Note de l'auteure :

Joyeux réveillon et joyeux Noël pour ceux qui ont déjà passé le cap de minuit ! Ce n'est malheureusement pas Islandsis, mais je prévois tout de même terminer le treizième chapitre d'ici lundi ou mardi - oui, je sais, je suis très en retard dans mon rythme de publication, accusez les professeurs, le temps des fêtes et le boulot ! Malgré tout, j'avais envie de poster un petit quelque chose pour marquer le réveillon. Ainsi donc, j'ouvre le bal de « Sans rancune » dont l'histoire, justement, débute lors du temps des fêtes (autant être concept). La fiction ne sera probablement pas très longue, de l'ordre d'une dizaine de chapitres au grand maximum, et suite au prologue, la narration va changer pour tomber à la troisième personne. Parce qu'écrire à la première personne avec Misha, c'est la mort. D'ailleurs, j'avertis que ce prologue ne sera pas de la grande littérature...

Ahem. D'autre part, je ne sais pas du tout à quelle fréquence je posterais la suite, disons que les personnages sont butés et ne s'entendent pas encore sur le fin mot de l'histoire, chacun voulant son bout d'os. De même, je n'ai pas encore totalement décidé si je plaçais l'histoire dans un lieu existant, semi-fictif ou fictif. D'un autre côté, le titre risque de changer en cours de route. Il est potentiellement provisoire.

Avertissement : Il s'agit d'une fiction MxM, c'est-à-dire qu'elle porte sur des relations entre hommes, et elle comporte aussi des scènes à caractère érotique. Vous êtes donc prévenus ! Ceux qui n'aiment pas, ne lisez pas. Tout simplement.

Bon temps des fêtes ! Et bonne lecture !

Prologue

Quand tu te réveilles le matin avec la tête dans le cul, à moitié avachi sur un matelas miteux et un plancher crasseux, t'as pas franchement envie de trainer ta carcasse jusqu'au boulot. Même si le travail est à moins de dix minutes de marche et quelques autres en métro, c'est qu'en fin décembre, dans mon coin de pays, il faisait un froid de canard. Et dans mon appartement, ça frôlait même le froid polaire. J'en avais le corps engourdi, alors que mes orteils et mes doigts se prenaient pour des glaçons. Le chauffage était pas foutu de fonctionner et j'avais beau gueuler au proprio de s'en occuper depuis que j'avais emménagé, il l'avait jamais fait. Et je vivais dans ce taudis depuis plus de six ans. Six putains d'années et ce con foutait que dalle pour arranger le chauffage ou même la plomberie. Fallait pas parler de la buanderie du premier étage ; c'était une vraie porcherie. Y'avait pas un truc de potable dans tout l'immeuble, même les escaliers tombaient en morceaux, au point où je craignais de passer à travers les marches. Disons que j'étais pas poids plume. À ça, on ajoutait une peinture écaillée et des taches brunes au plafond, et ça avait de quoi massacrer votre bonne humeur. Déjà que la mienne volait jamais bien haut... c'était à se demander pourquoi.

Enfin, je devais avouer qu'au réveil, la cause de mon humeur de chien était toute désignée.

L'alarme se taisait pas, me tuait le crâne, et même si j'agitais mes bras à gauche et à droite, je tombais que sur mes fringues et jamais sur cette saloperie de téléphone. Ça m'avait pris des plombes avant de le trouver, alors que, merde, je vivais dans une piaule d'une pièce et demie. C'était pas compliqué. T'avais le choix entre la salle de bain pire que crade et une chambre tellement bordélique qu'on y voyait même plus le plancher. Entre les assiettes dégueulasses que je devais laver depuis un bail, les sacs d'ordures qui puaient la mort et les vêtements aussi sales que propres, c'était quand même pas si difficile à dénicher. Ou peut-être que si, justement.

J'avais jamais été une fée du logis, c'était plutôt ma sœur qui s'en occupait du temps où on vivait chez mon père et qui venait faire razzia dans ma chambre, pillant le linge à laver avant de mettre un peu d'ordre dans tout ce beau bordel. Je sais pas si elle se prenait pour notre mère, mais le ménage, ça la connaissait. Et les remontrances aussi. Le « Range ça, Misha » ou bien le « Nettoie ça, Misha » et il ne fallait pas oublier l'éternel « T'es plus un gosse Misha ! Prends toi un peu en charge, bon sang ! », c'était pas prêt de me manquer. Même après 9 ans.

- Tss.

Ma langue claqua durement contre mon palais. Penser à Masha direct en me réveillant, ça avait de quoi plomber ma journée. À n'en pas douter, le coupable était ces bouts de rêve qui me restaient en travers de la gorge. Rêver à ce connard qui, que je le veuille ou non, était associé à ma sœurette avait le don de ruiner mon moral. Si seulement il pouvait éviter d'apparaître dans mon sommeil, ça me ferait des vacances. À ce temps-ci de l'année, il hantait déjà mes pensées à longueur de journée... Oui, bon mes journées étaient donc pourries d'avance et c'était peut-être même pour ça que je rêvais de lui. Ou c'était peut-être l'inverse ? En rêvant de lui, je ne pensais qu'à sa tronche du matin au soir ? Dans les deux cas, il devait forcément y avoir une cause à effet dans le coin et dans les deux cas ça me réjouissait pas des masses.

Je disais rêver, mais les flashs qui me revenaient en tête n'avaient rien du rêve et tout du souvenir. Et les sentiments emboitaient tout simplement le pas. Se réveiller avec des envies de meurtres et une colère sourde, ça frisait la psychopathie parce que, franchement, j'étais prêt à parier que si on me contrariait, là et maintenant, il m'en faudrait pas plus pour buter le malheureux. Mes poings me démangeaient et je me faisais violence pour calmer mes pulsions. Le mur allait encore en payer les frais et il était déjà assez amoché. J'allais peut-être éviter d'en rajouter une couche et je soupçonnais le plafond de vouloir céder à la moindre secousse. Nan, mourir sous les débris à cause d'un pauvre con, très peu pour moi.

D'une main tremblante, je dégageai quelques mèches blondes de mes yeux – non mais, qu'est-ce qu'elles me faisaient chier parfois. Enfin, là, tout me faisait chier. Tout me passait par-dessus la tête, exception faite de l'alarme qui me cassait toujours les burnes. Sérieux, où est-ce que j'avais encore foutu mon téléphone ? La dernière fois, je l'avais retrouvé dans le micro-onde et vu mon état d'ébriété en rentrant ce matin, je serais pas surpris de le retrouver dans la cuvette, tiens.

Mais non, le bruit était trop proche et il faut avouer qu'avec mes mouvements de paresseux, j'étais pas prêt de mettre la main dessus. De toute manière, mes pensées (les « rationnelles », s'entend) se faisaient la malle pour laisser place à des envies de vendetta, celle-là même que j'avais jamais réussie à mener à bien. Et c'était une chose qu'au mois de décembre, je regrettais un peu trop. Ça me collait à la peau, cet échec. C'était malsain... et, ouais, je me plaisais là-dedans. Ça me rassurait toujours de constater que j'avais pas oublié. De toute manière, j'oublierai jamais. On m'a trop souvent dit que j'avais la rancune tenace. Rien à foutre. Qu'on me râle dessus, qu'on me rabatte le clapet, j'assumais ce « défaut ». J'avais juste une bonne mémoire. Pour les coups de pute et les trous du cul.

J'avais beau revoir sa sale tronche en sang dans mes rêves, ce qui était jouissif à un certain degré, c'était jamais assez. J'en voulais à mon téléphone de me couper de cette image parce que, dans les fantaisies de mes rêves, ce fils de pute n'avait pas que le nez pété après notre petite discussion à l'amiable, discussion qui s'était soldée par mes poings et des insultes à faire rougir une catin. Si ça n'avait tenu qu'à moi et que le pion était pas débarqué dans son bureau, ses couilles auraient fini éclatées contre le parquet, sous mes semelles. L'idée de les arracher et de les lui faire bouffer avait aussi été vachement tentante.

Le seul hic dans l'équation, ça avait été Marco et ses bras musclés. Comme si un gosse de 15 ans pouvait espérer rivaliser avec un pion qu'on aurait dit tout droit sorti de l'armée. Marco était bien gentil, mais il foutait quand même les jetons quand il s'y mettait. Ça avait pas été faute d'essayer, au moins, et l'autre s'était vu gratifier d'un sale coup de pied dans le ventre. Verdict ; sa descendance était sauve, pour ce que ça valait. Tsk. Fait chier, mon humeur était partie pour dégringoler. Génial, ce réveil.

Quand enfin je mis la main sur mon téléphone et que je lançai un coup d'œil au cadran, il affichait 15:01. Le bar ouvrait dans moins d'une heure et demie. Je devais y être dans quarante-cinq minutes. Oh purée, si j'arrivais encore une fois en retard ce mois-ci, j'allais carrément me faire virer et j'avais vraiment pas besoin de ça ces temps-ci – mes finances ne me le pardonneraient pas. Se trouver un boulot quand t'as une scolarité de merde, c'était pas de la tarte. Alors, je quittai mon lit en catastrophe, mes pieds s'emmêlant dans les draps et je me cassai la gueule en beauté. Parce que j'étais moi et faire un truc bien, comme il faut, ça m'arrivait jamais.