Chapitre 1 : La fuite vers la Terre

Je vivais il y a bien longtemps dans des lointaines contrées, sur Saturne. Ma vie était tranquille, partagée entre ma famille et, mes obligations royales. Mais un jour, une guerre entre Saturne et Jupiter éclata. Par peur pour ma sécurité, mes parents décidèrent qu'il était préférable de m'envoyer sur Terre. Or, je ne voulais pas abandonner Saturne, fuir comme une lâche, laisser les autres se battre à ma place, ce n'était pas dans mes principes. Pourtant, je finis par m'y résoudre, car si mes parents mouraient, seul moi pourrait prendre leur succession, et une héritière morte ne peut aider son peuple à se reconstruire.

Deux heures après ma décision, mes affaires étaient prêtes (je n'avais pas pris grand-chose, mais les aurevoirs avaient été difficiles). J'étais dans la salle aux tunnels. Je tendis ma main vers le plafond, serrais encore plus fort mes maigres bagages, et récitais le sort de téléportation devant m'emmener sur Terre. Or, le tunnel passait aux alentours de Jupiter, et ce que je n'avais pas prévu était la mise en place d'un « poste frontière » pour les tunnels, en plus de ceux terrestres.

Ce « poste » me happa, et ce fut comme si j'étais au cœur d'une tornade. Je me cognais aux parois sans en sortir, mes membres s'engourdissait, et je voyais de moins en moins la possibilité de survivre à la violence sans non du transport. Lorsqu'enfin le cauchemar s'arrêta, un autre commença : j'étais devant le souverain de Jupiter, et entourée de toute la garde royale.

" - Tiens donc, qui avons-nous là ? Ne serait-ce pas Fleur, la princesse de Saturne, dit-il avec son sourire narquois.

- …

- Tu ne sais plus parler ? Oh, cela est bien dommage. Tu sais, je voulais te proposer un arrangement : tu deviens mon informatrice, et en échange tu retrouves immédiatement ta liberté.

- Trahir Saturne…, fis-je d'un air songeur. Non, je ne pense pas. Je suis héritière du trône, princesse de par ma lignée, alors pourquoi trahir mon peuple ? Pour ma liberté, non, jamais, je préfère mourir enfermer que mourir en traître.

- Mais je ne t'ai jamais demandée de me répondre maintenant enfin… Tu as tout ton temps. Mes gardes vont te conduire à tes appartements, et dans deux jours ils viendront te chercher. C'est seulement dans deux jours que je veux votre réponse Princesse, alors d'ici-là vous avez le temps de changer d'avis, dit-il avec un sourire semblable à celui du Diable. "

Sur ces dernières paroles, il fit signe à ses gardes de m'emmener. Je fus alors trainée dans un dédale de couloirs. J'essayais de mémoriser le chemin, de trouver des sorties possibles. Malheureusement, je ne vis rien, comme si le château ne possédait aucune fenêtre et aucune porte. Quant au chemin, les gardes firent tant de détours que j'abandonnais de me sauver grâce à celui-ci. Ma liberté ne tenait plus qu'à mes talents de Maître, ou à Lui.

Arrivée devant « mes appartements », les gardes me jetèrent comme une vulgaire chose à l'intérieur, et fermèrent à double tour la lourde porte. J'étais enfermée, emprisonnée dans une cage dorée. Tout d'un coup, le vent se leva. J'entendis des bruits de pas, puis une voix :

" - Tu ne peux songer de t'échapper d'ici. Tu n'as aucune échappatoire. Afin de retrouver ta liberté perdue tu as besoin de moi, Le Serpent. Serpent qui se trouve être accessoirement ton âme sœur.

- Depuis quand le venin de la Guilde offre-t-il son aide ? Je croyais que tu ne t'abaisserais jamais à cela, même pour moi.

- Je ne pense pas que ce soit le moment adéquate pour ce genre de discussion…

- Ce n'est jamais le moment… On ne peut jamais parler avec toi !

- Et toi alors, dès que je te voyais c'était à la Guilde, et tu m'adressais à peine un mot. Toujours à t'entraîner, à former, à te renforcer psychologiquement. Tu ne m'as jamais regardé en tant qu'humain, mais en tant que Maître de niveau 2, comme un subordonné à qui on donne les ordres !

- Sinon, tu es là pour vider ton sac, ou pour m'aider ? Juste comme ça hein, parce que ton père compte bien me garder enfermer entre quatre murs jusqu'à ce que mort s'en suive, ou que j'accepte sa proposition.

- T'aider, mais laissons passer la nuit, demain on pourra mieux réfléchir.

- Je n'ai pas jusqu'à demain, le coupais-je. Je sais que l'on viendra me chercher cette nuit pour m'extorquer des informations, et ce sera sûrement par le biais de la torture.

- Mon père tient trop à ta vie pour cela…

- On peut torturer sans tuer, et tu le sais. Alors pourquoi ne pas s'évader ce soir ?

- Je ne peux pas…

- Tu ne veux pas surtout. Tu es peut-être Le Serpent, mais au fond tu n'es qu'un lâche qui veut se donner l'image d'un dur. Tu n'es rien, une poussière, un microbe, mais pas un héros, ni un Homme.

- Tu es peut-être L'Ombre, mais cela ne te donne pas le droit de proférer de tel propos !

- Si ce n'est pas la vérité alors pourquoi te sens-tu blessé ? Tu ne veux pas le dire, alors je vais le faire : parce que je viens de te dire la pure vérité : tu es un lâche Le Serpent. Et, si tu ne veux pas fuir ce soir, je le ferais toute seule.

- Cela n'est que folie ! La sécurité est passée au niveau maximal. Nous serions repérés à peine sortie d'ici.

- N'oublie pas qui nous a formé. N'oublie pas qui nous sommes. Je ne suis pas une prisonnière sans défense. Tu n'es pas un prince sans sang d'innocent sur les mains. Nous ne sommes pas des anges de cœurs. Nous sommes les démons de la nuit. Ceux qui font peur, qui tuent, qui assassinent, qui font le sal boulot à la place des autres. Nous sommes ce que chacun veut repousser au plus profond de lui-même. Nous avons appris à maitriser l'instinct animal qui nous domine, et tuons en tant qu'Homme, et non en tant que bête.

- Dehors personne n'a demandé à mourir…

- Si nous tuons ce soir, ce sera par défense. Nous n'irons pas à l'affrontement, car c'est le moyen le plus sûr pour ne jamais revoir le jour. Nous deviendrons des ombres, nous serons invisibles pour eux, tapis dans la pénombre. A l'air libre, la population dormira, elle ne nous entendra pas, ne nous verra pas. Nous partirons sans qu'ils le voient, le pressentent, le signalent. Nous serons des fantômes une fois cette porte franchie.

- Or, ton plan est impossible, devenir fantôme est un art compliqué, difficile à maitriser…

- Tu n'auras pas besoin de devenir fantôme, tu es le prince. Le fait que tu ne maitrises pas cette technique n'est pas crucial à cette évasion. Seule moi doit savoir l'utiliser. Et, cela est le cas, je suis la seule depuis mon Mentor à la maitriser, d'où mon surnom « L'Ombre ». Au travers des dédales je te suivrais, et si on te demande pourquoi tu veux sortir au milieu de la nuit, tu leur répondras que tu sors pour affaires. Ils savent ici que tu es un être de la nuit, ils ne poseront pas plus de question et te laisseront sortir.

- Et toi ?

- Je serais ton ombre. Quant à cette pièce je peux en sortir quand je veux grâce au vent de l'Enfer, rassures-toi. Tout ce que ce plan nécessite c'est que tu te trouves de l'autre côté de la porte quand je la franchirai.

- Comment ?

- Le Serpent se faufile et brode, alors soit Le Serpent face aux gardes, et permet à ton âme sœur de survivre."

A peine j'eu fini ma phrase que Louis se volatilisa. Quelques secondes plus tard, je l'entendais parler chaleureusement avec les gardes… si seulement ils savaient. J'invoquais alors les ténèbres qui habités les sous-sols de mon cœur, et d'un coup je me sentis métamorphosée. Je n'étais plus humaine, j'étais devenue une démone. J'utilisais alors mes pouvoirs pour me fondre dans les ombres de la nuit, et avec la force du vent des Enfers, je passais la porte. Les gardes riaient désormais avec Louis, j'eus donc tout mon temps pour m'ajuster à son ombre, et me rapprocher le plus de sa personne physique. Le processus terminé, je commençais à caresser le cœur de Louis, pour lui faire signe que nous pouvions y aller. D'abord surpris, il se reprit vite, et s'excusa auprès des gardes, prétextant une affaire extérieure urgente.

Durant une heure, je le suivis au travers des dédales de couloirs. Jamais je n'aperçus une once de lumière extérieure.

Tout d'un coup il s'arrêta, pressa sa paume contre une pierre tâchée par les cendres du feu qu'elle abritait. Je vis alors le mur se transformé en porte, et au travers la lumière de la lune. Il ouvrit la porte avec précaution, et repris son rythme de marche. Nous étions cette fois sur les créneaux du château. En m'autorisant un regard en arrière, je compris que ma geôle n'était autre que l'Isolement. J'en eux des frissons, mais me reprit bien vite : le prince me faisait m'évader, il trahissait pour moi son royaume, alors il ne fallait pas tout faire foirer pour des états d'âmes.

Lorsque nous arrivions enfin en dehors de l'enceinte du château, au milieu de la forêt incandescente, je me défis de l'ombre de Louis pour retrouver consistance. Or, j'avais oublié un détail : j'étais toujours transformée en démone.

" - Je me disais bien que tu me cachais quelque chose, dit-il avec un sourire en coin.

- Le fait que je puisse être une ombre ne t'a jamais mis sur la piste ? demandais-je amusé.

- Si, mais cela était trop énorme pour que je puisse y croire. Mais, la prochaine fois j'écouterai mon instinct."

Je levais les yeux au ciel face à sa dernière réplique, et entreprit de rechercher mon grimoire dans ma sacoche (celle que j'avais caché au sein des broderies de mes vêtements, l'autre étant restée au palais, mais bon il n'y avait rien d'important dedans). Quand je l'eu trouver, je commençais à dessiner un cercle par terre. Puis, j'y versais deux gouttes de jus de jonquille, avant de répandre la poudre de coquillage autour de nous. Cela finit, je fis signe à Louis de me rejoindre dans le cercle. Je pris ses mains, et récitais la formule devant invoqué les flammes de l'enfer. D'un coup, nous fûmes happés dans des flammes violettes, nettoyant toute trace de rituel magique dans la forêt.

Le trajet dura à peine le temps d'une seconde. Nous atterrîmes au milieu d'un cristal rougeoyant. Dans celui-ci des multiples portes : l'infini était à notre porté. Je sentis Louis se raidir quand il comprit que nous étions dans le noyau de l'Enfer. Je lui serrais alors plus fort les mains, le regardais, et d'un geste l'invitais à me suivre. Je nous conduisis jusqu'à la porte « Terre ». Celle-ci passée, je continuais mon chemin sans hésiter vers la porte « désert ». Mais, avant de la franchir, j'attrapais la main de Louis, car seule une démone, ou seul un démon, peut franchir ses portes, les humains doivent être accompagnés, sinon ils périssent ici, ne pouvant en ressortir. Nous fûmes alors projetés de l'autre côté, comme recrachés par le cœur.

Nous étions enfin sur Terre, il ne restait plus qu'à planter la tente, protéger les lieux, et réfléchir à demain… Oui, demain, une longue et épuisante journée.