Titre : Nouvelle Chance.

Disclaimer : tout est à moi.

Rating : M. Yaoi.

Betalectrice : Petitcerf.

Résumé : L'ambiance est morose au Harem. Cynil semble déprimer de plus en plus et ses courtisant ne savent que faire pour lui rendre le sourire. En se baladant dans la rue, Jézabel, actuel favori du Roi, tombe sur un jeune prostitué. Séduit par le garçon, il le ramène au Harem espérant qu'il remonte un peu le moral du Roi. Plongé dans ce nouvel univers, Orion va faire une rencontre des plus surprenantes et finir par découvrir peu à peu ce qui perturbe le souverain.

Note : Et non, vous ne rêvez pas, avec deux ans de retard, voilà la seconde préquelleau « Trône de l'Amour ». Il n'est pas forcément nécessaire d'avoir lu les autres avant (quoique...)

Cet OS est un OS intermédiaire, qui me sert à introduire le personnage d'Orion et quelques informations capitales pour le dernier OS (C'est un Adieu). J'ai mis beaucoup (trop !) de temps pour l'écrire et je n'en suis pas totalement satisfaite mais au moins, il est enfin là. Mes excuses pour celles et ceux qui l'attendent depuis si longtemps. La bonne nouvelle c'est que le dernier OS lui est écrit depuis longtemps, mais celui-là plaçant certains éléments clefs de l'intrigue je ne pouvais le poster avant.

Le « Trône de l'Amour » est l'OS principal de cette « saga », les autres sont des OS plus ou moins courts sur les rencontres des protagonistes ou sur des moments importants de leur vie.

Chronologie de la Saga du Harem.

Année 0 : naissance de Cynil (et Jézabel vu qu'ils ont le même âge)

1 . Voleur de Cœur (année 15 à année 20) (en ligne)

2 . Nouvelle Chance (année 20 à année 25)

3 . Le Trône de l'Amour, OS principal (année 25) (en ligne)

4 . C'est un adieu ? (année 27) (en ligne)

5 . Chroniques du Harem, recueil de drabbles (année 0 à année 93) (en ligne)

Note de chronologie propre à l'OS : la première partie de cet OS se passe quelques mois à peine après l'arrivée de Jézabel au Harem et son élévation au rang de favori (cf. « Le Voleur de Cœur »). La suite se passe 5 ans après, soit deux mois avant le « Trône de l'Amour ».

Sur ce, bonne lecture.


Nouvelle Chance

Ou comment sortir de la rue pour se glisser dans des draps de satin.


Jézabel poussa la porte du Harem avec violence avant de se jeter sur le nid de coussin devant lui et d'y enfouir la tête. Surpris, les autres courtisans échangèrent un regard avant que le plus courageux d'entre eux - ou curieux, selon les points de vue - ne se décide à aller l'interroger, sous l'oreille attentive des autres jeunes hommes.

— 'Zabel ? commença-t-il hésitant. T'es pas chez le Roi ?

Seul un grognement répondit à Bane alors qu'il osait s'asseoir sur les coussins aux côtés du jeune homme. La présence de ce dernier à cette heure si avancée de la nuit était des plus surprenantes. Depuis deux mois qu'il était arrivé au Harem, Jézabel ne passait pas une nuit hors des draps royaux. Que pouvait-il s'être passé entre Cynil et son favori pour que ce dernier se retrouve dans cet état ?

— 'Zabel ? appela encore Bane, inquiet du silence de son ami.

En soupirant, Jézabel se retourna pour tomber sur le regard clair et lumineux du jeune Bane. Agé de 19, il était pour le moment le plus jeune locataire du Harem et sans doute le plus exotique. Le contraste entre ses yeux clairs et sa peau d'un noir sombre était des plus saisissants. Son regard fit ensuite le tour de la pièce, pour constater que tout le monde semblait attendre une réponse.

— Il est avec un autre… souffla-t-il finalement alors que ses yeux laissaient voir toute la douleur qui l'habitait de savoir Cynil dans les bras d'un autre.

À cette révélation, toutes les têtes firent le tour du petit salon cherchant celui qui était actuellement en compagnie du Souverain.

— Malthus, lança finalement quelqu'un.

Jézabel poussa un nouveau soupir alors que Flavien, leur ainé s'approchait à son tour de lui.

— 'Zabel… je sais que depuis deux mois Cynil ne jure que par toi et qu'il n'est pas facile de le trouver au lit avec un autre mais, c'est ainsi que fonctionne le Harem.

— Je sais… souffla Jézabel en enfouissant son nez dans un coussin. Mais je pensais qu'il m'aimait et…

— Écoute, tout le monde te le dira ici, pendant les trois mois où tu as hésité avant de rejoindre le Harem, il était accablé. Oh, bien sûr, il restait courtois et correct avec nous, mais nous ne l'avions jamais vu aussi triste, renfermé et préoccupé. Depuis que tu es ici il revit. À nos dépends certes, mais il revit. Sais-tu qu'avant ta venue, jamais il n'avait délaissé l'un de nous plus de deux semaines d'affilées ? Et crois-moi, je connais assez Malthus pour savoir qu'il n'a pas attendu d'être appelé pour aller chercher un peu de réconfort auprès de Cynil.

— Mais je croyais que nous étions à ses ordres justement et que nous devions attendre d'être appelé.

— Et comme il n'appelait que toi depuis deux mois, cela t'arrangeait bien, non ? rit doucement Flavien. Bien sûr que nous sommes à ses ordres, enfin, en partie parce qu'il n'a jamais forcé aucun d'entre nous et qu'il ne nous retient pas prisonniers non plus, mais au fond, il est aussi à notre écoute. Jamais il n'a reproché à l'un d'entre nous de prendre les devants ou de venir lui réclamer un peu de tendresse. Ce que Malthus a dû faire. En fait, tu sais, je crois qu'il nous aime tous un peu, à sa manière. Certains sans doute plus que d'autres, à commencer par toi mais nous avons tous droit à notre part d'amour venant de lui.

Jézabel resta un instant silencieux, mesurant les paroles de Flavien. Depuis son arrivée, il ne s'était pas vraiment posé de questions. Tous les soirs Cynil le faisait appeler et tous les soirs il oubliait ses doutes dans les bras de son amant. Mais là était le piège. Cynil n'était pas son amant. Ou en tout cas pas seulement le sien. Il avait fini par l'oublier entre les draps royaux. Mais la vision de Cynil et Malthus, fort occupés lorsqu'il avait ouvert la porte de la chambre du Roi, l'avait ramené sur terre. Il comprenait un peu mieux maintenant ce que les autres avaient dû ressentir en n'étant plus appelés.

— Si je comprends bien, il faut que je me fasse une raison, Cynil ne peut pas être à moi tout le temps, je dois partager…

— C'est ça, acquiesça Flavien avec un petit sourire.

— Je vous dois des excuses alors, souffla encore Jézabel en tournant son regard vers les autres.

— Pourquoi ? demanda Bane interloqué et posant la question qui se lisait sur toutes les lèvres.

— Pour l'avoir accaparé pendant deux mois au point qu'il vous en a oublié.

— Eh bien, si depuis deux mois il n'appelle que toi, nous ne pouvons pas t'en vouloir, c'est son choix et c'est ainsi que fonctionne le Harem, et tant que tu ne nous en veux pas si on se glisse dans son lit de temps en temps ça ira très bien.

Avec un sourire en coin, Flavien passa une main taquine dans les cheveux de Jézabel avant de se redresser et de quitter le petit salon. Sans un mot, tous l'imitèrent sauf Bane, resté aux cotés de Jézabel qui n'avait pas bougé à part pour saluer d'un signe de tête ses compagnons de Harem.

Doucement, le jeune courtisan se laissa glisser contre Jézabel alors que ce dernier enfouissait son nez dans son cou, jouant nonchalamment avec les petites mèches crépues et noires du jeune homme. Lorsque les lèvres de Bane se posèrent avec douceur sur les siennes, Jézabel répondit au baiser sans hésiter, se laissant porter par les sensations qu'il faisait naitre. Mais lorsque la main du jeune homme se glissa vers son aine, caressant son ventre au passage, il reprit ses esprits, repoussant Bane doucement mais fermement.

— Tu n'en a pas envie ? demanda ce dernier avec une mine de chaton déçu. Ou alors je ne te plait pas c'est ça ?

— Non, tu es très mignon Bane et dans d'autres circonstances je ne t'aurais pas repoussé mais on ne peut pas...

— Bien sûr que si, lui répondit ce dernier en glissant à son tour une main dans les cheveux fous de Jézabel. Cynil nous y autorise. Après tout, il ne peut pas nous avoir tous en même temps n'est-ce pas ? N'as-tu pas remarqué comme Louis et Sao sont proches ? Lorsque l'un d'eux n'est pas avec Cynil tu peux être sûr qu'ils sont ensemble. Au point qu'ils ne partagent plus qu'une même chambre. Tu es amoureux de Cynil, on le sait tous, mais entre nous, il ne serait pas question d'amour, juste du plaisir partagé, histoire de passer du bon temps ensemble, rien de plus.

Bane se leva, passa une dernière fois sa main dans les cheveux de Jézabel et quitta la pièce avec un petit sourire et un dernier « Réfléchis-y ».

Jézabel resta seul dans le petit salon, l'esprit en ébullition et les pensées confuses. Deux heures d'intense réflexion plus tard, vaincu par les arguments de Bane, Jézabel se leva et d'un pas résolu pris la direction de la chambre de ce dernier, prêt à se laisser tenter. Avec un sourire canaille, ce dernier ouvrit la porte et attira Jézabel dans la pièce. Plus de place à l'hésitation, ni de temps pour les remords. Après tout, Cynil était en ce moment même dans les bras d'un autre, il ne pourrait pas lui reprocher de faire la même chose, non ? Surtout que Bane était loin d'être repoussant. Et visiblement doué. Lorsque les lèvres de Bane reprirent possession des siennes, il en oublia toutes ses hésitations pour savourer pleinement l'étreinte du jeune homme.


5 ans plus tard

Orion posa son paquetage d'un geste hésitant avant de saluer les occupants du petit salon d'un signe de tête. Ils étaient à peine une dizaine. Peu vêtus, installés dans des poses plus ou moins lascives. Derrière lui Jézabel lui ébouriffa les cheveux d'un geste taquin lui adressant un grand sourire et il sentit la tension dans ses épaules disparaitre. Un à un, les courtisans le saluèrent, se présentant. Dans une joyeuse cacophonie ils lui firent faire le tour du propriétaire, lui montrant sa chambre, les alcôves, la salle de repos et de bain, la bibliothèque. Orion suivait en silence, l'esprit encore ailleurs, revivant sa première rencontre avec Jézabel.

Il se tenait en silence sous le porche de la maison de plaisir tenue par Dame Lorianne. C'était un bordel assez luxueux, destiné aux jeunes nobles et aux enfants de bonnes familles. Il ne savait pas depuis combien de temps il était ici. D'abord simple garçon de salle, chargé de remplir les verres des visiteurs, de nettoyer les chambres après le passage de clients, etc.,, il s'était retrouvé à son tour à les satisfaire de son corps, quand Dame Lorianne l'avait estimé assez âgé. Il se tenait donc là, sous le porche, prenant un peu l'air avant de retourner au travail quand ses yeux avaient croisé ceux de Jézabel. Il y avait eu un temps, assez long, pendant lequel Jézabel ne l'avait pas lâché du regard, semblant le jauger, cherchant au plus profond de son âme. Il avait froncé les yeux, réfléchissant sans doute à quelque chose d'important avant de tourner les talons.

Le calme qui se fit soudain autour de lui le sortit brusquement de ses pensées. Levant la tête, son regard se posa aussitôt sur la cause de ce silence. Devant eux, devant lui en fait, se trouvait le Roi. Son regard s'accrocha aussitôt à celui du jeune souverain. Agé de deux ou trois ans de plus que lui seulement, il respirait la jeunesse et la confiance en lui. Dire qu'il allait devenir le nouveau compagnon de lit de cet homme.

Deux jours plus tard Jézabel était revenu. Et sa vie avait basculé alors qu'il lui proposait d'entrer au Harem. Orion n'avait pas hésité longtemps avant d'accepter la proposition. Une bourse subséquente était passée dans les mains de Dame Lorianne alors qu'il faisait son paquetage et quittait sans un regret la maison close qui l'avait vu grandir. Alors qu'ils marchaient d'un pas tranquille en direction du Palais, Jézabel avait pris la parole, lui expliquant ce qui avait motivé son choix, ce qu'il attendait de lui. En silence Orion l'avait laissé parler, se demandant ce que lui, simple prostitué pourrait faire pour complaire au Roi et le changer de son train-train habituel et de la lassitude dans laquelle, d'après son favori et malgré tous les efforts de celui-ci, il s'enfonçait un peu plus chaque jour. C'était donc envahi d'un grand doute sur son utilité réelle qu'il avait franchi les porte du Palais et laissé Jézabel le guider jusqu'au cœur du Harem.

S'inclinant maladroitement, Orion salua le Souverain, tout en sentant ses joues rougir. C'est qu'il était mignon ce jeune Roi avec son visage franc et ses traits altiers. Et de ce qu'il voyait à travers la chemise très près du corps et le pantalon cintré, le corps promettait autant que ce que laissait voir le visage. Finalement, la mission que lui avait confiée Jézabel serait sans doute des plus agréables. À condition que Cynil ait plus de manière que les jeune nobles qui venaient simplement se soulager dans le bordel où il travaillait jusque-là. Ces derniers n'avaient en général que peu de considération pour les prostitués qu'ils payaient, pauvres petites choses justes bonnes à vendre leur corps pour subsister. Enfin, s'il n'avait pas changé de métier, il avait changé de client. Et de lieu de vie. Et puisque Cynil l'avait visiblement choisi pour rejoindre le cercle restreint de ses courtisans, il pouvait se permettre s'espérer un peu plus de considération de sa part. C'était surtout ça qui l'avait décidé à quitter Dame Lorianne et sa maison de plaisir pour le Harem. Et il espérait fortement avoir fait le bon choix.

Un peu en retrait, Jézabel observait avec attention le visage de Cynil alors qu'il découvrait sa dernière acquisition. Il eut un petit pincement au cœur en voyant le regard appréciateur et intéressé que le Souverain lança au jeune homme. Visiblement il ne s'était pas trompé, s'il y avait un moyen de sortir Cynil de sa semi-dépression c'était bel et bien en lui présentant un nouveau compagnon de sommier, quitte à mettre un peu plus en danger sa place de favori. Et Orion, semblait bien le choix idéal, il s'en était douté à l'instant même où il l'avait vu.

Jézabel marchait dans la rue d'un pas vif et rageur. Malgré tous ses efforts, et ceux de ses compagnons de Harem, Cynil était d'humeur morose ces derniers temps, changeant de compagnon de sommier régulièrement, mais ne trouvant visiblement pas ce qu'il cherchait. Ils avaient donc discutés un peu entre eux, avant de tomber d'accord. Puisqu'aucun d'entre eux ne parvenait à sortir le Roi de sa lassitude, il fallait lui trouver un peu de sang neuf. Un petit nouveau qui pourrait lui changer les idées. Ça avait été dur à admettre pour Jézabel mais il avait fini par accepter la proposition, se proposant même d'aller chercher lui-même cette perle (ce qui lui permettrait en plus de s'assurer dans le même temps qu'il ne lui ferait pas trop d'ombre…)

C'est en passant devant une maison close qu'il LE remarqua. Jeune, 22-23 ans, guère plus, roux, les yeux en amande, une peau pâle, un corps fin. La perle qu'il cherchait. Et vu sa tenue, il n'était pas le gérant de cette maison de passe mais plutôt un employé. Leur regard se croisèrent, un instant et il sut. Il sut que c'était lui qui sortirait Cynil de son train-train quotidien et lui redonnerai le sourire.

Un bruit de pas pressés fit relever la tête de tout le monde alors qu'un conseiller s'avançait vivement vers le Souverain. Il lui glissa quelques mots à l'oreille et aussitôt le sourire qui avait fleuri sur le visage du Roi devant Orion, disparut. Son visage se ferma alors qu'il tournait les talons sur un rapide mot d'excuse. Surpris Orion tourna son regard vers Jézabel qui lui fit un petit sourire contrit. Sans doute que ses conseillers se faisaient de plus en plus pressant sur un sujet quelconque - si Jézabel savait les grandes lignes du rôle de politicien de Cynil, il ne s'y intéressait guère plus que ça.

— Il reviendra, souffla-t-il avec un clin d'œil. En attendant, prend le temps de t'installer.


Orion ouvrit un œil puis l'autre, se frotta les paupières et cligna des yeux un instant, ne reconnaissant pas la tapisserie vert pomme qui l'entourait. Il lui fallut de longues secondes pour se souvenir de son déménagement de la veille et son installation au Harem. Se redressant avec une énergie nouvelle, il décida d'aller visiter un peu plus tranquillement les lieux. La veille un des courtisan, Julius si ses souvenirs étaient bons, lui avait expliqué rapidement tous les avantages de la vie au Harem, passant des cours divers et variés dispensés pour qui en avait besoin ou qui le souhaitait, aux séances de massage et de remise en forme. Rien que pour ça, Orion savait qu'il ne regretterait jamais sa venue ici. S'habillant rapidement, Orion se glissa hors de sa chambre pour prendre la direction de la bibliothèque. Lors de sa visite la veille, la pièce l'avait grandement impressionné même s'il n'avait pas eu le temps de s'y arrêter longtemps.

Lorsqu'il poussa la porte la quantité de rayonnages et d'ouvrages lui firent pousser un petit sifflement admiratif. Partout des livres, des manuscrits, des parchemins. Sans doutes des siècles de savoir et des milliers de données diverses. Par curiosité il s'empara d'un ouvrage, tournant les pages avec précaution, effleurant les lignes du doigt. Il ne savait pas lire, à son grand regret mais avait toujours était fasciné par les quelques livres présent chez Dame Lorianne. Il n'était pas rare à l'époque de le trouver pendant le moindre temps libre à tourner et retourner les pages de ces livres, caressant du regard l'écriture fine et serrée, soupirant devant son incapacité à comprendre les mots qui s'offraient à lui.

Un bruit de pas le tira de sa contemplation et il se tourna vers l'importun, s'attendant à trouver un serviteur. Ce n'était pas un serviteur cependant, mais un jeune garçon. Il ne devait pas encore avoir 10 ans. Sa tenue, richement brodée ne laissait aucun doute sur le rang qu'il occupait au Palais. D'un mouvement fluide, Orion se redressa pour s'incliner et le jeune garçon pouffa doucement.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il en s'approchant du jeune courtisan et en s'installant dans le fauteuil à côté de lui.

— Je m'appelle Orion, je suis arrivé hier je suis le nouveau…

Il buta sur le mot, ne sachant pas si l'enfant allait le comprendre.

— Courtisan, c'est ça ? Mon oncle m'a parlé de toi. Moi je suis Ezékiel, se présenta l'enfant.

— Mère dit que tant que Cynil n'aura pas d'enfant, je suis son héritier. Et tu sais quoi ? demanda-t-il à mi-voix avec un air de conspirateur.

— Non, lui répondit Orion, amusé par le jeune garçon.

Ezékiel se pencha un peu plus vers lui pour lui murmurer à l'oreille.

— Oncle Cynil m'a dit qu'il n'aura jamais d'enfant et qu'un jour c'est moi qui serai le Roi ! avoua-t-il avec une petite pointe de fierté.

— Le futur roi ! souffla Orion avec un petit sourire.

— Et que fait le futur Roi tout seul au milieu de la matinée ? demanda-t-il d'une voix douce en offrant un nouveau sourire à l'enfant.

Ezékiel haussa les épaules, se détournant du courtisan, fouillant parmi les différents documents posés sur une table. Orion regarda le Prince encore deux secondes avant d'incliner le buste et de se diriger vers la sortie.

— Tu veux bien me lire celui-là ? Lança l'enfant en se retournant vers Orion, le coupant dans sa sortie.

Le jeune homme tourna la tête pour apercevoir le petit prince lui tendre un rouleau. Il s'arrêta sur le pas de la porte.

— Désolé, petit Seigneur, je ne sais pas lire, avoua-t-il après un court silence.

Ezékiel le fixa quelques secondes, essayant de voir si l'homme en face se moquait ou non de lui. Finalement, il haussa les épaules, attrapa le poignet d'Orion, l'attira vers le centre de la pièce et le fit s'asseoir sur un des moelleux fauteuils avant de prendre d'office place sur ses genoux.

— Alors je vais t'apprendre ! proposa-t-il.

Orion sourit à l'enfant, l'installa un peu mieux sur ses genoux, se pencha, attentif, sur le rouleau de parchemin et la leçon débuta.


— Mère est très malade, avoua Ezékiel au bout du dixième jour de leçons.

Orion releva la tête du parchemin qu'il tentait de déchiffrer et encouragea l'enfant d'un regard.

— Tout le monde court partout, fait des allers-retours dans les appartements. Oncle Cynil passe beaucoup de temps avec elle, Père aussi. Et moi je reste tout seul. Même Eugène a mis de côté ses leçons pour disparaitre je ne sais où, soupira Ezékiel en se calant un peu plus dans les bras d'Orion qui les referma autour de l'enfant.

Ezékiel se retourna soudainement et enfoui son nez dans le cou d'Orion tout en se serrant un peu plus fort contre lui. Doucement, Orion lui passa une main rassurante dans le dos. Il sentait le petit prince trembler et renifler discrètement contre lui. Bientôt une larme coula sur la joue de l'enfant et glissa sur le cou d'Orion qui ne savait que faire.

— J'ai entendu les guérisseurs dire qu'elle risquait de perdre l'enfant, sanglota Ezekiel, si bas qu'Orion se demanda une seconde s'il avait bien compris.

— Et d'autres ont même dis qu'ils ne savaient pas s'ils pourraient la sauver, acheva-t-il dans un nouveau sanglot.

Orion se recula un peu, et essuya le nez de l'enfant avec le bas de sa tunique, désolé pour Ezékiel tandis que la lumière se faisait dans son esprit. Jézabel et les autres courtisans lui avaient avoué ne pas savoir ce qui rendait le Roi si morose et avaient espérés qu'un nouveau venu dans son Harem lui redonnerait le sourire. Orion comprenait maintenant pourquoi, malgré les assurances de tous sur le fait que le Roi reviendrait le choisir, ce dernier n'avait pas remis les pieds au Harem depuis son arrivée. Il avait sans doute bien d'autres soucis à l'esprit que l'arrivé d'un nouveau courtisan. D'une certaine manière cela rassura un peu l'égo d'Orion qui pendant ces dix longues journées avait fini par se persuader qu'il n'était pas du tout au goût du Roi et qu'il ne serait jamais appelé. D'un autre côté, songea-t-il, alors qu'il sentait Ezékiel continuer de trembler dans ses bras, il aurait préférait ne pas être au goût du Roi, plutôt que de savoir la famille royale en proie à ce terrible malheur. Doucement, il berça l'enfant contre lui, une main lui caressant doucement les cheveux pendant que l'autre glissait en une caresse apaisante sur son dos. Peu à peu les sanglots de l'enfant se calmèrent et sa respiration se fit de moins en moins saccadée.

— Merci, souffla-t-il, toujours étroitement blotti contre Orion et n'étant visiblement pas décidé à bouger, même quand la porte de la bibliothèque s'ouvrit et que des bruits de pas indiquèrent qu'on se rapprochait d'eux.

Ce n'est que lorsque le nouveau venu se racla doucement la gorge que les yeux du Prince et du courtisan se levèrent sur lui. L'homme était grand, élancé et portait une tenue d'une grande qualité, son maintien droit et altier indiquait un rang élevé. Sans doute un conseiller, décida Orion.

— Père, salua alors l'enfant sans bouger de sa position.

Orion lâcha un petit cri étranglé, réalisant alors qu'il se trouvait ni plus ni moins qu'en face de Tiago, le beau-frère du Roi. Dans l'incapacité de se relever sans jeter Ezékiel – toujours blotti contre lui – à terre, Orion se raidit d'avantage, virant lentement au rouge. La ressemblance avec Ezékiel était pourtant frappante, même nez, même bouche, même cheveux noirs et courts – bien que ceux de l'enfant soit couverts d'épis. Seuls les yeux, bleus pour le Prince et noirs pour son père étaient différents. Comment avait-il pu louper tous les signes lorsqu'il avait vu l'homme quelques secondes plus tôt ?

— Votre Altesse, salua finalement Orion en se redressant assez pour incliner le buste sans faire tomber Ezékiel.

— Ezékiel, viens avec moi, repris Tiago après avoir salué Orion d'un simple signe de tête. Ta Mère veux te voir.

À ces mots, Ezékiel sauta aussitôt des genoux d'Orion, lui plaqua rapidement une bise sonore sur la joue et se précipita hors de la bibliothèque sans même attendre son père. Ce dernier regarda son fils partir en courant avec un petit sourire attendri avant de se tourner vers Orion.

— C'est vous Orion n'est-ce pas ?

— Ou…oui, balbutia Orion un peu gêné à la fois devant le regard grave de l'homme et le fait que visiblement ce dernier le connaisse.

— Ezékiel m'a beaucoup parlé de vous et des leçons qu'il vous donne, annonça-t-il sous le regard surpris du jeune homme.

— Je vous remercie d'avoir veillé sur mon fils ces derniers jours, ajouta-t-il avant de lui tendre une main que le jeune homme sera timidement.

— De rien, ses leçons m'ont été d'une grande aide et c'est un enfant adorable, répondit timidement Orion.

Le regard du Prince consort se fit soudain plus triste, plus distant et sur un dernier signe de tête, il quitta à son tour la bibliothèque. Orion poussa un petit soupir de soulagement lorsque les portes se refermèrent derrière Tiago, le laissant seul. Il ne put cependant s'empêcher de croiser des doigts en espérant qu'une bonne nouvelle attendait Ezékiel dans les appartements de sa mère.


Une semaine s'était passée depuis la visite du prince consort à la bibliothèque et Orion n'avait pas revu le petit prince depuis. Il s'était pourtant présenté tous les jours à la bibliothèque, à l'heure de leurs leçons habituelles, mais Ezékiel ne se montrant pas, il n'était pas resté sur place, préférant le silence et la tranquillité de sa chambre pour continuer seul ses leçons. Orion espérait fortement que c'était parce que l'enfant profitait à nouveau de sa mère et d'une vie de famille tranquille plutôt qu'à cause d'une mauvaise nouvelle. Cependant, l'absence du roi, toujours invisible au Harem, n'était pas pour le rassurer. Les choses s'étaient peut-être mal déroulées, ce qui expliquait le regard triste et sombre du prince consort lorsqu'il avait quitté la bibliothèque. Et si une mauvaise nouvelle avait attendu Ezékiel à son arrivée ? Cela justifierai son absence de ces derniers jours, après tout le petit prince avait bien mieux à faire que de s'occuper d'apprendre à lire à un simple courtisan quand sa mère était au plus mal.

L'arrivé de Jézabel, qui se glissa à ses côtés dans le petit salon où il s'était installé depuis son retour de la bibliothèque le coupa de ses pensées moroses. Le jeune favori avait des cernes impressionnants sous les yeux et un pauvre sourire vint effleurer ses lèvres.

— Te voilà donc, souffla le jeune homme.

— Ne crois pas que tes escapades des semaines précédentes aient échappé aux membres du Harem, continua-t-il. Dis-moi que tu as réussi à remonter le moral de notre souverain.

Orion le dévisagea un instant abasourdit. Alors c'était pour ça que depuis une semaine qu'il était de retour au Harem toute la journée Jézabel l'évitait. Parce qu'il croyait que ses semaines précédentes s'étaient passées dans les bras du Roi ? Orion eu un petit rire avant de se pencher vers le favori.

— Serais-tu jaloux ? lui demanda-t-il un air mutin sur le visage.

Jézabel poussa un grognement sans répondre. Après tout, il ne pouvait pas reprocher à Orion d'avoir fait ce pourquoi il était allé le chercher. Simplement au bout de deux semaines, les autres commençaient à lancer des paris sur le temps que mettrait Orion à lui piquer la place de favori et il n'aimait pas ça du tout. Non pas qu'il craignait de perdre sa place de favori, au fond ce titre n'était rien à ses yeux. Mais il craignait plus que tout de finir par perdre le cœur de Cynil. Partager les nuit du Roi avec les autres courtisans, il pouvait encore l'accepter. Difficilement, mais il s'était fait à l'idée que jamais le Roi ne serait à lui seul. Tant qu'il était le seul être entré dans le cœur du Roi il arrivait encore à s'en arranger. Mais de réaliser que le jeune Orion était visiblement en train de prendre la place de favori lui faisait craindre que ce dernier finisse par faire également son chemin dans le cœur de Cynil. Que deviendrait-il alors si Cynil finissait par lui préférer le petit nouveau ? L'éclat de rire cristallin d'Orion le tira de ses pensées alors qu'il posait de nouveau son regard sur lui.

— Je n'ai vu le Roi qu'une fois, avoua Orion. Le jour où je suis arrivé.

— Mais alors, s'étonna Jézabel, où disparaissais-tu tous les après-midi ? Nous étions persuadés que tu t'étais glissé dans ses draps à notre insu.

Avec un sourire, Orion entrepris de lui raconter sa rencontre avec le petit prince et les leçons que ce dernier lui donnait pour apprendre à lire. Au fur et à mesure de son récit, le sourire revenait sur le visage du jeune favori. Lorsqu'il arriva au récit du dernier jour où il avait vu Ezékiel, le visage de Jézabel se fit de nouveau sérieux. Il avait enfin le fin mot de l'histoire. Cynil n'était pas distant avec ses courtisans parce qu'il se lassait d'eux, mais parce que les problèmes de santé de sa sœur l'accaparaient. Un profond soulagement envahit soudainement Jézabel. Ce n'était pas sa faute, ni celle des autres. Cynil était simplement trop préoccupé pour leur accorder du temps. Il faudrait qu'il le dise aux autres. Il savait que tous les courtisans, même ceux qui n'étaient plus appelés régulièrement, se faisaient du souci pour leur souverain. Les mettre au courant de la situation était la moindre des choses.


— Ah ! Je le savais que tu ne pouvais pas avoir été remplacé ! s'écria Julius. Allez, j'ai gagné, apportez le fric ! ajouta-t-il en tendant la main vers les autres courtisans qui s'étaient réunis à la demande de Jézabel et à qui il venait d'annoncer qu'en lieu de ses après-midi avec Cynil – comme tout le monde l'avait cru – Orion avait pris des cours de lecture auprès du jeune prince.

Un grand éclat de rire accompagna la déclaration de Julius et de bon cœur chacun lui donna ses gains. Avisant le regard sombre et tourmenté de Jézabel, qui en temps normal aurait lui aussi profité de l'allégresse – et ce même si ses amis s'étaient faits de l'argent sur son dos – Flavien se racla doucement la gorge.

— Il y a autre chose n'est-ce pas ?

Aussitôt le silence revint dans la pièce et tous les regards se tournèrent de nouveau vers Jézabel. Ce dernier entreprit alors de leur raconter tout ce qu'Orion lui avait appris et qu'il tenait lui-même d'Ezékiel. Aussitôt l'ambiance de la pièce s'assombrit, chacun s'inquiétant sincèrement de la santé de la Princesse et de l'enfant à venir.

— J'espère que les choses vont s'arranger pour la Princesse. Je n'aime pas savoir la famille royale dans la détresse, ajouta Flavien sous les acquiescements de chacun.

— En attendant, ça explique pourquoi depuis quelques temps le Roi est si distant avec nous, réalisa Bane.

— Mais si la santé de la Princesse se dégrade depuis près de deux mois, comment cela a-t-il pu nous échapper ? s'exclama Sao. Je veux dire, nous avons tous à cœur la santé de Cynil, nous avons tous remarqué qu'il était distant ces derniers temps, il y a forcément dû y avoir des indices nous indiquant que sa sœur était au plus mal. Comment à nous dix, avons-nous pu louper ça ?

— Eh bien, j'avais bien remarqué qu'il y avait plus d'allées et venues des médecins, commença Antonin, mais la grossesse de Clarisse est une grossesse royale alors… je n'y ai pas fait plus attention que ça.

— Mais enfin, depuis deux mois que son état s'aggrave nous aurions dû en entendre parler, ne serait-ce que par les domestiques ou les ragots de la cour, on ne pas taire indéfiniment ce genre d'informations, s'indigna Malthus que son incapacité à interpréter correctement la détresse de leur souverain avait offusqué.

— À moins, commença timidement Stephen que Julius encouragea du regard. À moins que tout cela n'ait été volontairement caché et géré avec une poigne de fer. Je veux dire, vous savez, tout comme moi que depuis quelques temps le royaume voisin à des vues sur nos frontières. S'ils avaient su que la famille royale était en difficulté, et à quel point notre Roi en était affecté, ils auraient forcément tenté quelque chose. Cacher à tout le monde l'état de santé de Clarisse et l'état mental de Cynil a sans doute permis d'éviter une invasion.

— Oui mais quand même, grogna Louis, nous le cacher à nous !

— C'est ton côté commère qui vient d'en prendre un coup pas vrai ? se moqua Neil.

— Réussir à nous cacher, à nous, et pendant si longtemps une telle information. Mon ami nous perdons la main ! se lamenta-t-il en passant un bras autour des épaules de Louis sous le regard amusés des autres qui savaient à quel point la passion des commérages habitait ces deux-là.

— Pour une fois qu'ils parviennent à nous cacher quelque chose, on ne va quand même pas s'en plaindre, répliqua Flavien.

— Si nous, il insista bien sur le mot, n'avons pu savoir pour quelles raisons Cynil était distrait nous somme à peu près sûr que personne d'autre ne peut être au courant. Il s'agit donc maintenant de garder le secret.

— Nous ne dirons rien, tu le sais, lui répondit Bane, mais je suis surpris, reprit-il en se tournant vers Jézabel, que le Roi ne t'ai rien dit à toi.

Tous les regards se tournèrent vers Jézabel qui se renfrogna brusquement. Que Cynil n'ait rien dit aux membres du Harem pouvait se comprendre, ces derniers n'avaient pas à se mêler de politique ou de la façon dont était gérée la famille royale, mais lui ? N'était-il finalement aux yeux de Cynil rien d'autre qu'un courtisan de plus ? Pourtant ce dernier ne cessait de lui répéter qu'il était bien plus que ça. Pour le coup Jézabel en était plus que blessé. Son amant l'avait-il cru incapable de garder le secret ? N'avait-il pas su comment lui annoncer la mauvaise nouvelle ? Ou n'avait-il tout simplement pas eu le temps – le courage ? - de lui en parler ? Il se promit de lui poser la question le plus vite possible et d'en profiter pour lui rappeler que quels que soient ses problèmes, il serait toujours là pour lui.

— Il n'a pas dû avoir le temps, répondit-il finalement. Mais maintenant que nous savons, nous devons tout faire pour l'aider.

Tout le monde acquiesça d'un signe de tête et chacun regagna ses quartiers se maudissant en silence d'avoir pu ignorer pendant si longtemps une telle information, eux qui étaient en charge du bien-être du Souverain. Au moins grâce à Orion, ils étaient maintenant fixés sur ce qui accaparait réellement l'esprit du Roi. Ne restait qu'à espérer que l'état de santé de la Princesse s'arrange enfin.


Quelques jours plus tard, alors que par habitude Orion se glissait de nouveau dans la bibliothèque, il eut la surprise de voir qu'Ezékiel l'attendait impatiemment. À peine avait-il fait un pas dans la pièce que l'enfant s'était jeté dans ses bras pour le serrer avec force. Avec un petit soupir de soulagement, Orion l'avait serré contre lui. Mine de rien, ses journées avec le petit prince lui avait manqué et il avait hâte de lui montrer les progrès qu'il avait faits pendant son absence.

Après que le petit professeur eut félicité son élève pour ses progrès, Ezékiel entraina Orion vers un fauteuil avant de se blottir de nouveau dans ses bras.

— Mère est sauvée, lui annonça-t-il finalement après un silence de quelques minutes pendant lequel Orion n'avait rien dit, attendant patiemment que l'enfant se confie. Mais ma petite sœur n'a pas survécu, ajouta-t-il d'une voix serrée par l'émotion. J'aurais tellement voulu avoir une petite sœur ou un petit frère. Mais Maitre Léon, le médecin, dit qu'il serait très dangereux pour elle d'essayer d'avoir un autre enfant. Je vais donc rester seul.

Orion ne répondit rien, ne sachant que dire pour soulager l'enfant de sa peine. Après quelques minutes encore de câlin, Ezékiel attira de nouveau Orion vers la table de travail, arguant que maintenant qu'il commençait à savoir lire à peu près correctement, il était temps de lui apprendre à écrire. Avec un sourire, Orion, attrapa la plume que lui tendait l'enfant et s'appliqua à recopier les pattes de mouches de ce dernier.

Lorsque quelques heures plus tard il quitta la bibliothèque – sous la promesse que les leçons rependraient correctement – il se rendit directement dans le petit salon où les autres courtisans se réunissaient tous les soirs en attendant de savoir qui serait appelé. Malgré le silence du Roi ces derniers jours, ils avaient continué de se réunir espérant entendre finalement un nom.

Il salua les autres qui étaient déjà là d'un signe de tête. Il n'avait pas passé beaucoup de temps avec eux. D'abord parce qu'ils l'avaient évité, sans doute persuadé comme l'avait été Jézabel qu'il les avait évincés pour prendre leur place dans le lit du Souverain et ensuite parce qu'il n'avait jamais été très doué pour se faire des amis. Jézabel l'accueillit avec un sourire moqueur avant de lui faire signe de se regarder dans le miroir. Intrigué Orion obéit et éclata de rire en se découvrant le visage couvert d'encre. Comment avait-il réussit à s'en mettre jusque sur le nez, il l'ignorait. Ezékiel aurait quand même pu le prévenir. Il se débarbouilla rapidement et se glissa aux cotés de Jézabel.

— J'ai eu des nouvelles, aujourd'hui, commença-t-il sous l'oreille attentive des autres courtisans. La Princesse Clarisse est tirée d'affaire, mais elle a malheureusement perdue la petite fille qu'elle portait.

Un soupir collectif raisonna dans la pièce alors que quelques regards chagrinés étaient échangés. Au moins la Princesse était sauve. Avec un peu de chance tout rentrerait à présent dans l'ordre et Cynil retrouverait peu à peu son sourire. Il y eu quelques regards de remerciement envers Orion qui avait partagé la nouvelle puis, l'heure étant passablement avancée, chacun retourna à sa chambre.


Lorsque deux jours plus tard, un serviteur vient annoncer à Jézabel qu'il était attendu dans la chambre royale, ce dernier poussa un soupir de soulagement qui n'échappa à personne alors qu'il suivait le jeune homme. Les autres courtisans s'échangèrent des regards soulagés et entendu. Les choses rentraient dans l'ordre.

Alors que Jézabel se glissait avec plaisir dans le lit de Cynil, pour la quatrième nuit consécutive il réalisa soudain que ça devait maintenant faire un mois qu'Orion était arrivé. Et avec tout ce qui s'était passé depuis, Cynil n'avait pas pris le temps de le faire venir. Peut-être même l'avait-il oublié. Il s'apprêtait à lui poser la question quand deux lèvres fines s'emparèrent des siennes, l'empêchant de pousser plus loin ses réflexions. Bah, Orion pouvait bien attendre une nuit de plus. Il se promit de régler le problème dès le lendemain matin. Pour ce soir, il avait un Roi à satisfaire, et vu l'empressement avec lequel Cynil était en train de le dévêtir, il y avait urgence.

Orion observa les autres courtisans quitter le petit salon un à un pour aller se coucher. Jézabel n'était toujours pas revenu de sa balade et il soupçonnait fortement ce dernier d'avoir fait un détour par la chambre du Roi. Pouvait-il vraiment lui en vouloir ? Les autres lui avaient appris que Jézabel était le favori de Cynil depuis quelques années déjà. Il lui serait donc dur de céder la place. Et avec tout ce qu'il s'était passé au Palais depuis son arrivée, Orion comprenait le besoin qu'avait le jeune Roi à se retrouver dans les bras de son amant. Au fond, cela ne le gênait pas tant que ça, il pouvait ainsi souffler et prendre un peu de repos après de fatigantes années de services chez Dame Lorianne. Un peu comme des vacances en fait. Après tout, il était logé et nourri et pour le moment n'avait rien à faire en échange. C'était peut-être là qu'il y avait le plus gros souci à ses yeux. Actuellement, il ne méritait pas vraiment sa place au Harem. Sentant ses yeux commencer à se fermer tous seuls il se décida lui aussi à rejoindre sa chambre. Demain serait un autre jour. Et avec un peu de chance il pourrait enfin partager un moment avec Cynil.

Owari


Note de fin : Pour ceux qui se posent la question, « Le Trône de l'Amour », OS principal de cette Saga du Harem est la suite directe et immédiate de celui-ci. Si vous voulez savoir si Orion va enfin rencontrer Cynil (et accessoirement finir dans son lit…), allez le lire ^^ (quoi je me fais de la pub ? et alors…)

Biz.

Arkady