Bonjour!

Alors voilà, mon premier texte publié ici :)

C'est à caractère légèrement autobiographique (légèrement, pour commencer parce que je suis pas un mec u.u) et c'est pas très très joyeux, je vous préviens

Sur ce, bonne lecture ^^


La tête baissée, les yeux rivés au sol, une paire d'écouteurs enfoncés dans les oreilles, il traversa le couloir menant du hall de l'établissement à sa salle de classe. Sur son passage, il sentait les autres élèves se bousculer, s'exclamer, éclater de rire ou se chuchoter des secrets, en bref des collégiens tout à fait dans la norme. La norme. Quelle belle connerie, pensa-t-il tandis que ses mains étreignaient un peu plus fort les courroies de son sac à dos. Personne ne lui adressa la parole, et tant mieux. S'il était invisible c'était parfait. Il continua de marcher tout droit, à un pas qui se voulait régulier. Mais plus il se rapprochait de la salle de cours, plus son envie de faire demi-tour était grande. Oh oui, il aurait donné beaucoup pour ne pas à avoir à être là. La deuxième sonnerie retentit et il se força à quitter sa bulle créée par la musique. Lorsqu'il poussa la porte, toutes les tables ou presque étaient occupées. La journée commençait bien.

La mort dans l'âme, il dut se résoudre à s'asseoir tout devant, place, comme chacun sait, fuie par la majorité des élèves. Haïe par lui.

Lorsqu'il occupait le siège le plus proche du tableau blanc, il ne pouvait pas surveiller ce qui se passait derrière lui. Il était exposé. Et il sentait le poids de trente regards se poser sur sa nuque, épier chacun de ses mouvements à la recherche de la faute qu'il ferait et qui permettrait aux remarques assassines de s'en donner à cœur joie aux intercours. Tentant d'ignorer ce qui se tramait derrière lui, il se concentra sur le cours de géographie. Sans grand résultat par ailleurs.

Et après ses parents s'étonnaient que ses moyennes soient en baisse. Et ils l'engueulaient. Comme s'il avait besoin de ça en plus, le soir, quand il rentrait chez lui. Il avait quelque fois l'impression que la vie s'acharnait sur lui, que même elle trouvait du plaisir à le faire souffrir.

Mais pourquoi moi !? criait-il muettement la nuit, dans le silence de sa tête. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?Jamais aucune réponse ne lui parvenait.

Il s'endormait difficilement, se réveillait sur un oreiller trempé de larmes, ou bien ne s'endormait pas du tout, mais la nuit le conduisait invariablement au lendemain matin.

Le temps n'avait visiblement, lui non plus, aucune pitié.

Et alors que ses professeurs dévidaient monotonement le fil de leurs cours, sur des sujets aussi passionnants que l'aire d'un trapèzes ou le statut du personnage du valet dans le théâtre du XVIIIe siècle, le jeune garçon se plongeait dans ses pensées, seule échappatoire aux chuchotements moqueurs qui lui parvenaient du fond de la classe et seule façon d'oublier ce que la journée lui réserverait encore avant qu'il n'aie le droit de s'enfermer dans sa chambre pour enfin y être à l'abri du monde. Temporairement.

Une heure.

Deux heures.

La récréation.

Symbole de liberté pour les écoliers du monde entier.

Synonyme de honte et d'humiliation pour lui.

Il rangea ses cahiers et sa trousse le plus lentement possible. Son professeur de physique lui lança un regard pressé, un regard qui n'osait pas formuler son envie d'arriver à la machine à café le plus rapidement possible. Alors il dut consentir à sortir. Il serait bien resté seul dans la classe toute la récréation, même toute la journée, avec plaisir. Mais le règlement intérieur l'interdisait. Encore une preuve que tout se liguait contre lui, souligna-t-il intérieurement.

A chacun de ses pas dans la cour de récréation, sa paranoïa se mit à grandir. Lentement mais sûrement. Ses yeux passaient rapidement de droite à gauche, comme ceux un animal traqué. Au milieu de ce grand espace dégagé, il ne se sentait pas protégé. Nu, à la merci de tout. Il ne savait pas d'où viendrait la prochaine attaque et cette attente lui mettait les nerfs à vif, aussi sûrement que si on les lui écorchait.

Au fur et à mesure que l'année scolaire avançait, son agoraphobie se développait. Un cycle infernal, éternel recommencement des années précédentes. Lorsque les congés d'été arrivaient, il mettait plus d'un mois à se remettre à vivre quasi normalement.

Et puis une nouvelle rentrée arrivait.

Et il replongeait la tête la première dans son angoisse.

Il le savait et s'y était résigné. Enfin presque. Une toute petite part de son être, bien enfermée au fond de lui, aurait voulu se débattre, ruer dans les brancards. Mais il la faisait taire en se taisant lui-même et en baissant la tête.

Ne pas attirer l'attention.

Rentre la tête dans les épaules, ne lève jamais les yeux, ne parle pas. Fais-toi oublier était le maître-mot de sa survie.

Et paradoxalement c'était ce moyen de survie qui le faisait dépérir lentement de l'intérieur. Il n'avait progressivement plus goût à rien, plus d'envies, plus de joie.

Il se laissait couler.

Personne ne semblait s'en rendre compte. Il était probablement trop bon acteur, jouant l'optimisme et souriant alors que son essence tout entière appelait à l'aide. La carapace qu'il avait lui-même créée l'empêchait de se confier à quelqu'un. Et puis de toute façon, même s'il en parlait à quelqu'un, on ne le prendrait pas au sérieux. Ce n'étaient que des insultes, n'est-ce pas ? Ce que personne ne comprendrait c'est qu'il s'agissait de la même chose que du supplice de la goutte d'eau. Une ou deux gouttes qui vous tombent sur le sommet du crâne, vous ne vous en rendrez quasiment pas compte. Une goutte d'eau à chaque seconde durant des heures, vous deviendrez fou.

De toute façon, ce supplice c'était son lot à lui.

Son destin.

Et on ne peut pas aller contre le destin.

Ce fut justement à ce moment là que le destin en question se rappela à lui.

Ils arrivaient, riant déjà de ce qu'ils allaient accomplir. Il serra les poings dans ses poches et baissa un peu plus la tête.

Avec un peu de chance...

Non.

C'était bien pour lui qu'ils étaient là. Pour agrémenter leur récréation d'un petit jeu. C'était ce que le garçon était pour eux et il le savait. Un simple divertissement, sans aucune autre valeur que celle de leur permettre de satisfaire leur instinct de collégiens primitifs, excités à l'idée de la douleur d'autrui, exaltés par la vue du sang. Sang qui ne coulerait pas réellement, ils n'iraient pas jusque là, mais il serait poignardé intérieurement alors ça serait tout comme.

Le premier des trois garçons le bouscula. Ce fut le signal de la curée. Une avalanche d'insultes en tout genre. Pour finir, l'un d'eux lui cracha son chewing-gum au visage avant de faire demi tour avec fierté sous les applaudissements de ses amis Et puis ils partirent comme ils étaient venus, laissant leur victime ramasser pour ainsi dire les morceaux de lui-même qu'ils venaient de piétiner allègrement. Un reste de fierté lui interdisait de pleurer en public alors il ramassa son sac à dos et partit dans les toilettes.

Ce fut seulement là, alors qu'il était enfermé à clé et recroquevillé au sol comme pour étouffer sa douleur, qu'il laissa libre cours aux larmes amères qui lui brûlaient les yeux. C'était toujours ainsi que ça se passait. Jamais aucune violence physique, juste de la violence verbale. Et il en venait souvent à regretter de ne pas se faire simplement frapper.

On guérit des bleus et des coups.

On ne guérit pas des déchirures de l'âme.

On ne regagne pas sa confiance en soi une fois qu'elle a été détruite à répétition, de façon quasi chirurgicale.

Sans anesthésie.

Encore une fois, la fameuse question « Pourquoi ? » lui monta aux lèvres, ne demandant qu'à être hurlée. Mais ce n'était là qu'une question de rhétorique car il en savait la réponse.

La différence.

Sa différence.

Tout ce qu'il endurait au quotidien il le devait simplement à ce qu'il n'entrait pas dans la norme. Et ça, les adolescents le sentaient particulièrement. Lorsqu'on aimait lire au lieu de regarder la télé, qu'on écoutait du vieux rock plutôt que les nouveautés qui passaient à la radio, qu'on avait de bons résultats en classe et de mauvaises notes en sport, qu'on ne faisait pas une faute de grammaire et quatre d'orthographe par phrase et qu'on utilisait des mots un peu plus compliqués que la moyenne, on était fiché et plus aucun moyen ne permettait de sortir de la case qu'on vous avait attribuée.

La case « intello », la case « chochotte », la case « connard », la case inférieure.

La case sur laquelle on avait tous les droits, et surtout celui de faire du mal.

Et alors quoi ?

Est-ce qu'il devait se conformer à cette toujours et même norme pour qu'on lui foute la paix ?

Est-ce qu'il devait faire semblant, jouer un rôle dont il ne voulait pas, nier définitivement ce qu'il était pour qu'on arrête de s'en prendre à lui ?

Et de quel droit ?!

L'incompréhension et la haine montaient toujours plus en lui. Il rêvait de se planter en face de ses bourreaux et de leur crier toute cette colère qui ne demandait qu'à déborder et à le faire exploser.

Non je ne veux pas changer pour vous faire plaisir!

Je veux être celui que je suis !

Laissez-moi vivre ma vie !

De quel droit vous en prenez-vous à moi, hein ?

De quel droit me faites-vous souffrir ?

De quel droit ?!

Mais il savait qu'il ne le ferait pas.

Car il avait peur.

Peur de s'affirmer.

Peur de ce qui pourrait lui arriver s'il osait s'élever contre ses persécuteurs.

Peur d'être encore humilié.

Voilà, ils avaient réussi à lui faire honte de lui-même, honte de ce qu'il était.

Il sourit entre ses larmes. Un sourire qui ressemblait plus à un rictus.

Bravo.

Vous avez gagné.

J'abandonne.

A quoi bon lutter puisque vous aurez toujours le dessus ?

Ça ne sert à rien.

A rien.

Rien ne changera jamais.

Il resserra un peu plus ses genoux contre son torse frêle et espéra, de toute la force de son désespoir, ne plus jamais avoir à se lever.


Voilà, j'espère que ça vous aura plu et que j'aurai pas fait trop trop de mal à vos petits feels...

N'hésitez pas à laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, du positif comme du négatif, ou tout simplement si vous voulez m'envoyer un petit MP pour discuter de tout et de rien, je mord pas et j'aime bien faire connaissance ^^

Des bisous sur vous et à plus!

P.S.: désolée si la mise en page vous a pas plu, elle devait pas tout à fait ressembler à ça (quasiment mais pas tout à fait) mais le site à rien voulu entendre -'