Un Bruit Sourd

Je marche les yeux vides, on me les a crevés,

La démarche solide, je ne puis plus tomber,

Je suis un automate, plus d'âme et plus de cœur,

Seule brûle en moi la flamme de la rancœur.

Le sol est jonché des mes illusions brisées,

L'espoir asphyxié s'en est allé. Grisé,

C'est enfin à mon tour de leur rendre les coups,

Et sans fin est ce jour où je frappe un grand coup.

J'avance comme fou, j'ai perdu la raison,

Et, de tout, je me fous, mon corps est ma prison,

Leurs regards me hérissent, ils me crament la peau,

Dans la leur, si lisse, je planterai mon drapeau.

Ce si lent silence m'est si assourdissant,

Leurs murmures résonnent en ma tête, serpents,

Comme une sinistre chansonnette entêtante,

Je voudrais juste couper ces langues pendantes.

Qu'elles me laissent vivre, qu'enfin elles se taisent,

Ma haine s'en enivre, ces maudites voix qui grés-

Illent, je peux encore les entendre me dire

Toutes ces horreurs, sans pitié, et médire.

J'ai beau me boucher les oreilles, bien tout tenter,

Elles sont là, me torturant, je suis hanté,

Et ce divin poison m'intoxique le sang,

Comme un venin, toute la bouche, m'envahissant.

Je ne respire que peine et exécration,

Je ne rêve que de violence et punition,

Qu'ils brûlent en enfer, ces odieux imbéciles,

Que soit damnée leur fière cruauté fertile.

Je sens la crosse glisser entre mes doigts moites,

Mais ma chance est passée, de cette ligne droite,

Je ne puis dévier, il faut que je le fasse,

Embraser l'olivier, que la trêve trépasse !

Ma douleur est versée dans ce tir qui explose,

La guerre est déclarée, je veux partir grandiose,

La gâchette cède, dément, de rouge tout taché,

J'attends, seul, le néant, sur ce dernier péché.