Ferme les yeux, rien qu'un instant,
Va à ton rythme prend ton temps
Et regarde-le, souviens-toi
Comprends-le tu en seras coi !

Une éternité est peut-être plus courte que tu ne le crois
Et ces deux mois
Tout-à-fait longs comme il se doit.
Ah oui ! Tu en seras pantois !

Tu te revois debout, assis
Pensant, riant ou apprenant
Et puis : « Mince ! Déjà deux ans ?! »
Ou bien : « Zut ! Ai-je bien choisi ? »

Et tu contemples, et tu vis dans un temps mort,
Te rappelant la lumière passée
Tu fuis le présent, pesant d'obscurité
Mais, n'oublie pas la trotteuse et son ressort,
Et profite de la vraie durée du temps
Qui s'écoule, là, maintenant.


La fougère solitaire frissonne au creux de la colline.


La nuit s'effondre sur le monde
Le recouvre de sa poisseuse mante
Qui, dit-on, abrite l'Immonde
Et le Glauque, qui, cyniquement, chantent.

C'est aveuglés qu'on voit les sons
Qu'on entend notre corps, palpitant dans la bise
Que l'on s'ancre en nous-même
Dans nos mains, dans nos veines
Dans le poids de notre Conscience, surprise
De nous-même, que nous laissons
Couler, machinalement
Qui sait marcher normalement
En pensant à chaque muscle, à chaque fois ?


Incapable des plus simples contemplations
Chaque texte s'associe à une noirceur
Qui sans cesse revient, comme une passion.
Rien que du cliché, du réchauffé, sans saveur.

Pourquoi ne puis-je sortir de ce mode de pensée
Original sans l'être, je ne fais que ressasser
Pas de neuf dans les idées, pas d'évolution bloqué
Pourquoi persisté-je à tenter de créer ?


Je tente de saisir du sable, et lorsque je regarde ce que je croyais tenir, il n'en reste en réalité presque rien.
Frustration.


Accrochée, elle laisse son empreinte sur tout,
Niant un potentiel, des réussites, le présent.
Gardienne, soi-disant, d'espoirs intacts car inexistants,
Occulte mes pensées, me noie, m'étouffe, partout
Insistante, jamais essoufflée, elle mord,
S'emmêle et s'entortille, m'étouffe, partout,
Sordide geôlière, qui m'enferme, me bloque
En son sein et en silence. Je ne sortirai pas.


Tu fonces dans un mur, seul.
Tu le sais. Tu t'imposes ta fin, ne te laissant plus le choix. Tu serres les dents.
Jusqu'ici, tout va bien.
L'important n'est pas la chute. C'est l'atterrissage.
Jusqu'ici, tout va bien. L'espoir tente de poindre.
La chute ne sera peut-être pas mortelle. Peut-être.
Tu commences à oser y croire.
Et puis vient la terre, dure, poussiéreuse.


Toute ta vie t'y crois, sans illumination
Peu importe ton choix, tu en fais ta religion
Tu t'accroches à ta foi, trainant tes convictions
Les Sciences ou le Droit, vérité sans concessions.

Tu t'appuies sur du rien, tes idées sont toutes taillées
Si tes choix sont les miens, tu te marres et va payer
Si ma voie mène à rien, tu te marres et j'suis grillé
Tu m'évit' comme un chien j'ai signé ma mise à pied.

On veut surtout pas voir, on évite l'intensité
On choisit plus de croire regarde pas l'éternité
T'aime, alors aveugl' toi des flingu' dans les cités
De tous ces rois qui encouragent la publicité
Et cachent les miroirs ; masse médiatisée.

Toi, toute ta vie entièr' tiens dans un ballon
Que tu touch'ras jamais mais qui trôn' dans ton salon
Toi, toutes tes prières sont adressées au stupre
Poursuis un temps moins laid dans le sexe et dans les stups
Toi, tout est cher dans ton immense appartement
Tu trouves ça parfait, sans la femme et les enfants
Moi, tout ce que je sais, c'est que je veux savoir
Et dans quel état j'erre, ça je ne veux pas le voir.

Chacun choisit de chérir sa propre religion
Tous nous craignons de mourir, c'est un peu une tradition
Il vaut mieux choisir de croire, plus que de douter
C'est moins flippant de médire et d'y passer sans y penser
Que d'affronter le vide et de finir par s'y noyer.


Tu traînes la patte dans les vallons gris
Et tu la ploie devant Solitude
La reine des foules et des cris
Dont le poids devient une habitude
Que promènent des vieillards aigris
Dans une épaisse poix qui élude
Sans peine les questions, les écrits
Qui interrogent Sa Loi très prude
Qui appuie son règne depuis des décennies.


Avenir en devenir potentiel infini
A chaque silhouette dépassée rapidement
Un mot, une phrase, le futur est infléchis
Toi, passant inconnu, tu ignores si je te mens
Tu ignores qui je suis, ou ce que je te veux
Là est le goût de la rencontre, le jeu du hasard
On lâche prise, et on voit si le flot mène quelque part.


Est-ce que tu as peur, si je te dis que je te vois ?
Si tu sens que je t'effleure le pied du bout des doigts ?
Tu seras tranquille si je marche dans le couloir,
Pendant que tu te terres, bien caché au fond du noir,
Prêt à lancer un cri strident, et ton poing entre mes dents ?

Quand tu me vois, au lieu de dire « bonjour », c'est l'Enfer
Ta vie s'articule autour de l'angoisse et des prières
Moi, je ne sais pas quoi faire, hormis te faire peur
Je stresse et me replie j'entre dans ma case, en douceur
Je crains ce que tu peux me faire, sans vouloir me connaître.


L'avenir se construit, paraît-il…
Des plans, des vagues idées pour être tranquille…
Et quand tout tombe, se casse la gueule, se fracasse
Que plus rien ne tient la route, que plus rien ne tient en place
Alors quoi ? Qu'est-ce qu'il faudrait qu'on fasse ?
Quand le mur d'impasse t'obsède et que tout s'efface, que tu t'absorbes et tu t'enlises dans la mélasse de l'échec qui te glaces, tu fais quoi, à part sombrer dans l'angoisse qui te lasse mais t'enlace et te noie devant la glace ou dans la masse tu la chasses, elle repasse, fugace, fait un signe et laisse sa trace elle revient, ne part plus, se tasse, se ramasse, habite là et t'oppresse, quoi que tu fasses.


Elle est les ténèbres, cachée au creux de la nuit
Bref cri lancé comme si elle en avait trop dit.
Marchande d'étranges rêves, donne-moi la force de dormir
Sans voir la solitude, le futur et ma vie s'évanouir.

Donne-moi le courage de ne travailler que pour du fric
De m'réfugier à trente-cinq ans dans la peau d'un vieillard cynique
Reste sourde à mon cœur, à ma rage, et reste au-delà du nuage
Parce que si je te vois, je ne croirais plus à mon message.

Je ne voudrais plus voir de hasard, de signe ou de causalité
Et je serais obligé d'assumer tous mes actes et mes pensées
Je n'arriverais plus à croire que la vie va continuer
Et je serais alors obligé de m'imprégner de la vérité.

Donne-moi l'envie de continuer à croire
Donne-moi la force de mes illusions
Donne-moi la joie d'abandonner le noir
Je prendrai le courage de hausser le ton.

Tu n'es autre que le reflet de ma volonté
Et ce n'est donc rien qu'à moi qu'il me faut m'adresser
Il me faut me donner les moyens d'avancer
Je dois espérer être en mesure de l'assumer.


Le plumage gonflé par le froid,
J'avance dans la rue plombée par la pluie
Grands lacs dans lesquels mes yeux se noient
Et, porté par la musique, je m'enfuis.

Mes semelles humides crissent sans bruit
Envolée, la respiration de la ville
Le monde est bien plus calme sans lui,
Sans ce son, je me sens puissant comme Achille.

Pour moi, seuls des ptits bouts d'trucs s'empilent
Alors que j'avance dans l'herbe et le son
J'pens' plus trop à ces merdes futiles
J'parviens quand même à me sentir un peu moins con.

Toujours enfoncé dans mon blouson,
J'observe un pigeon traînant sa patte folle
Et un chat, admirant les maisons
Avant de regarder le piaf, qui s'envole.

Et puis dans ma tête, je rigole
Et je traverse la route le son braille
Et j'ai pas entendu la bagnole
Et tout devient blanc, au creux de la ferraille.


Plongé dans le lointain, bien au-delà du monde
Etait une contrée rongée par la magie
Fourmillant de démons et d'anciennes catacombes
Liées par le sort à de païennes hérésies.

Ses fragiles habitants vivaient de leur mieux
Flamberge ou bèche au poing, chacun portait sa pierre
Et nul n'avait contemplé de ses propres yeux
Ce qui s'étendait autour de leur univers.

Nul n'avait cure des secrets et des trésors,
Des épées sacrées, des reliques oubliées
De tout ce qui constituait le monde du dehors
De tout ce qui se tramait par-delà leur cité.

Aucun n'avait croisé la myriade d'iris
D'un irascible et séculaire déité
Vivant comme avatar du
Chaos, glissant dans
un
souterrain, caché au reste du monde,
mais bien

pourtant.


Regarde. N'aie pas de vision des choses mais regarde.
Regarde et voit le monde qui t'entoure et le chant des possibles
Farde ton univers d'opinions et voit comme il se brise et se lézarde
Observe et contemple et écoute, jusqu'à l'inaudible.

Il y a au fond du parc les vieux qui regardent courir le temps perdu
Puis quittent les lieux, reclus vers des jours tant vécus et revus.
Il y a au-devant de la foule ceux qui font des vagues et se sentent trop plats
Ceux qui arguent que l'Etat coule et qu'il faut guillotiner tous ces rois.
Il y a au cœur de l'extrême celui en quête de vie
Cherchant toujours celle qu'il s'était promise.
Il y a côté du Lycée ceux qui fuient un futur qui leur semble absurde
Emportés par une marée d'immeubles repeints d'un joli bleu Danube.
Il y a au-dessus de vous quelqu'un qui vous supervise, vous surveille et vous gère
Tout en espérant arriver à un semblant de carrière.
Il y a en face de moi ce carnet noirci
Avatar du doute et d'une vision obscurcie
Par une interprétation du monde trop existante, trop hésitante.
Il y a en face de moi un univers de contemplations
Dont il faut rechercher l'adéquate vision.


Le temps d'une pluie de mille flammes, l'acier reflète tes yeux.
Tu vis pour cet idéal, l'odeur du cuir usé, la poignée de l'épée, le temps du combat.
Tu deviens alors une réplique de toi-même, plus rapide, dans la continuité exacte du moment, ignorant les agents du Grand Sommeil.
En quête de la Tour où est emprisonné le Roi de tous les Maux, l'empereur du sable, tu marches pas après pas, attendant de trouver un affrontement à ta mesure.
Tu es passé sur les murs de Jéricho où se tenait feu le gardien des sept clés, tu as défié le Léviathan et la démence de l'Eau tu as quitté Tanelorn vers l'Ouest lointain, tu as servi aux côtés de la Dame et ses Asservis et as achevé le Seigneur Dargor avec l'épée d'Emeraude, au pays des Immortels.
Mais tu te fais vieux, et sur les restes usés de tes semelles agonisant sur la caillasse rêche d'un désert, tu désespères de voir pousser les roses qui marquent le domaine de la Tour.


Au creux de la pluie
Elle persiste à souffler sans répit

Elle persiste à appeler et à espérer durant la nuit
A espérer que la quitte ce froid qui la transit
A espérer que revienne le Soleil
Qu'absurdement elle languit
Elle, la Dame de la Nuit, marchande d'étranges rêves
Se retrouve enfouie dans un buis
Qui, modestement, la protège.
La Dame fuit d'elle –même sa nature
Décide de ne pas si tôt dresser sa sépulture
Elle ne renie pas l'obscurité pour autant
Mais elle a besoin de la lumière qui la réchauffera, doucement
Alors elle se gonfle et s'ébroue
Face au monde, elle est celle qui restera debout.

Dame Hulotte, Marchande d'étranges Rêves
Quel titre dissonant, et puéril, et mièvre
Mais qui colle pourtant à la Dame avec tant de justesse
Qu'elle ne peut qu'être la Duchesse
De ces épaisses contrées oniriques
Qui peuplent mon esprit apathique.


L'espace pèse, épais comme de la mélasse
A peine tu respires, aplati par l'air lourd de l'été
Qui prolonge le présent fugace
Et étouffe, fait pression sur l'ensemble de la populace
Qui éclabousse de son venin un vieux ventilo pété
Et l'asperge d'injures pour montrer qu'elle est loquace.

Et puis l'orage éclate et percute le bitume
De ses grandes eaux, qui reniflent la poussière
Et joue du Tonnerre pour hommage posthume
A la Foudre qui n'a fait ni deux ni une
Pour se sacrifier au Réseau Incendiaire
Et immoler un arbre, en pyromane éphémère.


Sonne, monotone, sourdement
Marque le tempo
Perchée dans son nid
La dame de fer attend

Les feuilles mortes crissent, craquent et se broient
Traque au pied du clocher
Tous les sens en éveil
Voilà qu'arrive sur ses terres le roi

Digne et droit, fier et fiévreux
Il s'approche de sa proie, au son du bris des feuilles
Il va l'avoir, cette fois
Il l'a piégé, le gueux !

Soudain il s'élance, saute et plane
Il se fait l'effet d'un dieu
Venu exercer son jugement
Et s'abat sur le mulot, qui laisse échapper ses fanes.

Commence alors l'extase du festin
Le roi se fait bourreau
Et sa victime en pleine conscience
Voit s'étendre dans les feuilles tripes et boyaux.


Du crépuscule à l'aube, dans le temps de la nuit
Il surveille d'un œil indolent, fixe comme un roc
Son ombre se découpe sur l'abrupt flanc d'une colline
Et fait ressortir la pâle blancheur de ses canines
Et le loch jaune de ses yeux, qui frappent d'estoc
Et étouffent le voyageur dans un étui.

Le Grand Loup Noir est une silhouette crépusculaire
Qui souffle le vent sifflant et craquant sur la clairière
En guise d'avertissement à ses adversaires.
Ses conseils sont sages, avisés et sincères
Sa loyauté solide comme le fer
Il chasse les Hommes et leurs misères
Protège farouchement ses terres
Et croit en la nuit, le jour, les ténèbres et la lumière.

Il est la sentinelle qui guette
Il s'érode avec le temps
Il a le vécu de l'ancêtre
Il a la hargne du débutant
Il n'est qu'une silhouette dans la nuit
Il fait rêver qui l'aura vu
Il n'y a que la lune qui luit
Et le vent ne souffle plus.


Thème : rivages

La limite du monde
Vu par la carpe dans son Etang.
Enfin la terre ferme !
Vu par le matelot impatient.
Trop bourré de monde…
Vu par le riverain mécontent.
Bien triste et terne.
Vu par le capitaine d'un catamaran.
D'une richesse incroyable !
Vu par le touriste redondant.
De quoi se reposer.
Vu par la couleuvre dans un bref chuintement.
C'est un terrain stable ?
Vu par l'acheteur qui en veut pour son argent.
Clairement moins dangereux !
Vu par un phobique alarmant.
Une source de repos, de quiétude, de calme
Vu par ton cousin un peu chiant.
Crade, fangeux et glaireux.
Vu par un citadin plutôt méchant.
Juste là où tu mets tes palmes
Vu par un plongeur marmonnant.
Mouillé.
Vu par un enfant de trois ans.


C'est quand la lune est haute et pleine,
Ou le temps d'un instant terne,
Que je me demande où tu es.
C'est quand l'herbe ondule à la chaîne
Poussée par un vent calme mais ferme,
Que je me demande qui tu es.
C'est quand je regarde dehors,
Que je jette un œil par la fenêtre,
Que je me demande si tu es réelle.
C'est quand j'observ' la rue, encore,
Et la foule emmurée de paraître,
Que je me demande « laquelle ? »

Tu es le miroir déformé de forts mensonges que je me propose
Tu es la foule et unique ; je suis la houle platonique
Qui me souffle de rester statique et de laisser en plan toute chose
Liée à toi tu es le reflet d'une projection onirique
Et où que tu sois, qui que tu sois, je rêverai de toi.