Le Baiser Du Serpent

Un regard froid, reptilien.

Une démarche sinueuse, il attend le moment opportun pour faucher sa proie.

Son sang est de glace, ses yeux sont de braises.

Un animal synonyme de mort imminente, sa beauté mortelle séduit aussi vite qu'elle ôte la vie.

Il ne sait plus depuis combien de temps, il est là, à l'attendre.

A vrai dire, il s'en contrefiche, le temps n'est qu'un simple facteur à mettre de côté dans sa quête.

Il est la mort elle même, il rôde en attendant le moment propice; quand sa proie sera désarmée.

Cela fait si longtemps qu'elle est sa proie, qu'il ne se souvient plus de quand tout ceci a commencé, mais là encore cela ne lui importe que très peu.

Un mouvement latéral, elle se dirige vers sa couche, innocente, elle ferme les yeux.

Assurément, cela sera pour la dernière fois.

Elle est maintenant vulnérable, chasseur, il sait que rien n'ait joué, son silence sera la clef de sa réussite.

Il serpente jusqu'à son lit, il gravit avec aisance le drap satiné où repose sa proie.

Elle ne bouge pas, ses traits sont figés, seule sa respiration la distingue d'une poupée de cire.

Une fois sur le matelas, il s'élève et contemple pour la dernière fois sa proie, est-ce un signe de respect, en vertu de celle à qui il s'apprête à dérober la vie?

Nul ne le sait.

Une chose est cependant certaine, c'est qu'il s'agit d'un rituel qu'il met un point d'honneur à respecter.

Il l'admire émerveillé, presque sidéré par sa beauté.

Sa pâleur renforcée par ses longs cheveux bruns, son aura douce, son corps frêle, ses traits fins, tout chez elle, pousse à la protéger.

Cependant, c'est cette beauté qui l'a perdu.

Effectivement, le reptile l'a oublié ou ne l'a peut-être jamais saisi, mais ce qui le force à être là, est l'attraction que lui procure la jeune fille.

Oui, le serpent est amoureux.

Tant de fois, il a rêvé de déposé un baiser à sa belle.

Un baiser qui la ferait chavirer, un baiser aussi exquis que toxique.

C'est dans cette optique aux allures irréels, qu'il s'approche du dit corps, avec hésitation, il se meut lentement.

Dans un premier temps sur sa jambe gauche, puis sur son ventre.

Il se dirige vers son buste, pour finalement arriver à destination: Son cou.

Son détecteur de chaleur l'entraîne à se placer au dessus de la carotide.

Il ouvre sa gueule, ses glandes venimeuses s'activent, ses crochets se dévoilent, et sans attendre il frappe.

Sa proie se réveille dans un hurlement, elle cherche à se débattre, mais tout ceci est vain, les crocs sont enfouis dans sa chair, le baiser est trop intense.

Le venin secrété par les glandes se répand dans tout son organisme.

Rapidement, elle se meurt.

Ses muscles se paralysent, elle suffoque, son cœur bat à un rythme effréné, c'est une course pour la vie qui s'engage, néanmoins elle est dès lors perdue.

Promptement, tout son système nerveux lâche, la douleur est trop intense, son cœur effectue, péniblement, son dernier battement.

Elle quitte ce monde dans un râle d'agonie, ses yeux se voilent d'une couverture sinistre.

Et oui, ceci est le coût de ce baiser.

Sa tâche accompli, il se love contre le corps de son aimée et de sa victime, puis repart quand le sang de cet être fragile, devient à température égale du sien.

Ce fut avec cet amour interdit que commença l'histoire d'un Enfer.

Morte. Elle est.

Au paradis, elle n'est pas.

En Enfer, elle fut déposée.

Sa robe autrefois d'un blanc immaculé, se teint d'encre.

La fine dentelle, devient lambeau.

Son regard onyx n'est plus que l'ombre de lui-même.

Deux fentes grises résident, seul le vide est réfléchi.

C'était donc ça la mort?

Être damné sans pouvoir espéré accéder à une quelconque rédemption?

Mais quelle était donc cette faute?

Était-elle si grave et inavouable, pour que seules les portes de l'Enfer s'ouvrent à elle?

Quand elle eut questionnée Cerbère, gardien des lieux, celui-ci se rua sur elle, la mit à terre et déposa sur son buste une de ses pattes aux serres acérés.

Puis d'un grognement roc, il lui déclara:

«Tu es ici, pour payer ta faute. Celle d'avoir charmée un serviteur de notre maître, le Roi des Enfers, Hadès. Maintenant, entre femme, il souhaite s'entretenir avec toi, pour estimer la durée de ta peine, et ce que sera ton châtiment.»

«Pour expier ton péché, ta peine sera équivalente à cinq mille vies d'hommes. Mon châtiment sera, non pas la faim, la soif, ou encore l'absence de lumière.

Je te priverai d'un autre besoin essentiel à l'homme. Tu seras seule.