Tu sais papa. Je t'ai détesté. Oui, il faut le dire, une fille passe par différents passages lors de sa vie. La jeunesse, l'adolescence, le passage à l'âge adulte. Tu vois, j'ai l'impression, que ma vie a défilée trop vite devant mes yeux. D'avoir vécu de merveilleux moments, comme des terribles. Et pourtant quand je repense toi, je pense à ces magnifiques moments. Tes sourires. Ta fierté pour moi, pour nous. Alors comment je peux dire encore maintenant que je te déteste. Je ne peux le dire actuellement. Pour la simple raison que malgré tout, tu étais un père. Et que tu le resteras pour le reste de ma vie. Que faire dans ce genre de cas ? Regretter ? Comme tous ces silences, cette absence de contact. Tout ce que j'aurai pu faire, les mots que j'aurai pu prononcer. Tout cela c'est tellement simple de le regretter. Sans souffrir, de se laisser périr dans ce genre de pensées morbides. C'est tellement simple. C'est bien pour cela que je ne me laisserai pas faire, parce que tu étais fière de moi. Parce que je me le dois. Il le faut, il faut que je te montre de quoi je suis capable encore maintenant. Sois fier. Regarde-moi encore de là-haut. Observe moi réussir mon rêve, te faire rêver de nouveau. Parce que je compte bien te faire rêver de nouveau, à travers moi, à travers nous. Je veux que tu voies ce que je vois tous les jours, tous ces paysages que je compte te montrer dans ce futur lointain. Ce pays lointain que tu aimes tant. Cette passion que tu m'as transmise. Jamais je ne pourrais l'oublier. Cela fait entièrement partie de moi, c'est ainsi que j'ai pu me construire pendant mon enfance. C'est ainsi que j'ai pu grandir, m'épanouir.

Il était tellement simple de tout remettre à demain. Mais tu vois papa, j'ai ratée pour la deuxième fois mon année de japonais, mais tu n'as sûrement jamais su cela, parce que je ne voulais pas te décevoir. Il n'y avait que ça. Que ça pour nous unir, cette passion, cette langue, ce pays. Et je m'y suis raccrochée. Mais jamais nous n'avons pu communiquer, nous entretenir. Chaque moment je poussais un soupir, je ne voulais pas te côtoyer. Parce que tu lui as fait tant de mal, parce que j'avais du mal à voir notre famille se déchirer. Je ne voulais pas réaliser la réalité, la comprendre, y faire face. J'ai voulu me cacher derrière mon agressivité, te faire face. Mais tu vois au fond je le sais, la colère qui m'habite, elle ne se retourne qu'envers moi. J'ai voulu croire en cette famille, j'ai voulu effacer tous ses mauvais souvenirs. J'ai voulu jouer un rôle que je savais perdu d'avance, je me suis voilée la face tout ce temps. Et ce soir là, quand tu as voulu partir, c'est parce que j'ai agi comme une enfant, que mes larmes ont coulé. C'est parce que je ne voulais pas réaliser que ce serait certainement mieux si vous vous sépariez. Maman n'aurait jamais tant souffert. Elle aurait pu vivre, gagner quelques années de sa vie que dont tu lui as privé. Est-ce que seulement tu te rends compte ? Tout ce que tu nous as fait endurer. Je me souviens, je me souviens encore de cette journée, ce samedi. J'étais pourtant si jeune et elle est ancrée en moi, je ne peux oublier. Cette arme que tu avais posé sur la tempe de maman, oui cette arme que tu braquais sur elle, tout en criant, tout en lui demandant si elle voulait mourir. Est-ce que tu te rends compte ce que ça fait quand une enfant de 8 ans voit ce genre de scène et qu'elle en est même la cause ? Mais le pire c'est sûrement quand ta maman répond positivement à la question, quand les larmes coulent et qu'elle ne demande que la mort. Je n'avais que 8 ans. Tu étais saoule et tu voulais partir en voiture avec moi à ton bord pour une simple bouteille de coca. Et maman m'a simplement protégé, une arme sur la tempe. J'ai eu peur, cachée sous le lit en pleurant encore et encore. Je t'ai détesté, j'ai eu peur de toi. C'est le premier souvenir que j'ai de toi. Et plus j'y pense et tout ce que je vois c'est tes trahisons, de la colère, des larmes. Tu nous as simplement délaissés, tu nous as ignorés. Un père ? Comment je peux simplement croire en ce que tu étais supposé être. Alors pourquoi j'ai aussi mal encore maintenant. Les coups que tu m'as infligés ne sont rien à côté de ce que je ressens. Des coups, des blessures cela disparait avec le temps. Mon esprit s'en souvient parfaitement et cela n'a fait que nourrir ma haine. La famille que je n'ai pas pu côtoyé par ta faute. Parce que tu étais fils unique, parce que tu voulais rester chez toi, parce que tu bloquais maman. Tu ne sais sûrement pas combien j'en ai souffert. Ma petite cousine que je n'ai pu voir que deux fois et encore. Mes tantes, la famille de maman. Tu lui as privé tout ça aussi. Et pourquoi ? Par pur égoïsme. Tu sais papa, même dans la mort tu resteras un égoïste, un radin. Des gens te respectent, des gens ont réussi à remonter la pente grâce à toi, mais toi jamais tu n'as réussi à te sauver. Jamais tu n'as parlé, jamais tu n'as dit que tu m'aimais, jamais tu ne m'as dit que tu étais fière de moi. Jamais tu n'as pris du temps que ce soit pour moi ou pour les autres. Tout ce qui importait c'était simplement ton travail, rien de plus. Tu sais papa, j'aime le Japon, c'est vrai. Mais je n'aime pas que ça. Ma couleur préférée c'est le rouge, je suis un vrai garçon manquée parce que je veux être une femme forte comme maman. J'adore les temps de tempête, cela nous permettait de jouer tous ensemble à l'époque. Mais tu ne le sais certainement pas. C'est vrai, tu ne savais rien. C'est à peine si tu me souhaitais mon anniversaire. Et moi je me vengeais en faisant de même, je comptais faire de même encore cette année. Mais tu es parti un jour avant, tu nous as quitté pour toujours. Echappant à ma colère, tu as disparu d'un coup, alors que rien ne prédisait ta perte. J'ai pleuré, j'ai crié. Mais je me suis mué sous ce masque de sourire, la fille souriante qui ne peut baisser les bras. La fille qui ne supporte pas de voir les autres tristes. Alors même quand je t'ai vu une dernière fois, allongé, je ne savais pas comment réagir. Faire un deuil ? Attendre que le temps passe, que tout aille mieux. C'est ainsi que se résume ma vie, mon histoire. Attendre. Alors que la colère que je n'ai jamais pu prononcer reste enfermer en moi. Je t'ai détesté, je t'ai aimé. Et maintenant tu n'es plus là. Laissant des traces de poudres. Je laisse mes doigts pianoter sur le clavier, sans vraiment savoir à quoi cela pourra me servir. Me décharger ? Aller mieux ? Prouver que tu es bel et bien parti pour toujours. Je veux simplement oublier. Pouvoir oublier tout ce mal, celui même qui vient encore nous tourmenter aujourd'hui. Les bêtises que tu as faites dans le passé, tout ce qui nous est tombé dessus. Tu n'aurais pas dû mourir. Pas comme ça.