Voici un nouveau chapitre pour vous mes poissons ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, c'est important pour nous !

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CHAPITRE 05 :

Moins un prétendant

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Quand Emrick se réveilla, son corps ne le faisait plus souffrir. Il avait même l'impression d'être mieux qu'il n'avait jamais été. C'est après qu'il vit qu'il était seul dans le lit. Se redressant sur ses coudes, le brun put apercevoir Nathan, penché sur un livre, sur son tapis épais.

Le bruit de froissement des draps fit relever le regard doré du roux et le soldat eut immédiatement l'impression d'être face à un lion tapis. Pourtant, c'est un renard qui vint, le livre refermé sur l'index, bondir sur le lit pour le rejoindre, posant une main sur son torse nu.

L'un comme l'autre s'appliquèrent à ignorer le frisson qui les traversa à ce contact.

-" Vous n'êtes pas encore entièrement rétabli. Ne vous levez pas tout de suite, vos jambes risqueraient de ne pas le supporter."

Aussitôt, le blessé se laissa aller dans les coussins dans son dos. Il ne s'était pas ménagé cette nuit et ne voyait pas comment se lever et marcher pouvait être plus dangereux que leurs ébats passionnés. C'était étrange de se dire qu'il connaissait la peau, le corps qui maintenant était couvert de vêtements colorés.

-" Eté… Elle pratique la magie ?"

Nathan renonça à reprendre sa lecture pour adopter la position du lotus, à une distance correcte de lui.

-" C'est une spécificité de son peuple. Vous êtes drôlement faible face aux empoisonnements sensoriels." Ricana l'esclave avec un brin d'étonnement, comme s'il se demandait comment Emrick avait pu survivre tout ce temps. Emrick ne saurait répondre, il n'était pas prêt pour ce genre de combats et il ne pouvait expliquer la confiance qu'il accordait au roux." Elle vient des Terres Brûlées et son peuple vient des mers, ils ont trouvé asile chez les Boréens…"

Il se tut, sans savoir s'il devait ajouter quelque chose. Il ne s'agissait pas de son histoire, mais celle de la jeune femme. Emrick sembla comprendre car il revint à Nathan.

-" Hiver, Eté, Automne… Je suppose qu'il y a Printemps ?" Il poursuivit quand Nathan sourit pour acquiescer. " Ce sont vos serviteurs ? Ils vous appellent maître."

-" On peut dire ça comme ça. Nous sommes égaux en théorie mais mon rôle m'oblige à avoir besoin d'aide. Et ils me doivent tous la vie alors c'est leur façon de me rendre ce que je leur ai offert. Mais ma liberté mènera à la leur, je leur ai promis." Le roux parut pensif. " Nous ne faisons que survivre dans ce palais."

Le brun attrapa la bourse sur la table de chevet et en sortit le mot qu'il avait reçu le premier jour. Il le tendit.

-" C'est vous qui m'avez envoyé ça. Pourquoi m'apporter votre soutien ?"

Nathan relut ses mots, comme s'il les découvrait. Il réfléchissait. Que pouvait-il dire ?

-" Je… Je vois l'avenir. Et tous les avenirs où je me vois libre, c'est ceux où vous êtes le prétendant choisi. Alors vous devez épouser la dame Fleur."

Sur cette ultime vérité, ils restèrent silencieux, méditant. Nathan, lui, pensait aux conséquences de ce qui s'était produit cette nuit. Tout avait été chamboulé. Il avait essayé de l'arrêter, d'arrêter la marche terrible du destin mais c'était trop tard. Quand il avait fallu fuir, il n'avait pas pu, préférant le plaisir interdit d'une nuit à son assurance d'une liberté parfaite.

-" Emrick, vous êtes ici pour vous opposer au Roi. Je le sais. Aussi clairement que je vous vois, je sais que vous avez besoin de mon aide. Vous n'atteindrez pas votre but sans moi."

-" Ce n'est pas la peine de vous fatiguer à me convaincre." Coupa l'autre en se désignant tout entier.

En effet, il était en vie grâce à Nathan. C'était une évidence.

Des coups contre la porte coupèrent leur discussion et Nathan se leva, en profitant pour jeter ses vêtements à Emrick qui se rhabilla lentement, évitant de brusquer sa blessure.

Nathan ouvrit la porte sur Hiver, qui évalua la situation d'un coup d'oeil.

-" Le Roi convoque Emrick à son repas du midi dans la serre."

Le magicien plissa doucement les yeux et invita Hiver à entrer, refermant le loquet derrière eux.

-" J'ai réussi à être le messager, ils ne seront donc pas au courant que messire Emrick a quitté ses appartements."

-" Merci Hiver."

-" Maitre ? Vous devez également vous y rendre."

Nathan se figea alors qu'Emrick terminait de s'habiller.

-" Fleur a dû leur parler… Elle a dû leur dire sa préférence et ils veulent l'évaluer…" Marmonna l'esclave plus âgé en se précipitant vers son miroir, faisant tinter ses clochettes.

Emrick savait à présent que ces bruits de clochettes venaient d'un bracelet qu'il avait autour du pied et cette pensée le plongea dans des souvenirs humides. Il s'aperçut qu'Hiver le regardait, sans aucune expression, et se sentit gêné, prenant enfin la mesure de ce que tout cela signifiait. Il l'avait fait avec un homme. Est-ce que Nathan pouvait être une compagne ? Non, assurément pas.

Il regarda l'étrange homme devant son miroir, penchant la tête d'un côté puis de l'autre, tout en marmonnant.

-" Maître, il est bientôt l'heure." Fit soudain Hiver avec un brin d'agacement. "Messire Emrick devrait prendre une douche, il sent le sang et le sexe."

Emrick grimaça en entendant ce terme dans la bouche de l'enfant et il se surprit à se renifler discrètement. Le roux ne tourna même pas la tête, les chassant d'un mouvement de la main. Hiver soupira et se détourna, se mettant sur la pointe des pieds pour déverrouiller.

-" Après vous. Je vais vous conduire."

Emrick hocha la tête et sortit, inquiet brièvement de ne pas fermer à clé derrière lui. Est-ce que le magicien penserait à remettre le loquet ?

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Guidé par Hiver, l'héritier des Terres Obscures rejoignit les serres. C'était un lieu verdoyant, humide, qui rappela son pays au jeune étranger. Des oiseaux chantaient mais restaient invisibles, des bruissements dans les feuillages seules preuves de vie.

Ils arrivèrent bientôt dans un petit coin près d'une fontaine, où la Reine et Fleur étaient assises autour d'une table couverte d'une nappe bleue. Les assiettes de porcelaine brodées d'argent et d'or attendaient. Quatre assiettes.

Emrick dépassa Hiver qui s'était arrêté pour venir baiser dans un premier temps la main de Fleur qui rougit mais le gratifia tout de même d'un sourire complice. Puis la Reine. Anyssa était une femme magnifique, pure Illiènne. Elle avait le même regard sombre que sa fille et son mari, mais sa chevelure était brune méchée d'argent. La fatigue tirait ses traits et elle paraissait ailleurs, comme si le monde autour d'elle n'avait aucune importance.

Anyssa ne semblait plus vraiment prendre soin d'elle, paraissant si maigre qu'on se demandait même si elle se nourrissait. Emrick ne serait pas étonné de savoir que le Roi, en plus de négliger sa fille, négligeait également sa femme. C'est un brin plus sûr de sa haine envers le Seigneur d'Illoa qu'il le salua quand il arriva, tout de blanc vêtu.

Le prince ne s'autorisa à s'asseoir que lorsque le Seigneur des lieux prit place.

-" Où est Nathan ?" Demanda presqu'immédiatement le Roi, s'adressant à Hiver qui était toujours là.

Emrick avait oublié sa présence mais l'enfant était là, droit comme un piquet, sous la végétation.

-" Désirez-vous que je m'en aille le chercher ?" Demanda l'esclave, sans qu'aucune expression ne traverse son visage.

-" Ce ne sera pas nécessaire, Hiver." Fit soudainement la voix de Nathan qui entrait justement de sa démarche dansante, avec un timing parfait comme à chaque fois.

Fleur parut se détendre imperceptiblement, la Reine gardait le regard droit, imperméable à tout. Emrick ne savait quoi ressentir à la vision de cet homme tout de bleu vêtu, un bleu aussi profond que la nuit, ses cheveux roux ébouriffés autour de son visage qui paraissait si jeune, son foulard lâche autour de son cou.

Leurs regards se frolèrent mais ça ne dura pas plus d'une seconde. L'esclave portait dans ses mains un plateau sur lequel des plats en terre cuite déversaient dans la serre une odeur délicieuse. Emrick sentit son corps réagir à l'odeur et il comprit qu'il s'agissait encore de sorcellerie. L'esclave posa son chargement sur la table et commença à servir les assiettes, dans un silence parfait.

La première assiette fut pour Fleur, la seconde pour la dame d'Illoa, la troisième pour Emrick et enfin, pour le Roi. Le Roi désigna alors le sol à ses pieds et l'esclave s'y assit, repliant ses jambes contre lui. La main rachitique du vieil homme venant dans ses cheveux pour le caresser. Le prétendant qui avait une vue directe sur le visage de l'esclave frémit en y lisant un éclair de haine pure.

Le renard finirait par se retourner et mordre la main de son maître, c'était certain.

-" Vous dormez bien dans le Palais ?" Demanda le Roi avec amabilité, mangeant d'une main, l'autre agrippée à la chevelure rousse.

-" Oui, très bien. Les chambres sont agréables, les lits douillets et les draps chauds." Répondit le prince avec un petit sourire, des images de sa dernière nuit dansant dans son esprit.

Il entendit Fleur se racler la gorge prudemment et il échangea un regard avec elle, sans le vouloir. Un pied appuya sur sa jambe, la poussant sans qu'il le veuille pour que son genou vienne toucher celui de sa voisine, qui rougit brusquement. Emrick se controla pour ne pas jeter à Nathan un regard offusqué. Fleur n'avait pas besoin de s'enfoncer plus dans ses sentiments, si ?

Et pourtant, cela servait directement ses intérêts. Plus la princesse le voudrait, plus il serait difficile pour son père de le refuser. Il écarta doucement son genou, avec un petit sourire en coin pour la jeune femme.

-" Veuillez m'excuser." Chuchota-t-il délicatement.

Elle secoua la tête, le visage rouge, lui signifiant qu'il n'y avait pas de souci. Elle reprit rapidement ses esprits pour l'interroger à son tour, l'air curieux.

-" Dites moi, Emrick, comment se passe le mariage chez vous ?"

Son visage n'avait pas perdu de rougeurs mais son regard ne tremblait pas.

-" Un homme et une femme se choisissent, la femme devient la Compagne, l'homme le Compagnon. Et suite à ça, des privilèges s'installent entre eux. Chaque couple est différent mais globalement, un homme n'est soigné que par sa Compagne ou par la personne choisie par sa Compagne. Elle a le privilège du toucher mais également de la taquinerie."

Emrick avait longtemps envié les couples pour cette relation puissante qu'ils entretenaient. Il avait rêvé d'en avoir une aussi mais son devoir était de sauver son peuple, en venant se marier ici avec Fleur.

-" Par exemple, ma mère était la seule à pouvoir tenir tête à mon père en public sans être immédiatement défiée au combat. Leurs disputes sont célèbres dans le royaume."

Fleur sourit doucement.

-" Et la cérémonie ? Y a t-il des choses particulières à savoir ?" Demanda la jeune femme.

-" A part la nuit de noces ?" Demanda-t-il avec douceur en la regardant dans les yeux.

Il fut surpris de ne pas la voir rougir mais son regard s'approfondit, devenant plus sombre encore. Fleur n'était pas une enfant, c'était une femme et comme Eté, elle avait ses désirs inavouables.

-" Oui, à part ça." Souffla-t-elle.

-" Rien de particulier. Des petits détails qui n'ont pas grande importance, je préfère embrasser vos coutumes si nous venions à nous marier."

Fleur parut déçue et charmée à la fois. Le Roi terminait son assiette et il se recula un peu, tirant Nathan sur ses cuisses. Le jeune homme s'allongea dans le fauteuil, la tête sur un accoudoir, les jambes sur l'autre, le corp replié sur les cuisses maigres.

-" Excellent repas, n'est-ce pas ? Il a été fait avec la viande de l'ours que vous avez tué." Fit le Roi tout en glissant ses doigts sur la peau de Nathan, comme s'il s'était agi d'un animal. "Impressionnant d'ailleurs."

Emrick avait du mal à comprendre ce qu'il disait, se concentrant déjà pour ne pas suivre les mouvements hypnotiques de cette main maigre et ridée sur la peau si douce et claire. Quand Nathan émit un léger gémissement, Emrick vit Fleur détourner les yeux pour fixer son repas, bien qu'elle n'ait plus faim.

-" Il en allait de la sécurité de votre fille." S'empressa de dire le soldat pour détourner l'attention de tout le monde de ce que le Roi était en train de faire. Lui-même ne voulait pas voir, ne voulait pas savoir.

Quel genre de roi était-ce ?

-" Et dites moi, comment votre peuple gère l'invasion des Désertiques ?"

Les Désertiques étaient les habitants des terres derrière les montagnes et les terres obscures, c'était un combat de chaque jour que les deux peuples livraient mains dans la mains, empêchant leur progression jusqu'à Illoa.

-" Les Désertiques n'attaquent que rarement et ont du mal à être unis. Souvent, leurs armées sont bien moins nombreuses que les nôtres."

C'était faux mais Emrick ne souhaitait pas donner d'informations sur les stratégies militaires des Terres Obscures. Les soldats vifs et rapides connaissaient parfaitement leur pays et le considéraient comme un terrain de chasse. Emrick n'avait jamais vu au cours de ses voyages un peuple aussi joyeux au combat que le sien, qui considérait la guerre comme une relaxante partie de plaisir.

Heureusement, la famille royale était différente. Il fallait au prince toute sa patience pour diriger des armées comme celles des Obscures. Surtout que c'était dans la nuit qu'ils étaient les plus dangereux, tombant sur vous comme des félins affamés, à travers la végétation foisonnante qui bordait leurs contrées.

-" Mensonges." Fit soudain Nathan avec un petit sourire. " Illoa ne tiendrait pas un mois sous l'assaut des Désertiques. La seule échappatoire serait les Terres Sauvages mais inutile de préciser que ça pousserait les Lumineux à la folie, puis à la mort."

C'est une claque qui le fit taire, le bruit sonnant dans la serre. Nathan ne broncha pas, préférant serrer les lèvres. Mais le Roi était tout aussi détendu, comme si c'était normal.

-" Tais-toi, Nathan. Nos armées sont capables de détruire n'importe quel peuple. Tu devrais le savoir." Dit-il avec bonne humeur, tout en se saisissant de son verre rempli de vin.

Il vida son verre avant de reprendre ses caresses, ses doigts traçant sur le torse nu des spirales pensives. Suite à ça, le repas fut très long. C'est Eté qui leur apporta le dessert et quand elle fit couler le chocolat sur les fruits, son expression séductrice croisa le regard d'Emrick et ils se sourirent. Il remarqua discrètement qu'elle servait plus de chocolat à la princesse.

Emrick ne tarda pas à finir son dessert, échangeant quelques mots avec le Roi, avant qu'il n'autorise tout le monde à partir. Le soldat ne voulait pas partir et laisser Nathan avec le Roi. L'esclave n'avait pas bougé d'un poil, attendant patiemment que tout ceci soit terminé mais quand ils se regardèrent, le roux sourit avec douceur.

C'est la présence d'Hiver près de lui qui le força à se lever et Fleur vint avec lui.

-" Puis-je vous montrer les jardins extérieurs ?" Demanda-t-elle tout en acceptant de prendre son bras. "Mère, vous joindrez-vous à nous ?"

Anyssa sursauta et regarda sa fille comme si elle la voyait pour la première fois. Un brin de lucidité passa son regard avant de disparaître aussitôt alors qu'elle refusait poliment pour rejoindre ses appartements de sa démarche royale.

Fleur pinça les lèvres et il s'empressa de la conduire aux jardins, comprenant qu'elle n'ouvrirait pas la bouche avant d'être sûre d'être loin de toute oreille indiscrète. Hiver restait là, juste derrière eux, et maintenant qu'Emrick y faisait attention, il comprenait que l'enfant avait toujours été près de lui.

L'air s'échappa enfin des poumons de la princesse quand elle fut dehors et le soleil teinta ses cheveux d'or.

-" Vous êtes tracassée." Dit-il avec simplicité, essayant de la pousser à se confier.

C'était le travail d'un Compagnon de pousser sa femme aussi dure soit-elle à confier ses craintes.

-" Vos parents ne vous donnent pas ce que vous méritez, à mes yeux."

Ses yeux se remplirent de larmes. Il fut surpris de saisir la colère qu'il y avait dans le pincement de ses lèvres, dans le léger rougissement de ses pommettes. Il pourrait aimer cette femme.

-" Tout est de la faute de mon père. Ma mère n'est plus que l'ombre d'elle-même depuis que mon père… Depuis qu'il a vu Nathanaël."

-" Nathanaël ?"

-" C'est le vrai nom de Nathan. Je ne sais pas vraiment d'où il vient ni qui il a été mais mon père est obsédé par lui depuis longtemps. Dès qu'il est arrivé dans le château, mon père a commencé à s'assombrir, à me négliger."

Elle paraissait en colère, vraiment, et Emrick comprenait qu'à son jeune âge, elle avait dû tenir Nathan pour responsable.

-" C'est pour cela que vous avez exigé le posséder." Comprit-il.

Elle sourit tristement.

-" Je pensais pouvoir le faire souffrir comme il me faisait souffrir mais ce que j'ai découvert chez Nathan… Ce n'est pas de sa faute."

Emrick n'en était pas sûr. Il revoyait l'attitude de l'esclave, son regard intelligent et froid qui ne s'adoucissait que dans de très rares moments.

-" Je ne sais pas, dame Fleur. Je sais juste qu'il vous aime sincèrement."

Fleur parut surprise puis elle perdit de sa gravité pour rire. C'était doux et incroyable, ça rendait moins sombre les souvenirs de ce repas empreint de violence. Le rire transformait son visage, le rendant plus naturel, plus accessible, comme cette matinée dans la forêt.

-" Je sais qu'il m'aime. Je l'aime aussi." Dit-elle en l'entrainant sur le chemin, se serrant un peu plus contre lui. "Nous avons besoin l'un de l'autre."

Ils arrivèrent à l'abri d'un pommier.

-" Je dois vous dire que je vous apprécie, Emrick. Je serais heureuse qu'on puisse, lorsqu'on est seuls, simplement s'appeler par nos prénoms."

Emrick lui sourit et la regarda se mettre sur la pointe des pieds pour attraper une pomme.

-" Si telle est votre volonté…" Murmura-t-il.

-" A présent, parlez-moi de l'extérieur."

Un bruit se fit entendre avant qu'Emrick ne puisse répondre et en un instant, il tira la princesse derrière lui, faisant barrière de son corps. Un corps tomba alors de la haie, face contre terre, un couteau planté dans le dos. Fleur poussa un cri d'effroi avant de s'effondrer. Le soldat eut à peine le temps de la rattraper et il l'allongea avec douceur à l'ombre de l'arbre, tout en se saisissant de son arme.

-" Hiver ?"

Hiver était là, juste à côté du corps. L'enfant s'accroupit doucement.

-" D'après l'odeur, cela fait plusieurs heures. L'assassin n'est plus ici." Dit calmement l'enfant tout en reposant la pierre qu'il avait prise par reflexe.

Emrick s'approcha et il reconnut l'un des prétendants : Raphu d'Alaskaï était mort cette nuit. Les cicatrices sur sa joue ne voulaient plus rien dire, il avait été tué par surprise d'un coup de poignard dans le dos.

-" Il faut prévenir le Roi." Dit-il avec tristesse, tout en refermant les yeux du mort.

Hiver ferma brièvement les yeux.

-"Automne s'en charge. Je vais rester près du corps. Vous devriez ramener la princesse à l'intérieur."

Emrick hocha lentement la tête puis il se saisit de la belle endormie pour prendre la direction du palais. Il croisa alors un enfant qui ressemblait étrangement à Hiver mais qui avait la moitié du visage brûlée, suivi du Roi et d'un homme qui devait être son chef de la garde.

Le Roi ne leur jeta pas un coup d'oeil, marchant avec calme. Il avait sur le visage un petit sourire sombre. Automne, parce que ça devait être lui, inclina la tête à leur passage.

Dans les escaliers, au moment où il se demandait quelle direction prendre pour rejoindre les appartements de la princesse, il croisa Eté. Ses sourcils se froncèrent un peu.

-" Hey beau jeune homme…" Commença-t-elle avant d'enfin réaliser que c'était la princesse dans ses bras. "Mmh… J'allais me rendre chez le maître mais je peux faire un crochet par les appartements de ma dame."

Et elle saisit le coude du jeune homme pour le conduire. Chaque garde qui les croisait détournait le regard honteusement et Emrick se demanda si c'était comme ça à chaque fois avec l'esclave. Brûlante de vie, elle couvait chaque homme de son regard suintant de désir et il était quasiment impossible de s'imaginer la posséder.

Eté ouvrit la porte des appartements de la princesse comme si elle avait fait ça toute sa vie puis elle replia les draps pour qu'il puisse glisser la jeune femme. Aussitôt, la servante pulpeuse posa ses mains chaudes sur le visage pâle, la couleur de sa peau contrastant avec l'ivoire de l'héritière.

-" Vous devriez sortir avant qu'elle ne se réveille." Fit Eté d'une voix nuageuse, comme occupée à autre chose, sûrement perdue dans son examen magique.

Mais il attendit, il attendit qu'elle termine pour savoir si l'état de la princesse était stable. Eté se rendit compte qu'il restait là à la regarder, aussi renonça-t-ell pour commencer à le convaincre de partir : la séduisante jeune femme monta à cheval sur ses cuisses, face à lui, ses doigts encore chauds glissant sur son visage.

-"Je devais me rendre auprès de mon maître pour lui apporter des noix de karité. Je vais être retenue ici. Si vous les lui apportez, je vous en serais éternellement reconnaissante." Ronronna-t-elle en se frottant contre lui, avant d'échanger avec lui un baiser langoureux.

-"Eté, pourquoi êtes-vous toujours comme ça ?" Demanda Emrick, à bout de souffle, tout en la forçant à se reculer.

Il se redressa pour s'éloigner d'elle ; exactement ce qu'elle voulait.

-" Les hommes sont faciles à manipuler, tant qu'on leur donne ce qu'ils veulent."

-" Vous méritez tellement mieux que juste ça. Essayez d'accepter le respect quand on vous le donne." Dit-il en attrapant le sac en papier qui contenait les noix. "Du respect, c'est ce que j'essaie de vous donner."

Son sourire était dangereux quand elle baissa doucement les yeux vers son entre-jambes, se passant un doigt sur les lèvres.

-"Il n'y a qu'une chose que je veux de vous, Emrick des Terres Obscures."

Quand il tapa contre la porte de chez Nathan, il était agacé. Il avait dû fuir l'acharnement de l'esclave et bien qu'il arrive facilement à se convaincre qu'elle ne l'attirait pas, elle parvenait toujours à réveiller cette part de lui qui avait faim. C'était une attitude qu'elle partageait avec son maître, cette façon de vous empêcher de réfléchir convenablement parce qu'ils vous regardaient en semblant vous désirer.

Mais ce n'était rien comparé à l'attraction qu'avait le roux sur lui, comme il s'en rendait maintenant compte. Quand la porte s'ouvrit sur l'esclave, il eut tout le mal du monde à entrer et seule l'attitude froide et détachée de l'autre l'empêcha de tendre la main pour le toucher. L'esclave paraissait encore secoué du repas et un petit bleu sur sa mâchoire témoignait de la violence de la claque. Sans compter les pans de ses vêtements qu'il avait resserrés autour de lui pour empêcher Emrick d'apercevoir les traces de griffures du Roi. Il venait de prendre un bain, probablement pour effacer l'odeur du vieil homme, ses cheveux roux prenant une teinte plus sombre avec l'humidité.

La pièce était à demi dans le noir et le renard fragile se saisit du sachet pour aller dans un coin de la pièce, préparant une sorte de mixture étrange, probablement pour se soigner. Emrick ne savait s'il devait rester mais quand les pots en métal tombèrent au sol, glissant de la table sur laquelle était penché Nathan, il s'approcha pour l'aider à les remettre dessus.

Les mains de l'esclave tremblaient alors sans réfléchir, le brun s'en saisit, s'attirant un regard paniqué et trouble de la part de leur propriétaire.

-" Nathanaël, c'est moi."

Ils se regardèrent en silence, le temps que les mains cessent de trembler. Une des mains se libéra pour venir sur sa joue, son pouce effleurant les lèvres pleines tirées par l'inquiétude.

-" Je sais que c'est vous, sire."

Ils s'embrassèrent, avec douceur. Les lèvres de Nathan avait le goût du sang et de la haine réprimée. La frustration qu'il soupçonnait dans son regard depuis le repas se refléta dans la violence avec laquelle il le fit basculer en arrière, son corps entier se collant au sien.

Quand Emrick fit glisser ses doigts sur son dos dénudé, Nathan bondit en arrière, si rapidement qu'il tapa la table qui renversa de nouveau son chargement sur le sol. Le prince se redressa sur ses coudes pour regarder la créature terrifiée près de la fenêtre, contre le mur, tremblante, les bras croisés dans son dos.

-" Je suis désolé, Emrick. Nous ne pouvons pas faire ça."

L'homme assis et immobile à sa place leva lentement les mains de chaque côté de son visage en signe de paix. Il ne le toucherait pas s'il ne le souhaitait pas. C'était assez contradictoire quand on pensait que c'était Nathan qui lui avait sauté dessus, et pas lui.

-" Faut-il que je sorte ?"

Emrick fut surpris et déçu de voir l'esclave hocher la tête vigoureusement mais il se leva, se dirigeant vers la sortie. Il jeta un coup d'oeil derrière lui pour trouver Nathan à genoux près de sa table, remettant les objets dessus méthodiquement.

-" Emrick… Ce meurtre… C'est l'oeuvre du Roi. Je ne sais pas pourquoi et je veux qu'on le découvre." Dit l'esclave rapidement, en lui jetant un coup d'oeil en coin.

Emrick fronça les sourcils.

-" Comment ?"

-"Je… Je vais m'en occuper. Demain… Je m'en occuperai."

-" Je ne veux pas que tu vois le Roi." Fit Emrick d'une voix forte avec une autorité qui le surprit lui-même.

-" Je… Je n'irai pas voir le Roi, je te le promets." Nathan se détourna complètement. " Va te coucher."

Et Emrick fit comme il voulait, quittant la chambre. Il croisa dans le couloir Yael qui l'attrapa avec son sourire communicatif. Les deux garçons avaient discuté quelques fois dans les couloirs et s'étaient découvert de nombreux points communs.

-" Viens manger avec moi, mon ami. La garde nous invite à sa table !"

Emrick se laissa faire et fut surpris de se rendre compte qu'il s'amusait vraiment.

Quelle ne fut sa surprise de trouver, alors que le vin allait finir par le rendre saoul, dans son lit, la jeune Fleur presque nue, son regard sombre brûlant.

-"Oh…"

-"Quelle éloquence, soldat…" Chuchota-t-elle tout en se redressant pour laisser glisser les pans de tissu de ses seins petits et fermes.

Le voici dans un joli pétrin.