J'ai tué mon "père". Je le mets entre guillemets car ce n'était pas vraiment mon père.

Cet homme, il se proclamait roi. Et moi, j'étais son bras droit. Quand il dirigeait son peuple depuis son trône, moi j'appliquais la loi sur le terrain. On s'entendait bien.

Puis il est devenu insupportable. Le pouvoir et l'appât de l'argent l'avait rendu fou. Il s'est mis ses plus fidèles proches à dos. Moi y compris. Mais sa confiance aveugle envers moi a eu raison de lui. Je connaissais le peuple. Le peuple connaissait presque plus mon visage que le sien. Au final, ce n'est plus la loi du "roi" que je faisais appliquer. C'est ma loi à moi. Celle qui aurait dû être appliquée depuis longtemps. Mais le sale type assis sur le trône me gênait. Pfff. Que faisait-il encore là, dans l'illusion que son peuple l'aimait ?

Alors que les échos du peuple lui parvenaient, il essaya de s'enfuir. Il n'est pas allé loin. Je l'attendais. Devant moi, je voyais que son regard puait l'innocence. Et je l'ai tué. Je passerai les détails.

J'ai alors pris sa place. Ça n'a pas été bien dur, le peuple me réclamait.

À partir de là tout s'est passé comme sur des roulettes. J'ai détruit le château qui rappelait trop l'ancien. Je me suis installé avec mes bras droits dans une maison au sein du peuple. Nombre de mes concitoyens ont frappé à ma porte pour me demander divers services. J'y répondait avec plaisir.

Même si j'avais mes bras droits, je m'entendais avec tout le monde. J'ai même sympathisé avec un vagabond. Ce vagabond même qui s'est installé dans le royaume quand j'en ai pris le contrôle. Je ne sais pas pourquoi je lui fais si confiance. J'ai l'impression qu'il me cache quelque chose. Mais bon. Je l'ai quelques fois accueilli chez moi. Il semblait si innocent... Comme... L'ancien... Je lui ai confié la tâche de messager au sein du royaume. Il s'en sort plutôt bien.

Au fur et à mesure, je perdais quelques soutiens mais il y avait toujours d'autres personnes pour prendre leur place.

Et moi dans tout ça ?

Autant être honnête, je me suis mis un peu en retrait depuis quelques temps. Je ne veux pas qu'on voie que je suis malade. Chaque jour qui passe dans ce royaume que j'ai édifié commence à me peser. Je m'ennuie. J'ai bien tenté de me balader pour me changer les idées mais j'ai déjà exploré tous les recoins de ce royaume. Sauf une. Peu avant les limites du royaume, il y a un cours d'eau. Je n'ai jamais pu le traverser. Quelque chose d'invisible m'en empêche. Je me sens enfermé ici. J'ai besoin d'air. Mais je n'en ai pas. Je n'en ai plus. Et sans air, je ne peux plus respirer.

Et je mourrai, ici, sur mes terres.

Je sais que je me suis suffisamment occupé de mon royaume pour qu'il soit complètement autonome. Mais une question me turlupine encore.

J'ai besoin d'écrire mon testament. Ma biographie. Raconter la chute de mon royaume intérieur. Une fois cela accompli, je me retirerai seul dans ma maison, et j'attendrai que l'air vienne à me manquer.