour son exécution, je suis sûr que Christine pourra s'en charger.

- On pourrait aussi utiliser un rituel pour neutraliser ses pouvoirs et empêcher ton père de lui venir en aide.

- Aussi mais je préfères les solutions extrêmes.

- C'est ce que je constate. »

Après cette conversation, Garett sort son téléphone portable de l'une des poches de son pantalon et compose le numéro de Laurence. En attendant que cette dernière décroche à l'autre bout du fil, Tania s'approche de la fillette pour obtenir d'autres informations.

A plusieurs mètres de là, Aïda, Julia, John et Dan sont réunis autour de la table rectangulaire. Alors qu'ils travaillent tous attentivement sur leur enquête respective, un logo s'affiche dans le centre du mobilier. De suite, Julia pose l'extrémité de son index droit sur le dessin.

« Bonjour, c'est Garett.

- Bonjour, que pouvons-nous faire pour toi ?

- J'aimerai savoir si vous voulez vraiment nous aider à coincer définitivement Stéphane ?

- Et comment ! Aurais-tu un plan ?

- Oui.

- Dans ce cas, l'un d'entre nous devra se rendre chez toi.

- Pourquoi pas.

- Je veux bien m'en charger, se mêle Dan.

- Cela sera avec plaisir, lui répond le jeune homme dont la voix ne cesse de résonner dans la grande salle.

- Cool et tu aurais une heure de préférence ?

- Non, passe quand cela t'arrange.

- Entendu. A plus tard Garett.

- A plus tard Dan. »

Le logo s'éteint, signe que la conversation est terminée. Alors que Dan range ses affaires avant de se lever de sa chaise, John se montre rassuré.

« Je suis content de constater que Garett a encore besoin de nous.

- Parce que tu pensais qu'il allait nous tourner le dos ? Demande Aïda.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il appartient à une nouvelle agence et forcément, il a de nouveaux collègues vers qui se tourner lorsque cela se veut nécessaire. »

Aïda se rend compte que les propos de son collègue n'ont rien de stupide, bien au contraire. Alors que Dan quitte la pièce pour se rendre à son rendez-vous avec Garett, la sœur de Mehdi ne se sent pas très bien. De suite, elle s'enfonce davantage dans son fauteuil et ferme les yeux pour voir si elle peut se sentir mieux. Suite à ce comportement, John s'inquiète.

« Tout va bien Aïda ?

- Oui, c'est juste un petit vertige, pas de quoi s'alarmer. »

Une fois que le mal-être est passé, la marocaine ouvre les paupières et retire son dos du dossier.

Ailleurs, dans une pièce sombre, une silhouette trône sur ce qui ressemble à un siège. Devant lui, trois personnes ayant un genou sur le sol.

« Où en sommes-nous au sujet de la récolte des âmes pures ?

- Nous sommes un peu au point mort maître, répond un homme.

- Comment se fait-il ?

- La sécurité de la ville s'est considérablement accentuée ces derniers jours et comme nous avons perdu la main sur l'orphelinat…

- Il est vrai que rien n'est fait pour arranger la situation. Stéphane !

- Maître ?

- Je te laisse carte blanche pour me trouver de nouvelles âmes et le plus vite sera le mieux.

- A vos ordres. »

D'un battement de paupières, le criminel disparaît de la pièce afin de remplir sa mission. Pendant ce temps, le père de Garett reste en compagnie des deux autres individus.

« J'ai tellement de choses à savoir que j'ignore par quoi commencer. D'ailleurs, comment se porte mon fils ?

- Plutôt bien maître, répond le père de Mathieu. Par contre, il n'est plus aussi isolé qu'auparavant.

- Explique-toi !

- Votre ancienne femme lui a rendu visite dernièrement.

- Quoi ? Comment a-t-elle réussit ?

- Par l'intermédiaire de cette Marie qui n'est autre que sa propre fille.

- Le triquetra est presque complet. Il faut remédier à ce problème de toute urgence.

- Je suis partant pour m'en occuper si vous n'y voyez aucun inconvénient, dit la troisième personne qui n'est autre qu'une fille.

- Et je sais que tu es faite pour cette mission. Là encore, tu as ma confiance totale et j'espère que tu ne me décevras pas.

- Ne vous en faîtes pas à ce sujet, maître. »

Dans la planque se trouvant sous le bassin du parc, Tania et Garett attendent l'arrivée de l'équipe scientifique. Tout à coup, voilà que des pas résonnent en provenance du couloir se font entendre. Quelques secondes plus tard, une femme et un homme vêtus de noir entrent dans la pièce. Ces derniers semblent d'origine asiatique aux vues de leurs caractéristiques physiques et à ce moment, Tania sait de suite de quoi il retourne.

« Vous ne pouvez pas venir me voir chez moi au lieu de violer cet endroit de vos présences ?

- Nous sommes passés à ton adresse et tu n'étais pas là. » Répond froidement la femme qui vient d'entrer.

Celle-ci a de longs cheveux noirs coiffés en une belle tresse qui repose le long de son dos et ses yeux sont marron. Le teint de la femme est plutôt coloré et son corps est recouvert d'une tenue de cuir entièrement fermée par une fermeture éclair qui se promène tout le long de son torse.

« C'est lui le propriétaire du livre des prédictions ?

- Pourquoi ? Demande Tania. »

Chapitre soixante-sept.

Minuit vient de passer. Garett, Tania et les deux inconnus ont quitté la planque et sont désormais dans le salon du premier. Alors que sa voisine se tient assise sur l'accoudoir du canapé, ses deux amis ont préféré rester debout. Quant à Garett, ce dernier s'est positionné à l'entrée de la pièce.

« Tu pensais quoi ? Que je faisais plus de deux mètres de haut et que j'étais bâti comme une armoire ? Lâche le propriétaire des lieux.

- Non mais tout de même, tu es un gringalet. »

Une fois ce mot prononcé, Tania bondit de son siège de fortune pour aller se positionner face à la femme. Ensuite, la voisine de Garett ne peut retenir cette main qui s'est empressée d'aller à la rencontre de l'une des joues de l'étrangère, d'une manière très violente.

« Je vais te demander d'être un peu plus respectueuse envers Garett.

- Désolée. »

Ensuite, l'inconnue se tourne vers l'amant de Mathieu et se penche légèrement en avant.

« Je te prie de bien vouloir m'excuser au sujet de mon comportement. »

Peu habitué à ce genre d'attitude, le propriétaire de la maison ne sait comment réagir. De son côté, l'homme qui accompagne la collègue de Tania s'adresse au détenteur du livre des prédictions.

« Y a-t-il une menace qui pèse sur vous actuellement ?

- Mon père.

- Votre père ? S'étonne l'homme.

- C'est le diable. » Intervient Tania.

Suite à cette information, l'asiatique masculin reste sans réaction. Cela ne pose d'ailleurs aucun problème à Garett qui est occupé à mater le torse musclé de celui qui se tient face à lui. Ce dernier a les cheveux très courts, le teint aussi coloré que celui de sa partenaire dont il semble avoir les mêmes yeux. De plus, son pantalon n'est pas fait en cuir et sur son torse repose une veste plutôt légère, sombre et ouverte. Remarquant de quelle façon le regarde Garett, l'homme ne se formalise pas pour autant.

Au contraire, il sourit et le fils du diable lui rend aussitôt cette expression.

« Tu lui as appris à se battre ? Poursuit celle qui accompagne le joli garçon.

- Pas encore.

- Et en quel honneur ?

- Beaucoup d'événements se sont produits dans sa vie et je lui laisse le temps de souffler un peu.

- Ce sont bien là les propos d'une faible.

- Tu peux arrêter s'il te plaît ? » Se mêle Garett.

Là, l'étrangère se tourne vers celui qui se tient à l'entrée de la pièce.

« Je te demande pardon ?

- Tu te prends pour qui pour lui parler de cette façon ? Enrage le jeune homme.

- Je lui parle de la façon dont il me plaît.

- Où tu veux très chère mais pas chez moi. »

Aussitôt, la partenaire de Tania se réfugie dans le silence alors que tout à coup, la sonnette de la porte d'entrée retentit dans toute la maisonnée.

« Cela doit être Dan. »

Rapidement, Garett quitte le salon afin de se rendre dans le hall. Une fois qu'il ouvre la porte, ce dernier tombe nez à nez avec Mehdi.

« Bonsoir, dit-il.

- Bonsoir, lui répond le propriétaire.

- Je ne te dérange pas ?

- Si, malheureusement.

- Ce n'est pas grave, cela peut attendre. Par contre, tu sais quand je pourrais repasser ?

- Non mais dès que j'ai un moment de libre, je te le ferais savoir.

- Entendu. A bientôt alors. »

Alors que Mehdi descend les marches du perron, Garett voit Dan arriver sur sa propriété. Quelques secondes plus tard, les deux hommes se font face.

« Désolé de ne venir que maintenant.

- Ne t'inquiète pas Dan. Je t'en prie, entre.

- Merci. »

Dan se glisse à l'intérieur de la demeure et Garett ferme l'issue juste après son passage. Ensuite, les deux amis se déplacent jusqu'au salon où les trois autres personnes prennent leur mal en patience.

« Serait-il possible pour vous de quitter ma résidence ? Demande Garett aux deux asiatiques qui viennent tout juste de débarquer dans sa ville d'habitation.

- Bien sûr, répond l'homme.

- Dans ce cas, c'est avec un très grand plaisir de je vous mets à la porte. »

Se montrant polis et respectueux suite à cette requête, les deux amis de Tania quittent le salon puis la maison. Désormais, le jeune homme se retrouve en compagnie de sa voisine et de Dan et cela lui convient très bien.

« Que puis-je faire pour vous ? Commence celui qui vient tout juste d'arriver.

- Nous avons décidé de mettre un terme à l'existence de Stéphane.

- D'accord et vous savez comment vous allez vous y prendre ?

- Je vais demander à Marie ou à Ted de créer une série d'invocation pour l'attirer et lui supprimer ses pouvoirs. Une fois qu'il sera aussi doux qu'un agneau, on aura besoin de vous pour le faire taire définitivement.

- Je vois mais son meurtre n'est pas un peu extrême ?

- C'est ce que je pense aussi mais visiblement, j'ai tort. » Dit Tania.

Dan ne peut donner une décision car il n'est pas le dirigeant de l'agence à laquelle il travaille.

« J'en parlerai à Christine et nous te ferons savoir la réponse dans les jours à venir. Toutefois, un charme pour le rendre invisible aux yeux du diable et de ses pairs devrait être amplement suffisant.

- Je ne tiens pas à ce que des tueries se produisent de sa main.

- Et je l'entends. D'ailleurs, je souhaite la même chose que toi en ce qui le concerne. Néanmoins, je continue de croire qu'on peut trouver d'autres solutions. Au fait, vous en avez discuté avec Ted et Laurence ?

- Pas encore.

- Dans ce cas, faîtes-le pour connaître leur avis. Une fois que vous aurez obtenu leur point de vue, nous serons là pour vous aider dans le meilleur des cas.

Pendant ce temps, Louis est allongé dans son lit tandis que la lampe reposant sur sa table de chevet éclaire la pièce. Torse nu, l'homme discute avec Claire via son téléphone portable.

« Franchement, je comprends mieux pourquoi votre agence part en vrille. Quand il s'agit de vous montrer con, là, il y a du monde.

- Arrête Louis ! Tu sais très bien que nous avons des procédures de sécurité à respecter.

- Parlons-en ! Comment se porte Jean mais surtout, arrive-t-il à se faire à sa nouvelle vie ? »

Cette fois, Claire ne dit rien et ce comportement fait sourire Louis.

« Ouais, je me disais bien aussi.

- Christine a beaucoup de travail en ce moment et tu le sais très bien. Depuis que plusieurs membres sont partis…

- Stop ! Cette fois, c'est moi qui vais te demander d'arrêter. Le problème de Jean est survenu bien avant celui des autres et puisque nous en sommes venus à tout nous dire, sache que je commence à me poser des questions en ce qui concerne les compétences de Christine. »