Me revoilà pour un autre Yaoi ! Oui, je sais ... Ma prochaine changera, je promets ! Mais pour l'instant, laissez-moi à mes romances ~ J'espère que ça vous plaira ! Et n'hésitez pas à me faire part de vos impressions ! Bonne lecture mes poissons !

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EPILOGUE

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A Boréal, dans les Terres brûlées, un château se dressait. Il était immense, simple souvenir d'une richesse passée. Aujourd'hui, il n'était que ruines et les pièces habitables étaient rares. Dans la cour, des arbres squelettiques se dressaient, des fruits aussi noirs que la terre sur laquelle ils poussaient luisaient, mangés en partie par les corbeaux. La ville autour respirait la famine et la souffrance et les habitants se mêlaient aux ombres, comme autant de relents d'un passé prospère.

C'est ainsi que Jud, le messager de l'Illoa, vit la ville. Un frisson parcourut son cheval et il le poussa d'un coup de talons à avancer et à s'enfoncer dans les ténèbres. Dans un silence inquiétant et vide, il traversa les rues, s'efforçant de garder une allure lente et polie, bien que personne ne faisait attention à lui. Le chemin jusqu'au palais fut plus long que tout et lorsqu'enfin il entra, laissant son cheval avant les grandes portes avec réticence, un homme l'accueillit.

Sans dire un mot, il le guida jusqu'à la plus grande salle qui était restée intacte par miracle. Un trône était là, sous un homme maigre et aveugle de vieillesse. Le roi Boréal était fatigué, à l'image des Terres brûlées. Jud s'avança avec un respect sidéré pour le souverain.

Il posa un genou à terre.

-"Majesté. J'ai un message de la part du Seigneur d'Illoa."

Disant ceci, il sortit le parchemin de sa sacoche et le brandit devant lui avec une déférence qui ne trouva aucun écho. Le roi était seul et aussi aveugle qu'une taupe. S'en rendant compte, Jud hésita avant de déplier le message qu'il avait déjà lu.

Il se racla la gorge, avant de se relever dans un silence parfait.

-"Mes hommages et mes plus sincères condoléances pour la mort de dame Katharin. Je vous envoie ce présent messager pour réitérer ma proposition. La vie d'un fils contre celle de votre peuple, est-ce si cher payé ? Je vous offre mon aide financière, ma protection contre le jeune Nathanaël. En espérant une réponse positive, votre ami."

Jud baissa doucement le bras en refermant le document.

-"Voici ce que dit la missive."

-"Nathanaël !" Fit alors une voix forte et caverneuse qui semblait venir du roi prostré.

La curiosité agita le messager qui tendit tous ses sens pour prendre tous les détails de la scène qui suivrait et il ne fut pas déçu. De derrière le trône s'étira une silhouette adolescente, aux grands yeux bruns. Jamais Jud n'avait vu pareille créature. Fin et à demi-dénudé, le garçon se déplaçait avec la grâce et la puissance des félins. Ses cheveux d'un roux brûlant rappelait sa grand-mère alors que la forme de ses lèvres franches ne laissait pas de doute : il était le fils de dame Katharin. Il en était comme la réincarnation masculine, une impression de préciosité dans les légers mouvements de ses paupières, dans le plissement discret de ses lèvres et le mouvement de ses mains qu'on devinait caressantes.

Jud comprenait aisément le désir du seigneur d'Illoa. Posséder un prince, en faire le mari de la demoiselle Fleur... Faire de Nathanaël un seigneur.

Le roi indiqua doucement Jud du menton avec un soupir.

-"Tu sais ce qu'il te reste à faire, fils." Dit-il durement.

Le visage princier parut vouloir protester mais la détermination de son père fut bientôt la sienne et lentement, avec quelques pas dansants, il se retrouva aux côtés de Jud qui observait émerveillé les mouvements des voiles autour des chevilles qui apparaissaient à peine.

Le prince planta son regard dans celui du messager, un regard doré comme celui des lions alors qu'il était éclairé par la lumière de la fente faisant office de fenêtre. Ses deux mains pâles et agiles vinrent sur les joues de l'homme, hypnotisé. Nathanaël n'hésita pas un instant, ses doigts emprisonnant le visage pour briser la nuque d'un mouvement brutal et leste. Lorsque les doigts s'écartèrent enfin, ce fut pour lâcher un corps que la vie avait quitté. Flasque, il tomba au sol, les yeux écarquillés par la surprise, le visage présentant toujours les marques de l'émerveillement aveugle.

La créature tourna son regard vers son père.

-"Je vous ai prédit ce qui se passerait ensuite. Pourquoi persister sur ce chemin ?"

Le roi resta un instant silencieux et lorsqu'il reprit la parole, le jeune garçon ne put qu'admirer la force de ce souverain déchu.

-"Nous mourrons tous s'il le faut, mais Boréal ne vendra jamais son âme. Et ses fils."

Nathanaël baissa ses yeux emplis de tristesse, que son père ne pouvait de toute façon pas voir. Lui savait. Il savait qu'ils ne mourraient pas tous. Au moins un resterait. Et il savait que ce dernier Boréen préférerait mourir.