Bonjour à tous ! Aujourd'hui, je reviens avec une nouvelle fiction, et je suis super impatiente de vous la faire découvrir

Attention ! Cette fiction est un slash (relations homosexuelles entre hommes explicites, donc homophobes s'abstenir, merci !) Ensuite, elle abordera des sujets très durs. Il sera question de rejet familial, de drogue, de prostitution, de violence physique et sexuelle, d'autodestruction (oui je l'ai dit dans la description mais je préfère répéter, au moins vous êtes prévenus). J'ai mis le rating en M et je crois que ce n'est pas du luxe. Alors, âmes sensibles s'abstenir !

Mais heureusement, ce n'est pas que ça et il y aura de l'amour (ah bah oui quand même !). Cette fiction est une longue histoire d'introspection, de retour sur soi, de résilience, enfin.

Cette histoire m'a été en partie inspirée par le clip de la chanson Feel it all de Tokio Hotel.

Voilà, allez fin de mon bavardage, voici venu le temps de la lecture. Enjoy everybody !


Chapitre 1

La première règle qu'il s'était juré de suivre lorsqu'il s'était retrouvé livré à lui-même était de ne plus jamais s'attacher à qui que ce soit. C'était la seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher alors que tous ses repères s'étaient écroulés d'un coup. Il ne voulait plus souffrir. Il ne voulait plus voir les gens qu'il aimait se détourner de lui comme ils l'avaient tous fait, simplement parce qu'il ne répondait pas aux critères de normalité qui étaient gravés dans la tête de nombreuses personnes. Des moutons, songea le jeune homme avec amertume, qui renient le premier petit agneau qui aurait l'idée saugrenue de s'éloigner un peu trop du troupeau. Il avait perdu foi en la race humaine. Ils étaient tous pareils, de toute façon. Des animaux qui n'hésitaient pas à frapper là où ça faisait mal, avec toute la cruauté dont ils étaient capables.

Il en avait fait l'expérience, de trop nombreuse fois pour son jeune âge. Dix-sept ans. Pas encore dix-huit, pas encore majeur. Non, seulement dix-sept ans. Et déjà, seul, perdu, condamné à errer dans l'obscurité qui s'était abattue sur sa vie et qui avait enterré ses rêves d'adolescent. Il se demanda une énième fois comment des parents pouvaient faire ça à leur gosse : le rejeter, l'humilier comme ils l'avaient fait. Il se demanda comment des amis avec qui il avait passé son enfance pouvaient en un rien de temps le regarder comme s'il eut été un monstre. Et tout ça parce que la vérité avait fini par éclater au grand jour. Mais surtout, il se demanda comment lui, son premier amour, avait pu l'abandonner, refuser de lui ouvrir sa porte quand il en avait tant besoin. Et plus il se posait ces questions, plus il était sûr de la conclusion à laquelle il aboutissait toujours. En ce monde, il ne fallait faire confiance à personne.

C'étaient ces pensées tout sauf joyeuses qui occupaient son esprit lorsqu'il déboula au « QG », là où ils se retrouvaient tous pour leur « travail » comme ils l'appelaient. La nuit était en train de tomber. Il avait l'impression qu'il venait ici depuis une éternité. Et pourtant ça ne faisait que deux mois. Deux mois qu'il avait commencé une nouvelle vie. Deux mois qu'il ne ressentait plus rien, sinon un grand vide intérieur.

Le « QG » était une impasse sale et peu éclairée, d'où s'échappaient des escaliers qui menaient on ne savait où. Sûrement dans un dédale de ruelle où il était facile de se perdre. Le jeune homme s'en fichait, de toute manière. Contre un mur, il y avait un petit canapé deux places. Enfin, c'était plus un tas de mousse et de ressorts qu'un canapé. A proximité, il y avait une route, peu fréquentée la nuit. Ou fréquentée seulement par les gens intéressés. C'était là qu'ils opéraient.

Le jeune homme s'approcha du canapé déjà occupé par une fille à peine plus vieille que lui. Une brune sulfureuse à la poitrine imposante. Elle s'appelait Maureen. A côté d'elle, un gars habillé comme une racaille, à moitié défoncé, Anthony. Ils avaient tout les deux un joint à la main et entre eux trônait une bouteille d'alcool. Le jeune homme n'en fut même pas choqué. C'était ça son quotidien, depuis deux mois.

Lorsqu'elle l'aperçut, Maureen se leva pour se jeter dans ses bras.

- Alex !

En vérité, il s'appelait Alexandre mais il préférait qu'on l'appelle Alex. C'était moins long, et surtout, moins chiant. Il soupira en réceptionnant la jeune fille qui peinait déjà à rester debout, malgré qu'il soit encore tôt. Ne vous méprenez pas, il n'avait pas oublié en quelques secondes ses pensées d'un peu plus tôt. Il ne ressentait absolument rien pour elle, pas même un semblant d'amitié. Elle était simplement une personne qui était dans la même galère que lui et qui devait faire chaque soir la même chose que lui pour survivre. Maureen, quant à elle s'était attachée à lui. Elle était cuite. Elle en souffrirait forcément à un moment ou à un autre.

- Ça va ? lui demanda-t-elle

La question était stupide, tout le monde le savait. Ça ne pouvait pas aller lorsqu'on était à la rue. Enfin, si on y pensait, cette journée n'avait pas été pire qu'une autre. Alexandre en déduisit donc que la réponse devait être oui.

- Ça va, répondit-il

Il s'avança vers le canapé pour saluer l'autre personne présente puis s'empara de la bouteille à moitié vide. Il but au goulot deux longues gorgées. Vodka, devina-t-il alors que le liquide lui brûlait l'œsophage.

- Au fait, où sont les autres ? s'enquit Alex après un moment de silence

En réalité, il voulait seulement faire la conversation. Il n'en avait rien à faire des autres. Comme Maureen, ils étaient des compagnons d'infortune. Il ne les aimait pas, il ne les détestait pas. Ils étaient comme transparents pour lui.

- Pas encore arrivés, répondit Maureen du tac au tac, je m'en fiche on les attends pas, on aura de meilleurs clients comme ça.

- Des vieux pleins de fric, intervint Anthony des profondeurs de son canapé, C'est eux qui payent le plus.

- Vu ton état, tu feras pas grand-chose ce soir, mon grand, répliqua la jeune fille

Alex les laissa se chamailler et préféra s'isoler dans son coin, sur les marches d'escaliers, comme il le faisait chaque soir. La nuit s'annonçait longue et rude. Comme toutes les autres, d'ailleurs. Il s'alluma un joint qui avait pour mission de le détendre. Il voudrait tellement ne pas avoir à traîner près de la route pour se faire embarquer par des gens peu scrupuleux qui ne recherchaient que leur propre plaisir. Qui se servaient de son corps à volonté en échange d'une misère. Ces gens le dégoutaient mais il savait qu'il n'avait pas le choix. Il ne pouvait pas tout arrêter comme ça, c'était son gagne-pain, après tout.

- Bon, Alex, tu fais comme tu veux mais on y va nous, annonça Maureen au bout de quelques instants.

Il ne prit même pas la peine de répondre. Il tira une dernière latte sur son joint avant de l'écraser sous la semelle de sa chaussure et, toujours sans un mot, il se leva pour rejoindre les deux autres. Ils s'avancèrent jusqu'à la route. Il ne restait plus qu'à attendre qu'une voiture s'arrête. Maureen fut la première à partir en bonne compagnie. Ils ne savaient jamais où ils iraient ni sur qui ils allaient tomber. Il y avait quelques habitués mais globalement, ça changeait tout les soirs. Parfois, leurs clients les amenaient chez eux, ou à l'hôtel, ça dépendait. De temps en temps, ils ne prenaient même pas ce soin et faisaient ça sur la banquette arrière de la voiture. Pas de considérations inutiles, pas de sentiment. Du sexe pour du sexe, c'était tout.

- Eh beauté, tu montes ?

Alexandre sursauta. Une voiture s'était arrêtée devant lui et l'homme qui la conduisait avait baissé la fenêtre. Le jeune homme le jaugea un instant. Il devait avoir la quarantaine, il était plutôt séduisant. Il aurait pu tomber plus mal. Il finit par hocher la tête et ouvrit la portière, se glissant sur le siège passager avec souplesse. Le véhicule repartit immédiatement après. Ils roulèrent longtemps, peut-être plus d'une demi-heure. Alex n'aurait pas su le dire. Il avait perdu la notion du temps, il s'était absorbé dans la contemplation des lampadaires qui défilaient au dehors à une vitesse ahurissante. Il était hypnotisé par ces lumières qui passaient devant ses yeux les unes après les autres. Lorsque la voiture se stoppait à un feu tricolore, il sentait une main caresser son slim noir qui moulait le bas de son corps, s'aventurant toujours plus près de son entrejambe. Il ne disait rien, ne réagissait même pas. Il avait l'habitude.

Tout ce qu'Alex savait quand ils s'arrêtèrent enfin devant un hôtel miteux de banlieue, c'est qu'ils avaient traversé quasiment toute la ville. Le garçon suivit son client de la nuit à l'intérieur du bâtiment. Il remarqua qu'il portait un costume. On aurait dit un homme d'affaire. Ils marchèrent en silence jusqu'à se trouver devant la porte d'une chambre. L'homme la déverrouilla et invita le garçon à entrer. La chambre était petite et presque entièrement occupé par un lit deux places. Alexandre s'assit dessus tandis que l'homme se dirigeait vers le minibar. Il en sortit une petite bouteille et servit deux verres dont un qu'il tendit au jeune homme. Alex l'avala cul sec et réprima une grimace. Le liquide lui brûlait bien plus la gorge que celui ingurgité plus tôt dans la soirée. Cognac. S'il n'avait pas l'habitude de boire auparavant, il commençait à présent à acquérir un véritable palet de spécialiste.

L'homme marcha vers lui tandis que le cœur du jeune homme accélérait malgré lui. C'était maintenant que les choses sérieuses commençaient. Il laissa les mains rugueuses le dénuder, frôlant sa peau au passage. Ça aurait dû lui provoquer des frissons, mais cela n'alluma rien en lui. Il ressentait une indifférence totale face à ce qui ce passait dans cette chambre. Le quadragénaire se recula un instant pour se débarrasser à son tour de ses vêtements puis il s'allongea de tout son poids sur le plus jeune. Il l'embrassa fougueusement, presque avec violence et l'étreinte se prolongea un moment, jusqu'à ce que les rôles se trouvent inversés. L'homme adressa un regard entendu à Alex qui comprit aussitôt ce qu'on attendait de lui. Il avait l'habitude, ça se passait ainsi quasiment tout les soirs. Il prit une grande inspiration pour faire le vide dans son esprit et chasser ses pensées de dégoût. Puis finalement, il prit le membre de l'homme en bouche et s'appliqua autant qu'il pouvait. Il n'avait pas le droit de le décevoir, il avait besoin de cet argent. Il fut rassuré sur la qualité de son travail en entendant des grognements de plaisir monter de la gorge du vieux. Après un moment, l'homme sembla en avoir assez, il se redressa et allongea Alex sur le ventre. Il le prépara quelques instants avant de le pénétrer d'un mouvement brusque. Le jeune homme serra les dents. Malgré les semaines, la douleur était toujours là, à chaque fois aussi vive. Jamais il ne pourrais s'y habituer. Il ferma les yeux. A présent, il n'y avait plus qu'à attendre que l'autre ai fini sa sale besogne.

Ça dura des heures. Des heures entières durant lesquelles le quadragénaire fit ce qu'il voulait du corps du jeune homme. Et il se pliait à ses moindres désirs, il n'avait pas le choix. Enfin, l'homme se retira, s'éloigna du corps frêle qui ne bougea pas du lit. Il attrapa son porte feuille toujours sans un mot, en sortit du liquide et le posa près d'Alex. Puis il se glissa lourdement sous les couvertures et s'endormit en un clin d'œil. Le jeune homme restait allongé. Dos à son client, le regard fixé sur le mur en face de lui, il autorisa ses larmes à couler en silence. Quelques foutus billets, c'était tout ce qu'il valait à présent. Rien de plus. Il était réduit à un vulgaire objet visant à amuser les gros pleins de fric le temps d'une soirée. Il n'était rien de plus.

Après de longues minutes, il trouva la force de lever son corps courbaturé pour se traîner sous la douche. Il en profitait, ce n'était pas tous les jours qu'il avait l'occasion de pouvoir se laver convenablement. Et les jours où il portait encore sur lui l'odeur mâle de ses clients étaient particulièrement horribles. L'eau chaude l'apaisa et le décontracta. Mais si elle effaçait les souillures de la nuit, au sens propre du terme, elle ne pouvait rien faire sur les souillures de son esprit. Et sur ce dégoût de lui-même qui s'insinuait en lui un peu plus chaque jour.

Alexandre resta plus d'une heure sous la douche. Puis enfin, il s'extirpa du bac en émail blanc pour sécher sa peau pâle. Il remit ses habits de la veille, récupéra son argent et ses affaires et quitta la chambre, sans un regard pour son client. Dehors, le soleil pointait timidement à l'horizon. Il n'était pas loin de sept heures du matin. Alex n'avait pas fermé l'œil de la nuit mais ne se sentait pas spécialement fatigué pour autant. Il marcha un moment jusqu'à tomber sur un arrêt de bus qui lui indiqua sa position exacte. Effectivement, il se trouvait à l'opposé du quartier qu'il avait l'habitude de fréquenter. Le garçon décida d'attendre le prochain bus qui le ramènerait en un terrain un peu plus connu que celui-ci. Il frissonna. Le fond de l'air en cette fin octobre était frais. Pour se réchauffer, il voulu se rouler un joint mais constata qu'il ne lui restait plus d'herbe. Il jura. Bordel, il allait devoir en racheter rapidement, sinon il n'allait pas tenir. Il se résolut à attraper un paquet de cigarettes à moitié entamé dans son sac. Il en alluma une et la première bouffée fut la bienvenue. Il recracha lentement la fumée. Ça ne faisait pas le même effet qu'un pétard, mais c'était mieux que rien.

Le bus se pointa au bout d'une vingtaine de minutes. Alexandre s'assit au fond et, comme la veille, s'absorba dans la contemplation du paysage extérieur. La ville, encore toute engourdie de sommeil, s'éveillait doucement. Les rues étaient encore silencieuses, mais plus pour longtemps. Bientôt, les gens les envahiraient pour aller travailler, les gosses iraient à l'école. Et lui… Lui, il passerait sa journée à errer dans cette jungle urbaine. Il dormirait peut-être. Un peu. Et le soir, le cauchemar recommencerait, inlassablement. Cette nuit, encore, il était plutôt bien tombé. Mais parfois, il pouvait tomber sur des clients qui lui faisaient faire des choses vraiment dégradantes, ou pire, qui étaient violents. Certains étaient de véritables psychopathes. Et il était conscient qu'un jour, ça pourrait mal tourner pour lui. Il jouait avec le feu, il le savait. Mais une fois de plus, il n'avait pas le choix.

Le jeune homme descendit quelques arrêts avant le terminus et s'enfonça dans les rues d'un pas décidé. Il commençait à connaître les moindres recoins de ce quartier. Et il savait exactement où trouver ceux qui pourraient lui fournir ce dont il avait besoin.

Alex tourna au coin d'une ruelle. Il savait que les dealers seraient là. Ils se trouvaient toujours ici, tôt le matin. C'était le moment le plus propice pour tromper la vigilance de la police. Le garçon s'approcha lentement, la boule au ventre. Il essaya de faire abstraction de sa peur mais qui sait de quoi ces personnes-là étaient capables ? Sans un mot, il tendit les billets et on lui donna en échange un sachet d'herbe et un autre, plus petit, rempli d'une poudre blanche. Alex repartit comme si de rien n'était. Aucun mot n'avait été échangé. Le jeune homme n'avait jamais aimé parler pour rien dire. De toute façon, dans sa nouvelle vie, aucune des personnes qu'il côtoyait n'avait besoin de connaître sa vie, ni d'où il venait, ni même ses opinions. Alors, il se taisait et ne desserrait les lèvres qu'en de rares occasions. Et ça lui convenait.

Alexandre marcha un petit moment avant de s'asseoir au coin d'une ruelle, à même le trottoir, le dos appuyé contre le mur craquelé de l'immeuble qui faisait l'angle. Le soleil était à présent bien haut dans le ciel mais les alentours étaient toujours déserts, bien loin du tumulte qui devait maintenant agiter le centre-ville. Cette partie de la ville étaient peu fréquentée et bénéficiait d'une mauvaise réputation auprès des habitants. Alex aimait bien trainer par ici car au moins il pouvait être tranquille.

Il soupira avant de sortir le sachet de poudre blanche acquis un peu plus tôt dans la matinée. Il forma une petite ligne avec la poudre qu'il s'empressa d'inhaler. Les effets n'allaient pas tarder à se faire ressentir. Bientôt, il allait pouvoir arrêter de penser pendant quelques heures. Et c'était tout ce qu'il demandait à cet instant. Un moment de répit.

C'était ça, sa vie, à présent. Il était à la rue, il vendait son corps pour survivre et il s'assommait de drogue pour oublier. Oublier ce qui l'avait conduit ici, oublier sa solitude, oublier ce sentiment de dégoût qui lui donnait la nausée. Il serait devenu fou, autrement. C'était un cercle vicieux que rien ni personne ne semblait pouvoir stopper. Chaque jour, il sombrait un peu plus vers les abymes de l'Enfer.


Et voilà pour le premier petit chapitre qui fait office de présentation de mon personnage principal! J'espère que cela vous a plu!

Impressions, avis, questions? N'hésitez pas à laisser une petite review :)

Dans le prochain chapitre, on fera connaissance avec un nouveau personnage, très différent d'Alex ahah ^^