Salut mes Cobayes.

Je suis ravie d'être ici ! Depuis le temps que je prépare mon arrivée… Me voici donc pour la première fois sur ce site, ajoutant à mon catalogue de fanfics ce gros bébé. ( 50.000 mots écrits pour l'instant, soit un quart du total prévu.) J'espère que vous allez trouver votre bonheur ici. Merci spécial à Ongi, d'avoir trouvé plein de supers noms pour les héros, et à Gabriellemoon, d'avoir beta-readé le premier chapitre!

Note : J'ai créé l'univers et les personnages. Ça m'ennuierait de les voir ailleurs sans avoir donné mon accord… :D

Autre note : Si vous voulez discuter, me harceler ou tout autre chose, ajoutez-moi sur facebook, je m'appelle Laukaz The Lab.

Encore une autre note : je pense que la plupart des gens qui vont lire ceci me connaissent grâce à ffnet. Mais pour les autres, hey ! J'écris aussi des fanfics. Allez viens, on est bien.

Allez la dernière note c'est promis : je vais essayer de poster un chapitre tous les quinze jours.

Bonne lecture !


Chapitre 1

L'enflure l'avait repéré.

C'était vraiment improbable, pourtant, mais il fallait se rendre à l'évidence. Sinon, comment expliquer que le jeune homme, nerveux, se dirigeait à grands pas vers le marché nocturne ?

Dragan serra les dents, accélérant le rythme pour ne pas perdre de vue sa cible.

Ils débouchèrent dans la rue du vieux port, qui, comme tous les soirs d'été, accueillait le très renommé marché de nuit. Dans les allées sales des docks, longeant les quais chargés de conteneurs, s'entassaient des étals colorés et bruyants où s'agitait la population locale.

Ici se côtoyaient commerçants renommés et charlatans, vendeurs à la sauvette et potentiels clients, ainsi qu'un bon nombre de soldats du guet, et un plus grand nombre encore de mendiants, de tire-laine et autres représentants des basses couches sociales de la ville.

Sur les étalages contigus, on trouvait des fruits, de la viande, des épices du désert, des herbes à fumer, des onguents et autres cataplasmes, du cuir, mais aussi des oiseaux rares, des bijoux, des étoffes luxueuses. Et, si on savait où se fournir, quelques miettes des technologies importées d'Oracle. De quoi attirer autant de bourgeois que de membres de la pègre locale.

La foule qui se pressait entre les tables était dense, grouillante comme autant de fourmis dans leurs boyaux souterrains.

Dragan posa distraitement sa main sur la bourse pendue à sa ceinture, sans perdre sa proie des yeux. Il n'y avait que les plus naïfs pour penser que les voleurs ne se volaient pas entre eux, et Dragan n'était pas à l'abri d'un truand de bas étage. Quelques mètres devant lui, sa future victime fendait la foule de grands gestes, zigzaguant entre un cracheur de feu et la tente d'une diseuse de bonne aventure.

Un sourire mauvais s'imprima sur les lèvres de Dragan. Le fuyard ne connaissait pas la ville aussi bien que lui. Tout dans son allure indiquait qu'il était issu de l'aristocratie, ou au moins, de la petite noblesse, bravant l'interdiction pour aller dilapider la fortune familiale dans un mauvais tripot le soir venu. Il se croyait bien déguisé, avec son simple pourpoint de cuir, sa cape passée de mode et ses chausses sombres, mais la tromperie était grossière. Les tissus étaient de trop bonne qualité, et peu usés. Il avait en outre conservé son épée, une lame longue et sertie, peu fonctionnelle. De toute façon, même sans cela, les traits fins de son visage et la propreté de sa peau et de ses cheveux le trahissaient immédiatement. Il était du genre à prendre un bain régulièrement, et pas à vivre dans la saleté tenace des bas quartiers où il circulait en ce moment.

Dragan, lui, était né dans les rues de Luxiel. Il en connaissait le moindre pavé, la moindre ruelle, chaque quartier avait son identité propre, ses spécificités têtues, comme différents aspects d'une même personnalité bravache. Seuls les gamins du quartier connaissaient le port mieux que lui : le bourgeois n'avait pas l'ombre d'une chance de réussir à le semer. En plus, ses cheveux blonds accrochaient la lumière des torches qui éclairaient les allées, comme un phare dans la nuit, point de repère fixe et indiscret.

Dragan sourit dans l'ombre. Une couleur d'or qu'on pourrait reconnaître entre mille une teinte qu'il avait repéré dès le début de la soirée.

Il remercia mentalement la nature de lui avoir donné un visage passe partout, tout à fait adapté à son domaine d'activité.

Sentant qu'on le filait de près, et que le danger se rapprochait, le blond accéléra le pas, courant presque à contrecourant dans cette marée humaine.

Le bruit, la chaleur moite de l'été, tout concourrait à un certain état d'anxiété, qui n'encourageait pas à prendre les bonnes décisions. C'est comme ça qu'il choisit, mauvaise idée, de rejoindre une ruelle perpendiculaire pour s'extraire de la nasse.

C'était gagné.


Ici, la foule le protégeait. Seul dans les méandres de Luxiel, il n'avait plus aucune chance.

Maël s'engouffra dans la première rue venue, satisfait de s'extraire du marché, pas totalement rassuré pour autant.

Il savait qu'on le suivait. Depuis qu'il était sorti des Trois Brochets. Malgré de fréquents coups d'œil en arrière, il n'avait pas pu déterminer précisément l'origine du danger, ni une silhouette à lui attribuer. Il le sentait, simplement. Le poids d'un regard sur lui. Comme prévu.

Ses sens étaient affutés par le mauvais vin qu'il avait consommé à l'auberge et par l'adrénaline qui coulait dans ses veines, comme toujours après une nuit passée à jouer, comme toujours à l'aube d'une mission nouvelle.

Et ce soir, il avait raflé gros. Une aubaine, pour le premier voyou venu. Il n'espérait pas avoir réussi à semer son ou ses poursuivants au marché, au cœur de la ville. Trop malins.

Tout a ses pensées, Maël ne vit pas les deux silhouettes qui dégringolaient d'un toit à sa droite. La variable imprévue. Tellement persuadé que le danger viendrait de derrière, il ne prit conscience que trop tard des deux marauds face à lui, dagues au clair.

Il se figea, la main sur son épée d'apparat. Il recula d'un pas et sentit le contact froid et dur de la pointe d'une lame au creux de ses reins.

- Je serais toi…

Maël soupira, estima rapidement ses chances.

Nulles. Bon escrimeur, très bon, même, il aurait pu envisager un combat à deux contre un, mais pas à deux contre un avec une lame dans le dos.

- C'est bon, c'est bon, pesta-t-il, frustré.

Il attrapa prestement la bourse dissimulée dans les plis de sa cape grise, et la jeta, rageur, aux pieds des bandits. Accroc stupide dans une stratégie longuement réfléchie. Tout serait à recommencer.

- Il manque de politesse, le gamin, siffla l'un des trois larrons.

- Ouais, j'trouve aussi… On va lui prendre son épée, du coup. Pour compenser.

Maël ne fit pas le moindre geste.

- Non.

La lame dans son dos se fit plus présente : il sentit le tranchant appuyer davantage contre son pourpoint en cuir, le traversant pour venir effleurer la peau.

C'était trop bête. Et pourtant, il n'avait pas le choix. Il désangla l'épée et la laissa tomber au sol.

- C'est bon, vous avez ce que vous voulez ?

L'une des silhouettes, enfoncée dans l'obscurité, sourit.

- Ouais. Enfin, avant de partir, on va t'apprendre à être poli, quand même.

Maël ne s'y attendait pas : la lame s'enfonça dans son dos, lui vrillant le cerveau d'une douleur aigüe qui obscurcit totalement son champ de vision. Dans un cri rendu muet par les doigts grossiers de son assaillant plaqués sur son visage, il chancela, plié en deux.

Les deux autres s'approchèrent en retroussant leurs manches, des menaces plein la bouche.

Mais, déjà, Maël ne les entendait plus. Le monde lui paraissait lointain, et flottant. La réalité tangua sous ses pieds, il se sentit glisser le long d'un mur.


Dragan pesta, depuis le coin d'ombre où il s'était retranché pour assister à la scène.

Avant de voir les silhouettes sur les toits, il les avait senties.

Le ciel lui avait fait don d'un odorat extrêmement développé. C'est ainsi qu'il avait traqué sans mal sa cible parmi la foule. L'odeur de patchouli classique, quelques notes de citron confit, mêlées à celles du savon et du rouge des Trois brochets. Pas désagréable, au final, contrairement aux relents de sueur et de sang séché que charriaient les agresseurs. Ayant enfin vu les silhouettes sur le toit, il avait ralenti la cadence, une main sur le pommeau de sa dague. Il avait assisté à l'échange, fulminant de se voir ainsi subtiliser une proie dûment traquée. Accroc stupide dans une stratégie longuement réfléchie.

Il n'était pas prêt à abandonner, et à rentrer à la planque bredouille. Les gros coups se faisaient rares, en ce moment. De cambrioleur, il était déjà rétrogradé à simple voleur à la tire : il n'entendait pas en plus se voir rafler la mise. Surtout que dépouiller le petit blond, c'était faire d'une pierre deux coups.

C'était sa proie, ils lui avaient volé. Crime d'honneur : n'importe quel voleur s'y serait accordé. Le sang pouvait couler.

Lorsqu'un des hommes s'assit sur le torse de sa victime, un coutelas en main, avec l'évidente envie de lui laisser un souvenir indélébile sur le visage, Dragan décida qu'il s'agissait d'une bonne opportunité.

Trois contre un : il n'avait pas les probabilités de son côté. Par contre, il avait l'effet de surprise.

Il écarta son long manteau de feutre noir, attrapant l'un des trois stylets sanglés contre son flanc droit. La première arme de jet se plantait avec un « ploc » répugnant dans la nuque d'un des truands qu'il lançait déjà la seconde.

La lame cueillit sa cible à l'épaule voyant son comparse s'effondrer, le malandrin avait eu le temps de se retourner, évitant ainsi le tir mortel qui fusait dans sa direction.

Dragan dégaina son sabre. Une arme récupérée sur le cadavre d'un capitaine de la marine, des années auparavant. Courte, fine, sans fioritures. Il fonça sur le petit homme à califourchon sur le bourgeois, profitant de l'hébétude de son complice d'avoir trois pouces d'acier enfoncés dans l'épaule.

Son ennemi, trapu mais étrangement leste, esquiva le premier coup d'estoc en roulant de côté. Il se redressa souplement. Il sentait la mauvaise bière et l'urine, Dragan fronça le nez. Se sachant désavantagé par la taille de sa lame, le voyou tenta le tout pour le tout, sautant sur Dragan avec l'objectif de le faire tomber au sol.

Dragan tint bon, mais voyant que le combat tournait au corps à corps, il abandonna son sabre pour dégainer sa dague de main gauche. Ils luttèrent un instant, mélange confus de muscles, d'acier et de tissu. Discernant enfin une ouverture, Dragan visa le foie de son adversaire, l'obligeant à reculer. A son tour, il sauta sur l'autre, et son poids les envoya tous deux percuter le sol. Prenant l'avantage, Dragan tira sur la tignasse de cheveux sales pour chercher la gorge.

A sa droite, le blessé, réalisant qu'il aurait bientôt deux amis morts et un type enragé sur le dos, choisit de fuir.

L'homme au coutelas lutta de toutes ses forces. Petit mais trapu, ses muscles saillaient sous le tissu de mauvaise qualité qui lui servait de chemise. Dragan, déséquilibré, perdit pied, et ils roulèrent tous deux au sol, chacun tentant de prendre l'ascendant. Les mains noires se refermèrent sur la gorge de Dragan, menaçant de l'étouffer.

Le jeune homme repoussa son adversaire d'un coup de genou au plexus, lui coupant nette la respiration.

Il se redressa, essoufflé, hésita une seconde. Le tuer, ou le laisser en vie.

La lueur hargneuse qu'il vit dans les yeux du malfrat lui fit comprendre que s'il choisissait de le laisser en vie, il se constituait un ennemi mortel qui n'aurait de cesse de se venger de l'affront.

Tant pis. Les précautions d'abord.

Sa lame effleura tendrement la gorge nue. Les mains sur les genoux, penché en avant, Dragan inspira profondément pour se remettre de ses émotions. A côté de lui, le voleur agonisait, émettant des borborygmes répugnants. Bientôt, il n'émit plus le moindre son. L'odeur métallique du sang couvrit peu à peu celle du patchouli et du citron confit.

Deux cadavres dans la ruelle, et un homme en fuite.

Beau bilan.

Dragan fouilla rapidement les poches des truands, y ramassant de la menue monnaie et une belle flasque contenant de l'eau de vie de prune.

Bien sûr, il y avait aussi la bourse du blondinet. Il siffla d'admiration en apercevant son contenu.

Au moins cent couronnes d'argent : de quoi payer le loyer pendant quelques semaines. C'était une bonne prise, d'autant que leur situation financière actuelle était plutôt précaire. Léo et Alexander seraient ravis. Moqueurs de voir leur comparse se rabaisser à l'état de simple tire-laine, mais ravis.

Il inspecta l'épée à la lueur des étoiles, mais la reposa.

C'était une arme d'apparat, mal équilibrée, lourde. Facilement reconnaissable, car un écusson en pierres précieuses ornait le pommeau. Ce serait dur à revendre et on pourrait remonter jusqu'à lui. Trop de risques pour trop peu de bénéfices. L'arme confirma néanmoins ses doutes : le joueur qu'i lavait traqué depuis Les Trois Brochets était issu de la bourgeoisie, voire de l'aristocratie. Il faudrait demander à Alex : c'était lui, l'expert en ragots concernant la haute société.

Dragan tapota les plis de son manteau pour en faire tomber la poussière. Il jura en avisant le sang qui maculait sa chemise sombre, découvrant au passage une ou deux entailles légères récoltées lors de l'affrontement.

Rien de grave.

Il s'apprêtait à repartir, les talons déjà tournés, lorsque le sifflement rauque qui s'élevait de la poitrine du bourgeois le retint

Dragan n'était pas un tendre, et loin s'en fallait.

Pourtant, comme la plupart des membres de la pègre de Luxiel, il suivait un code d'honneur assez strict. Il ne tuait que pour se défendre ou pour venger un crime d'honneur, il respectait les femmes, les enfants et les vieillards, il n'utilisait pas plus de violence que nécessaire pour parvenir à ses fins. Il s'agissait là de repères moraux assez basiques, mais il n'y dérogeait pas, et ses complices non plus. Il était mal vu, dans leur profession, de manquer à l'un de ces commandements.

Voler, c'était une chose. C'était un métier, à Luxiel, ça faisait partie des règles du jeu. Tout le monde avait au moins un membre de la pègre dans sa famille : un équilibre discutable qui permettait la circulation des richesses.

La cruauté gratuite, c'était autre chose.

Personne ne lui en aurait voulu, de partir en laissant le gamin agoniser contre son mur, en se vidant de son sang. D'autant qu'il n'était pas responsable de son état, et qu'il l'avait bien cherché à se balader ainsi tout seul la nuit.

Cependant, quelque chose dans la respiration laborieuse du blessé le fit hésiter. Il avait déjà fait demi-tour pourtant, s'était éloigné de quelques pas. Mais ce sifflement, lugubre et erratique, l'arrêta.

Il demeura immobile presqu'une minute, à tergiverser. Il serait beaucoup plus simple de le laisser là. Tout prenait fin avant même d'avoir commencé. Mais en même temps… Dragan était joueur. Un peu trop joueur. Et laisser la vie gagner, c'était laisser des opportunités.

- Chiasse, conclut-il, de mauvaise humeur, avant de retourner sur ses pas.

Il s'accroupit aux pieds du mur, examinant sommairement le gamin.

Gamin qui, après réflexion, devient bien avoir vint cinq ans, soit à peu près comme lui-même. Mais il fallait la maturité d'un enfant pour s'aventurer, seul et de nuit, dans le quartier du vieux port. Dragan tâtonna succinctement le torse maltraité, arrachant au passage quelques gémissements au jeune homme qui ouvrait péniblement les yeux. Ceux de Dragan s'attardaient sur le sommet de son crâne, et l'or pâle de ses cheveux soigneusement ramenés en catogan.

Oui, vraiment. Une couleur reconnaissable entre mille. Et ce parfum, aussi. Impossible à confondre avec un autre. En quelques secondes, les engrenages s'imbriquèrent les uns aux autres, et Dragan reconstitua la vérité.

-… Toi ?

La voix rauque du blessé sifflait, témoin de quelques côtes fêlées, sinon cassées. Malgré sa condition déplorable, il trouva la force de sourire. Il dévisagea l'homme qui se penchait sur lui, comme pour graver ses traits dans sa mémoire.

Dragan possédait un visage commun, pâle comme l'étaient ceux d'ici, des cheveux très sombres, et des yeux dont la couleur n'était pas déterminable avec si peu de luminosité. Peut-être bleu, ou gris, ou brun très clair. De haute taille, sa silhouette était celle des gens de son milieu : suffisamment athlétique pour pouvoir courir, escalader, et se battre, mais suffisamment discrète pour ne pas attirer l'attention plus que de raison. Des muscles fins, nerveux, taillés pour l'efficacité.

Un homme invisible, dont l'apparence ne comportait aucun défaut majeur ni aucune qualité remarquable.

-… T'étais aux Trois brochets… C'est toi, qui me suivait ?

Dragan trancha. Il allait le laisser vivre. « Pour voir », comme on disait au poker. C'était prendre des risques, mais c'était aussi jouer le jeu. Rentrer dans son jeu, donc. Faire semblant de ne pas savoir.

- Ouais ouais, écoute mon gars, économise ton souffle si tu veux pas crever. Et merde, conclut-il, en voyant la tache sombre qui s'élargissait sur le flanc du blessé.

Il saignait beaucoup, et s'il le laissait là, il ne passerait pas la nuit. En plus, il risquait de faire d'autres mauvaises rencontres. Et pour couronner le tout, il avait la jeunesse et la bonne gueule qui attiraient facilement les plus pervers des esprits criminels. Le laisser ici, c'était le condamner à mourir. Ou à pire.

Le pauvre bougre toussa, crachant un peu de sang. Dragan attrapa la flasque d'eau de prune qu'il avait subtilisé à ses victimes et laissa couler quelques gouttes sur les lèvres abimées du jeune homme.

Léo et Alex vont tellement se foutre moi… songea Dragan, alors qu'il passait sa main autour des épaules faibles de son fardeau pour l'aider à se redresser.

- Merci, susurra le blond en grimaçant de douleur. Moi c'est Maël.

- Je m'en fous. Je suis pas ton sauveur, juste le type qui t'a piqué ton pognon, et qui veux éviter de laisser un cadavre de plus sur la voie publique. Alors marche en silence ou je change d'avis.

Maël n'ajouta rien. Sa tête dodelinait et Dragan sentit le poids s'alourdir sur lui. Il traîna le jeune homme sur plusieurs ruelles, jusqu'à sortir du quartier du vieux port pour rejoindre celui des tanneurs.

Impossible de manquer ce quartier, ne serait-ce que par l'atroce odeur d'ammoniaque qui empuantissait l'air. L'eau servant au premier rinçage des peaux était évacuée directement dans le canal qui longeait l'artère principale.

Sous la chaleur extrême de cet été qui n'en finissait plus, l'âpreté des effluves brûlait presque les poumons. Maël devint plus blanc encore s'il n'était pas déjà en train de tourner de l'œil à cause de l'hémorragie, l'odeur des cuirs fermentés l'aurait achevé. Dragan leva les yeux au ciel.

- Les bourges, je vous jure…

Lorsque les plus fortunés venaient visiter le coin, pour acquérir divers articles dans les boutiques attenantes aux ateliers de travail du cuir, ils se promenaient tous avec un bouquet de menthe fraîche. L'effet était immédiat : ils étaient protégés des odeurs, mais pas des voleurs qui reconnaissaient alors en eux des proies faciles.

Dragan tira son fardeau sur plusieurs ruelles encore, jusqu'à la devanture miteuse d'une maison aux volets qui avaient dû être rouges, avant que le soleil et l'usure ne les fasse tirer vers le rose sale. Dragan libéra une de ses mains pour frapper à la porte en bois vermoulue, et on lui ouvrit rapidement.

Une jeune femme lui ouvrit, analysa d'un œil expert la situation et le fit entrer.

Dragan se déchargea de Maël en soupirant, installant le blessé sur la table de la cuisine.

Déjà, la rebouteuse s'activait autour du blond, évaluant la gravité de ses diverses contusions. Dragan entrouvrit la bourse qu'il avait dérobé à sa malheureuse victime et en sortit une couronne d'argent, qu'il plaça sur un comptoir en chêne massif, à l'autre bout de la pièce.

- Pour ton travail.

- Que dois-je faire de lui ?

Dragan hésita, de nouveau. Il dévisagea un instant le malheureux, gravant ses traits dans sa mémoire.

- Le soigner. Et après, ce que tu veux, moi je me casse : j'ai assez fait le bon samaritain pour toute une année. Merci, Léah.

La fameuse Léah sourit et s'installa auprès de son nouveau patient, ouvrant une sacoche de cuir contenant scalpels, fils et autres onguents.

- Et surtout, tu ne lui parles pas de moi, ajouta Dragan après réflexion.

- Tu le regardes comme si tu le connaissais… Je me trompe ?

- C'est la première fois de ma vie que je le vois.

Et il ne mentait pas.

- Tu me racontes ? s'enquit son interlocutrice, curieuse, tout en découpant les vêtements de Maël qui avait définitivement sombré dans l'inconscience.

- Bien sûr que non. Comme d'habitude, répondit-il avec un clin d'œil.

Il passait déjà son capuchon, prêt à ressortir.

- A la prochaine, Dragan.

- Salut ma belle.


Voilà pour cette introduction… Je stresse maintenant, j'attends votre verdict ! Dites-moi tout, si ça vous a plu, ce que vous en pensez, bref, faites-vous plaisir !

A très vite,

Laukaz