Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "crayon" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.


Elle a douze ans. Leur famille obtient le droit de rendre visite à leur grand-mère, et même de séjourner chez elle quelques jours. Elle savoure la jalousie de ses camarades, quand elle leur annonce qu'elle se rend dans une autre région. Mais elle fait très attention à ne pas se vanter trop fort. C'est ainsi qu'on attire le malheur sur soi. Nul ne sait jamais quand la brigade de contrôle des mœurs et opinions débarquera.

Tout lui semble différent dans cette autre ville, et elle explore les jardins et les monuments avec son petit frère pendant que ses parents marchent lentement aux côtés de sa grand-mère. Ils prennent quelques photographies. Ils ne savent pas quand ils pourront revenir.

La nuit, ses parents dorment dans le salon du petit appartement. Son frère est installé sur un matelas, par terre. Elle partage avec sa grand-mère l'unique lit de la chambre.

Après le couvre-feu, quand tous sont silencieux, sa grand-mère et elle parlent en chuchotant.


« Au commencement était le verbe. Puis la parole s'est inscrite sur un support pour voyager encore plus loin que les sons. Les hommes des cavernes ont choisi un morceau de charbon et ont dessiné sur les murs. Les Grecs anciens ont pris un stylet pour entailler des tablettes de cire. Les moines du Moyen-Âge ont taillé une plume d'oie pour tracer des lettres sur le parchemin. Puis il y a eu le crayon, le papier, l'imprimerie, le livre, le clavier, l'ordinateur, l'écran que l'on tapote.

Mais peu importe comment on écrit. Tous ces instruments, ce ne sont que des conduits entre l'âme et le monde matériel, la bouteille que l'on remplit avant de la jeter à la mer. C'est aussi la bombe du tagueur, le sang des innocents, le trait du dessinateur, la mine du caricaturiste, tous leurs sentiments, tout ce qui a besoin de sortir de soi et de s'exprimer, que l'on laisse ensuite à la merci des événements en espérant être écouté, être reçu quelque part.

Le crayon est une arme, une nécessité, un risque. C'est le meilleur et le pire : toute la haine qu'on déverse et tout l'amour qu'on exprime, tout le désespoir qu'on expurge et tout l'espoir qu'on communique.

Tu devrais toujours avoir un crayon dans ta poche. »