Chapitre 15 ~ Efflorescence

Il y eut un moment de flottement où il sembla réaliser ce qu'il venait de faire et s'en vouloir. Mais je ne lui laissai pas le loisir de se détourner à nouveau de moi. Je plongeai ma bouche dans la sienne, écartai ses lèvres et effleurai ses crocs, prenant des initiatives que jamais un humain n'aurait dû se permettre. Il ferma les yeux et grogna contre mes lèvres en répondant à mon baiser. Une vibration basse fit trembler sa poitrine et se diffusa en moi comme un courant électrique. Il pressa son corps contre le mien et je me retrouvai coincé entre son torse de marbre et la porte. Et au lieu de me sentir piégé, je me sentis en sécurité, protégé dans la prison de ses bras.

– Rien en toi ne me dégoûte, dit-il d'une voix douloureuse en détachant sa bouche de la mienne.

– Alors pourquoi est-ce que vous ne m'approchez plus ?

Il soupira, me reposa doucement au sol et s'écarta de moi en passant une main dans ses boucles de cuivre. Il baissa les yeux en évitant mon regard. Je n'en revenais pas. Hrold était gêné, devant moi, un humain.

– Parce que je t'ai fait souffrir, Alcuin… et que j'ai aimé. Je ne vaux pas mieux que Ganelon. Je te considère comme bien plus qu'un simple esclave, bien plus qu'un Calice, je voudrais te garder auprès de nous pour des siècles. Mais te violer a été bon. Je savais que je risquais de te briser, que tu pourrais ne jamais t'en remettre, mais j'ai aimé te sentir résister, et tes cris, tes gémissements, ta douleur, ton plaisir… J'ai tout aimé.

Je ne savais plus quoi dire. Hrold était quelqu'un de direct, de sincère, avec les autres autant qu'envers lui-même. Je n'avais pas cette franchise, moi. Et je me sentis désarmé. Je voulais toujours nous réconcilier, mais je n'avais pas d'argument contre sa culpabilité, et c'était peut-être pour cette raison qu'Alastair m'avait conseillé d'être patient plutôt que d'affronter ses sentiments.

– Je te demande pardon, Alcuin. Je cherchais à te protéger, et c'est moi qui t'ai torturé…

Son expression était tourmentée et le voir accablé me rendit mon calme. Le grand Général immortel venait de s'abaisser à demander pardon au petit humain fragile que j'étais. Et c'était exactement pour ça que je les aimais, Alastair et lui, parce que pour eux je n'étais pas un inférieur, je n'étais pas méprisable ou insignifiant. J'étais un Calice, j'étais fait pour être soumis, pour assouvir leur plaisir, pour supporter tout ce qu'ils voudraient me faire éprouver, mais ma condition ne changeait rien au respect qu'ils me portaient. Il y avait une forme très étrange de dignité dans la soumission, il fallait du courage pour s'offrir, de la force pour s'abandonner entièrement. Et mes maîtres le savaient et connaissaient la valeur de ce que je leur offrais.

Hrold savait exactement ce qu'il était en train de me prendre pendant cette cérémonie noire. Et il avait aimé ce degré douloureux de soumission. Mais l'affreuse complexité de nos culpabilités mutuelles était bien dérisoire face à ce que j'éprouvais pour lui : je n'avais aucune colère, aucune rancœur, seulement de la tendresse, de l'admiration, du désir. Et c'était la seule vérité qui comptait.

– Vous avez tort, dis-je doucement en me rapprochant de lui. J'ai été terrifié, c'est vrai, mais avant même de pouvoir vous nommer, j'ai perçu votre présence et je me suis senti en sécurité. Mon instinct vous a reconnu et ça a été un soulagement immense qui m'a libéré de la peur et de l'humiliation. Vous n'avez pas échoué à me protéger. Vous étiez là, vous avez empêché les Spectres de me toucher, vous m'avez fait vôtre. Vous ne m'avez pas abandonné.

Hrold me regardait avec émotion et je compris qu'il avait souffert plus que moi de son impuissance à me protéger et de sa duplicité. Il avait dû passer chaque seconde de cette maudite cérémonie exigée par Ganelon à se demander comment exécuter le traître sans que ses Spectres ne s'en prennent ensuite à moi.

– C'était une situation inextricable, vous avez fait la seule chose à faire. Je vous remercie.

Son expression changea et afficha une surprise indéfinissable. Il prit mon poignet dans sa main et embrassa sa marque, me signifiant symboliquement qu'il se reconnaissait comme mon maître, malgré les circonstances dans lesquelles il l'était devenu.

Quelqu'un frappa à la porte et je sursautai. Hrold m'attira à lui et ouvrit.

Le regard clair d'Alastair qui se tenait sur le seuil tomba sur nous deux et j'y lus un discret soulagement.

– J'espérais te trouver là, me dit-il. J'ai trouvé une domestique terrifiée de t'avoir perdu dans notre chambre, elle était en train d'expliquer aux gardes que tu avais certainement été capturé de nouveau…

Je baissai les yeux, honteux.

– Je vous demande pardon, je ne voulais pas vous inquiéter.

– Ce n'est rien, tu étais avec Hrold, tu étais en sécurité.

J'étais d'accord avec ça, pour moi aussi Hrold symbolisait toujours la sécurité, malgré ce qu'il semblait en penser.

Alastair ne fit aucune remarque sur le fait que nous nous soyons enfin retrouvés, c'était comme s'il l'avait su sans le moindre doute, il n'avait fait qu'attendre patiemment le moment de notre réconciliation. L'immortalité conférait peut-être une patience que moi je n'avais pas.

Il referma la porte derrière lui et vint vers nous. Je le regardai appuyer son front contre celui de Hrold et lui murmurer quelque chose d'une voix trop basse pour que je l'entende. Sa main vint se perdre dans mes cheveux et il embrassa Hrold à en perdre haleine, avant d'embrasser mon front, mes joues, mes lèvres, ma gorge. Je frissonnai entre eux, de bien-être et de plaisir. Hrold m'attira à lui, contre eux. Et je me sentis profondément bien pour la première fois depuis la nuit des Spectres.

Lorsqu'une main se glissa sous ma tunique pour caresser mon dos, toute crainte avait disparue et je ne songeai plus à m'y soustraire.

†.†.†

Nous dormîmes tous les trois ce jour-là, ce qui n'était plus arrivé depuis des jours, et je retrouvai le plaisir farouche de leur compagnie. Ma réconciliation avec Hrold avait libéré quelque chose en moi et les contacts physiques étaient bien moins difficiles. Les caresses qu'ils me prodiguèrent étaient loin des sensations bouleversantes que j'avais expérimentées avant ma capture. Mais mes maîtres m'habituaient à nouveau aux plaisirs intimes et ils prenaient le temps de s'assurer que j'étais prêt.

Le lendemain, je reparaissais à un banquet sur les genoux d'Alastair. On ne me posa aucune question, je ne subis aucune remarque, et il me sembla même que la félonie de Ganelon, quoique grave et marquante, n'était déjà plus dans l'air du temps. La cour de Sang-Verse avait d'autres préoccupations plus agréables et puisque les traîtres avaient été châtiés, l'éternité reprenait son cours.

J'observai discrètement les scènes de débauche habituelles avec des bouffées de chaleur. Un esclave que des vampires avaient fait s'allonger sur une table ronde, à même la nappe, au milieu des plats et des assiettes, se laissait docilement caresser par un petit groupe de nobles. Il finit par demander grâce après avoir courageusement résisté et une femme le fit jouir tout en gloussant d'amusement face à sa défaite. Une serviette en satin servit à l'essuyer, on l'embrassa, le remercia, et il repartit servir une autre table, le rouge aux joues.

– Ça t'a plu, dit Alastair.

Ce n'était pas une question, et je hochai la tête sans parvenir à détourner le regard de l'esclave. Je n'étais d'ailleurs pas le seul dans la salle à avoir apprécié de voir ce garçon jouir.

– Tu voudrais offrir le même spectacle ? me demanda mon maître.

Cette fois je le regardai, troublé. Je n'avais plus rien subi en public depuis la cérémonie des catacombes, et il était temps de m'y remettre. Je me sentais vraiment mieux, capable de recommencer.

– Je ferai selon vos désirs, maître, répondis-je avec un sourire.

Hrold n'avait rien manqué à notre échange et il m'aida à retirer mes chausses et mes bas, et à faire passer ma tunique pourpre au-dessus de ma tête. C'était la première fois depuis des jours que je me retrouvais nu en public, je me sentis rougir et j'évitai de regarder autour de moi. Pourtant le Calice de Sang-Verse apparaissant nu sur la table d'un banquet alors qu'il ne s'était pas montré en public pendant des jours devait forcément attirer l'attention. Alastair repoussa les reliefs de repas et me fit allonger sur la table, il guida mes pieds pour que mes talons reposent sur ses accoudoirs, m'écartant ainsi largement les jambes.

Hrold et lui me caressèrent d'abord légèrement, puis leurs attentions se firent plus affirmées et plus précises, s'attardant sur des zones sensibles telles que mes mamelons ou mes bourses. Je feulai doucement quand le premier doigt s'aventura à caresser mon entrée. Une légère angoisse crispa mon ventre mais je demeurai immobile et Alastair finit par pousser son doigt doucement. Il avait été lubrifié de salive et il passa sans trop d'efforts.

Je me détendis alors. Retrouvant la sensation familière de l'intrusion. Cela m'avait manqué, réalisai-je avec soulagement. Je n'étais ni traumatisé, ni effrayé, je me sentais bien, excité, à ma place.

Quand un second doigt se glissa en moi, je mis du temps à réaliser que c'était celui de Hrold et qu'ils me pénétraient à deux. Lorsque je m'en aperçus, mes reins s'embrasèrent et je haletai. Hrold prodigua des caresses légères sur mon membre douloureusement dressé, je fermai les yeux de plaisir et ma jouissance me surprit moi-même. Je me répandis sur mon ventre en quelques saccades rapides. J'avais le souffle court, des nuages blancs devant les yeux et je me sentais merveilleusement bien. Toute trace de gêne avait disparue. Alastair m'essuya avec un coin de nappe et me rendit ma tunique avec laquelle je me couvris pour échapper à l'air frais de la grande salle.

Puis je me laissai aller dans ses bras, le visage enfoui dans la fourrure de sa capeline. Hrold me caressait distraitement, et je finis par m'endormir, bercé par leur douceur et par le plaisir de me sentir à nouveau à ma place.

†.†.†

La vie à la Citadelle redevint peu à peu ce qu'elle aurait toujours dû être et Alastair m'emmena en dehors du palais pour me faire visiter le reste de la ville. Dans la nuit, sous les toits semblables à des crocs de givre ciselés, le froid vif et le vent glacial avaient un charme triste et lugubre qui m'envoûta. La Citadelle était une forteresse aux galeries couvertes, aux innombrables vitraux colorés et aux flambeaux éternellement allumés dans la nuit. La neige et le givre qui la couvraient la faisaient ressembler à une sculpture de glace. Je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. Je ne m'étais jamais senti aussi libre.

J'avais le droit de me déplacer à ma guise dans le palais et la Citadelle, tant que je portais des vêtements brodés aux armes de mon maître. Je paraissais aux banquets et aux rassemblements officiels, j'avais même assisté à la grande fête de l'hiver, où les vampires avaient bu la nuit durant et où les réjouissances s'étaient changées en orgies. La débauche ne me choquait plus, et Alastair et Hrold m'avaient pris à tout de rôle : sur un divan, sur le rebord d'une fenêtre, sur leurs genoux pendant une longue partie de cartes…

J'avais pris l'habitude de venir préparer à chaque banquet, et à chaque fois que j'apparaissais auprès d'Alastair ou de Hrold. C'était toujours le Général qui s'occupait de cette tâche : avant que je quitte nos appartements, il me lubrifiait et m'élargissait de deux doigts pour que je sois facile à prendre si lui ou le Seigneur de Sang-Verse venait à avoir envie de moi. Cela évitait à mes maîtres de transporter une fiole d'huile avec eux, j'étais toujours un peu ouvert, et si cela m'avait rendu fébrile au début, à présent, c'était devenu naturel et je me pliai sans mal à ce rituel quotidien.

Un soir, à mon réveil, mes maîtres avaient quitté les appartements du Général où nous avions dormi après avoir accueilli la veille les émissaires shesrydes, des vampires du désert Tiamet, loin dans le Sud. Ils m'avaient laissé un mot avec comme instruction de me laver, d'enfiler une tunique d'apparat et de les rejoindre dans le salon doré de l'aile Sud. Je m'exécutai, aidé par des esclaves qui m'apportèrent la tenue choisie par mes maîtres. Lorsque je la vis, je compris, sans qu'il soit besoin de me l'expliquer davantage, qu'Alastair et Hrold attendaient quelque chose de moi : c'était des vêtements riches mais légers, une tunique carmin un peu transparente sous une capeline brodée d'or, des bas en fine laine pourpre et des bracelets en or fin qui mettaient en valeur les marques que je portais à chaque poignet. Tout était étudié, depuis la transparence du tissu qui laissait deviner la peau plus sombre de mes mamelons au liseré de dentelles qui suggérait la naissance de mes fesses et remontait trop haut pour couvrir complètement le ruban de mes bas. J'étais indécent, et cela ne pouvait signifier qu'une chose : mes maîtres avaient besoin que je m'offre en spectacle devant leur invité.

Une fois entièrement habillé, je rejoignis le salon où ils m'attendaient. J'éprouvais un plaisir sincère à savoir qu'Alastair comptait employer mes charmes pour séduire l'émissaire shesryde, cela faisait partie des choses qui pouvaient être demandées à un Calice et j'étais heureux de remplir mon rôle. Plus d'un mois s'était écoulé depuis ma capture par les Spectres et je savais que puisque je me sentais à nouveau parfaitement bien, de nouvelles épreuves n'allaient pas tarder à m'être imposées : Alastair comme Hrold adoraient me tourmenter ! Et il fallait reconnaître, que je les avais attendues avec un peu d'impatience.

Je traversai le palais que je connaissais de mieux en mieux et me fis annoncer à la porte du salon où mes maîtres recevaient leurs hôtes. Je m'attendais à ce qu'Alastair ordonne qu'on me fît entrer, mais à la place, ce fut Hrold qui sortit. Il sourit quand il me vit dans ma tenue d'apparat.

– Tu es sublime, souffla-t-il en m'embrassant dans le cou.

Il me relâcha ensuite et j'exécutai une simple révérence, parce que deux gardes shesrydes se tenaient à la porte et que je préférais respecter le protocole quand nous n'étions pas dans l'intimité.

– L'émissaire Ashraf est ici, et il voudrait vendre des armes à la Citadelle, en échange d'esclaves, m'expliqua rapidement le Général. Ce serait un marché fort intéressant pour la Citadelle, les lames shesrydes sont les meilleures du continent, mais évidemment, Ashraf souhaiterait voir un esclave à l'œuvre avant d'accepter le marché…

– Vous voulez que j'illustre une démonstration d'obéissance et de soumission, compris-je avec un hochement de tête.

– Oui, mais je dois t'avertir : les Shesrydes sont bons avec leurs esclaves, mais aussi très fermes et exigeants. Nous souhaitons démontrer la résistance des esclaves du Nord alors si tu acceptes, tu ne pourras pas te rétracter, et Ashraf pourrait demander un spectacle particulièrement…

– Est-ce que vous pensez que je peux le faire ? demandai-je à Hrold en le coupant dans son explication de peur d'être effrayé par trop de détails.

Il me regarda et sourit.

– Tu en es parfaitement capable, mais cela va être très éprouvant.

– Alors c'est d'accord. Je vous fais confiance, si vous pensez que je vais réussir à le convaincre, je m'en remets à votre jugement.

Hrold m'adressa un sourire éblouissant. Ses yeux verts brillaient d'une émotion profonde. Il caressa ma joue et embrassa mes lèvres.

– Alastair et moi serons avec toi pour te soutenir, et c'est moi qui exécuterai la demande formulée par Ashraf.

Je hochai la tête, complètement rassuré.

– Je vous fais confiance. En revanche, je ne suis pas prêt à…

Je dus avoir l'air un peu gêné car il comprit immédiatement : je n'avais pas été dilaté ni lubrifié.

– Ce n'est rien, nous nous en occuperons à l'intérieur, entre.

Il me vola un autre baiser au passager et glissa un remerciement au creux de mon oreille, puis il m'indiqua d'entrer dans le salon.

L'émissaire Ashraf était un vampire impressionnant : brun aux yeux noirs ourlés d'un trait de maquillage noir, ses cheveux étaient coiffés de centaines de fines tresses complexes, il était large d'épaules, avait le teint olivâtre, et l'air bon et sage mais intransigeant. Je m'inclinai devant lui et Alastair, ils étaient assis dans deux fauteuils voisins et j'essayai de me rappeler que j'avais déjà vécu pire et plus difficile.

En vain, cette mise en scène fit remonter l'angoisse de la nuit où j'avais été capturé et je ne pus raisonner mon cœur qui s'emballa. Je m'agenouillai sur le riche tapis doré du salon pour leur faire face dans une position soumise, en espérant que ce soit l'attitude attendue par notre hôte étranger.

Le continent était partagé en deux régions vastes : le Nord, aux montagnes escarpées et glacées, et le Sud, aux déserts de sable brûlant. Les vampires étaient bien moins nombreux dans le Sud et habitaient des nécropoles enfouies, des temples oubliés, et des palais de marbre noir dans des régions prétendues maudites où de perpétuels vents de sables dissimulaient le soleil. J'avais comme tout le monde entendu parler de ces vampires mais je n'en avais jamais rencontré et j'ignorais quel genre de pratiques ils pouvaient faire subir à leurs esclaves.

– Il est très beau, dit Ashraf avec un fort accent. C'est le vôtre, Seigneur de Sang-Verse ?

– Il nous appartient conjointement, au Général Hrold et à moi.

L'expression d'Ashraf se modifia un peu pour afficher une réelle surprise, avant de redevenir neutre : un humain appartenait rarement à deux maîtres. C'était seulement le cas pour les vampires mariés, et le fait que j'appartienne à Hrold et Alastair prouvait la force de leur union d'une manière bien plus officielle et incontestable que ne l'aurait fait une union publique.

– Il ne provient pas de mon sérail mais il a été dressé dans la pure tradition du Nord et mes esclaves ont reçu la même éducation et le même dressage. De quelle manière souhaiteriez-vous le voir à l'œuvre ?

Ashraf m'observa, j'avais les yeux baissés et j'attendis en silence qu'il prononce la sentence.

– Nous avons une tradition dans le Sud, nous donnons des spectacles lors des grandes fêtes, où des esclaves choisis parmi les plus beaux et les plus dociles du Sultan se soumettent à l'épreuve du Gant de Velours, par laquelle ils démontrent l'étendue de leur soumission.

– Nous connaissons cette épreuve, acquiesça Alastair. Elle est moins répandue dans le Nord, mais néanmoins pratiquée. Notre Calice ne la connaît pas mais ce sera l'occasion pour lui de la découvrir.

Alastair fit signe à Hrold de commencer. Des domestiques déplacèrent des coussins qui furent installés sur le tapis tout près d'Alastair et Ashraf. Le regard d'Alastair me brûlait. Il semblait terriblement excité et si moi je ne connaissais pas cette pratique, Alastair lui, semblait beaucoup l'apprécier.

Hrold m'installa sur les coussins, de profil par rapport aux spectateurs, et il suréleva mes fesses. On lui présenta une fiole d'huile avec laquelle il s'enduisit les doigts avant de me les présenter. Je tournai la tête vers Alastair que j'aimais regarder quand Hrold me préparait, cela me donnait du courage quand après avoir appliqué un restrictif naturel, l'élargissement était difficile. Mais cette fois je n'avais pas reçu de restrictif, et les doigts de Hrold glissèrent sans mal entre mes fesses.

Je soupirai et me forçai à me détendre. Je n'avais jamais entendu parler de Gant de Velours, mais je savais d'expérience que plus je serais confiant et offert, plus ce serait facile.

La conversation reprit entre Alastair et Ashraf, ils parlaient de la qualité de l'acier shesryde, des types d'enchantement que leurs forgerons pouvaient appliquer aux lames, des batailles remportées contre des vampires nomades venus saccager leur Nécropole pour leur prendre leurs esclaves. Puis ils parlèrent des esclaves, de l'importance qu'ils accordaient à la soumission, de la rareté des humains… Et pendant tout ce temps, Alastair ne me quitta pas des yeux, pas même pour regarder son interlocuteur.

Ashraf aurait pu mal le prendre, mais lui aussi me regardait avec tant d'intensité qu'il ne s'en formalisa pas. Alastair me faisait passer mille choses par ce regard, son désir, sa tendresse et une admiration sincère qu'il semblait éprouver à chaque fois qu'il me voyait me soumettre.

J'étais très calme, allongé sur le ventre, les fesses écartées et offertes, je laissais les doigts familiers de Hrold m'assouplir progressivement. Il faisait cela avec beaucoup de douceur, d'abord avec deux, puis avec trois, et enfin avec quatre. Je respirai régulièrement pour me relâcher en essayant de ne pas penser au moment où l'épreuve allait réellement commencer. Je ne connaissais presque rien aux royaumes du Sud et à leur culture. Quel genre de pratique pouvait être le Gant de Velours ? Quel genre d'instrument Hrold allait-il employer ?

Le quatrième doigt – comme toujours à cause de mon étroitesse naturelle – avait été difficile à faire passer. Et je me remettais lentement du tiraillement pénible qui commençait à refluer quand Hrold retira suffisamment ses doigts pour pouvoir glisser le cinquième. Je me crispai involontairement et écarquillai les yeux, choqué. Ni Hrold, ni Alastair n'avaient jamais essayé avec autant de doigts et il me fallut quelques secondes pour retrouver mon calme. L'expression rassurante d'Alastair m'aida beaucoup.

– Il est impressionnant, murmura Ashraf. Tous vos esclaves sont aussi dociles ?

Hrold poussa jusqu'à ce que la dernière phalange de son pouce bloque. Je haletai et j'avais chaud malgré la fraîcheur de la pièce.

– A partir de maintenant la véritable épreuve commence, m'avertit Hrold, alors que je croyais qu'il en avait terminé. Je vais devoir te forcer et tout ce que j'exige de toi, c'est que tu restes immobile et que tu me laisses faire.

Il avait parlé à voix basse, pour ne pas déranger les monarques, et sa seconde main caressait mes reins.

– Oui, maître, soufflai-je à mon tour. Je suis prêt.

Hrold commença à pousser. Je pensais qu'il n'y arriverait pas, mais je fus horrifié de découvrir que toute l'huile qu'il avait appliquée rendait mes parois glissantes et que mon anneau s'ouvrit encore, insupportablement élargi. Je ne quittai pas Alastair du regard. Les yeux de mon maître s'étaient dilatés sous le coup de l'excitation, mais sa voix était parfaitement mesurée et je m'y accrochai pour oublier le tourment. Je commençais à comprendre les mots « Gant de Velours » et leur implication m'effrayait.

– Les Calices sont les seuls esclaves auxquels nous inculquons ce degré de soumission, disait mon maître. Les serfs, qui ne sont pas des esclaves sexuels, ne sont pas dressés, ils vivent librement sur les terres de leur seigneur et sous sa protection, en échange, ils doivent offrir le deuxième né de leurs enfants au sérail, quand il atteint ses quinze ans. Donner naissance à un futur Calice est un grand honneur car les Calices sont les compagnons des vampires les plus puissants, et leur vie est bien plus longue que celles des autres humains.

Ashraf acquiesça et se pencha un peu pour changer de position et observer la bataille que menait Hrold pour me pénétrer entièrement. Et il fallait reconnaître qu'il faisait cela avec beaucoup de précautions, il devait être difficile de forcer des chairs si fermes sans les blesser. La jointure de ses doigts constitua un obstacle que je pensais insurmontable mais je n'avais pas vraiment peur et je n'avais pas envie d'échapper aux mains de Hrold. J'étais essoufflé, complètement surpassé par la sensation, mais je n'avais pas l'intention de bouger. En réalité, je ne m'en sentais plus du tout capable. Le moindre geste, en plus d'être interdit, aurait été un supplice.

Je me concentrai sur la nécessité de me détendre et d'offrir un spectacle plaisant aux trois vampires. Hrold travailla à vaincre ma résistance, multiplia les va-et-vient, m'assouplit, me détendit, et finalement força le passage. Il poussa en moi jusqu'à ce que je lui cède et que je m'ouvre à sa main entière, le corps au bord de la rupture et l'esprit égaré. Je ne criai même pas lorsqu'enfin il m'ouvrit au-delà de ce que je croyais possible.

Alastair afficha une expression de sincère contentement, et Ashraf se racla la gorge.

– C'est exactement un esclave de ce genre qui plairait à mon roi, il ne connaissait même pas l'épreuve. Vos techniques de dressages sont admirables. Le Roi Serkan souhaiterait acquérir une dizaine de Calices, pour offrir un harem à son fils qui vient de fonder sa propre cité. Nos humains sont rares, beaucoup ont été décimés par l'alliance des esclavagistes, des vampires nomades qui pillaient les cités prospères et s'emparaient de leurs humains pour les revendre. Notre roi a mis fin à leurs agissements il y a une poignée d'années, après une guerre d'un siècle. Nos humains en sortent exsangues.

Je me sentais très lucide. Hrold avait fini par s'immobiliser et caressait avec satisfaction mon dos recouvert d'un voile de transpiration. J'avais besoin d'un bain, et d'avaler au moins une carafe d'eau, mais la seule chose que je fis au cours des minutes qui suivirent, ce fut d'apprivoiser l'intolérable tiraillement. La douleur m'obsédait mais je savais qu'il était inutile de résister, j'étais trop ouvert pour faire quoi que ce soit d'autre qu'accueillir la sensation. J'acceptai complètement mon impuissance, je m'y abandonnai même avec plaisir. Je m'étais trompé au cours de la nuit des Spectres où je m'étais senti si fragile, je ne détestais pas ma faiblesse ni ma vulnérabilité, elles faisaient partie de moi, elles faisaient la fierté de mes maîtres et leur plaisir. Si je m'abandonnais à ceux qui m'aimaient, je n'en souffrirais jamais.

Hrold commença à bouger, très lentement. Il fit monter comme une vague le flux et le reflux d'un va-et-vient profond auquel j'étais infiniment attentif. Je gémis de détresse à plusieurs reprises, torturé par ma propre étroitesse.

– Les vampires souhaitant le rétablissement du droit de tuer ou de saigner à mort sont nombreux, dit mon maître. J'ai moi-même essuyé des velléités de révoltes il y a très peu de temps.

– J'en ai entendu parler, dit Ashraf, vous avez maîtrisé les traîtres d'une poigne de fer à ce qu'on raconte. Mon roi approuverait tout à fait. Les vampires qui s'en prennent aux humains sont un fléau. La vie est le bien le plus précieux.

– Je suis heureux de vous l'entendre dire, dit Alastair en marquant une courte pause pour m'écouter gémir. Je ne voudrais pas vendre mes esclaves à un maître cruel, mais je connais votre souverain depuis des siècles, le Roi Serkan est noble de cœur. Il respecte les lois ancestrales du Caliçat et protège les faibles. Faire affaire avec lui serait un honneur.

– L'honneur est partagé, dit Ashraf en levant son verre pour saluer mes efforts et la qualité de mon dressage.

Je me laissai submerger par le sentiment d'abandon, les paupières à demi-closes, c'était exactement ce dont j'avais besoin. Les va-et-vient qu'exerçait Hrold me ravageaient complètement, comme une tempête intérieure. Je souffrais et c'était intolérablement bon. L'une des articulations de la main de mon maître frottait stratégiquement mon point le plus sensible. Mais j'avais trop mal pour jouir, c'était une torture qui me faisait suffoquer de plaisir.

– Je crois qu'il a besoin d'aide, dit Alastair avec un sourire.

Et il se leva pour me rejoindre. Il s'agenouilla sur un coussin devant moi et m'aida à me redresser. Chaque mouvement créait de terribles crispations et me tirait de petits cris de douleur mais il insista néanmoins, implacable. Il m'installa à califourchon sur ses genoux, Hrold se rapprocha de nous pour garder sa main à l'intérieur et jouer à pétrir mes fesses. J'enfoui mon visage dans le cou d'Alastair pour dissimuler ma détresse.

Hrold continua à me labourer tandis qu'Alastair, qui avait passé un bras autour de ma taille, me fit me pencher en arrière avant de s'emparer de mon membre bandé comme un arc. Je poussai un petit cri quand ses doigts se refermèrent autour de moi et renversai la tête, vaincu.

Il ne fallut pas longtemps, à peine une dizaine de voyages sur mon membre, et je me libérai dans sa main, submergé par des spasmes de plaisir. Je me crispai autour de Hrold qui caressait mes reins et mes fesses de sa main libre.

Leurs crocs se refermèrent sur moi en même temps. Alastair me mordit au mamelon et Hrold dans le creux de l'épaule. Je croisai le regard d'Ashraf qui semblait apprécier le spectacle mais sans émoi excessif, à la manière d'un homme coutumier de la vision des scènes les plus obscènes.

Hrold se retira de moi avec précautions, laissant un grand vide entre mes reins. Ils dégagèrent leurs crocs après avoir avalé deux ou trois gorgées chacun et refermèrent les deux blessures. Le Général me reçut dans ses bras et je m'y blottis. Il me couvrit de sa cape, salua l'émissaire et se retira en m'emportant jusqu'à nos appartements.

Il me déposa sur notre lit en douceur, me rafraîchit à l'aide d'un linge humide et sortit un flacon d'une commode. Une douce odeur de menthe se répandit autour de nous. Il prit de l'onguent en quantité généreuse et l'appliqua son mon intimité, m'arrachant un frisson de plaisir. La sensation de froid était merveilleusement apaisante.

– Tu as été exemplaire, souffla mon maître en embrassant mes joues. Je savais que tu y arriverais, mais pas que tu t'abandonnerais de façon si remarquable. Tu fais notre fierté, à Alastair et moi. Etre le Calice d'un Seigneur n'est pas une chose facile, c'est une lourde responsabilité, cela demande de mettre tout orgueil de côté pour servir les intérêts de ton maître et faire honneur à sa Maison. Tu as toutes les qualités pour être l'esclave d'un grand homme, et plus encore.

Je souris.

– De deux grands hommes ? suggérai-je.

J'avais la voix un peu cassée mais il rit avec moi avant de me donner à boire et de me faire grignoter des biscuits au miel. Il passa le reste de l'heure avec moi. Je reprenais mes esprits et lui me caressait, il goûta le miel sur mes lèvres, le sel sur ma peau, la langueur de mes membres fourbus, et lorsqu'Alastair entra enfin, ils s'embrassèrent presque sauvagement comme ils le faisaient à chaque fois qu'ils étaient excités de m'avoir donné du plaisir.

Alastair se pencha sur moi.

– Tu as convaincu l'émissaire shesryde de me vendre cent lames enchantées contre dix Calices et sept familles volontaires pour entrer au service du roi Serkan. C'est bien plus que ce que je n'aurais jamais pu négocier.

Il prit ma main, la retourna et embrassa la paume, puis descendit jusqu'au poignet, il embrassa la marque qui s'y trouvait, prit mon autre main et embrassa la seconde marque avec la même ferveur.

– Merci, Alcuin.

– Ce fut un plaisir de vous servir, répondis-je avec un sourire espiègle qui fit rire mes maîtres.

Les caresses d'abord chastes prirent un tournant plus enfiévré en quelques minutes. Je soupçonnai les deux vampires d'être pétris de désir, car il suffit d'un rien pour que leurs regards s'embrasent.

Alastair tâtonna jusqu'à mon entrée. Je le laissai faire en fermant les yeux, l'onguent appliqué par Hrold avait apaisé la douleur et je me sentais tellement ouvert que ce fut un soulagement quand il glissa ses doigts, de sentir qu'il me remplissait.

Il en mit d'abord deux, puis trois, avant d'en glisser un quatrième sans rencontrer la moindre résistance. Je soupirai de bien-être.

– On pourrait le prendre tous les deux, souffla Alastair qui m'affolait en bougeant en moi pour tester ma souplesse.

Mes yeux s'arrondirent de surprise et je passai du visage de l'un à l'autre à la recherche d'éclaircissement. Ils n'allaient quand même pas…

– Il est assez docile et confiant pour ça, acquiesça le Général en me souriant.

Alors le Alastair se retira de moi, me souleva et m'assit sur lui. Hrold se positionna dans mon dos, au-dessus de nous. Il m'aida à m'empaler sur Alastair, l'onguent et ma préparation précédente rendit le passage très facile et délicieusement agréable.

– C'est bien, reste détendu, me conseilla Hrold.

Il massa doucement mes fesses et son membre dur trouva mon entrée. Je n'osai plus émettre le moindre son et me laissai rassurer par Alastair tandis que Hrold poussait lentement en moi pour rejoindre le membre de mon premier maître. J'ouvris la bouche en un cri silencieux, mon esprit était vide et mon corps était plein au-delà du supportable.

Ils me caressèrent et me massèrent jusqu'à ce que je me détende, les mots qu'ils chuchotèrent à mon oreille me firent rougir. La sensation était bouleversante, délicieuse, démesurément troublante. Je les sentais en moi. J'étais leur Calice à tous les deux et mon corps était capable de les accueillir en même temps, de les unir intimement. C'était renversant, j'en perdis toute mesure et me laissai guider par mon instinct, creusant les reins, ondulant des hanches, pour les sentir me labourer les reins.

Ils me firent l'amour ensemble, en prenant leur temps, leurs lèvres s'unissaient avant de chercher les miennes et mon corps rompu par le plaisir unissait les leurs à la perfection. Mais j'avais déjà joui avec une telle intensité plus tôt dans la soirée, que je devinais que cette étreinte allait durer toute la nuit. Ce qui n'était pas pour me déplaire.

Mon sang s'élançait dans mes veines à un rythme dément et je sus que l'éternité n'aurait pas assez de nuits pour me lasser de cet amour-là, la coupe de mon cœur ne serait jamais vide et la bouche de mes maîtres ne cesserait jamais d'y boire le nectar voluptueux, aux effluves suaves de tendresse et d'extase que leur passion y faisait naître.

Fin