Ce texte a été écrit en une heure dans le cadre des nuits du FOF, sur fanfiction.

Résumé : La joie est une arme et un ressort nécessaire quand l'insatisfaction de sa propre vie pèse sur son esprit.


Le sommeil l'a déjà abandonnée depuis plusieurs minutes, quand le réveil lui signale qu'il est enfin temps d'allumer sa lampe de chevet et de se lever. L'atmosphère de la pièce est restée fraîche et légère. La température de l'air rend encore plus agréable le cocon de chaleur dans lequel elle s'est entortillée, les couvertures serrées autour de son corps, et le traversin calé contre son cou frileux. C'est encore un matin où elle regrette de ne pas avoir un autre corps contre lequel se blottir, une autre odeur pour enrichir ses draps. Elle a plus l'habitude d'être accompagnée par la solitude que par un homme, et elle ne sait pas si le manque, qui la blesse parfois en plein cœur, provient bien d'elle ou des pressions de son entourage.

Elle a laissé le radiateur chauffer la salle de bains pendant toute la nuit. C'est une dépense dont elle a toujours un peu honte, mais l'air chaud est un réconfort moelleux contre l'eau froide dont elle se contente pour faire sa toilette de chat. Les tuyaux sont longs depuis le chauffe-eau, et l'eau met toujours trop de temps à arriver.

Elle traverse l'appartement vide. Dans la pièce principale, une flaque d'eau s'est étalée. Quand elle commence à la piétiner, le bruit de ses semelles mouillées, et la fraîcheur soudaine qui les transperce, l'arrêtent. La veille, elle avait pu croire que c'était la lessive qui avait dégoutté sur le linoléum. Aujourd'hui, il n'y a plus de linge à sécher, et la flaque est beaucoup plus grande. Elle suit le filet d'eau le long du mur, à travers la porte, dans la cuisine, et jusqu'à l'arrière-cuisine. Le sol est trempé. Les cartons qu'elle y avait entreposés glissent avec un bruit moite. Elle les pousse dans la cuisine pour accéder au chauffe-eau. Elle ne peut que confirmer ses soupçons. Elle remplit les deux cruches qu'elle possède et descend rapidement dans la cave du petit immeuble, en chemise de nuit, robe de chambre et pantoufles, pour couper l'arrivée d'eau. Elle vérifie trois fois qu'elle a bien coupé le bon robinet, puis elle remonte. Au moins n'a-t-elle rencontré personne dans l'escalier.

Elle déménage rapidement les dernières affaires de l'arrière-cuisine pour qu'elles puissent commencer à sécher. Elle éponge le sol avec des serpillères, elle avale enfin son petit-déjeuner, enfile ses vêtements en regrettant de ne pas en avoir mieux coordonné les couleurs, et attache ses cheveux. Elle est en retard, mais elle prend le temps de téléphoner à son travail pour les prévenir.

Quand elle descend dans la cour, le portail est fermé. Personne ne s'est levé avant elle, et elle perd encore de précieuses minutes à manœuvrer les lourds battants de fer forgé. Elle se force à ralentir et se concentrer pendant le trajet en voiture ; il serait pire encore que son énervement provoque un accident.

Elle arrive enfin au travail, sans avoir le temps de saluer ses collègues, mais en croisant son supérieur hiérarchique, qui en profite pour lui serrer la main. Il n'a pas besoin de lui faire d'autre remarque, elle sait déjà ce qu'elle encourt. Même si elle aimerait changer de profession, elle a besoin de ce salaire pour être indépendante et réaliser ses projets.

Il est temps de commencer. Elle prend quelques secondes pour s'arrêter devant la porte fermée.

Depuis seulement une heure qu'elle est réveillée, la journée pèse déjà sur elle et la dépression rogne son esprit. Elle se sent les épaules trop fragiles pour tous ces ennuis, ces inconvénients, qui s'abattent sur elle sans prévenir, alors qu'elle voudrait tant que la vie ressemble à ces images de bonheur, de contentement, de facilité, que lui renvoient ses collègues, sa famille, ses amis, les publicités, les livres et les séries télévisées. Elle sait bien qu'elle idéalise tout cela, mais cela ne rend pas sa propre vie plus agréable ou plus enthousiasmante.

Et pourtant.

Elle ne possède pas le bonheur, mais elle est en vie. Elle est vivante et elle sait qu'elle a des centaines de choix et de possibilités devant elle, même si elle n'arrive pas à les comprendre en cet instant, en ce début de journée si pesant. Aujourd'hui, elle n'a pas le choix d'être heureuse. Mais elle a toujours eu celui d'être joyeuse. Et elle peut s'armer de joie pour traverser les difficultés et attendre des jours plus faciles.

Elle respire. Elle détend consciemment ses épaules. Elle vide sa tête avec effort. Elle respire à nouveau. Et elle rentre en souriant. « Bonjour à tous ! J'espère que vous avez passé un très bon week-end et que vous êtes prêts à commencer une nouvelle semaine ! » Parmi les visages mal réveillés, quelques sourires lui répondent.