Genre : Romance / Fantasy / Erotique / SM / Threesome
Univers : Dark fantasy
Fréquence de publication : un chapitre par semaine

Avertissement, ce moment bizarre où je vous déconseille de lire ce que j'ai écrit :

Cette histoire est à l'origine une sorte de défouloir personnel, quand, au milieu de mes révisions et des histoires sérieuses que j'ai parfois du mal à écrire, j'ai besoin de me détendre en racontant des choses simples et excessivement orientées vers les rapports intimes. Donc pour faire bref, cette histoire est un très gros prétexte à torturer un pauvre uke plutôt consentant. C'est un threesome, ce qui est une première pour moi, dans un univers dark-fantasy avec des vampires. Ce n'est ni original, ni révolutionnaire, je n'échappe pas aux clichés de la culture du viol, je n'apporte rien de nouveau, ni au boy's love, ni à la fantasy, ni aux vampires. Quant aux scènes cochonnes, elles sont vraiment crues, donc soyez absolument certain(e)s d'être majeur(e) et d'avoir vraiment envie de lire une histoire de fesses avant de vous lancer dans la lecture de celle-ci. Vous voilà prévenu(e)s.

Maintenant, si vous aussi vous avez de longues semaines stressantes, alors installez-vous confortablement, posez votre cerveau à côté de vous (vous n'en aurez pas besoin), et je vous souhaite de passer un excellent moment parmi les Spectres de la Citadelle.

† . † . †

Chapitre 1 ~ Congruence

La calèche s'arrêta et j'entendis le cocher descendre pour nous ouvrir la portière. Un froid vif chargé de cristaux de neige s'engouffra dans l'habitacle et le Seigneur Richard de Vultueuse en descendit le premier. On me fit signe de le suivre. Je posai alors le pied dans la neige et levai pour la première fois les yeux sur la forteresse de Sang-Verse. C'était l'édifice le plus impressionnant que j'avais jamais vu. Le château de Vultueuse en comparaison, était une pauvre maison de campagne, résistant tant bien que mal au climat aride de la toundra.

Sang-Verse ressemblait à un amas de stalagmites surgies de la montagne. Ses tours, ses créneaux, et ses flèches étaient couverts de neige et des panaches de vapeur blanche s'échappaient des cheminées. C'était une forteresse de pierre blanche et de nuages, comme un pont entre le ciel et la terre. La bise hurlait à mes oreilles et colportait les sifflements de l'abîme qui bordait le château. Et moi qui croyais connaître le froid quand je vivais dans la vallée…

De jeunes pages sortirent nous accueillir. On guida le Seigneur de Vultueuse et on emporta ses bagages dans un tourbillon de capes rouges et or, aux couleurs de la Maison de Sang-Verse. Je suivis le mouvement en jetant un regard inquiet sur ma nouvelle demeure.

Mon nom est Alcuin, Calice de Vultueuse. Ce n'est pas du tout un titre de noblesse. Etre calice d'un seigneur signifie être son esclave de sang, rattaché à son domaine. Je suis le deuxième fils d'une famille de serfs. Et comme le veut la coutume, mes parents m'ont offert à quinze ans au seigneur local, le Seigneur Richard de Vultueuse, un des vampires les plus puissants de la région. Etre esclave d'un vampire n'est pas une chose tragique en soi. Les calices reçoivent le sang de leur maître et peuvent vivre aussi longtemps que lui. Mais il y a bien sûr quelques désagréments…

Je poussai un soupir de soulagement en pénétrant dans le grand hall du palais où la température était plus douce et je resserrai mon manteau autour de mes épaules. Les légendes racontaient qu'autrefois, avant l'ère des glaces, le monde était bien plus chaud et les humains en étaient les maîtres. Mais c'était une époque si lointaine, que seuls les vampires s'en souvenaient encore. Le froid qui s'était abattu sur le vieux continent avait largement profité à leur espèce qui ne le ressentait pas. A ce jour, l'humanité était clairsemée et les humains libres étaient très rares. Les citadelles aux mains des vampires étaient devenues notre meilleure protection contre le froid, la faim, et les bêtes sauvages.

Un page informa mon maître que le Seigneur de Sang-Verse, notre hôte, allait le recevoir dans peu de temps, mais qu'il l'invitait d'abord à s'installer dans ses appartements pour y recevoir une collation. On nous introduisit dans une chambre spacieuse. Dans une alcôve destinée aux esclaves, mon maigre bagage avait été déposé à côté d'un lit aux oreillers de plumes.

Si mon maître se rendait en personne chez son voisin accompagné de sa cour restreinte c'était dans le but de signer avec lui un pacte qui lui permettrait de chasser dans la vallée d'Orméstrange. Selon ce pacte, le Seigneur de Sang-Verse laisserait les chasseurs de Vultueuse accéder librement au col de Galyor, situé à l'extrémité orientale de ses terres. En échange, mon maître le paierait en bois dont il disposait à profusion car son domaine était moins en altitude que Sang-Verse.

Et moi, j'étais le présent qui scellerait cet accord politique. Parce qu'il convenait pour le demandeur d'offrir un esclave humain lors de la conclusion du pacte. Le Seigneur Richard m'avait choisi parce que j'étais selon lui au goût du Seigneur Alastair, qui était réputé pour apprécier les jeunes hommes bien faits. Il avait dit que mon corps athlétique et mon visage mutin devraient lui plaire. Ce qui ne m'avait pas particulièrement rassuré.

J'avais longtemps rêvé d'obtenir enfin ma place, et d'entrer véritablement au service d'un vampire dont je serai le calice officiel, mais je ne m'étais pas attendu à ce qu'on puisse désirer autre chose que mon sang. Surtout si j'étais destiné à appartenir à un homme.

C'était pourtant chez le Seigneur de Sang-Verse que j'allais vivre désormais, et c'était à lui que j'appartiendrais. La boule d'angoisse qui s'était formée dans mon ventre à l'annonce de cette nouvelle, quelques jours plus tôt, ne cessait pas de grandir et j'aurais voulu faire un tour du château pour visiter ma nouvelle demeure et essayer de ne plus penser à ce qui m'attendait le lendemain. Mais mon maître n'avait pas l'air partant pour une promenade, et je n'avais bien sûr pas le droit de me déplacer seul.

– Alcuin ?

Je sursautai et m'approchai précipitamment du Seigneur Richard, qui se lavait les mains dans un récipient en argent. Je vivais dans son château depuis quatre ans et faisais partie de son sérail d'esclaves, mais je ne lui avais presque jamais parlé. Il avait ses propres calices qu'il admettait dans ses appartements privés et qui étaient toutes des femmes. Il réservait les hommes à la vente ou aux présents qu'il faisait à ses amis ou ses alliés politiques, tels que le Seigneur Alastair de Sang-Verse. Pourtant en ce lieu, il était la seule personne que je connaissais et ma vie s'apprêtait à changer de manière tellement radicale que n'importe quelle attache me semblai rassurante.

– Tu as froid ?

– Un peu, avouai-je timidement.

Le Seigneur de Vultueuse était un vampire assez jeune au regard de l'âge de leur race. C'était un homme séduisant, à la lourde chevelure blonde et aux yeux verts. Il traitait bien les humains et respectait ses calices. Ma famille en avait toujours dit beaucoup de bien. Il ordonna de faire allumer un feu dans la cheminée et des domestiques s'exécutèrent. C'étaient des humains au service de Seigneur de Sang-Verse et je les regardai avec intérêt. Ils ne semblaient pas mal nourris, ou effrayés. Ils ne portaient pas non-plus de marques de coups, remarquai-je avec soulagement. Ce qui devait signifier qu'ils étaient bien traités.

– Tu as peur.

Ce n'était pas une question. Les vampires sentaient la peur, il était inutile de lui mentir.

– C'est juste que… j'ignore tout du Seigneur de Sang-Verse.

– Tu vas avoir l'occasion de le rencontrer, il a demandé à te voir avant la cérémonie de demain.

Oh ? C'était assez inhabituel, en général les vampires acceptaient le cadeau qu'on leur offrait sans demander à le voir avant. J'aurais voulu lui demander à quoi il ressemblait mais un humain n'était pas autorisé à questionner un vampire, alors je m'abstins à regret.

On nous servit du vin chaud. Deux des Conseillers du Seigneur Richard entrèrent et ils s'entretinrent de politique. J'en profitai pour me rapprocher de la cheminée. Un page entra finalement et invita le Seigneur Richard à rencontrer le maître des lieux. Mon cœur se mit à battre fort et la boule d'angoisse dans mon ventre devint intolérablement douloureuse. Il était temps de découvrir mon futur maître.

Je suivis le Seigneur Richard et le page à travers les couloirs. Un tapis aux couleurs de Sang-Verse recouvrait le sol et rendait les déplacements silencieux. Les plafonds décorés de moulures complexes étaient hauts et le château était froid. Le page nous arrêta à la porte d'un salon et nous annonça à son seigneur avant de nous faire entrer.

Je baissai les yeux selon le protocole – les humains n'avaient pas le droit de regarder dans les yeux un vampire autre que leur maître – mais j'aperçus furtivement la silhouette d'un grand homme aux longs cheveux blonds cendrés, si pâles qu'ils semblaient blancs, et aux habits pourpre. Je restai sagement derrière le Seigneur Richard, plus intimidé que curieux à présent. Il régnait une chaleur douce dans cette pièce et le page referma rapidement la porte derrière lui pour ne pas faire entrer le froid du couloir. La température n'affectait pas les vampires, je compris donc que cette attention m'étais destinée, et cela me toucha beaucoup.

Les deux seigneurs échangèrent les politesses d'usage. La voix du Seigneur de Sang-Verse était grave et incroyablement profonde. Je frissonnai en l'entendant rire. Je me permis un rapide coup d'œil, certain qu'il devait être en train de regarder mon maître, mais lorsque je relevai la tête, je tombai dans son regard d'argent. Je sursautai et rivai les yeux au sol. J'aurais pu être puni pour ce qui venait de se produire. Je sentis son regard peser sur moi mais il ne dit rien.

– Approche, Alcuin, m'appela mon maître.

J'obéis en essayant de contrôler le tremblement de mes membres.

– Il est né dans une famille de serfs qui cultivent mes serres, expliqua-t-il à mon futur maître.

Il posa les mains sur mes épaules et repoussa doucement mon manteau qu'il laissa glisser par terre. Ma respiration devint plus ample. Je compris immédiatement ce qu'il était en train de faire et tentai en vain de me calmer.

– Je l'ai acquis quand il a atteint l'âge de quinze ans, il en a dix-neuf aujourd'hui. Il a reçu une bonne éducation au sein de mon sérail. Il sait lire, écrire, et on lui a enseigné à se comporter selon son rang.

Le Seigneur Richard défit le lacet de ma tunique et me fit lever les bras pour me la retirer. Je me retrouvai torse nu et mes cheveux retombèrent sur ma nuque et devant mes yeux dans un désordre de mèches ambrées. Je secouai la tête pour les repousser et songeai que c'était une bonne chose que je tourne le dos au Seigneur de Sang-Verse parce que je n'aurais pas supporté de soutenir son regard alors que mon maître me déshabillait.

– Retire tes bottes, m'ordonna Richard doucement.

Je m'exécutai puis il défit ma ceinture et fit tomber mon pantalon de toile. On ne m'avait pas donné de sous-vêtements et je me retrouvais entièrement nu devant les deux seigneurs et les gardes postés à l'entrée du salon.

– Il est toujours vierge, je peux vous le garantir. Les maîtres chargés de l'éducation des calices de mon sérail ne les laissent pas se toucher non plus, ce sera à vous de lui enseigner la douleur ou le plaisir à votre guise. Tourne-toi, Alcuin.

Richard s'assit avec une expression de contentement dans un fauteuil dont les accoudoirs étaient des pattes de lion aux griffes saillantes. Il était manifestement très fier d'exposer son cadeau. Il croisa les jambes et m'ordonna d'un mouvement du menton de lui obéir. J'inspirai profondément et me tournai lentement en essayant de ne pas trembler.

Je découvris alors un homme aux longs cheveux clairs comme de la neige, aux yeux d'acier et au visage pâle et fin. Il était incroyablement beau et attirant, comme seuls l'étaient les vampires les plus anciens dont la peau était si vieille qu'elle avait la dureté parfaite du marbre blanc. J'en oubliai presque que j'étais nu, que j'allais être son esclave, qu'il y aurait une cérémonie le lendemain au cours de laquelle il me mordrait et me donnerait son sang pour me marquer devant toute une assemblée. J'oubliai même le protocole qui aurait voulu que je ne le regarde pas dans les yeux.

– Il est parfait Richard, approuva la voix grave de mon futur maître.

Ces quelques mots me tirèrent de ma torpeur et je baissai brusquement la tête en réalisant mon effronterie. Le rouge me monta aux joues et mon cœur s'affola.

– Est-ce que je peux ? demanda le Seigneur Alastair.

Je ne compris pas sa requête, mais Richard acquiesça poliment.

– Approche, m'ordonna mon futur maître.

Son ton était bas et j'entendis dans sa voix qu'il ne souffrait aucune désobéissance. Son autorité avait quelque chose de brutal et d'effrayant. Je fis quelques pas jusqu'au fauteuil où il était assis et gardais résolument la tête baissée cette fois. Il posa ses mains froides sur mes hanches et descendit jusqu'à mes cuisses. Il en fit le tour et s'empara de mes fesses. Je hoquetai de surprise en m'empourprant. On ne m'avait jamais touché comme ça. Il remonta sur mes reins, caresse mon dos. L'une de ses mains vint parcourir mon ventre et l'autre se referme sur mon menton.

– Est-ce que tu as déjà été mordu ? me demanda-t-il.

– Jamais, Seigneur.

– Alors tu es pur comme la neige en plus d'être terriblement appétissant. Tu t'appelles Alcuin ?

– Oui, Seigneur.

– Est-ce que tu as peur de moi, Alcuin ?

Il venait de dire que j'étais appétissant en me regardant à la façon menaçante d'un prédateur, alors oui, bien sûr que j'avais peur de lui ! A quoi est-ce qu'il s'attendait ? S'il croyait que je pouvais lui dire sans mentir que j'étais totalement rassuré de devenir l'esclave d'un inconnu qui allait peut-être me faire du mal… Mais cela aurait été un affront de lui répondre en toute franchise…

Mon cœur tambourinait dans ma poitrine et je ne trouvais pas de réponse. J'allais être puni si je le contrariais.

– Réponds-moi, insista-t-il de sa voix terrifiante.

– Oui…

Le souffle de ma voix devait lui être parvenu parce que son visage se détendit dans une expression amusée et son rire grave roula à mes oreilles comme un grondement d'orage.

– C'est un cadeau somptueux, Richard, déclara Alastair de Sang-Verse sans aucune colère. J'en prendrai soin.

Il effleura une dernière fois ma hanche et dans ce geste je sentis une promesse, un serment qui me donna le vertige.

– Tu peux te rhabiller, m'autorisa-t-il ensuite.

Je ne lui appartenais pas encore et je n'aurais pas dû obéir mais il dégageait une telle aura qu'il était impossible de ne pas le faire. Richard ne fit de toute façon aucune remarque pendant que je me rhabillais.

– Je vais le faire raccompagner jusqu'à vos appartements pour qu'il puisse se reposer, décida encore mon futur maître.

Cette familiarité à disposer d'un esclave qui ne lui appartenait pas encore semblait plutôt convenir à Richard qui y voyait sans doute la conclusion définitive de leur accord. Je supposai que la conversation qui allait suivre ne porterait que sur des détails, le plus gros de leur contrat ayant déjà été négocié. Sur demande du Seigneur Alastair, un page vint me chercher pour me conduire jusqu'aux appartements de mon maître.

Une fois de retour, je me mis au lit rapidement pour me protéger du froid qui régnait dans la pièce malgré la cheminée allumée. Je songeai à la voix grave de mon futur maître, à la façon possessive qu'il avait eu de s'emparer de mes fesses. Demain, après l'angoissante cérémonie au cours de laquelle il me marquerait, je lui appartiendrais définitivement. Et il pourrait faire de moi absolument tout ce qu'il voulait. Cette perspective était si effrayante, que lorsque je m'endormis enfin, il faisait jour depuis longtemps et un soleil froid mouillait l'épaisse couverture nuageuse d'un pâle halo de lumière sale qui filtrait à travers les rideaux.

Quand la nuit tomberait songeais-je en m'endormant, j'appartiendrais à un nouveau maître.

†.†.†

Un domestique me réveilla en douceur en fin d'après-midi. On me servit du pain, du miel, et des fruits secs des serres de Sang-Verse. J'eus aussi droit à un grand verre de lait, une boisson rare et chère qu'on ne buvait généralement qu'aux grandes occasions. J'avais l'estomac noué mais le Seigneur Richard qui surveillait les préparatifs du coin de l'œil insista pour que je mange tout – il ne voulait pas que je fasse un malaise pendant la cérémonie.

On m'emmena ensuite dans une salle adjacente et les domestiques se chargèrent de me laver entièrement à l'eau chaude dans une large baignoire. L'eau coulait d'une tuyauterie ingénieuse et d'une complexité que je n'avais jamais vue à Vultueuse. Les mains des serviteurs glissèrent partout sur moi et me récurèrent des pieds à la tête. J'avais l'impression d'être un ornement qu'on astiquait avant de l'offrir. Heureusement, la gêne fut de courte durée et j'étais habitué à être lavé par des domestiques. C'était également ainsi au sérail, pour surveiller que l'on ne se touche pas au moment de la toilette. Le Seigneur tenait à tout prix à ce que nous soyons vierges de toute expérience sexuelle.

Une fois propre, ils m'habillèrent d'une simple tunique blanche aux longues manches. Le vêtement m'arrivait à mi-cuisse et j'étais nu dessous. Je sortis pieds nus de la salle de bain, j'avais froid aux jambes mais personne ne s'en soucia. Le château était en effervescence et on m'entraîna à vive allure à travers les couloirs. Même en marchant sur les tapis, j'avais les pieds gelés.

Je pénétrai finalement dans une immense salle à l'architecture ancienne et élégante. De très nombreuses personnes étaient assises sur des bancs. Il y avait des vampires et leurs esclaves, et des serfs en grand nombre, debout derrière les bancs de la noblesse. La majorité des nobles devait faire partie de la cour et demeurait sans doute à l'année au château de Sang-Verse, tandis que d'autres avaient dû venir de leurs confins exprès pour célébrer l'évènement. Car j'avais entendu dire que cet accord commercial était attendu par les vampires depuis de nombreuses années.

Vultueuse m'indiqua de rester près de l'autel de pierre, au milieu de l'estrade et de ne pas bouger jusqu'à ce qu'on m'en donne l'ordre. Le Seigneur de Sang-Verse entra et tout le monde s'inclina. Lui et Vultueuse échangèrent une poignée de main solennelle à la manière de la noblesse, en se saisissant l'avant-bras. Les seigneurs vampires dégageaient une puissance sereine et une majesté incontestable, ils étaient des incarnations de l'ancienne chevalerie, chacun les craignait et les respectait, on les admirait et on se rangeait sous leur protection. Il y avait dans l'immense salle éclairée de flambeaux toute une société de créatures merveilleuses qui avait le pouvoir de séduire et d'envoûter mon faible esprit humain. Mais le seul que je voyais était le seigneur vêtu de pourpre auquel j'allais bientôt appartenir. Ses longs cheveux à l'éclat lunaire encadraient son visage parfait. Je notai qu'il n'avait pas l'air d'être une personne douce, il semblait même plutôt autoritaire et il émanait de lui une aura de puissance et de rigueur. Mais malgré la crainte qu'il m'inspirait, je ne pouvais pas détourner le regard.

Lorsqu'ils se séparèrent, la cérémonie put réellement commencer.

Dans le silence religieux, tous les yeux étaient rivés sur les seigneurs. On leur apporta deux grands parchemins qu'on lut et ils prêtèrent serment à haute voix, l'un après l'autre dans un silence solennel. Puis chacun d'eux signa au bas des deux textes, avec son sang. La foule était étrangement calme mais je devinais une sorte de tension, de jubilation palpable. J'avais longtemps vécu auprès des vampires, et j'avais compris avec le temps que leur élégance noble, leurs gestes calmes, leurs voix maîtrisées et leur respect inconditionnel de la tradition était en fait le masque illusoire qui dissimulait une nature sauvage et belliqueuse. C'était toujours un grand évènement pour les immortels, quand ils proclamaient la paix, ou un accord entre deux contrées.

Puis les deux seigneurs échangèrent le baiser du serment, un simple baiser sur les lèvres par lequel ils engageaient leur parole et leur honneur.

Et enfin, on me fit signe d'approcher. Mon cœur battait tellement vite que j'avais mal à la poitrine. Mes jambes tremblaient de peur et de froid. Le Seigneur Richard me retira ma tunique blanche et m'installa nu sur l'autel des offrandes. Un frisson glacé me parcourut. J'étais entièrement exposé devant des centaines de personnes et je n'avais pas le droit de me cacher, je devais rester impassible. Je m'allongeai sur le dos en réprimant un long frisson car la pierre était dure et froide comme un bloc de glace. J'écoutai avec angoisse Richard proclamer qu'il offrait un esclave pur pour sceller l'alliance entre leurs deux domaines. Enfin, le visage d'Alastair apparut au-dessus de moi. Ses yeux d'argent étaient d'une beauté à couper le souffle.

Les vampires avaient le pouvoir de charmer les humains et bien que je n'aie jamais été directement confronté à cela, je sus qu'il usait de son aura sur moi parce que la peur reflua et que je ne fus plus du tout capable de détourner le regard. J'étais littéralement happé par la force magnétique de son regard et j'obéis comme un pantin tiré par des fils aux doigts du vampire. Ses mains m'attirèrent doucement à lui, et avant que je réalise ce qui venait de se passer, j'étais assis sur l'autel, dos à l'assistance.

J'eus un mouvement de panique en me rendant compte que je n'étais plus allongé : je n'avais absolument pas le droit de bouger, je risquais une punition magistrale !

Mais Alastair m'empêcha de m'agiter en emprisonnant mon visage entre ses mains, et en m'indiquant d'écarter les cuisses pour rapprocher son corps du mien. Il caressa doucement mes cheveux et je fermai les yeux pour essayer de me calmer.

– Où préfères-tu porter ma marque ? me chuchota-t-il.

Je rouvris les yeux, je ne m'attendais pas à ce qu'il me pose la question. Normalement, on ne demandait pas leur avis aux futurs calices. J'eus un instant d'hésitation. Ses doigts frais caressèrent mon ventre et à sa manière de m'explorer, je compris que je lui appartenais déjà. Il remonta jusqu'à un de mes tétons qu'il pinça légèrement et fit rouler entre son pouce et son index. L'assistance ne pouvait pas le voir, mais je me mordis la lèvre pour retenir un gémissement et je sentis mes joues échauffées par un rougissement malvenu.

– De préférence pas à la gorge, précisa-t-il. C'est l'endroit où je préfère mordre et la marque me gênerait.

Il allait me mordre ! réalisai-je avec terreur, et un soupçon de curiosité. J'avais su toute ma vie que cet instant viendrait et savoir que j'étais si proche de devenir ce pour quoi j'étais né me donna le vertige.

– Au poignet… s'il-vous-plaît.

Son rire chatouilla mon oreille, c'était un rire très bas qui n'était adressé qu'à moi.

– Tu es le premier humain à dire « s'il-vous-plaît ». J'aime beaucoup.

Il ouvrit sa main entre nous et je lui remis mon poignet gauche sous son regard amusé. Il l'amena devant sa bouche tout en le massant discrètement du pouce. Je compris qu'il attendrissait ma peau pour que la morsure soit plus facile et son attention me toucha. J'essayais de respirer calmement alors qu'il ouvrait la bouche et posait délicatement ses longues canines tranchantes sur ma peau fragile. Sa main qui ne tenait pas mon poignet s'égara sur ma cuisse. Il mordit de plus en plus fort jusqu'à percer ma peau et un gémissement de douleur franchit mes lèvres. Je tentai de retirer mon poignet alors que je n'en avais pas le droit et que pour ça aussi j'aurais pu être sévèrement puni, mais sa force était surhumaine et il m'emprisonna sans mal dans sa poigne, pas le moins du monde gêné par ma résistance.

Il n'aspira rien. Pas même une goutte de mon sang. Il retira ses crocs une fois que les deux petites plaies furent assez profondes. Puis il mordit sa propre langue et lécha délicatement ma blessure avec son sang. J'eus un soupir involontaire. C'était agréable, je ne m'y attendais pas. Ses prunelles troublantes se levèrent jusqu'à mon visage et un sourire carnassier étira sa bouche. Soudain il se redressa, retira sa cape et la jeta sur mes épaules. Je baissai les yeux sur mon poignet. Les deux petites plaies étaient entièrement refermées et une marque était en train de s'étendre sous ma peau.

Le sang des vampires n'était pas assimilable par le corps humain. Lorsqu'un vampire mélangeait son sang à celui d'un mortel, le sang se figeait sous la peau en formant une marque rouge sombre unique qui demeurait comme un tatouage, c'était une marque de servage, elle avait également pour effet de stopper le vieillissement de l'humain qui la recevait, et elle mettait près d'une décennie à s'estomper. Celle qui se dessinait sous ma peau et s'étendait sur toute la largeur de mon poignet ressemblait à un flocon de neige.

Le réseau fin de mes veines disparut sous cette rosace complexe et délicate. Alastair saisit mon poignet et le montra à la foule qui applaudit avec fougue, puis il me sourit et enfouit son visage dans mon cou. Je craignis un instant qu'il me morde mais il se contenta d'inspirer profondément mon odeur.

– Tu es à moi, Alcuin, Calice de Sang-Verse, me chuchota-t-il en resserrant sa cape autour de mes épaules dans un geste possessif.