Note de l'auteure : Bonjour à tous ! Voici mon nouveau roman ! Il était difficile de le caser dans un genre. Pour information, il se situe au VIIème siècle après JC dans le royaume de Silla, l'un des trois royaumes qui forment l'actuelle Corée (Corée du Nord et du Sud réunies). C'est du genre historico-fantastique, avec une place importante accordée à la romance, à l'action et aux chevaux. Vous pouvez trouver les chapitres en avant première sur le blog ThinkHorse (point fr). J'espère que cette histoire vous plaira ! À bientôt et bonne lecture !

Résumé : La Grande Prêtresse, l'empoisonneuse, le Hwarang, l'écuyer, la reine et son amant, le bâtard du roi, Silla, ma nation, le plus petit des trois Royaumes. Tout cela sait si bien disparaître dans l'entre-monde ! J'entends les Dieux se rire de nous. La Chine des Tang est plus écrasante que jamais et j'ai peur de voir Silla disparaître en son sein, affaiblie par la guerre, la faim, le doute et la corruption. Mais le monde ne cessera pas de tourner, alors dis-moi, avec quelles armes puis-je me battre pour survivre à l'Histoire ?

EDIT : Hello les gens ! On m'a fait la réflexion que ce serait bien que je précise plus clairement que ce roman est basé sur des faits historiques et une géographie réelle, alors j'ai rajouté un petit paragraphe en note au chapitre I, je vous le remets ici :

Cette histoire est basée sur l'Histoire de la Corée au 7ème siècle après JC sous le règne du roi Kim Chunchu puis de son fils Kim Munmu. La Corée est alors divisée en trois royaumes : Baekje, Gokuryo et Silla (le plus petit des trois). Gaya, le quatrième royaume, est annexé par Silla au milieu du 6ème siècle par le roi Jinheung qui forme le corps d'élite militaire les Hwarang. Les alliances et trahisons entre les Trois Royaumes sont fréquentes ; l'ambition du roi Jinheung est de les voir unifiés en un seul royaume, il transmet ce vœu à ses descendants. C'est également une période religieuse trouble qui voit la montée du Bouddhisme et l'affluence de la culture chinoise. Kim Chunchu prend les rênes de Silla au milieu du 7ème siècle ap. JC, peu de temps après que la dynastie des Tang a pris le pouvoir en Chine. Il garde des relations particulièrement amicales avec l'empereur Gaezong qui dirige les Tang et lui demande de nombreuses fois son aide pour vaincre Baekje et Gokuryo.


Chapitre I

-Dis-moi, si tu croisais la jeune Haneul que tu étais à quinze ans, que lui dirais-tu ?

-Que lui dirais-je…

Je lui dirais que sa vie sera dure et que le monde dans lequel elle évoluera ne lui fera aucune place. Je lui dirais que ceux qu'elle aime le plus seront ceux qui lui feront le plus de mal, et que ceux qu'elle n'imaginait pas un seul instant pouvoir aimer, deviendront sa raison de vivre. Je lui dirais d'être méfiante car la trahison a tous les visages, mais je lui dirais aussi d'aimer inconditionnellement car la mort nous surprend toujours dans les moments de doutes et nous laisse pleins de regrets. Je lui dirais de ne pas fuir comme elle sait si bien le faire, mais plutôt de se battre avec les armes qui sont les siennes. Je lui dirais que le monde au delà des portes du temple vaut le coup d'être aimé. Je lui dirais d'enfourcher sa plus belle jument et de partir le découvrir. Courir au vent, loin, très loin de la cour, très loin du palais où la corruption s'éveille, où le sang coule, où toute forme de liberté disparaît. Je lui dirais : cesse de chevaucher tes rêves, franchis les rivières du réel au grand galop, laisse tes larmes derrière et vis. Vis pour lui, mais surtout pour toi. Haneul, ta vie sera triste et tragique. Tu ne laisseras rien derrière toi. Mais endure. Endure tout ça et rappelle-toi qu'il n'est pas trop tard pour changer.


D'une main d'experte, Haneul frotta les cuivres jusqu'à ce que son reflet lui sourit. Elle n'aurait pas dû sourire alors que l'anxiété lui nouait le ventre, mais astiquer les porte-encens était la dernière de ses tâches et elle était heureuse d'avoir terminé de préparer le temple. La cérémonie devait avoir lieu dans quelques heures. Sa mère, Grande Prêtresse du temple Céleste, devait être en train de se préparer. La cérémonie serait complexe, avec une danse rituelle afin d'attirer l'attention des Dieux et de longues prières au sein du temple en compagnie de la maîtresse des lieux : Sa Majesté en personne, la reine Munmyeong.

Le rôle d'Haneul se limitait à préparer la cérémonie en guidant les servantes, elle ferait également partie des danseuses lors de la première phase cérémoniale. Son autorité, elle la devait à la bienveillance de la Grande Prêtresse qui, malgré sa sévérité, se montrait toujours attentionnée à son égard. Haneul aurait voulu l'appeler « mère », mais personne ne devait savoir. Ni pour elle, ni pour sa sœur. La Grande Prêtresse était une princesse d'os véritable dont la vie avait été confiée aux Cieux dès son plus jeune âge. Les hommes de son rang, princes et nobles d'os véritable, formaient la haute noblesse de Silla, les hauts dignitaires, les officiers, le clan royal. Les femmes d'os véritable étaient mariées dans cette même sphère si elles n'étaient pas vouées aux Dieux. Le père de la Grande Prêtresse, un prince d'os saint appartenant à la famille royale avait été renié suite à la tentative d'assassinat sur l'un de ses frères à qui l'on avait destiné le trône. Le seul pardon qu'on lui concilia fut de ne pas vendre sa fille à un bordel de la capitale, Seorabeol. La Grande Prêtresse s'était alors consacrée aux Cieux, corps et âme, jusqu'à ce qu'un homme sans passé ne réclame pas moins l'un et l'autre à force de tendresses et de mensonges. De leur union éphémère naquirent Haneul et Min-jee, des jumelles qu'il fallut cacher aux yeux de la famille royale. Elles furent élevées dans une modeste famille de marchants avant que la plus vieille des deux filles ne rejoigne les enseignements du temple pour devenir servante des Dieux à l'instar de sa mère. Min-jee, elle, embrassa sa liberté et s'effaça de leurs vies.

Haneul se dirigea vers la loge de sa mère. Elle s'annonça et fit coulisser la porte.

-Que les Cieux vous inondent de leur grâce, murmura-t-elle à l'oreille de la Grande Prêtresse qui nouait un long ruban blanc dans ses longs cheveux noirs.

L'âge et les longues années de service au temple avait terni sa jolie peau blanche lui donnant un teint un peu laiteux, déguisant de petites rides en rigoles d'anxiété tout le long de ses tempes. Du haut de ses quinze ans, Haneul semblait avaler toute la beauté passée de sa mère, comme si sa simple présence à ses côtés suffisait à vampiriser celle qu'elle avait été autrefois. Elles ne se ressemblaient pas tant, mais on distinguait chez la Grande Prêtresse une prestance, un charme doux, qu'on pouvait aisément retrouver chez sa fille. Il y avait aussi la même résignation dans leurs regards.

Haneul aida sa mère à arranger ses cheveux en les peignant délicatement de ses longs doigts blancs. Elle ajusta un pan de robe qui torsadait dans son dos, resserra la ceinture pour marquer la taille. De blanc et de noir vêtue, la Grande Prêtresse était solennelle. Prête à affronter les Cieux dans toute sa dignité.

-Ils ne vous laisseront pas tomber. Vous les avez toujours priés avec tant de ferveur. Les Dieux vous donneront un signe, murmura Haneul en se tordant nerveusement les mains.

La Grande Prêtresse jeta un regard dans le cuivre qui renvoyait leurs deux reflets.

-Ne considère jamais pour acquis l'attention des Dieux, répondit-elle un peu sèchement.

Pour la première fois, Haneul sentit l'appréhension de sa mère.

-Madame…

La voix de la jeune fille se perdit dans le silence. Elle comprit que la Grande Prêtresse voulait rester seule et sortit discrètement de la loge. Elle vérifia elle-même sa tenue, réajusta sa ceinture, fit le tour du temple et comme tout semblait en ordre elle décida de s'éloigner un moment.

Haneul se saisit d'une cape pour recouvrir sa robe de servante et se glissa hors du temple. Elle n'avait pas beaucoup à parcourir pour aller là où elle voulait se rendre. Le temple Céleste habitait toute la partie ouest du palais et en descendant un peu au sud, on tombait sur les écuries royales. Le temple, les écuries, c'était le quotidien de Haneul depuis ses huit ans : l'âge auquel elle rejoignit les ordres pour servir les Cieux. Elle ne connaissait rien en dehors de ce chemin, elle avait oublié les odeurs épicées de Seorabeol, les cris du marché, la fierté des Hwarang, jeune bourgeoisie militaire qui arpentait les rues, impétueuse, les festivals qui agitaient les avenues de leurs lanternes colorées lorsque venait l'été. Le temple était toujours terriblement calme. Lorsqu'il ne l'était pas, comme aujourd'hui, c'était mauvais présage. Si la famille royale s'en remettait aux Dieux ce voulait dire qu'ils n'avaient plus le pouvoir de s'en remettre aux hommes…

-Que fais-tu là Haneul ? Je croyais que la cérémonie devait commencer…

Haneul sourit à son ami avant de se glisser dans les écuries. Elle aimait par dessus tout les relents du foin, la tiédeur qui envahissait l'air avec le parfum des chevaux, les corps fumants qui s'ébrouaient après l'effort. Il y avait un tel caractère dans cette écurie, une telle force dans le regard de ses habitants qu'elle se sentait toujours toute petite lorsqu'elle y pénétrait. Elle aimait se faire malmener le cœur par une énergie qui la dépassait. La puissance d'une nature fière, imposante, intelligente, fougueuse, elle la sentait à chaque inspiration, lorsque l'odeur si caractéristique des chevaux lui chatouillait les narines.

-Tu ne devrais pas venir ici, la gronda son ami, mais elle se contenta de caresser le museau d'un Cheju bai qu'elle avait arbitrairement nommé Hong.

Dokman s'approcha d'eux, s'essuya nerveusement la main sur son pantalon et glissa quelques doigts dans la paume de Haneul. Elle se retourna pour l'interroger de ses yeux d'ardoise mais il lui sourit timidement comme pour lui faire comprendre « je suis content que tu sois là ». Haneul ne retira pas sa main malgré la sensation étrange que lui laissaient les doigts moites de Dokman ; elle voulait dire : « moi aussi, je suis contente de te voir ».

Dokman était un jeune homme de dix-sept ans qui travaillait aux écuries royales. Il avait pris la suite de son père, mort d'une maladie du cœur il y avait sept ans de cela. Dokman aimait les chevaux. Il aimait les chevaux ; il aimait Haneul aussi. Il ne s'en était jamais caché. Haneul se souvenait bien du jour de leur rencontre lorsqu'elle avait huit ans et qu'elle s'était égarée en dehors du temple.

-Tu n'aimes pas les chevaux ? avait-il demandé, méfiant, alors qu'elle pleurait dans le foin.

Elle avait eu peur de leur respiration longue, profonde, du souffle rauque, de l'odeur forte et virile, de la transpiration qui s'élevait dans l'air en volutes, du regard imposant, du sabot qui frappe le sol. Elle avait pleuré comme une enfant et il s'était fâché. Mais le lendemain, elle était revenue les observer, et le jour d'après aussi. Lorsqu'il avait neigé, lorsqu'il avait plu. Elle était revenue les voir, abreuver sa curiosité de leur étrange existence reclus entre les murs de leur écurie.

-Tu voudrais monter dessus ? avait demandé Dokman.

-Oui, avait avoué Haneul.

-Un jour je te ferai monter dessus. Un jour où tu n'auras plus peur, parce qu'ils sentent ta peur.

-Ils sentent ma peur ?

-Ils sentent ton amour aussi.

-Il sentent mon amour, avait-elle répétée interdite.

Il lui avait pris la main et l'avait posée sur le nez d'un grand cheval noir. Elle se souvenait autant de la crampe qui lui avait saisi le mollet alors qu'elle se tenait sur la pointe des pieds, que de la douceur de la peau entre les naseaux, presque surréaliste. Et puis il y avait la tiédeur de la main de Dokman posée sur la sienne. Un souvenir doux, comme une caresse.

Depuis ce jour, l'écurie était devenue sa deuxième maison. Là où le temple était habité par le silence des morts, par le silence des Dieux, l'écurie bouillonnait de vie, trépignait d'impatience et d'attente ; elle était comme un rêve qui exaltait les sens : une parenthèse dans sa vie d'oubliée. Et au milieu des chevaux, il y avait son ami Dokman, l'homme avec lequel elle voulait chevaucher le monde. Un esclave, fils d'une noble et d'un servant, vendus aux écuries royales pour éviter les « qu'en dira-t-on ». Un homme doux mais rebelle, l'un de ceux qui disent qu'ils veulent changer le monde mais qui sont trop gentils pour le faire.

-Tu penses que la Grande Prêtresse saura obtenir les réponses ? Toute la famille royale se déplace pour l'événement.

La famille Royale. Haneul ne les connaissait pas malgré leurs visites au temple. Elle n'avait jamais parlé à aucun d'entre eux. Ils lui semblaient inaccessibles. Des êtres sacrés qui avaient l'aval des Dieux et que l'on ne devait ni regarder, ni toucher. Étaient-ils seulement humains ? Le palais était une structure architecturale et politique construite pour servir la famille royale de Silla, Haneul et son temple Céleste n'étaient qu'une infime partie du système, tout continuerait de fonctionner avec ou sans eux, elle en était persuadée et ne se souciait pas de la bulle sacrée qui se mouvait au dessus de sa tête et dans laquelle évoluaient les hommes et femmes d'os saint.

-Si Baekje pouvait être détruite dans tes prières, nous n'aurions plus à nous inquiéter, sourit nerveusement Dokman.

Baekje, le royaume frontalier de Silla, venait d'envoyer l'un de ses meilleurs généraux aux portes du compté d'Iseo. Rien ne semblait pouvoir stopper sa progression et Silla essuyait défaite sur défaite tandis que la progression des armées ennemies inquiétait de plus en plus les habitants de Seorabeol. La famille royale s'en remettait alors aux Dieux pour les sortir de ce mauvais pas. Haneul se sentait un peu déconnectée de cette réalité-ci, persuadée en son fort intérieur que les solutions tomberont du ciel jusque dans les bras fervents de sa mère.

-Baekje sera vaincue, assura Haneul. Les Dieux protègent Silla.

-Pourquoi protègeraient-ils plus Silla que Baekje ? demanda innocemment Dokman, mais la remarque fit sourciller son amie.

Pourquoi ? Parce que. Parce que ? Était-ce une réponse suffisante ?

-Tu devrais y aller.

-Oui, en effet.

Haneul abandonna ses doutes à l'écurie, tapota l'encolure de Hong et se glissa au dehors sous le regard attentionné de Dokman.

Le temple était aussi agité que lorsqu'elle l'avait quitté. Bientôt quelques hauts dignitaires furent annoncés puis vint la famille royale. Haneul leva discrètement les yeux vers son roi, Kim Chunchu dont le regard sombre était terni d'inquiétude ; à ses côtés, dans sa robe de cérémonie, la reine Munmyeong avançait fièrement vers l'estrade qui trônait au centre de la cour. Il y avait dans leurs sillons plusieurs princes et princesses, des oncles et des tantes, des têtes graves, des épaules affaissées. Haneul commença à se dire qu'on attendait probablement d'eux plus qu'elle ne l'avait songé. La cérémonie commença au rythme des tambours, lourds et puissants. Ils faisaient écho dans la cage thoracique aux battements de son propre cœur. Les servantes des Dieux dont elle faisait partie commencèrent leur danse, la Grande Prêtresse au centre. Haneul répétait consciencieusement tous les mouvements qu'elles avaient appris, tous les arcs de cercles soigneusement reproduits pendant ses heures d'entrainements, l'envol de ses rubans peints de caractères chinois à destination des Cieux. Elle songeait aux Dieux qui devaient les observer depuis le palais Celeste, elle songeait à l'Empereur de Jade et son regard immortel, aussi redoubla-t-elle d'effort ; elle sauta plus haut, plus loin, elle mit plus de dévotion encore dans chaque rond de cheville, dans chaque pli de poignets et elle implora « pourvu que Baekje tombe, pourvu qu'ils disparaissent tous et que Silla soit victorieuse, entendez mes prières ».

Sa mère dansa avec la même ferveur et le tambour lança son appel du plus profond de leurs entrailles jusqu'au plus haut des cieux. Puis la Grande Prêtresse entra dans le temple, accompagnée de la reine. Haneul les suivit avec une certaine distance et s'inclina devant l'autel loin derrière sa mère. L'encens embaumait l'air comme un doux poison. Le dos la tiraillait alors qu'elle entendait le Grande Prêtresse psalmodier en s'agenouillant pour la millième fois. La sueur lui perlait sur le front. Depuis combien de temps déjà priaient-elles ? Haneul avait la gorge sèche, l'esprit embrumé par les vapeurs, les prières se perdaient dans les hauts plafonds peints et les dorures déclinaient sous le soleil couchant. Les runes perdaient leur éclat et les Dieux restaient silencieux.

La cérémonie dura encore jusque tard dans la nuit et lorsque la reine se releva, épuisée, elle les foudroya tous du regard avant de quitter le temple d'un pas sans appel. Le corps de ma mère se recroquevilla devant l'autel et elle dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de parvenir à se relever. Les suivantes sortirent toutes à sa suite et la reine annonça d'une voix blanche :

-La Grande Prêtresse n'est pas parvenue à lire les auspices. Les Dieux sont restés silencieux, insensibles à notre appel.

Elle se tourna sèchement vers la prêtresse et de toute son arrogance teintée d'un désespoir presque palpable, elle annonça :

-Je propose de relever la Grande Prêtresse de ses fonctions et de nommer quelqu'un de plus compétent à sa place.

La mère d'Haneul pâlit si bien que le blanc de sa robe semblait gris en comparaison, Haneul sentit son cœur lui remonter dans la gorge. Relever la Grande Prêtresse de ses fonctions ne signifiait rien d'autre que la mort. La reine la ferait enfermer ou la condamnerait à l'exile, mais l'Histoire ne connaissait pas de Grande Prêtresse aillant poursuivie une retraite paisible après avoir été accusée d'incompétence, les Dieux étaient témoins !

Les yeux froids de la reine annoncèrent la sentence, les gardes royaux, dépossédés de leurs armes à l'entrée du temple, l'appliquèrent à la force de leurs bras. Haneul les vit traîner sa mère qui titubait sans réaliser encore qu'il n'y aurait pas de lendemain, ou alors le réalisait-elle trop bien pour que ses jambes ne la supportent davantage. Les genoux d'Haneul heurtèrent le sol dans un gros bruit alors que les servantes, paniquées, trépignaient en appelant « Madame ! Madame ! » désespérément.

-Trouvez-moi quelqu'un capable de tenir cette cérémonie correctement, ordonna la reine avant de s'éloigner à son tour.

Le dos de la Grande Prêtresse paraissait si petit à présent ! La voix brouillée d'Haneul résonna dans la cour, brisée :

-Moi ! Moi, je vais le faire !

Les regards se tournèrent vers elle tandis que le silence, assourdissant, lui peignait de longues larmes sur les joues.