BON-SWAR ! Je passe décidément ma vie sur Scribay, du coup voici un autre défi à relever. Cette fois, il s'agit de mettre en lumière un bisounours de manière surprenante. Du coup... Je vous laisse découvrir :3 Mais j'ai comme l'impression que vous ne verrez plus jamais les Bisounours de la même manière. N'hésitez pas à laisser une petite review, ça fait toujours plaisir :D Et bon courage à ceux qui lisent ça avant de dormir eheheheheh.

FIN DE SURSIS

Alice était allongée dans son lit, seule. Et elle était terrifiée. Cette nuit encore, elle savait qu'il viendrait. Mais d'après ses propres mots, cette nuit serait également la dernière. Elle avait tout tenté pour ne pas que ses parents la laissent dans son lit toute seule : crises de larmes, prières, feindre d'être malade... Rien n'avait fonctionné. « Tu n'es plus un bébé Alice, arrête de faire l'enfant. » avait dit sa mère, « les monstres n'existent que dans ta tête » avait ajouté son père. Et pourtant, elle savait qu'il était réel.

La lune était haute dans le ciel, et l'enfant ne dormait toujours pas, assise sur son lit. Elle avait insisté pour enfermer toutes ses peluches dans le placard. Son père avait accepté, non sans lever les yeux au ciel, et il avait même cadenassé la porte. Si ça pouvait lui permettre d'avoir la paix et de pouvoir dormir, il était prêt à tout. Et il était parti, l'abandonnant à ses pires cauchemars.

Elle se souvenait de la première nuit où il était apparu, sous la forme d'une de ses vieilles peluches. Il avait été très clair. Elle avait le droit à un voeu par jour, pendant quatre jours, et le cinquième jour marquerait la fin de sa vie. Son âme et son corps lui reviendraient. Elle n'avait pas voulu accepté, mais il lui avait offert des visions d'un monde féérique, peuplé d'êtres comme lui, et elle l'avait cru. Quatre nuits durant, elle demanda à aller dans ce pays magiques, différent du sien. Ses habitants atypiques lui avaient alors semblaient sympathiques, lui permettant de se divertir toute la nuit, sans jamais être fatiguée.

C'était comme une drogue, elle n'arrivait pas à s'en défaire. Elle savait qu'elle aurait du refuser, mais la perspective de découvrir un monde inconnu était bien trop forte. Elle avait essayé d'en parler à ses parents, mais pour eux ce n'était que son imagination qui lui jouait des tours, de jolis rêves qu'elle faisait pendant la nuit. Elle n'avait réalisé que la veille ce qu'elle avait fait, et la menace de cet ours en peluche.

Une petite musique douce résonna dans l'armoire. Un frisson parcourut le corps frêle de la jeune fille. Il arrivait, elle le sentait. Son estomac se tordit sous la peur et l'appréhension. Elle n'avait jamais envisagé la mort. Pas à huit ans. Était-ce ce qui était arrivé à Bloup, son poisson rouge ? Maman avait dit qu'il était passé de l'autre côté, dans un monde meilleur. Un monde où il ne souffrirait plus.

La porte de l'armoire vibra, elle sursauta. Il tentait de l'ouvrir de l'intérieur, mais le cadenas l'en empêchait. Une main poilue, rose, passa entre l'espace des deux portes, cherchant quelque chose. Quelque chose alerta immédiatement Alice. Cette main était bien plus grosse que les siennes habituellement. Un grondement sourd se fit entendre, suivi de cliquetis mécaniques. N'y tenant plus, elle sortit de son lit et quitta sa chambre à reculons, les battements de son coeur accélérant alors qu'il donnait des coups répétés dans le bois, menaçant de plus en plus de lâcher.

Elle descendit les escaliers quatre à quatre pour gagner la cuisine. Elle ouvrit la porte d'une des armoires et s'engouffra dedans, refermant derrière elle. Un grand fracas résonna à l'étage, suivi d'un grognement et de pas, très rapide. Il courrait. Il venait pour elle, il n'y avait plus aucun doute. Elle espérait que ses parents l'avaient entendus, que quelqu'un vienne la sauver. Mais elle semblait être la seule à le voir, c'est ce qu'elle avait fini par tenter de se persuader.

Quelque chose glissa dans la cuisine, reniflant bruyamment l'air. Un claquement métallique retentit. Alice risqua un coup d'oeil dans un petit trou de la porte. Il était là, juste devant la porte. Il était gigantesque, plus de deux mètres de haut. L'arc-en-ciel sur son ventre et son regard, rouges sang, ne cherchaient plus qu'une chose : elle.

"Aliiiiiiice, siffla une voix enfantine, celle qu'il avait emprunté les quatre jours précédents. Où es-tu Alice ? Viens avec moi, on va jouer ! Alice ?"

Il ouvrit brusquement la porte du réfrigérateur, l'arrachant et l'envoyant dans la porte fenêtre derrière lui. La jeune fille recula contre le mur, repliant ses genoux contre elle. Il venait d'arracher la porte du four. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne songe à s'attaquer aux armoires. Il continuait de répéter son nom, inlassablement, d'une voix fluette, pas du tout en accord avec sa carrure. Elle avait fini par comprendre d'où venait le claquement métallique. C'était ses dents. Elles étaient désormais pointues et recouvertes de métal, et elle ne voulait absolument pas connaître la raison de ce changement.

La porte de l'armoire la plus à sa droite vola violemment. Elle sursauta. Il ne fallait pas qu'elle cède à la panique. Une deuxième porte s'envola. Plus qu'une. Elle prit une grande inspiration. Elle allait en avoir besoin. Elle avait un plan. Il posa la main sur la porte de l'armoire. Elle prit de l'élan et fonça dedans, le faisant tomber à la renverse. Elle sauta à travers la porte fenêtre brisée et se mit à courir, en hurlant, pour avertir ses voisins, la police, quelqu'un pouvant l'aider. Quand, horrifiée, elle entendit les pas se rapprocher. Il était très rapide, il était derrière elle. Elle ne pourrait jamais le fuir. Elle tenta de dévier à l'embouchure d'une rue et ne comprit que trop tard son erreur, lorsqu'elle déboucha devant un mur en briques. Paniquée, elle tenta d'escalader, mais retomba lourdement sur le sol. Elle était prise au piège.

Un grognement la fit se figer. Elle pouvait sentir son souffle sur sa nuque, elle n'osait plus bouger. Son rythme cardiaque s'accéléra quand elle sentit sa patte griffue remonter le long de son dos. Il se mit à chantonner, d'une voix macabre, rauque.

"C'est l'araignée Gypsie, qui monte à la gouttière. Tiens ! Voilà la pluie, Gypsie tombe par terre !"

La griffe s'enfonça dans sa peau, et glissa jusqu'en bas de son dos, créant une large entaille, arrachant son pyjama d'un coup sec. Alice se laissa tomber a terre, sur le ventre. Elle avait une vue plongeante sur lui.

"Mais le soleil… Va chasser la pluie…"

Il s'accroupit près d'elle. Elle essaya de reculer, mais le mur de briques bloqua sa progression. La griffe se posa sur sa poitrine, l'immobilisant.

"Alice, tu te souviens de notre petit marché ? demanda t-il de sa voix enfantine, joyeuse."

Elle hocha la tête en tremblant de manière incontrôlée. Combien de temps ce petit jeu allait-il durer ? Allait-il l'achever ? Ses yeux brillaient dans le noir, alors que la lune se reflétait sur ses canines métallique, qu'il s'amusa à faire claquer, appréciant sa peur. Il fit remonter sa griffe sur son visage, pile entre ses deux yeux.

"Alors dans ce cas, explique moi Alice. Pourquoi est-ce que tu as fuis ? Aurais-tu peur de moi Alice ? Moi qui ait exaucé ton voeu le plus cher ? N'as-tu point apprécié mon monde ? N'as-tu pas voulu y vivre éternellement ? Tu as fait un serment Alice, tu me l'as promis.

- Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu vas me faire ?

- Tu n'as pas répondu à ma question."

La voix s'était fait froide, la griffe s'enfonça profondément dans son épaule, tel un poignard. Il l'enfonça dans le sol, la clouant sur place. Le paysage se modifia alors. Tout d'abord flou, puis coloré. Elle était de retour dans son monde, le monde des Bisounours, ce monde qui jusqu'à hier lui avait semblé encore si parfait. Elle était sur une table, l'ours rose retira sa griffe, la libérant. Elle était entourée d'ours en peluche aux yeux rouges et aux mâchoires en acier, la jugeant silencieusement du regard. Ils souriaient sadiquement, semblant attendre quelque chose.

Elle se sentit alors étrange. Comme si quelqu'un tentait de percer son crâne. Elle hurla de plus belle, alors qu'on la happait hors de son corps. Sa conscience était en train de lui être retirée. Elle se retrouva plongée dans le noir. Quand elle ouvrit les yeux, elle se sentit différente. Elle était couchée sur le sofa. Ses mains étaient devenues bleues et poilues. En baissant les yeux, elle put voir un nuage sur son ventre. Elle tourna la tête. Les Bisounours étaient penchés sur son ancien corps, le dévorant sans aucune pitié, dans un bruit de claquement métallique régulier. Une patte rose passa devant ses yeux.

Il lui tendait la main. Elle la prit.

"Bienvenue parmi nous Alice. Mon nom est Tom, je suis ton prédécesseur. Si tu veux survivre, tu vas devoir partir en chasse. C'est la tradition. Le dernier nourrit la fratrie. Tu vas voir, on va bien s'amuser !"

Alice fronça les sourcils. C'était le cas. Elle le sentait au fond d'elle. Elle voulait chasser, de toute son âme. Elle n'était plus Alice. Elle était devenue bien plus que ça, elle était devenue un Bisounours.

"Oui, répondit-elle d'une voix sans émotion. On va bien s'amuser."