Note de l'auteur : bonjour ;).

Je l'avais promis il y a quelques temps, et je l'ai fait : voici le récit rocambolesque, mais vrai, d'une aventure que j'ai vécue il y a peu de temps ! Rien que d'y repenser, j'en suis toute émoustillée... hum.

Bonne lecture ;).


Scène 1 :

Là où tout a commencé

C'est une magnifique journée qui s'annonce. La matinée a été riche en cavalcades pour moi : entre le ménage à exécuter proprement – nous sommes mercredi –, les quelques petites courses à faire, et la chose la plus importante qui soit pour être dans les clous dont je dois m'occuper, pfiouuuuuh ! Je suis quelqu'un de très ponctuel, vous voyez. Je parle d'un quasi-rendez-vous, vous m'suivez ? Non ? Vous allez comprendre.

Sûre de moi, je marche d'un bon pas empreint de confiance jusqu'au bâtiment récemment rénové dont le panneau immaculé, avec le sigle bien connu des chercheurs d'emploi, luit sous un jour pourtant bien pluvieux. La météo annonçait un soleil timide, je pense que ce sera pour cette après-midi. Je pousse la porte et, sage comme une image – oups –, j'attends dans la file, le dossier en main pour gagner du temps. J'ai de la chance, il n'y a personne. Il est vrai que c'est le matin, et nous sommes en pleine heure creuse. C'est une belle journée ! Bon, je n'aurai pas le loisir d'admirer un peu les lieux, avec cette grande clarté spatiale, cette convivialité assurée, ce parquet qui sent la rose – pardon, le neuf –, de sortir mon livre du sac pour m'occuper quand d'autres s'accrochent à leur téléphone portable ou leur tablette, et... Oh, c'est mon tour.

Avec un sourire, je dépasse le trait délimitant l'espace vital de... hum hum, la zone de confidentialité, avec ma précieuse enveloppe qui contient ma demande d'allocations et tous les justificatifs nécessaires. D'ici un mois, je vais arriver en fin de droits – ceux de l'Homme ? Pardon, c'était tentant –, donc je m'y suis pris à l'avance. Vous connaissez les administrations... Depuis l'ère romaine, il n'y a point eu de grandes révolutions. Je m'égare. Au moins, je ne suis pas trop anxieuse. Il y a du progrès.

L'homme m'adresse un salut poli et professionnel; du moins je le prends comme tel. Je lui réponds avec tout autant de courtoisie :

— Bonjour, voici tous les documents qu'il vous faut.

— C'est pour une demande d'allocations ?

— Oui, c'est exact. Est-ce que tout y est ?

J'ai bien conscience de savoir à quel point ma question est stupide, mais vous voyez, cela entretient notre échange verbal ma foi fort riche. Je le laisse ouvrir ma jolie enveloppe rose – euh... brune –pour qu'il vérifie, ce qui a été fait plutôt de manière... expéditive. En même temps, il est tout seul à l'accueil; il y a d'autres papiers à ranger, un ordinateur en détresse à sauver parce que depuis l'ouverture de l'agence – 8h45 ou 9h, ma mémoire défaille –, ce dernier refuse de coopérer... et comble de malchance, il y a du monde derrière moi ! L'heure creuse s'achève.

Toute cette diatribe in signifiante pour vous dire que je ne m'inquiète pas, je connais la chanson – la la la la li lo l... aïe. D'ici une semaine, ils me demanderont des papiers supplémentaires, que je leur fournirai sans sourciller ou presque, parce que « c'est comme ça ». Comme ça quoi ? Bah... Allez savoir. Après tout, j'ai encore un mois devant moi, et c'est systématique. Ils m'ont déjà fait le coup. Sacrés petits plaisantins.

— Je crois que tout y est.

Il croit ? Bon, c'est mieux que rien. Je souris. La vie est belle, je la vois en rose en ce moment... Rien ne peut gâcher mon humeur joviale.

— Merci. Je vous souhaite une bonne journée.

Si mes mots peuvent illuminer un peu la sienne, c'est gagné. Je sors de l'agence en me sentant soulagée d'un poids – pas celui de mon corps, qui est au demeurant normal. De toute façon, je ne m'en soucie que peu, sans doute parce que je n'ai jamais eu de problème avec. Pour en revenir au sujet qui nous intéresse tous : voilà qui est fait ! En un mois, pour une simple demande de rechargement de droit, ce sera réglé comme du papier à musique – la la li... Très bien, je me tais. Oui, tout de même... J'ai foi en eux. Vous voyez les petits feux d'artifice qui s'épanouissent au sein de mes prunelles et qui débordent sur mes iris ? Je crois fort en l'humanité, oui, oui.

Ah, je vous dois quelques précisions : je suis en poste, mais cela ne me permet pas de subvenir correctement à mes besoins. J'ai un modeste trois-quarts temps en tant qu'institutrice remplaçante dans l'enseignement privé. Le concours, je le tente tous les ans, mais il ne m'aime pas. Ah la la... Non, je ne chante pas, promis !

Jusqu'à présent, j'ai eu le droit à un complément pour arrondir les fins de mois grâce à mes suppléances précédentes – mais ça, c'était avant. Comme je dépends du Rectorat, ce n'est même pas Pôle Emploi qui me verse mes allocations, mais je suis obligée de passer par eux pour obtenir un rejet de mon dossier en bonne et due forme... et le papier qui l'atteste. C'est beau, n'est-ce pas ? Cela me rappelle une scène très drôle tirée d'un excellent dessin animé que j'ai revu récemment et que je regardais quand j'étais petite.

Vous m'enviez, je le sais. Je le sens au tréfonds de mon âme.

Je n'éprouve aucune anxiété – ou presque. Même si cela met deux ou trois mois, ce n'est pas grave : j'aurai un salaire jusqu'à l'échéance de mon contrat, qui est prévue pour fin août. Je survivrai, c'est l'essentiel. Nous sommes en avril... Non, pas le premier, faut pas déconner non plus, hein.

Oui, j'ai une très bonne marge de manœuvre. Je sais que même si la procédure est lourde et parfois longue – en fait, souvent –, ce sera fait dans les temps. Comme pour n'importe quel rythme musical, vous me direz... J'ai confiance en Pôle Emploi. Je pense qu'ils ne peuvent pas faire pire que la dernière fois où j'ai fait une demande d'allocations.

Enfin, c'est ce que je croyais, pauvre ingénue et crédule que j'étais...