Merci à mes deux reviewers.

Voici la happy end (enfin je crois) qu'on avait pas vue venir 8D
Et la justification du rating M. En quelque sorte.

Rook O : (moi aussi je trouve qu'il devrait y avoir plus de reviews /fuit) Merci de ton message, un deuxième lecteur ça fait si plaisir *^* En effet c'est plutôt bizarre comme style d'écriture et pour le coup je crois que ce chapitre est moins bordélique (un peu), contente que tu l'aimes bien ! Et ta réponse est amplement détaillée ne t'inquiète pas même sans faire trois pages un message ça reste merveilleux.

Universal : Eh oui encore un chapitre je sais c'est étonnant ! (un jour je réussirai à te faire pleurer hinhinhinhin) J'aime Ninouche de tout mon coeur (j'essaye de faire en sorte que le reste du monde aussi!). Merci de ta présence encore une fois ça fait chaud à mon kokoro.

Chapitre 3 : « You could be the drugs and I could be the dealer » (Sarcasm, Get scared)

Quand t'es rentré t'as jeté le pull. Pas la force de le laver, pas la force de répondre aux questions de ta mère. T'as jeté le pull, monté un étage et tu t'es jeté sur ton lit.
T'avais l'impression que le temps de la vie s'était soudainement déglingué.


Les réponses n'ont pas été données.
Les mots tuent, les mots tués.

« Tu crois qu'on serait pas mieux pas ensemble ? »
En réponse tu l'embrasses comme pour dire « ta gueule » comme pour dire « va t'arracher la langue mon amour », tu ne sais pas dire à la fin, pourquoi tu ne sais pas dire voyons ? Lui il parle il a une langue il a un monstre à l'intérieur comme une bombe face à ton cœur. Tu ne peux pas répondre, t'as peur de tes propres réponses quand il te nique ton karma d'une phrase comme ça un aprèm'.
Alors tu l'embrasses pour tuer le monstre pour finir de tuer ses mots parce que tu ne veux pas qu'il parle tu ne veux pas être tué toi aussi par ses mots oh la terreur des mots qui tuent.
Tu l'embrasses pour lui montrer que t'es pas froid à l'intérieur que c'est pas vrai qu'il te crame comme un cocktail de savant fou comme de la coke pure dans ton cerveau.

Rien n'ira jamais bien. Les gens vous détesteront toi parce que tu es bizarre lui parce qu'il est fou, il est trop passion, il est trop dans la fusion avec le monde qui le rejette. Il est trop dans la fusion de toi qui ne sait que t'accrocher à lui, à son corps de toutes tes forces tandis que ta mère rentre de course en pleurant. Un jour tu partiras avec lui quand vous aurez fini les études, le lycée, la vie de gosses bien cachés au chaud chez leurs parents.

Tu vivras avec lui, vous aurez un chat pas de chien ça pue, un chat c'est bien c'est indépendant ça sait se faire oublier. Un appart' miteux avec des tas et des tonnes de fissures au plafond à compter avec du parquet qui craque et des cendriers que vous oublierez de vider. Et tu le renverses sur le lit, il s'étouffe du manque d'air, il s'étouffe plongé dans ton noir, dans l'obscurité de ta chambre mais tu ne le lâches pas. Peu importe à quel point c'est désespérant à quel point le monde devient fou de rage tu ne le lâcheras jamais.
Ton souffle lui vole le sien et tu refuses de ne laisser ne serait-ce qu'un centimètre entre vous. Ta prise se crispe encore sur ses bras, autour de sa hanche. Tu l'embrasses comme si t'allais mourir dans la seconde comme si t'allais devoir l'abandonner et tu refuses ça parce que tu refuses de le laisser vivre sans toi.

Vous vous tuez mais n'est-ce pas tout le merveilleux de vivre ?


Je voudrais lui dire d'arrêter. Je voudrais hurler qu'il arrête ses conneries, qu'on peut faire autre chose que baiser avec sa putain de daronne qui renifle un étage en-dessous. Que j'en ai marre de mordre ma main parce que j'ai honte qu'elle puisse nous entendre. Que j'en ai marre des siennes trop violentes sur ma peau alors que j'ai encore des bleus partout merde.
Et ça fait mal.

J'ai envie de lui dire que ça me fait mal de l'aimer et que j'ai toujours putain de peur d'être seul à la fin. Qu'il assume pas de sortir avec quelqu'un qu'assume pas, pas comme lui, pas autant.
J'pourrais jamais le dire à mes parents. J'aurai trop peur du regard, ils ne me haïraient pas, ne me foutront pas dehors, ne me cracheront pas à la gueule c'est des gens biens mais je supporterais pas la déception, les sourires crispés le vaille que vaille dans leur esprit.
J'veux être aimé tout court merde, pas être aimé vaille que vaille.

Il a ses doigts sur moi qui descendent et je crève, je crève qu'ils descendent encore un peu, mon corps qui se collent à eux les putes parce qu'il crève de ce contact adoré, parce que ça fait trop longtemps parce que je refusais depuis l'accident. J'veux dire que j'veux pas que j'ai mal mais c'est faux. C'est comme être à deux centimètres d'une cheminée en plein hiver, aussi désagréable, aussi fantastique. Ses mains c'est ma cheminée personnelle à chaque fois c'est beaucoup trop et essentiel. Si je m'y crame je perds si je m'en enlève le pire est à venir.
Le manque putain le manque.

Le manque de lui, le manque quand il m'écarte les jambes et que j'étouffe, le manque de la sensation froide du lubrifiant, le manque de le sentir en moi, le manque d'air, le manque de fierté quand j'en suis à déjà me modre le dos de la main le corps en vrac parce que je peux pas c'est trop à supporter j'voudrais me rapprocher de lui mais si je fais ça il a moins d'espace et putain que je veux qu'il en ait qu'il puisse s'enfoncer plus encore, plus fort, plus loin juste pour la sensation, pour le frottement et le corps qui bat à s'éclater les veines.

Et ma main mordue s'écrase dans son dos comme une dague d'os et d'ivoire, mes doigts ripent, s'accrochent en possédés sur le bord de son omoplate droite je meurs j'ai plus d'air j'peux mêe pas crier ya lui et ya ma respiration qu'il détraque parce que son putain de rythme irrégulier me laisse pas une seconde, il ne me laisse pas une seconde seul.


Tu te sens comme un camé en rechute qui tombe et tombe et putain que ça te fait bander.
Tu le sens hésitant tu le sens se coller à toi comme tu le colles et tu songes que le mec à avoir inventer la superglue devait être grave amoureux lui aussi. Nez contre nez, comme une caresse, le souffle erratique, tu prends une pause.
Ça a foiré entre vous au début à cause de ça, de ta manie de lui sauter dessus quand t'arrives plus à dire les choses, comme si c'était magique alors que non la magie de la baise ça ne dure qu'un temps, c'est comme l'éthanol sur le coup tu planes et le lendemain t'as la tête dans les chiottes.

« laisse-moi, juste un peu laisse-moi j'suis en manque de toi je supporte pas »

Tu supportes pas de ne pas être peau contre peau, de ne pas l'avoir dans la peau et que l'inverse soit vrai. Tu veux laisser ta marque sur lui encore et encore comme à chaque fois qu'il se tord sous toi, que ses ongles se plantent dans tes bras et qu'il ne voit plus rien le regard flou et qu'il ne sent plus rien, plus les draps un peu trop rêches de relavages successifs, plus la douleur de ta précipitation parce que tu ne sais pas faire les choses bien, parce que prendre ton temps c'est le perdre, parce que t'es déjà à bout de souffle rien qu'en te plaçant entre ses cuisses. Qu'il ne sente plus que toi la tête en arrière et la gorge trop offerte pour que tu ne résistes à t'arrêter deux secondes de lui faire perdre l'esprit, pour que tu te penches l'air égaré et que tu prennes entre tes dents la cicatrice irrégulière qu'il a juste là du haut de la clavicule droite jusque sous les côtes à gauche. Tu te retires et tout en toi hurles dur de frustration et lui aussi il grogne comme un ours en colère, une de ses mains qui vient griffer ta nuque en protestation et il halète :

« Putain mec t'es sérieux?», avec un ton exaspéré ou désespéré tu pourrais pas dire parce que tu penses de travers, tu penses que ça lui donne un air de voyou même si au fond c'est pas très beau, ça corrobore ta théorie comme quoi il est toxique mais c'est comme l'arsenic, une petite dose ça ne tue pas c'est presque un remède, tu devrais faire attention mais plutôt mourir que de ne pas le goûter en entier. De ne pas avoir à le dévorer encore un peu, encore une bouchée parce qu'il t'en faut plus.

Et tu le mordilles tout le long avant de le regarder droit dans les yeux avec un sourire, un vrai celui-là, un sourire de malfrat fier de son crime.
Et il craque sous toi tu le sens quand il te lâche sa dernière bravade, pour ne pas perdre la face, pour ne pas baisser les armes :

« désolé de ne plus être aussi beau qu'avant mais comme ça on se ressemble ça a l'air d'être à ton goût... »
Il a dit ça d'une traite sans respirer pour ne pas que sa voix lâche mais toi tu ne le sais pas. Tu remontes simplement jusqu'à son visage et, tes dents contre sa gorge, tes cordes vocales vibrent d'un son bas et lourd comme un avertissement.
Ça sonne comme du contentement. Ta manière à toi de dire « je t'aime comme ça » tandis que tes mains glissent sur ses cuisses, les enserrent, les écartent une seconde fois.

Des fois t'aimes autant quand il parle que quand il ne peut plus proférer un son de cohérent.


« J'me vois bien comme ça avec toi un millénaire ou deux »

Il a dit ça les yeux à moitié clos et j'ai rien répondu le souffle encore perdus dans les hautes atmosphères. Il avait sa tête posé contre mon épaule gauche, le bras passé en travers de mon ventre, étalé comme un chat heureux.
Ça n'a pas aidé à m'enlever de la tête la comparaison quand il a lâché un soupir qui ressemblait foutrement à un ronronnement selon mes critères. J'ai regardé son plafond puis ses draps à fleurs j'ai rien répondu, yavait pas grand chose à répondre de toute façon.
Nous étions sacrément doué pour les silences tranquilles à profiter de l'autre dans le même lit. Il était sacrément doué quand il voulait de dire exactement pile la phrase qu'il fallait.

Quand il s'est enfin endormi parce que ce mec est un putain de hibou j'vous jure, je suis parti sur la pointe des pieds avec de nouvelles blessures dans ma carapace. Je suis descendu habillé/débraillé, j'ai dis « bonjour Madame » d'une voix atone sans la regarder parce que je pouvais pas lever les yeux, j'pouvais pas me tenir droit parce que yavait plus rien de droit en moi.

J'ai claqué la porte par habitude l'esprit en loques.

Dehors j'ai respiré. Il m'aimait vraiment. J'ai accusé le choc, ses mots qui m'obsédaient parce que j'suis rien qu'un obsédé de lui de toutes façons. « un ou deux millénaires » comme si c'était possible, ça sonnait possible dans sa voix comme s'il avait décidé une chose d'une importance capitale sans m'en parler avant mais que ça m'allait quand même, que ça ne pouvait que m'aller.
J'ai réalisé que j'étais une putain de tapette, à l'esprit d'une fangirl de 13 ans face à Edward.

J'ai réalisé en marchant vers l'arrêt de bus mon sac sur l'apule et la démarche de traviole que ça m'allait vraiment, que moi aussi j'me voyais bien à rester un millénaire ou deux à m'engueuler avec lui dans le même lit.
J'ai laissé mon esprit vagabonder un peu, imaginer ce que ça pourrait être. J'ai envoyé un sms à Ninouche, un sms important, un de ceux que dans les films la personne ne l'envoie pas mais que dans la réalité tu le fais sous le coup de l'impulsion et que tu regrettes 3 millièmes de secondes plus tard et t'as beau spammer la touche annuler c'est trop tard.

Elle m'a répondu à la vitesse de l'éclair en bonne accro de l'électronique.
Plus de possibilité de fuir qu'elle me disait, une fois Ninouche au courant c'était « Marche ou crève Elliot ».
J'allais le dire à mes parents. J'allais attendre qu'il ait dix-huit ans. J'allais assumer un peu, au moins qu'on puisse aller chez moi sans que ça ne paraisse suspect, au moins pour que ma mère arrête de s'inquiéter au sujet d'un possible trauma dû à l'accident qui faisait que je ne sortais plus avec aucune nana.

J'allais lui dire. Peut-être en rentrant peut-être avant ses dix-huit ans pendant que j'ai encore les couilles mais je lui annoncerais pas avant à lui. Je lui dirai en rentrant à ma mère « je sais maman ya une cicatrice qui fait dégueulasse sur le corps de ton bébé mais tu vois mon mec il s'en fout alors moi aussi je crois que c'est pas grave ».
Puis j'ajouterais que je suis désolé.

Elle me demandera si Ninouche est au courant. Sous le choc par la force de l'habitude ce sera sa première question, quoique je fasse c'est toujours sa première question comme si Ninouche était une sorte de Dieu gardien anti-connerie. (Ce qu'elle est peut-être sinon pourquoi trainerait-elle avec un petit con comme moi ? Pourquoi est-ce qu'elle me proposerait de dormir chez elle ce soir si besoin même si elle me pousse à signer mon arrêt de mort dans le même sms ?)

Après je ne sais pas ce que ma mère dira. Peut-être qu'elle s'en doute. Peut-être qu'elle sera soulagée. Ou alors elle va pleurer sans larme de son sourire triste et fatigué.

Je lui dirai de ne pas cafter dire à papa et j'irai frapper à son bureau comme quand j'étais gosse et que je voulais qu'il joue avec moi.
Je ne sais pas ce que je pourrais bien lui dire, comment je pourrais tourner ça face à lui.
Je regarde par la vitre brouillée du bus le paysage grisâtre et urbain de la banlieue nord, de la banlieue « riche » qui fait pas riche parce que ses trottoirs sont gris comme ailleurs au final.
Sûrement de manière directe, mon père aime les choses cadrées. Un simple « papa j'ai un mec ». Qu'il comprenne. Que c'est sérieux. Que je l'aime comme j'aime ma mère, comme je l'aime lui mon père.

Comme s'il était déjà de la famille un peu.


Les toilettes avaient toujours le même air décrépis depuis 10 ans, le papier peint verdâtre, la poignée légèrement tombante jamais réparée, l'odeur de sentibon pas cher et le couvercle froid qui se déporte sur la droite quand on s'assoit dessus.

La dernière fois que t'étais venu ici avec l'intention d'y rester c'était par colère contre le monde entier.
Tu ressortais d'une énième engueulade avec ta mère, pauvre conne incapable de quitter son crevard de mari et qui pense quand même pouvoir t'élever pour d'après ses propres mots « faire de toi mon fils une personne dont je pourrais être fière ». De la part d'une femme qui a vendu père, mère, repas du dimanche et fierté pour une vie tranquille ça t'avait dégoûté comme jamais. Tu lui avais balancé ce qu'elle méritait sur le coup cette nana sans honneur et elle s'était mise à pleurer. Dieu que tu pouvais la haïr et te haïr quand elle se mettait à pleurer et la haïr d'autant plus pour la culpabilité qu'elle t'apportait à ne pas maîtriser ses nerfs.

Tu te souvenais tu devais encore être tout gamin la première fois qu'elle a chialé comme une madeleine devant toi. T'étais incapable de te rappeler exactement pourquoi elle avait fondu en larmes sans même se cacher, il y avait eu ton père hurlant sur je-ne-sais-quoi, t'aurais voulu mourir face à la culpabilité donc c'était peut-être dû à une bêtise d'enfant, celles qui semblaient tellement grave uniquement aux yeux des parents, surtout de ton père. L'enfant-Johann pleurait lui aussi et quand la porte avait claqué ta mère t'avait suivi dans l'émotion, sanglotant entre tes bras d'enfant, ça t'avait fait extrêmement bizarre.

Tu déroulais machinalement le rouleau de papier les yeux dans la rage contre sa famille dysfonctionnelle à souhait qui t'a rendu pareil qu'eux entre colère et dépression. Invivable pour le reste du monde, invivable pour les gens qui mériteraient d'être aimé bien, peut-être par d'autres personnes que toi parce que tu sais pas aimé. Tu aurais voulu savoir aimé correctement, être aussi lisse et rectiligne que les feuilles du rouleau de PQ, toi tu t'sentais comme celles de fin de rouleaux pas foutues de s'enlever correctement qui finissaient immanquablement en petits morceaux et ne servant à rien.

Cette fois-là le destin n'a pas changé le monde et tandis que tu déroulais le peu du rouleau qu'il restait les 3-4 dernières feuilles ont décidé de rester collées (les salopes), tu bataillas avec quelques instants et de rage tu jetas le rouleau dans la petite poubelle poussiéreuse à côté de ton trône de faience bon marché où des autres rouleaux pourrissaient gentiment cabossés de partout.

Un spasme dans ton ventre te fila la gerbe encore un peu plus. T'avais tellement mal au ventre tout le temps que compter les secondes des heures, que compter le temps qui passe, la vie qui s'envole, que compter pour échapper à la panique, pour échapper à la réalité ça te suffisait plus.

T'essaya d'endiguer le mal, de ne pas te mettre à vomir juste devant les toilettes parce qu'après faudrait nettoyer et ça craignait, tu détestais le sale, t'aurais aimé être blanc comme neige, pur comme la vierge.
Tu t'es mis à ricaner, plié en deux sur les chiottes, les bras croisés appuyant sur ton ventre de toutes tes forces et tu poussas. Les dents serrés, les larmes bien rentrées dans les yeux tu t'fit l'effet d'être pathétique à pousser comme ça, à en avoir les jambes qui tremblent comme pour sortir tous tes intestins tout ce qu'e t'avais bien à l'intérieur de toi.

« il faudrait que je l'aime bien, j'essaye mais j'en suis pas capable et en face l'est pas foutu de faire mieux on est vraiment de pauvres cons à se faire mal comme ça mais à ne pas pouvoir se séparer parce que sinon plutôt mourir, plutôt passer le reste de ma vie à dormir par terre pour ne pas me rappeler nous deux dans mon lit », tu réfléchissais à voix haute, à voix flanchante aussi crispé qu'une sorcière sur le bûcher, les pensées tournant en rond, t'assaillant.

« il faudrait que je lui dise... » tu fermais les yeux, tu ne voulais pas penser à ce qu'il faudrait lui dire, tu ne voulais pas penser à ce que Ninouche, l'amie infaillible dirait si elle pouvait lire tes pensées quand t'étais posé de guingois sur les chiottes.

Tu te relâchas d'un coup, la tête renversé en arrière sur la chasse d'eau le corps pris de crampes atroces. Le plafond comportait une fissure de plus que celui de l'hôpital et puis au lieu d'être toutes plus ou moins parallèles elles se croisaient un peu à la manière d'un morpion.

Tu souris d'une manière cassée en face l'appelaient ça une grimace, disait que ça ne méritait pas un sourire et quand l'avait pleuré devant toi dans son lit d'hôpital ça avait été plus atroce que de voir ta mère pleurer.
Tu ne voulais plus jamais voir personne pleurer.

Le porte rouleau vide, le papier froissé dans ta main et les fissures au plafond. Le couvercle sous tes jambes blanc et celui dans son dos noir pour faire chic. Le papier peint qui avait pris l'humidité d'un vert boueux qui rappelaient à toi toutes les nausées que t'avais pu avoir dans ta chienne de vie.

Tu te remis en position comme un coureur cycliste, tête basse, corps ramassé sur lui-même et tu grognais de frustration, fichu ventre qui faisait des misères.

T'avais la sensation d'un débordement, d'un grondement qui provenait de tes entrailles comme un ventilateur fou et tu lâchas le tout et c'était sale, c'était dégueulasse, tu détestais de putain la nature, tu détestas le corps humain, tu détestas tes besoins t'avais la sensation d'étouffer face aux quatre murs plus hauts que larges, face à la fausse douceur du PQ dans ta main moite, face à la sueur qui dégoulinait le long de ton dos et qui mouillait tes cheveux.

Ça te filait tellement la gerbe qu't'aurais voulu t'enfuir de là, t'enfuir de ton propre corps et aller rejoindre l'autre, se coller au corps de l'autre pour t'oublier toi dans son odeur asphyxiante d'hydromel.

T'es rien qu'un adolescent presque adulte, à la tête de premier de classe dans une chemisette à manches courtes verte, le jean aux pieds une ceinture passée entre les anneaux de tissus, t'es en chaussette l'humeur à foutre une bombe dans une maternelle qui transparaît presque sur ton visage d'innocent à lunettes. Tu t'essuyas et commenças à te rhabiller prestement.

Le lavabo à côté de toi à quelques centimètres de la porte faisait couler de l'eau et le savon tombait dans son goulot, de l'autre face du chambranle il y avait un couloir aux murs blancs cassés par l'usage, des portes fermées et une ouverte sur une chambre impersonnelle et sage au possible avec des secrets, photos et histoires beaucoup moins sages bien planquées sous l'oreiller.

C'était quand tu retombas sur tes pieds les tripes en paix que te vint l'idée. De ce qu'il allait dire, de la direction que tu désirait prendre de ce que tu voulais abandonner et ce à quoi t'accrocher.

Il faudrait que tu lui dises un truc comme ça tiens : « ça te dit toi et moi viens on se casse, on prend une chambre d'hôtel on cherche un appart' j'ai demandé mon patron veut bien se faire caution si besoin puis j'ai des sous à la banque avec les boulots à temps partiel alors que je dépense pas grand chose juste des gâteaux et des crayons, allez viens on se casse d'ici de nos parents de la vie juste nous deux pour trois ou quatre siècles même que j'arrêterais de te bouder dans les transports parce que je préfère écouter de la musique en voyage plutôt que parler alors que toi t'aimes me dire ce que tu vois par la fenêtre, viens on s'en va toi et moi, nous deux formant un nous vraiment pour la première fois comme quand t'as pleuré à l'hosto avec ta minerve dans mes bras, morve pas sur mon pull et je t'épouse. Ça te dit ? »

Et il faudrait que l'autre dise oui. Et puis l'autre dirait oui de toute manière sinon Ninouche le tuera, le découpera, le débitera en petits morceaux, vous auriez un appart' et même que vous inviteriez Ninouche, la seule qui saurait où vous êtes tous les deux, à boire une bière de temps en temps. Quand vous aurez un peu de sous de côté.

Ouais tu lui diras d'ici une semaine quand t'auras enfin 18 balais, que tu pourras te casser de là, de cette maison de fous qui te tue et de ce papier vert vomi, tu lui diras.

Du coup tu quittes les chiottes, c'est vraiment pas un endroit pour les grandes décisions cette toute petite pièce, c'est vraiment pas un endroit pour penser à une personne que t'aime.

Même qu'vous aurez un chat.
T'y crois.


Allez. Avoue. T'as aimé ?