BON-SWAR ! Ce texte est une réponse au défi de White_Ink sur Scribay, qui voulait que l'on décrive des survivants après une apocalypse. Cependant, je me suis dit que les zombies, les bombes nucléaires et toutes les sortes de virus étranges, je les avait déjà assez parcourus comme ça. Et j'ai soudainement eu une illumination. Je vous laisse découvrir :D N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, ça me fait toujours plaisir, bisouilles sur vous !

MACÉDOINE

Plongée entièrement dans une cuve de soupe aux navets, Miranda était en train de se noyer, sans pouvoir lutter. Cette fois, c'était la fin, elle le sentait. Elle était tombée tête la première dans le piège de ces carottes et elle allait y rester. Elle eut une dernière pensée pour le reste de son groupe, encore en train d'espérer pouvoir survivre dans ce nouveau monde. Un monde meilleur qu'ils disaient, où les humains ne seraient pas là pour tout gâcher. Si seulement tout avait été aussi simple.

Cette pagaille monstre avait débuté cinq ans plus tôt, au dessus de la ville de Paris. La journée avait pourtant si bien commencé. La Seine était sortie de son lit dans la nuit et avait inondé la ville sur plusieurs centaines de mètres aux alentours. Beaucoup de sinistrés se trouvaient là, au beau milieu des territoires inondés, récupérant tout ce qu'ils pouvaient sauver dans le reste de leurs habitations, ou tentant vainement de chasser l'eau à coup de raclette, en espérant que ça suffise, sous la pluie battante continuant à s'abbattre sur la région sans aucune considération pour leurs états d'âme. Miranda traînait ce jour-là dans les appartements sinistrés de l'aile ouest, non pas pour aider, mais pour piller. Elle prenait téléphones portables, bijoux précieux, tout ce qui pourrait être facilement revendu pour un bon prix, et tout ça avant que les propriétaires n'arrivent.

Le ciel s'était soudainement couvert, sans que personne n'y fasse réellement attention. C'était plutôt normal en plein été. Tout du moins en France, où les gens commençaient à être habitués aux changements brusques du climat. Miranda avait pu entendre certains parisiens se mettre à râler, blâmant ce « temps de merde » à l'aide d'un dialecte tout à fait sympathique composé en grande partie d'insultes. Et finalement, le silence s'était abattu sur la ville. Un silence perplexe. La jeune femme, qui était occupée avec un coffre, releva la tête, inquiète de ne plus entendre les gémissements plaintifs des riverains. Ils étaient tous avec leurs téléphones pointés vers le ciel, bouche bée.

Elle découvrit alors ce qui avait attiré leur attention. Au début, elle tenta de se persuader que c'était une mongolfière, ou une opération marketing très réussie, comme on pouvait en voir souvent dans les rues de la capitale. Mais une sirène retentit non-loin de là, puis une autre. Les cloches des églises s'affollèrent. Le gouvernement était en train de sonner la retraite, toutes les personnes présentes dans la ville devait évacuer, et pour cause : une tomate titanesque, de la taille d'une grosse île, du style La Réunion, était littéralement en train de tomber du ciel, et ne tarderait guère à s'écraser sur la ville.

Ni une ni deux, Miranda attrapa son sac à dos, enfourna dedans des boîtes de conserves et des bouteilles d'eau, trouvées dans l'appartement qu'elle était en train de fouiller, et elle détala, évitant les parisiens paniqués, hurlant à pleins poumons en courant dans tous les sens. Elle avait regardé assez de films catastrophes pour savoir que sa voiture ne servirait à rien dans cette situation, elle chercha un autre moyen, plus rapide. Qu'elle trouva facille. Elle bouscula un adolescent qui jouait sur sa moto, dans le parc d'à côté et démarra à toute vitesse, malgré les insultes du propriétaire sur sa personne. Elle zigzagua entre les voitures, n'hésitant pas à grimper sur les trottoirs, quitte à manquer de renverser quelques piétons. Elle se disait que s'ils n'étaient pas trop cons, ils se bougeraient de son chemin tous seuls.

Elle quitta la ville en une vingtaine de minutes, se dirigeant à toute hâte vers le sud. La Tomatéorite, comme avait commencé à la surnommer les médias, devait toucher la terre ferme à 14h26 précises. Ce qui n'arriva malheureusement pas. Sur les douze coups de midi, la Tomatéorite sembla se figer dans le ciel, détruisant deux millénaires de recherches sur la gravité. De gigantesques cratères se formèrent alors à sa surface, et elle commença à en jeter, tels des missiles : des carottes, des aubergines, des poireaux, de la taille d'immeubles de trois étages. Ils venaient s'écraser sur le sol, sur les voitures, explosant parfois à l'atterissage, couvrant les parterres de la plus grande macédoine de légumes jamais créée.

L'environnement était désormais idéal, « l'invasion silencieuse », comme Miranda l'appellera bien plus tard, pouvait commencer. Partout, les gens se mirent à hurler. Dès qu'ils touchaient la ratatouille, ils se métamorphosaient eux même en légumes : tout d'abord les jambes se régifiaient, puis le corps. Leur conscience disparaissait pour laisser place à celui du végétal. Bientôt, des milliers de carottes, navets, salsifis, artichauts géants recouvrirent les routes, débordant des voitures. Miranda trouva refuge dans une grotte à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. Juste à temps pour éviter la grande catastrophe.

La Tomatéorite toucha finalement le sol, explosant dans la Seine, empoisonnant l'eau et produisant un grand tsunami qui recouvrit entièrement la ville d'une bouillie rouge. Cet événement fut nommé la grande vague sanglante. Dès lors, ce ne fut plus qu'une question de semaines. L'eau commença à transformer les habitants d'autres pays. Les gouvernements européens tombèrent, les uns après les autres, abandonnant les résistants à leur sort dans un monde devenu hostile et où la survie était grandement compromise. Ce pauvre François Hollande lui-même fut réduit à l'état de courgette. Petit à petit, le mal s'étendit à l'Asie, puis à l'Amérique et à l'Océanie. En exactement huit mois et treize jours, le nombre de légumes dépassait déjà de très largement celui du nombre d'êtres humains encore vivants.

Miranda réussit à s'en sortir, et avait trouvé de l'aide auprès d'un groupe de jeunes parisiens, qui, comme elle, n'avaient pas été trop cons pour rester sous la vague, la bouche ouverte en bons imbéciles qu'ils étaient. Leur groupe se souda très rapidement, et ils progressèrent. Ils réussirent à tenir cinq ans sur leurs réserves, vagabondant d'une ville abandonnée à une autre, inlassablement, prenant même un certain plaisir dans cette activité. Cependant, les vivres diminuaient grandement de semaines en semaines, devenant même impossibles à trouver, et un autre danger, d'une toute autre nature, les menaçaient.

Les légumes se reproduisaient. Encore et encore. Et plus le temps passait, plus ils évoluaient. L'un de ses compagnons périt étouffé dans les branches d'un brocoli alors qu'il chassait un lapin. Un autre se fit broyer la jambe droite par un chou-fleur, qui s'était soudainement détaché dans l'attention de lui rouler dessus. Ils auraient du apprendre également à se méfier des carottes. Les survivants avaient trouvé des traces étranges un matin, autour de leur camp, indiquant très clairement que les légumes qui se trouvaient là la veille s'étaient déplacer. C'était ce qu'ils redoutaient le plus jusque là. Si les légumes commençaient à se mouvoir, ils se savaient déjà condamnés. Et sans le savoir, ils étaient tombés directement dans leur piège.

Une des garçons était en train d'étudier les empreintes d'un peu plus près, essayant de repérer d'où elles provenaient, quand un bruit les avaient surpris. Un grand fracas, dans les arbres non loin de là. Une immense carotte était alors apparue, puis une seconde et une troisième. Bientôt, ils se retrouvèrent encerclés par les légumes. Miranda sonna la retraite et le groupe se sépara, zigazaguant entre les légumes, de plus en plus nombreux, attirés par la chaire fraîche. La jeune femme avait pris la direction de l'est, vers la ville de Nice, qu'ils avaient quitté à peine quelques heures plus tôt. Les légumes étaient moins nombreux près des grandes villes, puisqu'elles étaient désormais vides de leurs habitants et qu'ils ne pouvaient pas s'y nourrir.

Elle se savait suivie. Les légumes étaient certes lents, se déplaçant avec la lourdeur d'une baleine à bosses, mais ils étaient capable de suivre une piste sur de très longues distances, pendant plusieurs mois, peu importe le temps que ça prendrait. Ils ne mourraient pas, ils ne vieillissaient pas. Ils chassaient, éternellement, sans aucune pitié, guidés par ce seul intinct. Trop concentrée sur sa fuite, elle ne vit pas ce trou devant elle, vicieux, juste assez large pour un être humain. Elle tomba dans un liquide chaud. Elle hurla, tenta de remonter à la surface, mais une feuille de navet se posa tranquillement sur la surface, bloquant la seule issue possible. Elle était coincée, elle manquait d'air. Un mot lui vint rapidement à l'esprit : noyade. C'est ce qui était en train de se produire. Elle était en train de mourir, et elle ne pouvait rien y faire.

Ses jambes vibrèrent doucement. Elle baissa le regard, elle se transformait. Elle allait devenir l'un des leurs. Elle se dit alors que c'était peut être leur destinée, à tous. Certains disaient que l'arrivée d'une nouvelle espèce sur la planète Terre est immédiatement suivie de la disparition de celle qui lui était antérieure. L'humanité était peut-être condamnée depuis le début, au final. Peut-être même tuerait-elle ses propres compagnons ? Elle se transformait en navet, son corps durcissait, devenait plus lourd. Et puis sa conscience disparut, pour être remplacée par une autre, bien plus vorace.

Elle avait faim. Elle devait se nourrir.

Dans un bond formidable, elle gagna la terre ferme et laissa une de ses feuilles retomber. Ce n'était plus qu'une question de temps, la planète serait bientôt à eux.