Poulet à l'ancienne


Les émissions et concours culinaires…

C'était un phénomène de mode qui a commencé à réellement prendre son essor sur les territoires francophone durant ma première année. Etrange coïncidence qui m'amuse encore beaucoup aujourd'hui. On avait déjà eu droit à des émissions de cuisine à un peu toutes les sauces, et les concours étaient innombrables sur les chaines.

Je pense notamment à cette émission où cinq personnes s'invitaient à tour de rôle chez les uns, puis les autres et devait confectionner apéritif-entrée-plat-dessert tout en glissant une activité au milieu du repas. Ils se notaient ensuite de 1 à 10 et le gagnant recevait une somme ridiculement dérisoire par rapport à l'humiliation publique et médiatique que certain se sont mangé à cause de ce programme. Mais passons.

C'est cette année là que deux grands programmes ont débuté, et changer à jamais le monde ! Enfin, j'exagère, mais il est vrai que cela a eu un sacré impact sur la façon dont les gens percevait le métier de cuisinier.

En premier est sorti un concours destiné à élire le meilleur cuisinier professionnel. Le concept était assez intéressant, le jury – composé de quatre plus un Chefs étoilés – sympathique et les candidats légèrement décalés mais encore cohérent. Les épreuves proposées durant cette première saison étaient amusantes mais respectueuse du métiers et cohérente. Ce fut une partie de plaisir de suivre ce programme, et je pense avoir pu en tirer quelques connaissances qui me serviraient plus tard.

De l'autre côté, à la suite de ça, la principale chaine concurrente décida de copier sans copier, et de proposer un concours culinaires d'amateurs passionnés de cuisine. A l'inverse, peut-être avec un certain mépris à l'époque - l'orgueil de la jeunesse me poussait à voir d'un mauvais œil des amateur se prenant pour de grands chefs – qui me passera avec l'acquisition de plus d'humilité et de maturité. Le jury était bien moins sympathique, et les épreuve réellement capillotractée.

L'engouement que les spectateurs portèrent à ces émissions provoqua un remue médiatique sans précédant. Tout le monde commença à penser que l'on pouvait devenir un grand chef sans notions. Attention, je ne dis pas que ce n'est pas possible, loin de là ! J'ai eu l'occasion de travailler avec des casseroliers et aides de cuisines qui avait bien plus de mérite et de maîtrise que des Chefs confirmé avec diplôme. Je ne pense pas que le papier fait le cuisinier, mais je ne pense simplement pas non plus que tout le monde peut se targuer d'être cuisinier professionnel sous prétexte qu'il sait un peu mieux dresser ses assiettes que le voisin de palier.

Et du côté du monde professionnel me demanderez-vous ? Et bien, ses émissions ont également eu un impact très négatif dans nos corps de métier. En effet, les épreuves de la première émission dont je vous parlais, par exemple, devinrent de plus en plus tordues et aberrantes au fil des années. Travailler de la nourritures en plein milieu d'un champs, exposer au vent et à la poussière, avec des candidats que l'on ne voit jamais se laver les mains (surement pour des raisons de coupure au montage, mais je trouve cela scandaleux de ne pas montrer la base de l'hygiène)… Je ne trouve pas que cela donne forcément une très bonne image de notre métier.

D'ailleurs, les candidats, parlons-en. Eux non plus ne donnent plus franchement une bonne image du cuisinier moderne. Individualistes, excentriques, prêt à tout les coups bas et tous les mélanges pour tenter de réussir. Tout ça pour quoi, je vous le demande ? Un rêve démesurer de gloire, un besoin irrationnel de se sentir mis en avant ? Est-ce vraiment là l'apanage d'un cuisinier ?

Et les Chefs de ses émissions, parlons-en également. Plus le temps avance et plus ces programmes de cuisine se déclinent. Du concours de pâtisserie entre amateur ou entre boulangeries au Chef venu redresser les restaurants dans la mouise en passant par celui qui se balade dans toute la France pour présenter les plats du terroirs... Sans parler de ceux qui, corrompu par les feux de la rampent osent donner leurs images à des marques de plats prêts. Une seule question se pose selon moi les concernant… A quel moment, avec tous ces tournages, ont-ils le temps de faire leur travail et d'être en cuisine à suer et diriger leurs brigades ?!

Sans parler non plus de l'effet néfaste sur l'évolution des plats proposer au restaurant. Aujourd'hui, il semble presque impossible d'aller dans un restaurant un peu chic sans tomber sur une carte à rallonge dans laquelle on trouve soit des inventions « originales », soit des recettes « revisitées ». Sans parler des mises en scène et dressages de plus en plus extravagants. Au final, on ne sait même plus ce que l'on mange, mais on se force à faire comme si on se régalait sous prétexte que c'est la mode.

Moi je dis : rendez nous nos bons vieux « Café de la Gare ». Régalez nous d'un poulet rôti au four et ses frites, ou notre ragoût cuit des heures en sauce et dressé avec un volcan de purée. C'était authentique, ça parlait au cœur (et surtout aux papilles) ! Fi de tout ce chichi que les médias nous forcent à aduler.

C'est avec ce genre de point de vu sur la cuisine et l'authenticité de mon métier que j'ai commencé à me faire voir comme un pariât. Mais ça, j'y reviendrai plus tard.