Je crains le jour, mon amour ouragan

Puisqu'on ne s'aime que la nuit

Puisque je ne sème que la nuit

Te voilà entre Éros et Héphaïstos

Et je ne sais plus à qui vouer culte

Moi qui est adoratrice d'Hécate

La noirceur m'offre

Les courbes de ton dos

La douceur de ta chevelure

La chaleur de ta peau

L'illusion de ton affection

Et je me rends folle à chercher

La robe

La coiffure

Le parfum

Qui te rendra fou

Viens, viens faire fondre la neige

Tu sais bien que j'ai froid

Tu sais mes mains gelées

Aussi bien que je sais

T'observer à la dérobée

J'ai porté le bleu

Le bleu nuit ou le bleu glace

Comme une couverture de chagrin

Qui j'essaie de remplacer par

La couverture de ton lit

Tu ne me laisses pas

Non, tu ne me laisses pas

Et je reste là, nue, grelottante, avec à découvert

Le gouffre de mon amour irrationnel

Et tu fuis

Et je pleure

Je panique

J'insomnie

Tu t'approches

Je t'aime

Je te désire

Je te veux

Et tu repars

Je te méprise

Je te déteste

Et c'est le supplice

Du silence

Qui me donne envie de crever

Pardon d'être aussi égoïste

Pardon d'être aussi inquiète

Pardon d'être aussi triste

Pardon d'être aussi laide

Lorsque le sommeil te gagne

Mes yeux et mon coeur

Sont béants

Et je grave, en lettres invisibles

À la pointe de mon doigt, le long de tes vertèbres,

Tous ces mots que l'on veut taire

Tu te tournes vers moi, tu me souris

Et c'est un miracle

Et on murmure et on rit

Et c'est magnifique

Tu es magnifique

Ta simplicité

Ta candeur

Ta pureté

Cette façon que tu as

D'exister

Comme personne d'autre ne le fait

C'est très, très beau

Les mots s'avancent au bord de mes lèvres

Refluent au fond de ma gorge

Et je m'étouffe

Dans mes sentiments vains

Passés sous silence

On ne m'avait pas dit que l'amour était

Holocauste

Mais voilà que ton souffle sur ma joue

Me gaze

Et que tes doigts qui effleurent mon dos

Me fusillent

Tu t'en fous

Va te faire foutre

Peut-être que tout ça

N'est pas pour moi

Pas pour les filles bordel

Pas pour les filles fatras

Mais ultimement, ultimement,

Nous avons créé la beauté

Ma poitrine toute déchirée

Mes suppliques crachées sur papiers

Sont belles

Je t'aime, pour une fois

Sans métaphore

Sans euphémisme

Merci.